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territoriale Se politique de la France. L'hérésie albigeoise se meurt; l'Eglise romaine est plus puissante que jamais dans la Province, Se un tribunal exceptionnel, l'Inquisition, travaille à ramener à l'unité les dernières communautés hérétiques, que la guerre a laissé subsister.
Tout, avant la guerre des albigeois, séparait le Nord St le Midi. Les races qui habitaient les bassins de la Garonne & du Rhône, celles qui vivaient au nord de la Loire, n'étaient pas les mêmes, S<. la Narbonnaise, plus qu'aucune autre partie de la Gaule, avait reçu après la conquête romaine l'empreinte du génie latin. Avec le temps, ces dissemblances n'avaient tait cjue s'accentuer. Tandis que la noblesse féodale du Nord gardait sa puissance S<. ses privilèges, dans le Midi, au contraire, les classes tendaient à se rapprocher. Les chevaliers devenaient volontiers bourgeois des grandes républiques languedociennes; le commerce, plus étendu S<. plus actif, enrichissait les classes moyennes de la société; la condition des serts s'améliorait. La langue était plus cultivée; le droit, issu du droit romain, plus parfait S<. plus philosophique. Ajoutons-y la tolérance religieuse, qui avait gagné les hautes classes; elles n'avaient pas cessé de croire, mais elles voyaient sans indignation leurs parents, leurs amis pratiquer une autre religion.
Tel était, en résumé, l'état moral Se social du Midi vers la fin du douzième siècle. Séparé du Nord à tant d'égards, il devait avoir à compter avec lui, le jour où les Capétiens essayeraient d'établir leur pouvoir dans le sud de l'ancienne Gaule. La guerre des albigeois précipita le cours des événements, 8c le choc se produisit dans les premières années du treizième siècle. Le Midi fut vaincu; nous le répétons, il était plus civilisé que le Nord ; les vices de son organisation politique causèrent seuls sa défaite.
La féodalité était née du besoin de protection qui s'était imposé à tous en France, au neuvième siècle, lors des invasions des Normands Si des longues guerres civiles qui amenèrent le partage de l'empire de Charlemagne; impuissant à protéger les hommes libres, qui dépendaient de lui, le roi ou l'empereur n'avait pu les empêcher de se choisir un maître plus actif Se
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surtout plus voisin. Alors se multiplièrent les associations entre vassaux 8c seigneurs, qui s'unirent aux grands officiers, devenus indépendants, &, sous cette domination rude mais nécessaire, la France entière put se reconstituer Se refaire sa force militaire. Mais ce mouvement ne s'arrêta pas aux anciens comtés de Charlemagne 8c de Louis le Pieux. Si le roi de Laon ou de Paris était impuissant à Toulouse, le comte de Toulouse ne l'était guère moins à Nimes ou à Albi j il dut déléguer ses fonctions, se choisir des lieutenants pour chacune des villes cjui composaient son duché, devenu héréditaire. Ces lieutenants, à leur tour, fixèrent leurs dignités S<. leurs titres dans leur famille & purent braver leur ancien seigneur, se liguer contre lui, lui faire la guerre Se s'approprier les droits régaliens. Cela dura en Languedoc jusque vers le milieu du onzième siècle. Mais, à cette époque, une réaction se produisit presque partout en France. Dans chaque province, le suzerain nominal essava de rendre son pouvoir plus effectif, 8c ce que les rois de France firent dans leurs États, les ducs de Normandie dans leurs domaines, les comtes de Toulouse le tentèrent en Languedoc.
Aucun prince français ne portait de titres plus pompeux que les Raimond; ducs de Narbonne, comtes de Toulouse 8c marquis, de Provence, ils étaient suzerains de tout le pays qui s'étend des sources de la Durance aux confins de la Gascogne, des frontières de l'Auvergne, de la Marche 8c du Dauphiné aux Pyrénées, au Roussillon 8c à la mer. Mais cette puissance était plus apparente que réelle. De tous les pays dont la souveraineté leur appartenait, deux seulement dépendaient d'eux : le marquisat de Provence Se le comté de Toulouse. Le reste du Languedoc était possédé par quatre ou cinq princes assez puissants pour faire respecter leur indépendance. Se sachant, au besoin, se liguer contre leur suzerain. Le comte de Toulouse était duc de Narbonne, mais ce titre ne lui donnait aucun droit sur la ville de ce nom, que les descendants des anciens vicomtes, dès le milieu du dixième siècle, possédèrent librement. Alfonse Jourdain essaya, lors de l'avènement de la célèbre Ermengarde, de s'emparer de cette ville; il ne put s'y maintenir. Se tous ses vassaux se coalisèrent pour s'opposer a un. accroissement aussi démesuré de sa puissance. Sauf vSaint-Gilles, sur le Rhône, les comtes de Toulouse ne possédaient rien à l'est de l'Aude; en Provence, ils avaient à lutter contre les
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comtes de Forcalquier, dépouillés par le traité de iiiS. Dans le Rouergue, ils ne tenaient que le plat pays; la capitale du comté, un grand nombre de chàteaux-forts appartenaient à révêc[ue & au comte. En Albigeois, à partir de 1164, leur pouvoir devint purement nominal; le vicomte les remplaça à Albi Jk le sud du pays resta seul dans leur dépendance. Les comtes de Foix & de Comminges ne leur rendaient l'hommage que pour une partie de leurs domaines. A vrai dire, les comtes de Toulouse ne possédaient en propre que le Toulousain, v compris le Lauragais, la Gascogne toulousaine S<. le Querci jusqu'aux, confins de la Marche, principauté étendue, pays riche Se fertile, mais qui ne pouvaient fournir à leur maître ni assez d'argent ni assez de soldats pour soumettre ses turbulents vassaux.
Plusieurs familles se partageaient le reste du Languedoc. Les vicomtes de Carcassonne, maîtres du Razès, du Biterrois 8c de l'Albigeois, furent, durant tout le douzième siècle, les chefs des coalitions contre les comtes de Toulouse. Moins puissants qu'eux, les vicomtes de Narbonne, les comtes de Foix, les comtes de Melgueil, les vicomtes de Nimes & les seigneurs de Montpellier surent également faire respecter leur indépendance. Ce n'est pas qu'impuissants à les soumettre de vive force, les Raimond n'aient essayé de la politique; par des mariages, ils tentèrent de se concilier quelques-uns de leurs barons; par des achats, ils cherchèrent à arrondir leurs domaines. Le premier moyen leur réussit peu, S<. le gendre de Raimond V, Roger II de Carcassonne, passa sa vie à combattre son beau-père; le second fut, au contraire, plus fructueux. Un mariage politique avait valu à Raimond' VI le comté de Melgueil; Raimond V acquit Agde 8< Nimes; tout le pays entre l'Hérault & le Rhône finit ainsi par appartenir aux comtes de Toulouse. Si le Languedoc avait pu rester isolé, nul doute que ces princes n'v eussent fondé une sorte de monarchie féodale; malheureusement pour eux, cette province avait des voisins puissants & actifs, par suite dangereux.
Quatre princes pouvaient menacer l'indépendance du I anguedoc : l'empereur d'Allemagne 8c les rois d'Angleterre, de France 8c d'Aragon. L-'empereur était le moins à craindre; le comte de Toulouse, il est vrai, tenait de lui le marquisat de Provence, 8c sa suzeraineté s'étendait sur le Vivarais; du moins
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telle était la prétention de la chancellerie impériale; mais Conrad, Frédéric BarberoLisse, Henri \'I Se Frédéric II étaient trop loin 8<. trop occupés pour se créer en France de nouveaux embarras, S; la lutte contre le Saint-Siège suffisait largement à occuper leur activité.
Le roi d'Angleterre, Henri H, était plus dangereux. Voisin immédiat du comte de Toulouse, actif, habile, il avait en outre des prétentions sur ce comté; sa femme, Eléonore de Guyenne, était fille de ce Guillaume X qui à deux reprises avait occupé Toulouse, pendant la minorité d'Alfonse-Jourdain, S< de Philippine, fille unique de Guillaume IV, comte de Toulouse. Henri H épousa les querelles de sa temme, S<. Louis VII dut venir défendre contre lui son nouveau beau-h'ère, Raimond \. Trop fidèle à ses amitiés de jeunesse, le fils de celui-ci, R.aimond V'I, resta l'allié de Richard Cœur-dc- Lion, devenu roi d'Angleterre, épousa sa sœur, c[ui lui apporta, en dot, le diocèse d'.Agen, abandonnant pour un faible avantage la maison de France, alliée traditionnelle, protectrice constante de sa famille. C'était une lourde faute qu'il expia cruellement, quinze ans plus tard.
Soutenu par le roi de France, le comte de Toulouse n'avait rien à craindre du roi d'Angleterre; le roi d'Aragon étai< pour lui un ennemi beaucoup plus redoutable. Avant même cju'un mariage heureux eût réuni l'Aragon S< la Catalogne, les comtes de Barcelone étaient pour ceux de Toulouse des rivaux k craindre. De tout temps, ils avaient été en relation avec la Septimanie; alliés à la plupart des familles princièies de ce pays, ils y trouvaient des recrues toujours prêtes pour la guerre sainte contre les Maures, qu'ils poursuivaient sans relâche. Raimond le Vieux, comte de Barcelone, en achetant, vers 1070, les droits, plus ou moins légitimes, du vicomte & de la vicomtesse de Bézicrs sur les comtés de Carcassonnc Se de Razès, fournit h ses successeurs iin prétexte tout trouvé pour intervenir continuellement dans les affaires du Languedoc. Les comtes de Barcelone, bientôt rois d'Aragon, resteront fidèles à cette politique, & les vassaux des comtes de Toulouse, révoltés contre leur suzerain, pourront toujours compter sur leur appui. F.n même temps, les domaines de la maison d'Aragon s'étendent. En 1174, la mort du dernier comte de Roussillon leur donne ce comté £<, celui de Cerdagne; en 11 25, le comté de Provence est devenu un apanage de leur famille. Au nord, maitres