VI. — Simon s'empare de Cahors (/ continue la guerre
Simon pria le comte de Bar, & le reste de la noblesse allemande qui étoit t.'iii^p.^s'îii, encore avec lui, de l'accompagner dans ce voyage. Ils lui accordèrent d'abord sa demande; mais à peine l'armée fut arrivée à Castelnaudary, que le comte de Bar s'excusa d'aller plus loin, 81 prit la route de Carcassonne, quelque prière que lui fît Simon de demeurer encore quelque temps. La plupart des Allemands consentirent cependant à le suivre, 81 il marcha avec eux 81 une partie de ses troupes vers Cahors. 11 prit en passant le château de Caylus en Querci, où il mit le feu. L'abbé de Cîteaux conduisit le reste de l'armée' par une autre route; 81 ayant appris, dans le Lauragais, que ceux de Roqueville avoient mis en garnison quatre-vingts hérétiques dans une tour du château des Cassés, il y donna l'assaut; 8c après avoir fait prisonniers tous ces sectaires, il les fit brûler vifs; il fit ensuite raser la tour 8c le lieu des Cassés, sans y laisser pierre sur pierre.
Montfort étant arrivé à Cahors, les habitans lui* firent beaucoup d'accueil 8c le reconnurent pour leur seigneur. Après quelque séjour dans cette ville, il conduisit les Allemands jusqu'à Roc-Amadour, vers les frontières du Limousin, d'où ils repassèrent chez eux. A son retour à Cahors, il apprend que le comte de Foix avoit fait prisonniers deux croisés de considération, savoir : Lambert de Turey, chevalier françois; 8c Gautier de Langhton, chevalier anglois, 8c frère de l'archevêque de Cantorbéry, qu'il avoit laissés dans le pays^. Il part, passe à Gaillac 8c à Lavaur, 8c arrive à Carcassonne, où il attend l'abbé de Citeaux, qui s'en revenoit par Albi 8c Saissac. Ils avoient projeté d'aller en Provence; mais la situation des affaires ne le permettant pas, Simon se rend dans le pays de Foix, attaque un château voisin de Pamiers, dont on ne dit pas le nom, 8c l'emporte d'assaut le lendemain, après avoir tué trois des six
' Voyez tome VIII, c. 74. — [Giiillem Je Tu- ' Pierre de Vaiix-Cernay, c. 5j. — Voyez
dèle, vers 1884-1890. Il place cet événement pen- tome VIII, c. 74.
dant le séjour que fit Mpntfort dans le pays de ' Voir sur cette affaire Pierre de Vaux-Cernay,
Foix. [A. M.| qui donne de nombreux détails, l.l. [A. M]
An izi 1
chevaliers qui le défendoient & le reste de la garnison. Il apprend ensuite à Pamiers que les habitans de Puylaurens avoient livré leur ville à Sicard leur ancien seigneur, lequel tenoit assiégés dans le château les gens de Gui de Lucé à qui il l'avoit donné. Il se met en marche pour les aller secourir; mais en arrivant à Castelnaudary, on lui mande que le chevalier qui avoit la garde du château de Puylaurens au nom de Guy de Lucé, l'avoit livré à ses ennemis, après en avoir reçu une somme considérable. 11 fait' aussitôt faire le procès à ce chevalier qui l'étoit venu trouver pour s'excuser, 84 le fait pendre, sur le refus qu'il fait de se justifier par le diiel^.
VII. — Le comte de Toulouse recouvre diverses places 6* assiège Simon
dans Castelnaudary.
Simon laissa une partie de ses troupes à Castelnaudary, renforça la garnison de Montferrand, Se se retira avec le reste à Carcassonne; il fut obligé de prendre ces précautions, à cause que le comte Raimond s'étoit mis en campagne Si tâchoit de recouvrer les places que les croisés lui avoient enlevées. Raimond ayant reçu de nouveaux renforts, reprit, en effet, divers châteaux aux environs de Toulouse, & soumit entre autres, au mois d'août de l'an 121 1, ceux de Belvèze & de Montgiscard, voisins l'un de l'autre : ils appartenoient à Matfred de Belvèze, qu'on qualifie cousin de ce comte, St qui, dit-on, après l'avoir exhorté vainement à abandonner les hérétiques, avoit quitté son parti pour embrasser celui de Simon de Monfort^.
Parmi ceux qui s'empressèrent"* de marcher au secours de Raimond, l'un des plus qualifiés fut Savaric de Mauléon, sénéchal d'Aquitaine pour le roi d'Angleterre, qui lui amena deux mille Basques. Ce prince eut recours d'un autre côté à ses vassaux 8c à ses amis. Il fit ensuite préparer toutes les machines nécessaires pour un siège, & résolut d'aller attaquer Carcassonne. Montfort, alarmé de ces préparatifs, se tint sur ses gardes, & ayant assemblé son conseil, il se rendit à l'avis d'un chevalier nommé Hugues de Lastic, qui étoit de ne pas attendre le comte de Toulouse, mais de se jeter dans Castelnaudary pour l'arrêter dans sa marche. Montfort suivit ce sentiment, malgré l'opposition de quelques-uns des siens, qui, sachant que Raimond s'avançoit avec une nombreuse armée, vouloient qu'on laissât seulement quelques troupes à la garde de Castelnaudary, & que le gros des croisés l'attendît à Carcassonne ou à Fanjeaux. Il se jeta donc dans Castelnaudary ^ avec toutes ses troupes, qu'on
' Ce fut Gui de Lucé & non Simon qui fit pen- * Voyez tome VIII, c. 73 & suiv. — fGuillem
dre ce chevalier. Voyez le texte de Pierre de Vaux- de Tudèle, vers 1915-1969.]
Cernay. [A. M.) ' Pierre de Vaux-Cernay, c, 56. — Guillaume
' La plupart de ces détails manquent dans le de Puylaurens, c. 19. — [Voyez le récit du conseil
poïme Si ne se trouvent que dans Pierre de Vaux- tenu par Montfort dans Guillem de Tudèle,
Cernay. [A. M.] vers 1970-2015.)
' Praeclara Franeorum faclnora, c. 29. — |Nous ignorons où Bernard Gui a pu prendre ces Jét:iils; ^iicunc source contemporaine ne les donne.]
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' An 121 1
ne fait monter qu'à cinq cens hommes, tant chevaliers que sergens ou iantas- Éd.origin.
sins. Il fut joint quelque temps après par Gui de Lucé S< cinquante autres
chevaliers, qu'il avoit envovés pour servir le roi d'Aragon son seigneur contre
les Maures d'Espagne, & qu'il avoit rappelés sur le bruit de l'armement du
comte de Toulouse. On prétend' que le roi d'Aragon les voyant partir, leur
dressa des embûches pour les faire périr en chemin, & qu'ils les évitèrent en
prenant une autre route. Simon ne put recevoir alors que ce secours, Se il
fut obligé de partager le reste de ses troupes en d'autres endroits. Il avoit
laissé sa femme à Lavaur, sous la garde de Bouchard de Marly, à qui il avoit
donné la seigneurie Se le gouvernement de cette ville. Son fils aîné étoit
actuellement malade à Fanjeaux, Se une fille qu'il avoit eue dans le pays, étoit
en nourrice à Montréal, en sorte que toute sa tamille étoit dispersée.
Le comte Raimond, suivi des comtes de FoixSede Comminges, de Gaston, vicomte de Eéarn; de Savaric de Mauléon, & de divers autres seigneurs, parut devant Castelnaudary vers la fin de septembre de l'an 121 1', Se fit camper son armée dans les prairies voisines de la ville : on assure que cette armée étoit forte de cent mille hommes; mais ce nombre ^ paroît exagéré. Les habitans qui le favorisoient, lui livrèrent aussitôt le bourg, ou la ville, dont il s'assura; mais Simon, maître du château, détacha sur le champ une partie de la garnison, qui chassa les Toulousains de ce poste. Ces peuples le reprirent toutefois le soir même, parce que les assiégés, qui n'étoient pas assez forts pour le garder, furent obligés de l'abandonner.
Castelnaudary est situé sur une haute colline environnée d'une vaste Se fertile campagne, à une demi-lieue de la petite rivière de Tonques. Le comte Raimond établit son attaque sur cette colline, après s'être retranché de tous côtés par de bons fossés, Se avoir entouré son camp de ses chariots, en sorte qu'il paroissoit enfermé dans une forteresse. Se que les assiégeans sembloient être les assiégés. Ce prince, pour éviter d'être chassé de nouveau du bourg de Castelnaudary, en fortifia les murailles du côté du château, situé sur la cime de la colline. Se fit diverses ouvertures du côté de la campagne, pour avoir la communication libre avec l'armée; mais les croisés, dans une seconde sortie, chassèrent de nouveau les assiégeans du bourg, Se les poursuivirent jusque dans leur camp, où ils les forcèrent de se retirer. Ils conservèrent la liberté du passage, dont ils se servoient tous les jours pour envoyer abreuver leurs chevaux à une demi-lieue de la ville. Se firent tranquillement leurs vendanges, sans que les assiégeans osassent s'y opposer. ■ Raimond fit travailler cependant à ses machines, malgré les sorties des assiégés, qui venoient fréquemment escarmoucher autour de son camp. Le comte de Foix Se Roger-Bernard son fils, voulant un jour se revancher, provoquèrent au combat les croisés, qui s'étoient postés devant la porte du château; mais ceux-ci les recurent si bien, qu'après avoir démonté Roger-
' pierre de V'aux-Cernay, ut lupra. ^ La Faille, Abrégé, p. i i.O. [Voyez plus haut.]
' Vers le temps des vendanges, dit Pierre de Vaux-Cernay. [A. M.J