‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 199 sur 342 · XCIV. — Saint Dominique fonde son ordre à Toulouse · texte numérisé non relu

XCIV. — Saint Dominique fonde son ordre à Toulouse

Foulques, évêque de Toulouse, amena ^ avec lui au concile de Latran saint Dominique, pour le présenter au pape & solliciter en sa faveur la confirmation de l'ordre des frères prêcheurs que ce saint venoit de fonder depuis peu à Toulouse. Dominique, après avoir établi, dès l'an 1207, sa principale résidence dans le monastère de Prouiile qu'il avoit fondé, l'avoit gouverné pendant les années suivantes en qualité de prieur, sans que cet emploi l'empêchât de continuer sa mission contre les hérétiques. Il traita ces sectaires avec douceur & charité, 8c sa conduite lui attira l'estime universelle de tout le pays. Pierre Cellani 8c Thomas, citoyens de Toulouse, touchés entre autres de sa sainteté, se rangèrent au nombre de ses disciples 8c lui donnèrent, en I2i5, leurs maisons situées dans.cette ville, auprès du château Narbonnois ou du palais des comtes. Dominique s'y établit aussitôt avec six de ses compagnons Se y jeta les fonderaens de son ordre. L'évêque Foulques favorisa de tout son pouvoir ce nouvel établissement 8c déclara par un acte^, daié de l'an I2i5, régnant Philippe, roi de France, 6* le comte de Montfort tenant la principauté de Toulouse, « que pour déraciner l'hérésie, extirper les vices « enseigner la règle de la foi 8c instruire les peuples dans les bonnes mœurs, « il avoit nommé pour prédicateurs dans son diocèse frère Dominique 8c ses « associés, qui se sont proposé, ajoute-t-il, de marcher religieusement à pied, « de vivre dans la pauvreté évangélique 8c de prêcher l'évangile de la vérité. » Il disposa ensuite en leur faveur, du consentement de son chapitre, de la ' sixième partie des dîmes de tout son diocèse, laquelle étoit assignée pour l'or-

nement &c la fabrique des paroisses. Il donna aussi, vers le même temps "*, du consentement de Jourdain, abbé de Saint-Sernin, 8c du prévôt de sa cathédrale, à frère Dominique, chanoine d'Osma, l'hôpital situé à la porte d'Arnaud- Bernard, pour les besoins [ad opus) des dames converties de Prouiile, 8c des frères qui avoient soin d'elles tant pour le spirituel que pour le temporel.

Foulques présenta frère Dominique ^ au pape 8c lui demanda la confirmation de l'ordre des Prédicateurs qu'il venoit de fonder. Le pape répondit qu il convenoit auparavant que Dominique retournât dans la Province pour avoir

'Cette charte est de mars iîi5 (1214, v. st.). ventuum PraeJieatoram , ap. Martène, Collectlo

Elle a été imprimée dans le Gallia Christiana, ampltssima, t. 6, — Percin, Monumenta conventus

pr. éd. t. 3, p. çr-î. — Cf. Delisle, Catalogue des Tholosani fratrum Praejicatorum, actes de Philipi>c-Auguste, p. 849, n. i532. [A. M.] ' Quétif & Echard, SS. ord. Praedicatorum, t. 1

' Praeclara Francorum facinora, p. 121. — Tri- p. 12. vet, Chronicon. — Vha S. Dominici, ap. Quétif & ■* Vcyez tome VIII, Chartes, n. CXVIII, c. 6^6.

Echard, SS. ord. Praedicatorum, t. r, p. 9 & seq. '' Quétif & Echard, SS. ord. Praedicatorum, t. 1,

— Bernardtis Guidonis, Historia fundationis con p. 12.

l'avis de ses frères, touchant la règle qu'il vouloit embrasser; il confirma cependant en sa faveur, le 8 d'octobre, la fondation du monastère de Prouille'. Saint Dominique étant revenu dans le pays 8c ayant assemblé ses associés à Prouille, vers la fête de Pâques de l'an 1216, on choisit d'un commun accord la règle de Saint-Augustin, à laquelle on ajouta des constitutions particulières. Il retourna à Rome, vers la fin de septembre de la même année, 8c obtint du pape Honoré III, successeur d'Innocent III, la confirmation de sa règle, qu'il lui présenta à la fin de décembre. Le pape adressa la bulle de confirmation au prieur de Saint-Romain de Toulouse £> à ses frères qui avaient embrassé la vie religieuse ou qui la professoient^. L'évêque Foulques avoit donné alors depuis peu, à saint Dominique, cette église de Saint- Romain avec une autre dans Pamiers, 8c celle de Sainte-Marie de Lescure, située entre Lavaur Se Puylaurens, toutes trois dans son diocèse, pour y fonder autant de couvens; mais le saint ne s'établit que dans la première dont il reçut la donation pendant l'été de l'an 1216. Saint Dominique y fonda le premier couvent de son ordre, lequel fut d'abord habité par seize religieux dont il fut le premier prieur. Les frères prêcheurs y demeurèrent jusqu'en I233 qu'ils s'établirent dans le couvent qu'ils occupent aujourd'hui à Toulouse, 8c qui porte le nom de Saint-Thomas d'Aquin, depuis qu'on y a transféré les reliques de ce saint docteur. Quant à saint Dominique, il vint rejoindre ses frères à Toulouse, après Pâques de l'an 1217, 8c les ayant tous assemblés à Prouille, au mois d'août suivant, il envoya plusieurs d'entre eux dans les différentes parties du monde chrétien, où ils fondèrent divers couvens de leur institut. Il demeura lui-même dans le pays jusqu'à la fin de l'année qu'il retourna en Italie. Il revint dans la Province vers le mois d'octobre de l'an 12 18, passa de là en Espagne 8c revint pour la dernière fois à Toulouse l'année suivante. Il se rendit ensuite à Paris, 8c ayant fait un nouveau voyage en Italie, il y mourut à Bologne de la mort des justes, le f%°"^l"- 6 d'août de l'an 1221, après avoir fondé de son vivant un grand nombre de couvens de son ordre, entre autres ceux de Toulouse, de Montpellier 8c du Puy. On en fonda dans la suite de l'un 8c de l'autre sexe dans la plupart des villes du pays. Nous avons cru devoir ce petit détail à la mémoire d'un des plus grands saints de l'Église, qui a honoré la Province de sa présence 8c y a fondé son ordre, qui l'a éclairée de ses lumières 8c l'a édifiée par ses vertus durant plusieurs années de suite.

XCV. — Le concile de Latran décerne diverses peines contre les hérétiques

albigeois.

On dressa divers canons au concile de Latran. Le premier contient l'exposition^ de la foi catholique contre les erreurs des hérétiques du temps, savoir i

■ [Potthaït, n. 4997.] ' Coneilia, t. 1 i, c. 142 & seq.

' Cette bulle est du 22 décembre 1216; ef; Potthast, n°' 5402, 5403. [A. M.]

An 121 5

les manichéens ou albigeois & les vaudois. Le troisième leur dit anatliême, & ordonne qu'après leur condamnation ils seront livrés aux puissances séculières pour être punis; que les biens des laïques seront confisqués,, Se ceux des ecclésiastiques appliqués aux églises dont ils recevoient leurs rétributions; qu'on excommuniera ceux qui seront seulement suspects, s'ils ne se purgent canoniquement, Se qu'ils seront traités comme hérétiques s'ils demeurent un an dans cet état. Ce canon ordonne de plus que les puissances séculières soient tenues. Se qu'on les oblige même, s'il est nécessaire, par les censures ecclésiastiques, de promettre par serment d'exterminer de tout leur pouvoir tous les hérétiques dénoncés, avec ordre aux évêques d'excommunier les princes qui négligeront l'exécution de cet article St de dénoncer au pape ceux qui demeureront un an sans y obéir; afin, est-il dit, que le souverain pontife déclare leurs vassaux déliés du serment de fidélité. Se qu'il expose leurs terres au premier catholique qui voudra s'en saisir, lequel les possédera sans contradiction après avoir purgé le pays d'hérétiques, sauf le droit du seigneur principal. Un célèbre historien' moderne remarque « qu'il semble, à la « vérité, que l'Église entreprend ici sur la puissance séculière; mais, ajoutc-t-il, « il faut se souvenir qu'à ce concile assistoient les ambassadeurs de plusieurs « souverains, qui consentirent à ces décrets au nom de leurs maîtres; » mais la présence de ces ambassadeurs ne paroît pas dans les actes. Enfin le même canon accorde à ceux qui se croiseront contre les hérétiques, l'indulgence que gagnoient ceux qui alloient à la Terre-Sainte, S< excommunie les croyans des hérétiques, leurs receleurs & leurs fauteurs; il les déclare tous excommuniés, infâmes St incapables de plein droit de tous les effets civils, s'ils ne satisfont dans un an, après qu'ils auront été avertis par leur évêque, Sec. On prescrit ensuite aux évêques la manière dont ils dévoient agir pour exterminer les hérétiques qui se trouveroient dans leurs diocèses, avec menace de déposer ceux qui seroient négligens dans l'exécution de cet ordre.

XCVI. — Le comte de Toulouse i- son fils, avec les comtes de Foix 6- de Comminges, vont au concile de Latran pour demander la restitution de leurs domaines.

Outre ces canons, le concile fit, touchant les domaines de Raimond, comte de Toulouse, un décret, qu'on ne trouve pas à la vérité dans les actes, mais qui est rapporté ou dont il est parlé dans divers auteurs^. Ce prince, suivi des comtes de Foix Se de Comminges, se rendit à Rome quelque temps avant le concile; il fut suivi bientôt après de R.aimond, son fils, qui s'étoit retiré à la cour du roi d'Angleterre Se qui fut obligé de se déguiser en marchand pour n'être pas reconnu. Quant à Simon de Montfort, il crut que sa présence étoit nécessaire dans le pays pour s'en conserver la possession, Se se

■ Fleuri, Histoire ecclésiastique, 1. 77, n. 47. niques, ce. 102, io3. — [Le poëme, au moins dans

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 83. — Guillaume son état actuel, ne donne pas ces détails.] de Puylaurens, c. 16. — Voyez tome VIII, Chro-

An

contenta d'envoyer au concile Gui, son frère, 8c quelques-uns de ses chevaliers pour y prendre soin de ses intérêts. Il pouvoit se reposer d'ailleurs sur 1 évêque de Toulouse & sur quelques autres prélats qui lui étoient entièrement dévoués.

Le roi d'Angleterre' pourvut à tous les frais du voyage du jeune comte Raimond, son neveu, 6c lui donna des lettres de recommandation pour le pape. Ce jeune prince, le comte de Toulouse, son père, 8c les comtes de Foix 8c de Comminges, ayant été introduits dans le concile, se prosternèrent aux pieds du pape, qui les fit lever. Le jeune Raimond présenta alors au pontife les lettres du roi d'Angleterre, 8c ils exposèrent ensuite, chacun en particulier, les griefs qu'ils avoient tant contre Simon de Montfort que contre le légat; ils se plaignirent surtout de ce que Simon, nonobstant l'absolution que le légat leur avoit donnée 8c leur soumission aveugle à tous ses ordres, avoit envahi sur eux tous leurs domaines. 1/un des cardinaux, ayant pris la parole, confirma la vérité de ce récit, parla hautement en faveur de tous ces princes Se fut appuyé par l'abbé de Saint-Thibéry. Foulques, évêque de Tou- uni^p^j-s louse, supportant impatiemment cette apologie, se leva 8c dit : « Le comte de « Foix ne peut disconvenir que son comté ne soit rempli d'hérétiques, car « après que le château de Montségur a été pris 8c rase, on a fait brûler tous (1 les habitans. De plus, sa sœur a fait mourir son mari pour l'amour des 0 l'.érétiques ; elle s'est réfugiée dans Ramiers, où elle a demeuré pendant « quatre ans Se où, par son crédit, l'hérésie a pris de nouvelles forces. Enfin « ce comte, joint à celui de Toulouse, a fait périr, au lieu de Montjoyre, plus « de six mille croisés qui alloient au secours de Lavaur. »

Le comte de Foix répondit à tous ces reproches 8c déclara : 1° Qu'il n'étoit pas maître du château de Montségur que le comte, son père, avoit donné en mourant à sa sœur, 8c qu'ainsi s'il y avoit eu des hérétiques ce n'étoit pas sa faute, mais celle de sa sœur dont il n'étoit pas responsable. 2° Quant à ceux qui ont été tués à Montjoyre, ce n'étoit, dit-il, qu'une troupe de brigands qui désoloient le pays. « Mais l'évêque de Toulouse est coupable lui-même u d'avoir livré sa ville épiscopale au pillage 8c d'y avoir fait périr plus de dix « mille habitans de concert avec le légat 8c Simon de Montfort. » Plusieurs barons de la Province, qui étoient allés à Rome à la suite des comtes, se plaignirent à leur tour du procédé de Simon : Raimond de Roquefeuil se récria beaucoup entre autres sur la manière cruelle dont ce général avoit fait périr le feu vicomte de Béziers, 8c désolé ses domaines, tandis que ce vicomte n'étoit ni hérétique, ni fauteur des hérétiques. Les comtes de Toulouse, de Foix 8c de Comminges, après avoir exposé leurs griefs en pleine assemblée, se retirèrent pour attendre la réponse.

Gui de Montfort Se les autres envoyés de Simon furent aussi Introduits dans le concile. Ils déclarèrent que si on rétablissoit les comtes dans leurs domaines, personne ne pourroit plus à l'avenir prendre la défense Se les iuté-

' Voyez tome VIII, at supra.

An liia "'

rets de l'Église, & ils furent appuyés de la plupart des prélats. Le pape, après les avoir entendus, fit chercher dans les registres 8t dit que, suivant ce qui s'étoit passé, il ne pouvoit, sans se faire un tort infini, se dispenser de rendre aux comtes les domaines qu'on leur avoit pris, parce qu'il trouvoit que le comte de Toulouse S<. ses associés avoient toujours protesté qu'ils vouloient obéir à l'Église. Cette proposition ne fut pas du goût du plus grand nombre des prélats; ils en murmuroient hautement lorsque le chantre de l'église de Lyon, ecclésiastique de mérite, ayant pris la parole, assura le pape que le comte de Toulouse lui avoit toujours été obéissant. « Vous savez bien, dit-il, « en s'adressant au saint père, que ce prince vous a remis sur-le-champ ou à « votre légat ses places fortes; qu'il s'est croisé des premiers & qu'il a com- (i battu pour l'Eglise au siège de Carcassonne contre le vicomte de Béziers, « son propre neveu. Il a fait toutes ces choses pour vous donner des preuves « d'une entière obéissance. Vous ne pouvez donc vous dispenser de lui rendre « ses domaines sans vous couvrir d'une honte qui rejaillira sur toute l'Église; « de sorte que dans la suite on ne voudra plus se fier à vous. Il paroît, » ajoute-t-il, en se retournant vers l'évêque de Toulouse & lui adressant la t. parole, que vous n'aimez ni ce prince, ni votre peuple, car vous avez allumé » un si grand feu dans Toulouse que rien n'est capable de l'éteindre; vous y » avez fait mourir plus de dix mille hommes, 8c vous y en ferez périr encore » davantage en persévérant dans vos desseins. Vous avez par là décrié la cour « de Rome. Est-il juste que pour satisfaire la passion d'un seul tant d'autres « soient sacrifiés? »

L'auteur' qui rapporte ces circonstances témoigne que le pape, ébranlé par les discours du chantre de Lyon, avoua qu'il avoit été surpris & que le comte de Toulouse 8v ses confédérés lui avoient toujours été obéissans. Il ajoute que l'archevêque de Narbonne parla ensuite en faveur de ce prince & de ses associés. On sera moins surpris de voir ce prélat, qui avoit été le principal moteur de la croisade contre les albigeois & qui avoit traité le comte de Toulouse avec beaucoup de dureté, se rendre l'apologiste de ce prince, lorsqu'on fera réflexion qu'il étoit alors extrêmement brouillé avec Simon de Montfort à l'occasion du duché de Narbonne. Enfin Thédise (évêque d'Agde) i!^ili^p!^l"g, combattit, dit-on, le discours de l'archevêque de Narbonne &. parla avec feu en faveur de Simon de Montfort. Le pape, continue le même historien, après avoir écouté ces différens discours, dit qu'il étoit vrai qu'on lui avoit fait de grandes plaintes & contre son légat & contre Simon de Montfort; il parut disposé^ à rendre au comte de Toulouse 8i à ses associés tous leurs domaines, 8i déclara que, supposé que ce prince fût coupable, il n'étoit pas juste du moins que son fils portât la peine de ses fautes. Cet aveu du pontife excita de grandes clameurs parmi les prélats attachés à Simon de Montfort, qui entraînèrent la plupart des suffrages, & protestèrent hautement que si on

' Voyez tome VIII, ce. io8, 109. 'Voyez tome VIII, ut supra. — Albéric, Cliro-

nicon, ann. izi i.

vouloît ôter à ce général les pays qu'il avoit conquis, ils l'aideroient de toutes leurs forces à les conserver envers tous Si contre tous. L'évêque d'Osma' dit alors au pape : « Saint père, ne vous effrayez pas de toutes ces menaces j <i l'évêque de Toulouse est un grand flatteur; mais, malgré ses intrigues, il « ne pourra empêcher que le fils du comte Raimond ne recouvre ses domaines « sur le comte de Montfort. Ce jeune prince trouvera de l'appui auprès des « rois de France & d'Angleterre 81 de plusieurs autres princes dont il est « parent. Si il saura bien soutenir son droit, quoique encore jeune. » Le pape répondit : « Ne vous embarrassez pas du fils du comte de Toulouse, car si le « comte de Montfort lui retient ses domaines, je lui en donnerai d'autres, « fil, s'il est fidèle à Dieu 81 à l'Église, il ne manquera de rien*. »

XCVII. — Décret du concile touchant les domaines du comte de Toulouse, Il adjuge le comté de ce nom à Simon de Montfort (y réserve le reste au Jeune Raimond.

Tel est le récit que nous a laissé un ancien historien des débats qui s'élevèrent dans le concile de Latran au sujet du comte de Toulouse : débats qu'un auteur^ du temps, partisan zélé de Simon de Montfort, n'a pu dissimuler'*. « Il est vrai, dit cet auteur, que quelques-uns de ceux qui assistèrent « au concile, même, ce qui est plus fâcheux, parmi les évêques, étant ennemis « de l'affaire de la foi, travaillèrent pour le rétablissement des comtes de « Toulouse 81 de Foix dans leurs domaines; mais le conseil d'Architopel ne « prévalut pas. Si les méchans furent trompés dans leurs espérances; car le « pape, avec l'approbation de la plus grande Si de la plus saine partie du » concile, fit dresser un décret, suivant lequel il ordonna que la ville de « Toulouse, Si toutes les autres qui avoient été conquises par les croisés, « seroient cédées au comte de Montfort, qui avoit travaillé plus que personne « dans cette affaire, Si que les domaines que le comte de Toulouse avoit

■ L'évèqued'Osma n'assista pas au concile (voyez suite du discours s'enclii.îne d'une manière assez

réditioii de M. Meyer, t. 2, p, 190, note). Guillem vraisemblable. On peut toutefois se demander

d« Tudèle porte : l'archevêque d'Obizin, qui est comment le poëte a connu tous ces détails. Il

unefaute du manuscrit. La correction paraît d'ail- est probable que cette première réunion, où les

leurs impossible à faire. [A. M.] princes méridionaux plaidèrent leur cause, ne

" Le poëte donne encore (vers 3574-3595) un fut pas, à proprement parler, une session du con-

dialogue assez long entre le pape & l'abbé de cile, mais une sorte de conférence préparatoire,

Beaulieu (Bewley, en Angleterre); ce dernier, en- à laquelle le continuateur anonyme de Guillem

voyé du roi d'Angleterre à la cour de Rome pour de Tudèle put assister. Les dispositions du pape

soutenir la cause de Jean-sans-Terre contre le paraissent d'ailleurs avoir été telles qu'il les in-

primat Etienne de Langton, essaye une dernière dique, & les actes officiels prouvent que depuis

fois de fléchir le pape, en faisant valoir la re- plusieurs années Innocent III voyait la croisade

commandation du roi d'Angleterre en faveur du albigeoise sous un jour moins favorable. On peut

jeune Raimond. [A. M.] même remarquer que, pendant les quelques mois

^ Pierre de Vaux-Cernay, c. 83. qu'il vécut encore après le concile de Latran, il

' La remarque de dom Vaissete ne manque pas eut avec Montfort des rapports moins fréquents &

de justesse, &, surtout dans la rédaction en vers, qu'il ne lui écrivit guère que pour réprimander ses

plus développée que la chronique en prose, la excès de zèle ou arrêter ses empiétements. [A. JM.J

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