VIII. — Simon cherche querelle au comte de Foix
On a dit que Raimond-Roger avoit obtenu du pape des commissaires qui avoient ordre de lui rendre ses domaines après avoir examiné sa conduite. Ce comte fut ensuite très-attentif à garder-* envers Simon la trêve Se la paix ,/j'fi °'i'*^.j'' qu'il avoit juré d'observer St que le concile de Latran avoit prolongée pour quinze ans. Simon n'en agit pas de même à son égard; il exerça contre lui divers actes d'hostilité pour l'obliger à se défendre, pour le rendre odieux au pape Se mettre ainsi obstacle à son entière réconciliation à l'Eglise. Raimond- Roger ne repoussa pas la force par la force ; il se contenta de porter ses plaintes à Innocent III des infractions que Simon Se ses troupes faisoient journellement à la paix Se à la trêve. Se lui demanda de nouveaux commissaires pour informer de ces contraventions. Le pape écouta favorablement la demande du comte Foix, Se chargea de cette commission l'abbé Se le prieur de Fontfroide, au diocèse de Narbonne. Le dernier, en l'absence de l'autre qui étoit malade, procéda aux informations. Se le comte de Foix s'étant présenté devant lui au jour marqué, Simon s'excusa de comparoître Se d'envoyer même un procureur, sous prétexte qu'il étoit occupé au siège de Beaucaire, en sorte que le commissaire fut obligé d'ajourner de nouveau les parties au 11 de septembre. Le comte de Foix se trouva en personne à Foix ce jour-là; mais Lucas, procureur de SiiAon, prétexta diverses excuses pour s'empêcher de s'n-
' Pierre de Vaux-Cernay, c. 8!î. Montfort à son dépit de n'avoir pu prendre Beaii-
' Pierre de Vaux-Ccrnay, c. 8^. — Guillaume caire & au désir de lever une lourde amende sur
de Piiylaurens, c. 28 & suiv. — \'oyez tome VIII, Toulouse pour refaire ses finances. Remarquons
c. I j7 & SUIV, — Guillem de Tudèle. vers 4974- d'ailleurs qu'il serait difficile, même en adnieiiant
J370. — Naturellement, le poeie ne parK- ni de la entièrement la version de Pierre de Vaux-Cernay,
trahison des Toulousains, ni de leurs menées avec d'être très-sévère pour les Toulousains. [A. M, | Paimond \'I. Il attribue l^i colère dç Simon dç ' Marc?, Hi'toire de B'-a-n^ \. 8, c. |3 & suiv,
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rendre Se demanda qu'on assignât un autre lieu. Le commissaire indicpa l'église de Saint-Jean de Verges qui, avec la ville & le château de ce nom, étoit alors au |5ouvoir de l'Église romaine. Le comte de Foix donna un saufconduit à Lucas, le vendredi après la Nativité de la Vierge. Ce procureur de Simon, qui ne pouvoit plus reculer, comparut enfin &. forma de nouvelles difficultés pour traîner l'affaire en longueur. Le prieur de Fontfroide, voyant qu'il ne pouvoit exécuter sa commission, se borna à ordonner à Simon Si à Ilaimond-Roger d'observer à l'avenir exactement la paix & la trêve; à quoi les deux comtes s'engagèrent réciproquement par des lettres datées du 14 de septembre.
IX. — Simon cause une émotion dans Toulouse 6 punît les Toulousains.
Après le renouvellement de cette trêve, Simon, voulant exécuter le dessein qu'il avoit formé contre les Toulousains, marcha' vers Toulouse en ordre de bataille^. Ces peuples envoyèrent aussitôt au-devant de lui un certain nombre de leurs concitoyens pour tâcher de l'apaiser S< lui faire leurs soumissions; mais il refusa. de les recevoir, leur reprocha d'avoir été d'intelligence avec les habitans de Beaucaire & de favoriser secrètement le comte Raimond Se son fils, Se fît serment de ne pas c[uitter les armes jusqu'à ce qu'ils lui eussent remis en otage les principaux d'entre eux. Les députés s'excusèrent sur tous ces reproches, assurèrent Simon de Montfort de leur fidélité & lui demandèrent son amitié, sans pouvoir le fléchir. Il les fît arrêter, lier Se garrotter. Se conduire prisonniers dans le château Narbonnois, nonobstant les remontrances de quelques-uns de ses barons qui tentèrent de lui faire comprendre les suites d'une telle démarche. Le comte Gui, son frère, fît en particulier tout son possible pour le porter à pardonner aux Toulousains Se à se contenter de les punir en exigeant le prix de la c[uatrième ou de la cinquième partie de leurs biens, afîn d'avoir de quoi reprendre Beaucaire; il ne fut pas plus écouté que les autres, 8e Simon préféra l'avis de Foulques, évêque de Toulouse, qui fut de tirer vengeance de ces peuples en les dépouillant de tous leurs biens Se en mettant les principaux en prison. Ce prélat, non content d'avoir donné un conseil si contraire à l'humanité, offrit à Simon d'aller lui-même dans la ville Se d'engager tout le peuple à aller au-devant de lui, afîn qu'il pût arrêter ainsi tous ceux qu'il jugeroit à propos. Montfort ayant accepté les offres de Foulques, ce prélat entre dans Toulouse Se persuade aux habitans d'aller incessamment trouver ce général pour lui demander pardon, avec promesse qu'ils l'obtiendroient sûrement. Aussitôt les Toulousains, sur la parole de leur évêque, sortent en foule Se vont à la rencontre de Montfort,
' Pierre de Vaux-Cernay, Guillaume de Puy- louse. M. Meyer soupçonne avec raison l'auteur
laurens & tome VIII, ut supra. [Guillem de ïu- d'exagération. Remarquons ici qu'il y eut un cer-
déle, ut supra.] tain intervalle entre In fin du siège de Beaucaire
' Guillem de Tudèle (vers 4970 à 4979) fait ve- & le voyage de Montfort à Toulouse. — Voyez plus
nir
le comte en trois jours de Beaucaire à Tou- haut, p. 492. [A. M.]
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qui ordonne à ses troupes de les arrêter & de les mettre dans les fers k mesure qu'ils arrivoient. Une si noire trahison jette l'épouvante parmi ceux qui ctoient les derniers; ils prennent la fuite & s'en retournent au plus vite annoncer à leurs compatriotes qui étoient restés le sort de ceux qui les avoient précédés, & les empêcher de venir se livrer d'eux-mêmes entre les mains de leurs ennemis. Cependant l'évêque Foulciues fait mettre la ville au pillage Kd. origm. par un corps de troupes qui 1 avoit suivi !x qui y commet des excès horribles. Le peuple irrité entre en fureur; il court aux armes, s'attroupe dans les rues 6<. s'y barricade. Les gens de Montfort s'avancent pour charger les habitans qui, pleins de rage, vont à leur rencontre comme des lions aftamcs Se les obligent enfin à sortir de la ville Se à se réfugier dans le château Narbonnois, après en avoir tué ou blessé un grand nombre. Durant l'émotion, Gui de Montfort survient avec un corps de troupes, mais il est également repoussé S<. contraint de prendre la fuite '.
Simon arrive peu de temps après avec les prisonniers; il les fait renfermer dans le château Narbonnois, entre dans la ville & ordonne à ses troupes de la mettre à feu 8t à sang; on met aussitôt le feu en trois endroits différens, à Saint-Remesy, à Joux-Aigues Se vers la place de Saint-Etienne. Les Toulousains assemblés dans cette place, voyant leurs maisons brûler, font un nouvel effort, donnent sur les soldats de Montfort, les mettent en fuite & les obligent à se réfugier, partie dans la cathédrale, partie dans la tour de Mascaron ou dans le palais épiscopal. Ils éteignent l'incendie &, revenant à la charge, ils poussent le reste des partisans de Montfort de rue en rue jusque dans la maison du comte de Comminges, où ils les attaquent vivement. Simon, informé du péril où étoient les siens, se rend promptement dans la place de Saintes-Scarbes avec tout ce qu'il peut ramasser St rallie en cet endroit ceux qui s'étoient réfugiés dans la cathédrale, dans la tour de Mascaron 8<. dans le palais épiscopal ; mais rien n'arrête les Toulousains qui, renforcés par ceux du quartier de la Croix-Baragnon, l'attaquent avec toute l'intrépidité dont un peuple en fureur est capable. Il se fait là un combat très-acharné : les Toulousains, préférant la mort à la tyrannie de Simon de Montfort, l'obligent à leur abandonner le champ de bataille 8t à se retirer dans la cathédrale après avoir laissé un grand nombre des siens sur la place. Ce général, avant rallié cependant de nouveau ses troupes dans cette église, revient à la charge : il attaque d'abord ceux qui gardoient la porte Sardane; mais il est reçu avec une valeur à laquelle il ne s'attendoit pas 8c obligé d'abandonner entièrement son entreprise St de se retirer au château. Montfort se fait alors amener les Toulousains qu'il détenoit prisonniers dans cette forteresse Se leur déclare que s'ils n'engagent leurs compatriotes à lui rendre la ville, il leur fera couper la tête à tous. Foulques, évêque de Toulouse, le détourna de cette
' Giiillem de Tudéle, vers .')070-ji3f). Comhat ruse, rentrent précipitamment dans la ville, troudans Toulouse; le poète attribue la trahison s» la vent les soldats de Montfort occupés à piller les fois à l'évêijue Foulques & à l'abbé de Saint-Ser- maisons & courent aux armes. [A. M.j nin. L« habitants de Toulouse, soupçonnant une
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résolution Se lui proposa un stratagème qu'il goûta ik que ce prélat exécuta ridèlement. Foulques alla trouver l'abbé de Saint-Sernin également dévoué à ce général, Se l'ayant fait entrer dans ses vues, ils allèrent de concert dans toutes les rues, publiant, pour apaiser le peuple, que Simon s'étoit enfin rendu aux remontrances de son conseil ; qu'il étoit très-mortihé de ce qui venoit d'arriver 8c prêt à donner la liberté aux prisonniers Si à pardonner le passé, pourvu que les habitans rentrassent chez eux Si qu'ils lui remissent incessamment leurs armes Si les tours de leurs maisons, avec promesse de leur rendre tout ce qui leur avoit été enlevé dans le pillage S<. de vivre à l'avenir avec eux en bonne amitié. Ils ajoutèrent qu'ils se rcndoient cautions de l'exécution de ces promesses Si que si le peuple de Toulouse retusoit d'accepter des conditions si raisonnables, Simon étoit résolu de faire mourir tous ceux qui étoient en son pouvoir, entre lesquels on comptoit les plus apparensde la ville.
Les Toulousains s'étant assemblés pour délibérer sur cette proposition, les uns étoient d'avis de la rejeter, persuadés que leur évêque ne cherchoit qu'à les tromper comme ils l'avoient éprouvé si souvent; les autres vouloient au contraire (ju'on 1 acceptât. Enfin, après plusieurs débats, l'envie de sauver leurs prisonniers les fit résoudre à faire la paix aux conditions qu'on leur offroit, pourvu que Simon donnât la liberté aux prisonniers. L'évêque Si l'abbé, qui attendoient la résolution de l'assemblée, ne l'eurent pas plutôt apprise, qu'ils allèrent en faire part à Simon'. Ce général l'approuva & fit déclarer aux Toulousains par les deux prélats que, pour rendre la paix plus authentique, il iroit le lendemain lui-même, suivi de ses barons, la signer dans l'hôtel de ville. Si qu'ils n'avoient qu'à s'y trouver à l'heure marquée, t.'în ,°p'.°29 1 3vec leurs armes. Simon, ayant cependant fait armer secrètement toutes ses troupes, se met le lendemain matin à leur tête 81 se rend à la maison de ville, où il trouve les habitans en armes. Il entre dans l'assemblée, Si l'abbé de Saint-Sernin prenant la parole dit : « Messieurs, monsieur le comte, qui est (i ici présent, vous a tait assembler pour faire la paix avec vous Si vivre dans « la suite en une parfaite union, ainsi que M. l'évêque Foulques vous l'a « déclaré. Ce prélat a pris beaucoup de peine pour conclure l'accord. Si il « faut ((ue vous disiez si vous l'approuvez. » Tout le peuple répondit par acclamation qu'il y consentoit. L'abbé reprenant alors la parole dit : » Le « comte oUre de donner saut-conduit à tous ceux qui, n'étant pas contens du « traité, voudront se retirer ailleurs, Si il ne sera fait aucun mal à ceux qui « demeureront; M. l'évêque Si moi sommes garans des articles. « Ensuite
' Giiillem de Tudèlc, vers 5i37-528i ; négocia- son frère & soutenue parun certain Lucas, homme
lions de l'abbé de Saint-Sernin 8c de l'évêque. — de loi, qu'il avait employé dans ses négociations
Dom ^^^issete parle plus bas d'un conseil tenu avec le comte de Foix, finit par être abandonnée
dans l'intervalle par le comte de Montfort & que & on se borna à lever une grosse amende & à pren-
Guillem de Tudèle nous a rapporté tout au long dre des otages. Pierre de Vaux-Cernay neparleque
(vers ôSfiS- Ô468). Simon y proposa à ses barons d'une manière incidente de toutes ces affaires &
de détruire entièrement la ville & de n'y pas laisser mentionne seulement la destruction des murailles
pierre ÎV pieire. Cçttç réspluuon, çombiinue par dç lii villç Se la capture ^es étapes. |A, M,|
Simon se fait remettre les armes que les liabitans de Toulouse avoient apportées 5 se saisit des tours des maisons de la ville & y établit des soldats en garnison, 8< puis, par la plus noire perfidie, il fait arrêter & mettre aux fers les principaux habitans. Il assemble son conseil Se y propose de mettre la ville au pillage & de la raser entièrement. Gui, son frère, lui représenta avec liberté le tort qu'une pareille conduite feroit à sa réputation, attendu que les Toulousains s'étoient soumis à tous ses ordres. Un baron, nommé Valats ', appuya cette représentation S<. dit à Simon : « Seigneur, vous savez que la « plupart des habitans de Toulouse sont gentilshommes^ ainsi, par un senti- « ment d'honneur 8c de générosité vous ne devez pas exécuter une telle réso- <i huion. » Quelques autres de ses conseillers lui firent de semblables remontrances. Enfin Lucas, l'un d'eux, qui avoit beaucoup d'ascendant sur son esprit, soutenu par Tévêque de Toulouse Se par le reste des assistans, le détermina àretenir les prisonniers, à les disperser & à faire racheter aux Toulousains, par une grosse somme, le sac de leur ville. Aussitôt Simon envoie les prisonniers en divers endroits, 8c ayant fait asseml)ler le reste des habitans de la cité 8t du bourg à Saint-Pierre des Cuisines, il leur ordonne de lui payer trente mille marcs d'argent, somme exorbitante pour une ville épuisée, avec menace, si cette somme ne lui étoit entièrement payée le i'"' de novembre, de les faire tous périr^. Les Toulousains turent obligés de subir cette dure loi. Un ancien historien^ remarque que ceux qui conseillèrent à Simon d'imposer une si grosse somme sur ces peuples, le firent à mauvais dessein, parce qu'ils savoient bien que les extorsions & les violences qu'il faudroit nécessairement qu'il exerçât pour la lever, ne manqueroient pas d'aigrir encore davantage les habitans de Toulouse contre lui 8c de les rendre de plus en plus favorables au rappel de leur ancien comte. Les duretés inouïes dont on usa dans la levée de cet impôt jetèrent, en effet, les Toulousains dans le dernier désespoir^.
X. — Gui de Montfort, fils puîné de Simon, épouse l'héritière de Bigarre,
Simon'', après avoir reçu cette somme qu'il exigea, dit-on, pour se dédommager des dépenses qu'il avoit faites au siège de Beaucaire, partit de Toulouse à la Toussaint, se rendit à Saint-Gaudens &c alla ensuite à Tarbes
' [Corrige^ Alain de Roucy.] * Le poëte (vers 5583 à .Ï648) fait fixer I.-1 somme ' Cette assemblée est la même que celle que à payer par les Toulousains dans un dernier condom Vaissete indique plus haut, sur la foi de seil, tenu par Montfort après la soumission de l'Anonyme; le comte de Montfort n'assista pas à la ville. Remarquons que tous les discours qu'il cette première réunion, dans l.iquelle l'abbé de rapporte à cette occasion paraissent peu authen- Saint-Sernin & l'évêque de Toulouse décidèrent tiques], 8c que son récit de la soumission de Toute* habitants à la soumission. Quant à l'assem- louse est plein d'obscurités. 11 n'a eu évidemment bléi tenue à Saint-Pierre des Cuisines, elle est qu'une idée très-peu nette de la suite des événerapportée par Guillem deTudèle, vers 5480 à 5Ô82. ments. On s'aperçoit qu'il n'en a pas été témoin Le poète termine par la description de la démoli- oculaire, mais qu'il parle par ouï-dire. [A. M.] tion de l'enceinte ds Toulouse. [A. M.] ' Guillaume de Puylaurenj, c. 29. — Pierre de ' Guillaume de Puylaurens, c. 29, Vaux-Cernay, c. 83,