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« possédés en Provence seroient réservés, pour en faire part, en tout ou « partie, au fils de ce comte, s'il se rendait digne par sa fidélité Se sa con- « duite de recevoir une telle grâce. » Ce décret nous a été conservé en entier, & il est conçu, au nom du pape Innocent 111, de la manière suivante :
<( Tout l'univers' est informé des travaux que l'Église a entrepris, soit par les prédicateurs, soit par les croisés, pour exterminer les hérétiques & les routiers de la province de Narbonne & des pays voisins. Le succès a répondu, par la grâce de Dieu, à nos soins; en sorte que les uns & les autres étant chassés, le pays est maintenant gouverné dans la foi catholique & la paix fraternelle. Mais comme ce nouveau plant a besoin d'être arrosé, nous avons jugé à propos d'y pourvoir, après avoir consulté le concile. Que Raimond, comte de Toulouse, qui a été trouvé coupable en ces deux articles, & que plusieurs indices certains prouvent depuis longtemps ne pouvoir gouverner le pays dans la foi, soit exclu pour jamais d'y exercer sa domination, dont il n'a que trop fait sentir le poids, & qu'il demeure dans un lieu convenable, hors du pays, pour y faire une digne pénitence de ses péchés; cependant qu'il reçoive tous les ans quatre cents marcs d'argent pour son entretien, tant qu'il obéira humblement. Que sa femme, sœur du feu roi d'Aragon, laquelle, suivant le témoignage de tout le monde, est une dame de bonnes mœurs & catholique, jouisse entièrement & paisiblement des terres qui lui ont été assignées pour son douaire, à condition qu'elle les fera régir de telle sorte, suivant l'ordre de l'Église, que l'affaire de la paix & de la toi n'en souffre aucun préjudice; autrement on lui donnera un équivalent, selon qu'il plaira au siège apostolique. Que tous les domaines que les croisés ont conquis sur les hérétiques, leurs croyans, leurs fauteurs 8c receleurs, avec la ville de Montauban & celle de Toulouse, qui est la plus gâtée par l'hérésie, soient donnés (sauf en tout le droit des hommes catholiques, des femmes & des églises) au comte de Montfort, homme courageux & catholique, qui a travaillé plus que tout autre dans cette affaire, pour les tenir de ceux de qui il doit les tenir de droit. Le reste du pays qui n'a pas été conquis par les croisés sera mis, suivant le mandement de l'Église, à la garde de gens capables de maintenir & de défendre les intérêts de la paix 8c de la foi, afin d'en pourvoir le fils unique du comte de Toulouse, après qu'il sera parvenu à un âge légitime, s'il se montre tel qu'il mérite d'obtenir le tout ou seulement une portion, ainsi qu'il sera plus convenable^. » Suivant cette disposition, Simon de Montfort ne devoit dominer que sur les pays qui avoient été conquis par
les croisés, 8c, par conséquent, seulement depuis Béziers &c Carcassonne jusque vers l'Océan, les Pyrénées 8c la Dordogne. Le reste des domaines du
■ D'Achéry, Sp'inleg'ium, t. 7, p. iio. — Concilia, l'archevêque Arnaud pour faire assigner au comte
t. 11, c. 234. — Trésor des chartes, Bulles contre de Toulouse un revenu de cent cinquante marc»
hi hérétlijues, n. i3. [Potthast, n. Soop.] sur le château de Eeaucaire. (Potthast, n. Soie.)
' Ver» le même temps, Innocent III écrivit à \[^ jyj 1
comte de Toulouse devoit être rais en séquestre pour le fils de ce prince. Nous ferons dans la suite usage de cette remarque, qui est importante. On voit de plus que le concile de Latran, ou plutôt le pape qui étoit son organe, n'eut aucun égard à la demande de Pierre-Bermond de Sauve, gendre du comte de Toulouse, qui s'étoit rendu à Rome pour soutenir les droits de sa femme 8t de leurs enfans à la succession de ce prince, à l'exclusion du jeune Raimond; ainsi ce dernier fut reconnu pour légitime, malgré les objections de ce seigneur, lequel mourut dans le cours de cette poursuite. Un moderne' prétend que dans la réserve de la Provence que le concile de Latran fit par son décret en faveur de Raimond le Jeune, il faut en excepter le pays Venaissin que les papes possédoient alors, ajoute-t-il, 61 qui ne fut à Raimond que quelques années après. Cet auteur se trompe : le pape ne possédoit alors du comté Venaissin que quelques châteaux que le comte de Toulouse avoit remis en 1109 au légat Milon pour la sûreté de ses promesses. Ce comté fut réservé par conséquent au jeune Raimond, avec le reste du marquisat de Provence & avec la partie orientale du duché de Narbonne.