‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 3 sur 342 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

des vicomtes de Millau &. de Cariât, ils font sentir leur inikicnce jusqu'aux portes de Rodez. La plupart des seigneurs du Languedoc sont leurs vassaux; les vicomtes de Béziers tiennent d'eux Carcassonne & le Razès; les comtes de Foix, ceux de Comminges, leur rendent hommage pour leurs possessions d'Espagne. Narbonne, après la mort tle la vicomtesse Ermengarde, appartient k la famille espagnole de Lara; enfin, les seigneurs de Montpellier ont de tout temps entretenu avec les comtes de Barcelone des rapports suivis.

Tout d'ailleurs contribue à rendre plus sûrs les progrès de leur influence. Entre la C'atalogne & la Septimanie, les relations sont journalières, les intérêts, la langue, la littérature des deux pays sont les mêmes. Aussi la population n'a-t-elle pas, pour la domination des rois d'Aragon, l'aversion (lu'elle montrera plus tard ])our celle des Français. I^e Languedoc tout entier hésite entre les comtes de Toulouse S<. les rois d'Aragon, comme s'il prévoyait que le jour est proche où les armes devront décider entre eux, 8<. ces deux maisons ennemies s'allient par des mariages répétés, mariages aussi inutiles que le seront plus tard les mariages espagnols du seizième & du dix-septième siècle. La guerre des albigeois vint dénouer la situation; l'abaissement de la maison de Toulouse semblait devoir faciliter l'accomplissement des projets ambitieux des princes d'Aragon. Quand don Pèdre se décida à secourir R^aimond \T, en I2i3, il ne vint j^as relever la fortune de son rival, mais établir définitivement sa suprématie, en écrasant Simon de Montfort. Ses desseins n'étaient secrets pour personne; protecteur déclaré des comtes de Foix £<. de Comminges, il plaidait leur cause devant le concile de Lavaur 8<. les réclamait pour ses vassaux; il traitait le comte de Toulouse non en allié, mais en inférieur. Se ses procédés outrageants pour celui-ci furent en partie cause de la perte de la bataille de Muret. Mais, pour arriver à ses fins, don Pèdre devait vaincre; général inhabile, il ne sut que se faire tuer bravement St sa défaite entraîna la perte du Midi. Ni le nouveau roi, don Jacme, tout jeune encore, ni les grands Aragonais, qui lui servaient de tuteurs, ne pouvaient reprendre les projets de don Pèdre. Cependant les années se passaient, Pvaimond VI reprenait un instant l'avantage, & un adversaire bien plus redoutable, le roi de France, remplaçait les Montfort. Les rois d'Aragon ne retrouveront plus l'occasion perdue, malgré les sympathies des seip-neurs Se des bourp-eois du I/ana;uedoc.

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Jamais, même à l'époque de sa plus grande faiblesse, la royauté capétienne n'avait cessé d'entretenir quelques relations avec les princes du Midi. La chose, certaine pour Hugues Capet S< Robert, l'est moins pour Henri I £< Philippe I; mais ces rapports ayant toujours été de courte durée, les rois n'ayant jamais cherché à établir leur autorité dans le Midi, il n'est pas étonnant que les chroni((ues du temps ne mentionnent pas des faits qui, pour les contemporains, n'avaient aucune importance. Il n'en faut pas moins supposer que jamais ces |Minces ne perdirent le Midi de vue pour expliquer pourquoi le jour où, sous Louis \'I, la royauté commença à prouver sa force, ce pa>s devint sur-le-champ l'objet de son attention. Ce roi est le premier des Capétiens auquel les églises du Languedoc soient venues demander la confirmation de leurs anciens privilèges. Il a avec les seigneurs du Languedoc des rapports suivis, 8< grâce à ses soins, son jeune fils épouse l'héritière du duché d'Aquitaine. En divorçant avec Éiéonore, Louis VII perdit, il est vrai, une partie des avantages qu'avait obtenus son père, mais il répara en partie sa faute, en soutenant R.aimond V, comte de Toulouse, contre Henri II, & en excitant les fils de son rival contre leur père. Sous son règne, l'influence royale se développe; lui-même vient, à plusieurs reprises, dans le Midi; il entretient, avec les barons, avec les villes de la Province, une correspondance assez active; le nombre des diplômes accordés par lui aux églises du pavs montre (|ue les actes royaux ont repris une certaine autorité. En même temps, SCS expéditions en Auvergne &<. jusqu'aux frontières du Vêlai prouvent aux méridionaux que le roi de France est déjà assez fort pour tenir campagne 8c dompter les plus puissants rebelles. Avec Philippe- Auguste, la politique traditionnelle de la royauté se développe Se s'affirme. Comme son père Se son aïeul, ce prince protège les églises du Languedoc, mais, malgré ses efforts, il ne peut retenir dans son alliance Raimond \'I, prince versatile Se politique imprudent. Aussi le pouvoir royal était- il encore assez faible, dans le Midi, au commencement du treizième siècle, Se un événement comme la croisade des albigeois pouvait seul lui permettre d'y devenir prépondérant.

La guerre des albigeois éclata en 1:09; mais, depuis longues années, on pouvait prévoir qu'un jour ou l'autre le Midi hérétic[ue aurait à compter avec

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l'Eglise. Que le Languedoc fût tout entier acquis à l'hérésie, c'est ce qu'on ne pourrait soutenir; au contraire, en dépit des invectives des auteurs du temps tk de leurs exagérations, il est certain que les partisans des croyances albigeoises n'y formaient cju'une minorité iniinie. Les princes méridionaux dont aucun n'était hérétique, quoi qu'en ait dit le fougueux Pierre de Vaux- Cernay, ne comprirent pas ([uel danger les menaçait; ils ne surent pas voir qu'en présence d'un adversaire tel qu'Innocent III, il fallait oublier les vieilles querelles S<. former un seul corps. S'ils l'eussent fait, la croisade échouait, car la première armée de i:>o9 n'eût pu vaincre le Midi coalisé. Mais le comte de Toulouse donna le signal de la défection; il ne rougit pas de conduire les troupes étrangères qui allaient combattre son propre neveu, Raimond-Roger. Le sac de Béziers, la prise de Carcassonne donnèrent aux envahisseurs un point d'appui, !k la croisade trouva dans Simon de Montfort le chef dont elle avait besoin.

Nous n'avons pas à refaire ici cette lamentable histoire; dom Vaissete a raconté dans le détail les massacres, les fautes, les revers, qui signalèrent ces quinze années. Rappelons seulement que la politique du roi de France semble avoir été assez énigmatique Philippe-Auguste refuse son appui à Pvaimond VI, cjui n'a rien fait jusque-là pour se concilier ses bonnes grâces, mais il décline les oftres du pape, ([ui voudrait faire de lui le chef de la croisade; ni en 1209, après le meurtre de Pierre de Castelnau, ni en 1:218, après la mort de Simon de Montfort, ni en 1221, lors des premiers revers d'Amauri, il ne consent à intervenir. Réservant, dès les premiers jours, ses droits de suzeraineté sur le Midi, déniant au pape le droit de disposer des domaines de Pvaiinond VT, Philippe-Auguste reste spectateur de la lutte, se contentant d'en accepter les résultats, d'agréer, par exemple, l'hommage de Simon de Montfort pour sa nouvelle principauté. Faut-il voir dans cette conduite une preuve nouvelle de la perspicacité bien connue de ce prince, le désir de laisser les deux partis s'épuiser mutuellement, en se réservant d'intervenir au moment opportun? Faut-il, au contraire, attribuer cette réserve prudente aux affaires de tout genre qui occupaient Philippe Se l'empêchaient de s'occuper de provinces éloignées, comme le Midi? Les deux opinions peuvent être soutenues, mais la seconde a pour elle plus de probabilités.

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Quoi ([u'il en soit, quand Honorius III, continuateur zélé de la politique de son prédécesseur, vit, en 1228, Amauri de Montfort réduit à la dernière extrémité, ce fut à Louis VIII, qui venait de remplacer Philippe-Auguste sur le trône de France, qu'il s'adressa pour une nouvelle croisade. Une première fois, les deux, parties ne purent s'entendre sur les conditions de l'accord à intervenir, Si. tandis que le roi déclarait publiquement renoncer à l'entreprise, un moment projetée, le pape cherchait à se rapprocher de Raimond VII; mais la mort de l'archevêque de Narbonne, auquel semble devoir revenir l'honneur de cet essai de réconciliation, arrêta les négociations, S< en 12 20, Honorius III dut recourir de nouveau à Louis VJII & accepter ses conditions, assez dures, il faut le reconnaître. Le roi prenait la conduite de la croisade, mais les avantages de l'entreprise devaient lui rester, les conquêtes futures appartenir au royaume de France; l'Église de France payait les frais de l'expédition. Honorius III accepta tout, 8(, Louis VIII put se mettre en campagne. Mal conduites, les opérations militaires réussirent cependant, grâce à la crainte ([u'inspirait le pouvoir royal, & à l'épuisement du Languedoc. Le pays presque entier fut soumis, & Raimond VII, en prolongeant la résistance, ne put que retarder de trois ans sa défaite définitive. Le traité de i2 2i) consacra l'abandon du Languedoc oriental S< assura à la famille royale la propriété du reste de la Province, dont Raimond ne conserva que l'usufruit. Dès lors, l'indépendance du Midi fut perdue.

Les vingt années qui suivirent ce traité célèbre turent tristes pour le pays. Mal administré par les officiers royaux, le Languedoc oriental eut à souffrir de leurs exactions. Le comté de Toulouse, gouverné d'une manière plus équitable, ne fut guère plus heureux. L'établissement de l'Inquisition y entretint des divisions continuelles; la guerre de 1242 l'épuisa d'hommes Se d'argent. Vaincus deux fois, en 1240 & en 1242, les Languedociens durent subir les dures conditions de la paix de Lorris Se supporter les dépossessions, les violences qui suivirent ces deux grandes prises d'armes.

Heureusement qu'un gouvernement plus intelligent allait réparer en partie ces injustices Se rendre aux vaincus la résignation plus facile. En 1247, commence pour le Languedoc le règne personnel de saint Louis. Ses cnc|ucteurs parcourent le pays, réparant les injustices des anciens sénéchaux Se de

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leurs subordonnés, restituant les amendes mal acquises, rendant les biens confisqués sans droit. En 1254, à son retour de la Terre Sainte, le roi publie ses célèbres statuts, & depuis lors, jusqu'à sa mort, il ne cesse de veillera la réparation des maux causés par ces longues guerres. De son coté, le comté de Toulouse a changé de maître; à Raimond VII, en 1249, succède Alfonse de Poitiers, dont le gouvernement rappelle celui de son frère, malgré des dittérences sensibles. Il est moins aimé de ses sujets cjue Raimond VII, mais son gouvernement n'en est pas moins meilleur que celui de ce dernier, il cherche à assurer la bonne administration de la justice, à prévenir les abus. Aussi, grâce aux efforts de ces deux princes, la masse de la population finit-elle par se faire au nouvel état de choses, 8(. c'est à Louis IX 84 à Alfonse que la couronne fut redevable de la conquête définitive de ce beau pays.

Ce n'est pas que l'administration de ces deux princes n'ait profondément modifié l'état ancien du Languedoc. Ils portèrent les premiers coups à l'indépendance de ces grandes républiques municipales qui peuplaient la Province & achevèrent de ruiner la féodalité méridionale; en soutenant l'Inquisition, Alfonse Se Louis IX consommèrent la destruction des croyances albigeoises, jusque-là répandues dans une partie du pavs.

On a le droit de regretter les anciennes franchises que Louis IX 8< Alfonse furent les premiers à diminuer; mais, il faut le reconnaître, le L,anguedoc ne devint français au treizième siècle que grâce à l'impéritie de ses princes, ik aux divisions intestines des villes.

Ce sont là les principaux événements qui se passèrent dans cette Province tic ii65 à 1271. Pour la plupart, ils n'intéressent pas seulement le Languedoc, mais la France entière. Aussi avons-nous cru nécessaire de donner, ])our ainsi dire, la trame de l'histoire de la Province pendant ces cent années, Dom Vaissete, préoccupé avant tout de raconter les faits dans leur ordre chronologique, n'avait pas cherché à montrer leur suite & leur enchaînement; beaucoup d'ailleurs, qui aujourd'hui nous paraissent caractéristiques, restaient forcément inaperçus pour le savant bénédictin; d'autres même, dont

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