‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 195 sur 342 · VT · texte numérisé non relu

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45o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIY. XXII.

louse tenoit deux auparavant à Cadenac & à Dentillac '. Simon prit ensuite la route du Rouergue^ 6c se rendit à Rodez. Henri, comte de cette ville, par un reste de reconnoissance envers le comte de Toulouse, son seigneur Se son bienfaiteur, faisoit difficulté de rendre hommage à Simon, sous prétexte qu'il tenoit une grande partie de ses domaines du roi d'Angleterre. Enfin, après plusieurs débats, Henri consentit, par l'entremise des évêques de Mende, de Cahors, de Rodez, de Carcassonne 8c d'Albi, 8c de maître Thédise, chanoine de Gênes, de se soumettre à la suzeraineté de ce général qui, ayant les armes à la main, étoit en état de l'y forcer. Il lui fit donc hommage, 8c à Amaury, son fils, dans le palais épiscopal de Rodez, le 7 de novembre de l'an 1214, pour le comté de Rodez, la vicomte de Cambolas 8c pour tout le reste de ses domaines situés à la droite du Lot, sauf les droits du pape sur Montrosier, ceux de l'évêque du Puy sur le château de Ségur 8c ceux de l'évêque de Rodez sur la monnoie de cette ville, 8c sur les châteaux de Coupiac 8c de Éd.origin. Combrct. Il s'obligea en même temps de rendre à Simon 8c à son fils le

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même service auquel il étoit tenu auparavant envers le comte de Toulouse. Simon pardonna de son côté au comte de Rodez toutes les injures qu'il pouvoit en avoir reçues, lui promit sa protection tant qu'il lui seroit fidèle, 8cc, L'évêque d'Uzès 8c plusieurs seigneurs furent présens à cet hommage.

LXXVI. — Simon termine la campagne par la prise du château de Séverac.

Simon de Montfort^ résolut alors de réduire le château de Séverac, situé •sur les frontières du Rouergue 8c du Gévaudan, dont le seigneur, à la tête d'une troupe de routiers qui y étoient en garnison, infestoit tous les environs 8c faisoit des courses jusques au Puy. Il envoya d'abord sommer ce seigneur de lui remettre son château, 8c, sur son refus, il détacha une partie de ses troupes sous les ordres de Gui, son frère, qui surprit le bourg inférieur de Séverac, situé sur le penchant de la montagne, 8c s'en empara"*. Simon suivit de près, 8c s'étant logé dans les maisons du bourg il dressa ses batteries contre le château 8c le serra de si près que les assiégés, qui manquoient de vivres, furent obligés de se rendre 5. Il confia la garde de la place à l'évêque de Rodez 8c à Pierre-Bermond, seigneur de Sauve, 6c rendit bientôt après au seigneur de Séverac tous les autres domaines dont Gui de Montfort l'avoit dépouillé, 8c enfin le château de Séverac même, dont il reçut l'hom-

■ Voyez notre Catalogue, n. 91, & corrigez Cap- Kojae de VaUergae & Salnt-Geniès. Les deux évêdenac & Lentillac. [A. M.] ques avaient dépensé pour leur garde neuf mille # ■ Pierre de Vaux-Cernay, c. 80. — Voyez sous de Melgueil, que leur paya le comte de Monttome VIII, Chartes, n. CIV, ce. 655 à ûSy. fort. Celui-ci dut les tenir en commise & les res- ^ Pierre de Vaux-Cernay, c. 80. tituer soit aux prélats, soit au pape ou à son < Pendant le siège de Séverac, Simon de Mont- légat, après avoir recouvré les sommes par lui fort se fit céder par les évêques de Mende & de avancées. [A, M.]

Rodez deux châteaux importants du pays que ces = Le siège de Séverac durait encore le i(5 noprélats tenaient au nom de l'Eglise romaine, & vembre 1214, date de l'acte que nous indiquons (jui avaient probablement été confisqués sur des plus haut. [A. M.) hérétiques, partisans du seigneur de Séyerac : La

maj^e. Ce général termina la campagne par la prise de ce château ; anrès avoir conquis sur le comte de Toulouse la plus grande partie de l'Agenois, du Périgord, du Querci 8< du Rouergue, qu'il s'appropria, nonobstant la soumission que ce prince avoit faite à Narbonne, au cardinal Pierre de Bénévent, & l'absolution que ce légat lui avoit donnée. Simon, voulant s'assurer la possession de tous ces pays 8c la transmettre à sa postérité, eut recours à l'autorité des légats du pape, qu'il savoit lui être aveuglément dévoués.

LXXVII. — Concile de Montpellier. — Il dispose prov'.s'ionnellement en faveur de Simon des domaines du comte de Toulouse 0 de tous les pays conquis par les croisés.

Le cardinal Robert de Corçon, qui avoit déjà disposé en sa faveur, contre les ordres précis du pape, de l'Agenois, du Querci, de l'Albigeois !k du Rouergue, entra parfaitement dans ses vues 8<, sous prétexte de terminer l'affaire déjà commencée contre les hérétiques albigeois &■ toulousains, il convoqua', étant à Reims, le 7 de décembre de l'an 12 14, un concile à Montpellier, où il appela les archevêques de Bourges, Narbonne, Auch & Bordeaux, avec les évêques, les abbés &c les archidiacres de ces provinces. Il jTiarque dans les lettres de convocation qu'il avoit choisi la ville de Montpellier préférablement à toutes les autres, tant à cause de sa situation favorable Êc de sa proximité de Toulouse qui est, dit-il, la clef St le réceptacle de l'hérésie, qu'à cause de sa sûreté, de sa grandeur Si de la fertilité du pays. II ne présida pas cependant à ce concile, comme il l'avoit projeté; ce fut^ le cardinal Pierre de Bénévent, légat dans la Province, qui, étant de retour d'Aragon oïl il avoit demeuré jusqu'alors, en fit l'ouverture, le mercredi 8 de janvier de l'an 1214 (i2i5). Les quatre archevêques dont on a déjà parlé s'y trouvèrent avec celui d'Embrun, vingt-huit évêques, un grand nombre d'abbés Se d'autres ecclésiastiques. Si plusieurs barons du pays dont on ne marque pas le nom. On y dressa trente canons pour la réformation de la discipline ecclésiastique, sur l'exaction des péages, la dénonciation des hérétiques St de leurs fauteurs, Sec.

Outre ces canons, le concile de Montpellier fit un décret mémorable au sujet du comté de Toulouse, dont il disposa par une entreprise manifeste sur l'autorité temporelle en faveur de Simon de Montfort. Ce général, toujours attentif à ses intérêts, s'approcha du lieu de l'assemblée; mais les habitans de Montpellier, qui connoissoient son ambition, lui refusèrent l'entrée de leur ville. Si il fut obligé de se tenir, durant tout le concile, dans un château voisin, qui appartenoit à l'évêque de Maguelonne. Il ne manœuvra pas moins pour cela, Si il ne manqua pas de venir tous les jours dans la maison des tem.pliers, située hors de la ville, où il avoit de fréquentes conférences avec

' Bali'.ze, Concilia Narionensis prov. p. 38 & seq, ' Baluze, ihid. — Pierre de V'nux-Cernay, c. 80

S*, nous, th'id. p. 2j £<. SLiiv, & seq.

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le légat 8t les évêques, en sorte qu'on peut dire qu'il fut comme l'âme du concile. Un jour, le légat étant allé conférer à l'ordinaire avec lui dans cette maison, l'amena à Montpellier avec ses deux fils Si les introduisit dans l'assemblée qui se tenoit dans l'église de Notre-Dame. Quelques chevaliers de la suite de Simon se promenèrent cependant dans la ville : il n'en fallut pas t.'ifi°p.''26V. davantage pour jeter l'alarme parmi le peuple, qui court en foule aux armes 81 s'attroupe de toutes parts. Les uns entourent l'église de Notre-Dame, les autres occupent les rues par où Simon devoit s'en retourner; mais ce général, averti du tumulte, se sauve de leurs mains par un chemin détourné. Ce fut là le prélude du décret qui fut fait, peu de temps après, de la manière suivante : Le cardinal Pierre de Bénévent' ayant disposé les esprits par un grand discours, qu'il prononça en plein concile, il appela ensuite chez lui les prélats 8<. leur dit : « Je vous conjure par le jugement de Dieu S< par l'obéissance que « vous devez à l'Eglise romaine, de me donner, sans aucun respect humain, « un fidèle conseil, suivant vos lumières, touchant celui à qui il convient, u pour l'honneur de Dieu & de l'Eglise, pour la paix du pays, & pour le <c purger entièrement d'hérésie, de donner la ville de Toulouse, que le comte <c Raimond a possédée, & tous les autres domaines que l'armée des croisés a « conquis. » Les évêques demandèrent quelque temps pour délibérer, 81 ayant consulté chacun en particulier les abbés 8<. les autres ecclésiastiques de leurs diocèses qui étoient présens, ils mirent leurs avis par écrit, 81 convinrent tous unanimement de choisir le comte de Montfort pour prince &■ monarque de tout le pays. Ils prièrent en même temps le légat de l'investir de tous ces domaines; mais ce cardinal ayant examiné ses pouvoirs 81 trouvé qu'il n'avoit pas assez d'autorité pour donner cette investiture, avant que d'avoir consulté le pape, le concile prit le parti de députer à Rome l'archevêque d'Embrun & quelques ecclésiastiques pour prier le pape de leur donner Simon de Montfort pour seigneur &• monarque du pays.

Il est marqué dans une^ lettre du pape Clément IV que le cardinal Pierre de Bénévent déclara le comté de Melgueil confisqué sur le comte de Toulouse au profit de l'Église romaine, qui s'en prétendoit suzeraine. Nous inférons de là que cette confiscation fut déclarée durant le concile de Montpellier; nous verrons du moins que le pape Innocent III disposa bientôt après de ce comté en faveur de l'église de Maguelonne.

LXXVIII. — Le légat fait prendre possession, au nom de l'Église romaine, de Toulouse 6- du château de Foix.

Après le concile^, le cardinal légat envoya Foulques, éveque de Toulouse, dans cette ville pour en prendre possession, de même que du château Narbonnois qui servoit de palais au comte. Les Toulousains se soumirent volon-'

• Pierre de Vnux-Cernny c. 80. . pie^e de Va„x-Cernay, c. 80. Guillaume

<^^<u\,Scrn- friesulum Mao-,Uncr.ùum,ii.Z'^i. <]e Puylinirens, c. 24 & :uiv.

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tairement à cet ordre, livrèrent la ville & le château à lei:r évêque, 8c obligèrent le comte Raimond, son fils, & les comtesses leurs femmes de se retirer dans la maison d'un simple particulier, nommé David de Roaix. Foulques mit garnison dans le château Narbonnois aux dépens des habitans, qui lui donnèrent outre cela pour la sûreté de leurs promesses, douze de leurs consuls que le légat envoya en otage à Arles, avec ordre d'y demeurer tout le temps qu'il jugeroit à propos. Nous apprenons à peu près l'époque du départ de ces otages, par un acte' suivant lequel les douze autres consuls ou capitouls, qui étoient restés à Toulouse, ayant convoqué le 20 de février de l'an I2i5 l'assemblée générale de la bourgeoisie, il fut résolu, quoique le nombre de seize consuls fût nécessaire selon les statuts pour gouverner la ville, que les douze qui restoient en auroient l'administration jusqu'à la fin de leur consulat. L'acte est daté : Philippe étant roi de France, Se Raimond comte de Toulouse; mais ce comte n'y avoit plus alors aucune autorité; l'évêque Foulques l'avoit entièrement envahie, comme il paroît entre autres par le refus qu'il fit à^ Raimond de Recaud^, sénéchal de Toulouse, 8c l'un des principaux conseillers du comte, de lui accorder la permission qu'il lui demandoit, d'aller finir ses jours au service des pauvres dans un hôpital, sous prétexte qu'il avoit porté ce prince à résister à l'Eglise. Le légat fit aussi prendre possession au nom de l'Eglise romaine, du château de Foix, dont M confia la garde à l'abbé de Saint-Thibéry , qui y établit pour châtelain Bérenger, son neveu, qualifié damoiseau. Le cardinal Pierre de Bénévent, s'étant ainsi assuré de tout ce qui restoit de places fortes dans le pays, permii aux chevaliers dont les biens avoient été confisqués (^faiditos) durant la la guerre, d'aller partout où ils vor.drcient, à condition qu'ils n'entreroient pas dans les villes murées; qu'ils marcheroient sans armes; qu'ils ne monteroient que sur de simples roussins, 8c qu'ils ne porteroient qu'un éperon.

LXXIX. — L'archevêque d'Arles donne en fiefBeaucaïre C- la terre d'Argence

à Simon,

Simon de Montfort, après le concile de Montpellier, fit un voyage à Beau- j^i^'^i'^^. caire"*, où Michel de Morèse, archevêque d'Arles, 8c son chapitre, lui donnèrent en fief, 8c à ses héritiers, le 3o janvier, la ville de Beaucaire 8c la terre d'Argence, qui comprenoit la partie du diocèse d'Arles, située en deçà du Rhône, avec leurs droits Se dépendances qui étoient possédés auparavant par les comtes de Toulouse. Simon en fit hommage-lige à ce prélat 8c lui donna quatorze cens marcs d'argent du poids de Montpellier d'acapte, avec promesse de payer outre cela un cens annuel de cent marcs d'argent du même poids, 8c de donner aux archevêques d'Arles un denier pour livre toutes les fois qu'il

' Ca(el, Histoire des comtes de Tolose, p. 3o2. * Registrum euriae Franciae. — Caseneuve, /"ranc-

' Guillaume de Puylaurens, c. 24. AUeu, p. 3i5. — Galîia C/iristiana, nov. éd. t. i,-

' [Corrige^ Ricaud (Aude), arrondissement & Instrum. p. ico & seq, & t, 2, Instrum. p. 235. canton de Castelnaudary.]

A>i I il 5

feroit fabriquer clans le pays de la nouvelle monnoie à laquelle l'archevêque promit de donner cours par son autorité. L'acte fut passé en présence de l'évêque d'Avignon, de Pierre, abbé de Saint-Gilles, de maître Thédise, chanoine de Gênes, & d'un grand nombre d'ecclésiastiques & de séculiers. Simon alla ensuite rejoindre le légat Pierre de Bénévent à Montpellier', d'où ils se rendirent à Carcassonne.

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