‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 196 sur 342 · LXXX. — Libéralités de Simon envers l'église d'Ujès · texte numérisé non relu

LXXX. — Libéralités de Simon envers l'église d'Ujès

Ce comte n'attendit pas la décision du pape pour disposer des domaines de la maison de Toulouse, Si il agit avant cette décision comme s'il en eût été le véritable maître; c'est ce qui paroît : i° Par une donation^ qu'il fit, le 7 de février de l'an I2i5, du consentement d'Amauri, son fils, en faveur d'Arnaud, évêque de Nîmes, du lieu de Millaud dans le vicomte de Nîmes, dont il était &< devait être le maître^ soit en raison du comté de Toulouse, soit à cause de la vicomte de Nimes. 2° Par une charte ^ datée de son palais de Carcassonne, le 16 de mars suivant, dans laquelle il déclare « que possédant « par la commission que Pierre, cardinal diacre du titre de Sainte-Marie en « Acquire & légat du Saint-Siège, lui en avoit donnée, toutes les terres & « tous les droits que Raimond, ci-devant comte de Toulouse, avoit, soit a par lui-même, soit par les autres, dans le diocèse d'Uzès, Sx. ayant appris « que l'église d'Uzès avoit souffert beaucoup de dommages, il donne du « mieux qu'il peut, tant pour soi que pour ses successeurs, à Raimond, « évêque de cette ville, & à son église, divers lieux, villages, droits de péage, « dîmes 81 autres domaines, que le même Raimond, ci-devant comte de Tou- « louse, possédoit dans ce diocèse, ou d'autres pour lui. Sien particulier la « viguerie d'Uzès, que Bermond tenoit de ce même comte. Il se réserve « néanmoins la justice criminelle pour l'effusion de sang dans la plupart de « ces domaines, dont il reprend quelques-uns en fief de l'église d'Uzès; avec « promesse de confirmer cette donation, lorsque tout le pays lui aura été « assigné à perpétuité par le pape, 81 de faire hommage k l'évêque Si à « l'église d'Uzès pour tout ce qu'il tient d'eux. » En conséquence, Bermond, seigneur d'Uzès, rendît hommage peu de temps après à l'évêque du fief de la viguerie d'Uzès, qu'il tenoit auparavant du comte de Toulouse, &. pour lequel il étoît obligé à une albergue de cent chevaliers.

LXXXI. — Louis, fils aîné du roi Philippe- Auguste, se croise 6- vient dans

la Province,

Simon reçut à Lavaur"*, le 1" d'avril suîvant, l'hommage de Guillaum.e, évêque de Cahors, pour le château de Pestillac en Querci, Si celui de Bcr-

■ Pierre de Vaux-Cernay, c. 80. p. 3o5 & seq. ~ [Voyez tome VIII, ce. 6C0 Ï6'>i,

• Tome Vni, Chartes, n. CXV, ce. 658 & «9. où nous republions cet acte d'après l'orieiiial.] ' Gallia Christiana, noy. éd. t, 6, Instrum, * Registrum curiae Francité,

naid de Cardaillac pour quelques autres châteaux du même pays'. Le lendemain, Rostaing de Posquières reconnut tenir de lui le château de ce nom dans le diocèse de Nimes. Il partit peu de jours après pour aller au devant de Louis, fils aîné du roi Philippe-Auguste. Ce jeune prince^ s'étoit croisé trois ans auparavant contre les hérétiques de la Province par un mouvement de piété; mais la guerre que le roi son père avoit alors sur les hras l'avoit empêché d'exécuter son dessein. Enfin, Philippe, ayant conclu une trêve avec Jean Sans-Terre, roi d'Angleterre, le premier soin de Louis fut de satisfaire sa dévotion. Il arriva à Lyon le jour de Pâques ig avril, suivi de Philippe, évêque de Beauvais, son cousin, du comte de Saint-Paul, de Gautier, comte de Ponthieu, Robert, comte de Séez & d'Alençon, Guiscard de Beaujeu, Matthieu de Montmorenci, du vicomte de Melun & de plusieurs autres chevaliers de distinction. Gui, évêque de Carcassonne, qui étoit allé quelque temps auparavant en France, servit de conducteur à ce nouveau corps de croisés, qui partit de Lyon le 20 d'avril. Se. continua sa route le long du Rhône. Montfort rencontra Louis à Vienne & l'accompagna toujours depuis. Le cardinal Pierre de Bénévent s'avança de son côté jusqu'à Valence pour aller au devant des croisés.

Ce légat ayant appris le voyage de Louis, en tut troublé. Il craignoit que ce prince, en qualité de seigneur principal du pays, ne changeât quelque chose à la disposition qu'il venoit de faire des domaines du comte de Toulouse, 8< qu'il ne l'inquiétât dans la possession des villes de Toulouse, de Narbonne 81 de plusieurs autres qu'il gardoit en séquestre, depuis qu'il avoit donné l'absolution à leurs habitans. Dans cette appréhension, il s'empressa de prévenir Louis pour le détourner de faire aucune entreprise contre ce qu'il avoit réglé ; prétendant, suivant le témoignage d'un historien-* du temps, « que ce prince ne devoit ni ne pouvait y donner aucune atteinte; attendu « qu'il ne venoit qu'en qualité de croisé ou de pèlerin, 8c que le pays avoit « été conquis par le pape avec le secours des croisés, sur le refus qu'avoit fait « le roi Philippe, après plusieurs exhortations, de le purger de l'hérésie dont « il étoit infecté. « Les craintes du légat furent bientôt dissipées : Louis, qui étoit un prince doux Si débonnaire, lui déclara qu'il agiroit en toutes choses suivant son conseil Si sa volonté.

LXXXII. — Le pape donne provïslonnellement le comté de Toulouse, i-c,

à Simon.

Louis s'arrêta k Saint-Gilles avec ses troupes; il y reçut les députés que le concile de Montpellier avoit envoyés à Rome, Se qui apportoient la réponse du pape datée du 1 avril. Par cette réponse, qui étoit adressée au légat, aux évêques Si à Simon de Montfort, Innocent III commettoit à ce général la

'Voyez notre Catalogue, n°' 123-125, où ces ' Pierre de Vaux-Cetnay, c. 8;.

pièces sont datées du i" & du 3 avril 1216; cetta ' lèi.i.

dernière date est U vraie. [A. M.l

cd. 0l,:;lii.

t. lll, p'. i-jg.

An lîiô

garde de tous les domaines que le comte de Toulouse avoit possédés, de toutes les terres que les croisés avoient conquises & de celles que le légat tenoit en otage, jusqu'à ce qu'il en eût été décidé autrement au concile général qu'il avoit convoqué à Rome pour le i" de novembre suivant. Il donna de plus à Simon les revenus de tous ces domaines avec l'exercice de la justice 8c la juridiction jusqu'à ce temps-là. 11 exhorte ce général, à la fin de sa lettre, de ne pas refuser cette commission ' : exhortation assez inutile, car Simon n'étoit que trop bien disposé à une obéissance aveugle sur cet article. Le prince Louis &. Montfort ne manquèrent pas de faire part de ces ordres au légat, qui s'étoit arrêté à Arles avec pif.sieurs évêques.

LXXXIIL — Le pape donne en fief le comté de Melgueïl aux évêques

de Maguelonne.

Dans la régie qu'Innocent III accorda à Montfort des domaines qui avoient appartenu au comte de Toulouse, il en excepta le comté de Melgueil ou de Montferrand, dont il disposa^ en qualité de seigneur suzerain, en faveur de Guillaume d'Autignac, évêque de Maguelonne, 8c de ses successeurs, auxquels il l'inféoda, moyennant une redevance annuelle de vingt marcs d'argent, par une bulle datée du 14 avril suivant. Innocent fit cette inféodation à condition que les évêques de Maguelonne feroient la guerre 8c la paix, pour les intérêts du même comté, suivant les ordres du pape; qu'ils ne pourroient inféoder ou aliéner, ni le château de Melgueil, ni celui de Montferrand, qui étoient les chefs-lieux du comté, ni enfin aucun des fiefs qui en dépendoient. Depuis ce temps-là les évêques de Maguelonne ou de Montpellier se sont qualifiés comtes de Melgueil ou de Montferrand; car, quoique le jeune Raimond, comte de Toulouse, soit rentré quelques années après dans les domaines qui avoient appartenu à son père, il ne put cependant recouvrer ce comté, dont les évêques de Maguelonne demeurèrent en possession Se dont ils obtinrent la confirmation de divers papes successeurs d'Innocent III. Ils en ont joui depuis, non toutefois sans quelque contradiction de la part de nos rois, successeurs des comtes de Toulouse, ainsi que nous le verrons dans la suite. Au reste, il s'en faut bien que cette inféodation ait été gratuite. Outre le cens annuel de vingt marcs d'argent, le pape en tira pour sa part douze cent vingt marcs ou sterlings d'argent, sans compter cinq cens livres qu'il fallut donner aux cardinaux pour les provisions, trois cent vingt livres valant cent marcs sterling, un cheval 8c une mule du prix de trente-cinq livres au camérier du pape, 8c plusieurs autres sommes qui furent distribuées aux offi-

' Poitliast, n. 4Ç)66; lettre du pape à Simon de août (HU. n. ^971); ordre aux chevaliers & ha-

Monifon (n. 4967), aux archevêques & évêques bitants de Melgueil d'obéir à leur nouveau sei-

du Midi (n. 4968), aux barons, consuls & fidèles gneur (n. 4974); enfin commission à Arnaud,

(n. 4969). [A. M.] archevêque de Narbonne, pour faire recouvrer

' Carte], Séries praesalum Magalonensiam, p. 3oj. les domaines aliénés parles comtes de Melgueil

JPotihast, n. 4972; première concession du 10 (n. 4973.)] [A, M.]

An 12|5

clers de la chancellerie romaine, en sorte qu'on compte que l'évêque de Maguelonne dépensa pour cela trente-trois mille sterlings neufs de demilivret Guillaume d'Autignac, pour satisfaire à une si grande dépense, céda aux consuls de Montpellier, pour vingt-cinq raille sols melgoriens, deux des douze deniers pour livre que le comte de Melgueil avoit coutume de prendre (."iii "p'^,!";,, sur la monnoie de Melgueil, le bois de Valène 61 divers autres droits.

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