VIII. — Le roi jixe le jour de son départ
Le roi convoqua^ une nouvelle assemblée ou parlement, à Paris, le dimanche de Lœtare 29 de mars; il y concerta avec le légat, les évêques Se les barons les opérations de la guerre, Se il manda en conséquence à tous les
■ Toutes ces conditions ne témoignent pas de la ' Martène, Thés, aneciot. t. i, c. çSi & seq,
part de Louis VIII d'une coniïance excessive dans ' Chrtnicon Turonense, ap, Labbe, Concilia, t. g,
le» inieniions du Ujat, d»nt plus tard, d'ailleurs, c. 3oi. — Matthieu Paris. Grégoire IX eut i réprimer les excès de ïèle. (A. M. |
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An, .26 *5°° FIISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV.
M'ii"""-;"^- '^'assaux du royaume de se trouver en armes à Bourges, le quatrième dîmanche d'après Pâques, parce qu'il étoit résolu d'arriver à Lyon le jour de TAscensioii. Il se détermina à prendre cette route à la demande des Avignonois ' qui lui envovèrent des députés pour lui ortVir le passage du Rhône sur leur pont. Ces peuples, qui étoient excommuniés depuis douze ans pour avoir embrassé le parti du comte de Toulouse, leur seigneur, firent prier le légat, par les mêmes députés, de leur donner l'absolution, avec promesse de satisfaire entièrement à l'Eglise Se de donner des otages pour la sûreté de leur parole.
IX. — Le roi reçoit par avance la soumission des villes de Saint-Antonin, de Bé-^iers &• de divers seigneurs du pays.
Cependant le roi, voulant se donner un nouveau titre sur les domaines de Raimond, reçut, au mois d'avril, la cession que Gui de Montfort^ lui fit de ses droits sur la ville de Saint-Antonin, en Rouergue. Il envoya aussitôt frère Ebrard, chevalier du Temple, pour prendre possession en son nom de cette ville Si recevoir le serment de fidélité des habitans. Ceux-ci n'osant se déclarer ouvertement jusqu'à l'arrivée de Louis dans le pays, de crainte que le comte de Toulouse ne ravageât leurs terres pour se venger, firent le serment; mais ils prièrent ce chevalier de ne pas l'ébruiter St d'intercéder pour eux auprès du cardinal légat, afin qu'il levât l'interdit qui étoit sur leur ville.
Le roi & le légat sollicitèrent Jacques, roi d'Aragon^, neveu du comte de Toulouse, de ne pas prendre les intérêts de ce prince. Jacques, qui étoit fort pieux, se rendit à leur demande Se défendit à tous ses sujets de donner retraite aux hérétiques Se de leur fournir aucun secours. Nugnez Sanche, comte de Roussillon, à qui le roi fit part du dessein de son expédition, lui répondit, le 29 d'avriP, 8c lui offrit tous ses domaines pour faire la guerre aux hérétiques.
Les préparatifs de Louis jetèrent une si grande terreur dans l'esprit de la plupart des seigneurs & des peuples de la Province que plusieurs jugèrent à propos de prévenir son arrivée & de lui envoyer faire leurs soumissions. Le seigneur de Laurac, château qui a donné son nom au Lauragais, fut un des premiers-'' avec son père & ses frères. Raimond de Roquefeuil^ se rendit à Narbonne Si promit par serment, le 16 de mars, k Pierre, archevêque de cette ville, en présence des évêques de Nimes, Maguelonne, Agde, Béziers S< Elne, des abbés de La Grasse St de Fontfroide Si de divers ecclésiastiques, d'obéir exactement à tous les ordres du cardinal légat S<. du roi, tant dans les cliefs pour lesquels il avoit été excommunié que pour avoir donné secours à feu Raimond, comte de Toulouse, k Raimond, son fils, à Trencavel, qu'on
' Voyez tome Vni, Chartes, n. CLXX, c. 833. * Gallin Cliristiana, nov. éd. t. 3, c. 778 & seq.
' Ib'uL 11. CLXIV, c. 823 & suiv. — [Voyez l'ncte dans Teiilet, t. 2, p. 81, d'après
' liiJ. n. CLXV, ce. 83?, 83 r. l'original, J. 327, n. 4. — Ce Raimond de Rotjue-
* Ihid. n. CLXVI, ce. 83i, 832. feiiille était du diocèse de Niiiies & non de celui
* Ibid. n. CLXIII, c. 819, 820. tt Léïiers.] [A. M.j
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appeloït vicomte de Bé-^iers, 8t aux autres qui setoient opposés à l'Église St au comte de Monttort. Il remit, |)our la sûreté de ses promesses, entre les mains de ce prélat, ses châteaux de Roquefeuil, Paules' Se Valeraugue, dans le diocèse de Nimes, celui de Blanquetort, dans le diocèse de Mende, 8<. celui de Caylus, en Rouergue, avec offre de payer tous les frais de leur garde 8c de faire prêter serment de iidélité au roi & au cardinal légat par tous ses. vassaux, sous peine de commise, s'il n'exécutoit pas ses promesses^. Bernard d'Alion, seigneur de Son, dans le Donazan, promit le même jour à l'abbé d'Ardourel d'obéir à l'Eglise, conformément au serment qu'il avoit prêté d'être fidèle au roi, au commencement de la croisade, entre les mains de Simon de Montfort, &i dans la suite entre celles d'Âmauri, son fils''.
Le 14 avril suivant, Pons de Thésan, Bérenger de Puiserguier, Pons 8c Frotard d'OIargues frères, Pierre-Pvaimond de Corneillan, Guillaume-Pierre de Vintron Se quelques autres chevaliers du pays promirent par serment, à Aspiran, dans le diocèse de Béziers, entre les mains de l'évêque de cette ville, d'obéir fidèlement aux ordres du légat dans les articles pour lesquels ils avoient été excommuniés, 8c firent un serment semblable à celui de Raimond de Roquefeuil'*. Quelques jours après, Pierre de Villeneuve fit la même promesse à Lignan ', 8c les liabitans de Béziers prêtèrent un pareil serment, le 29 d'avril, entre les mains de leur évêc[ue, avec offre de la part des principaux de se rendre en otage à Narbonne ou dans tel autre lieu que rarchevêc[ue élu de cette ville voudroit leur indiquer^. Dans le Gévaudan, Odilon Guarin, seigneur de Châteauneuf, Se Guillaume de Meschin écrivirent au roi, le i5 d'avril, qu'ils possédoient leurs terres en fief de l'église de Mende ou de t.']'Ji °n''^3"j l'abbaye de Saint-Gilles; mais qu'ils les lui oHroient comme à leur seigneur principal, avec promesse de recevoir son armée chez eux, si elle passoit dans le Vêlai 8c le Gévaudan. Ils chargèrent l'abbé de Saint-Gilles, qui étoit alors à la Cour, d'assurer le roi de leur fidélité 8c qu'ils n'avoient aucune liaison avec le comte Raimond. Pierre-Bermond, seigneur de Sauve, neveu de ce comte, se rendit lui-même à la Cour 8c fit hommage lige au roi, au mois de mai suivant, pour les châteaux de Sauve 8c d'Anduze, pour ce qu'il possédoit à Alais'^, Sec.
X. — Le pape écrit au roi d'Angleterre pour l'empêcher de secourir le comte
de Toulouse.
Le pape Honoré III chargea le cardinal de Saint-Ange, son légat, d'engager le roi, les prélats Se les grands de l'armée à n'avoir en vue, dans cette
■ [Corrige:^ Pauses, .h P.'.ush.] "= Voyez tome VIII, n . CLXXIII, ce. 84.!, 844.
' Mentionnons encore le serment de Bertrand de ' Ajoutons-y une lettre de Gulllera de Cervaria,
Gourdon, de mars 1226. Te ul et, t. 2, p. 72. [A. M.] qui se soumet à Louis VIII & lui offre son secours
' Voyez tome VIII, Ch.irtei, n. CLXIII, c. 820. contre les hérétiques. C'est probablement le sei-
^ IM. ce. 820, 821. [Teulet, t. 2, pp. 73, 74, gneiir de Serviez (Aude), arrondissement de Car-
n°' 1752-1757.] cassonne; car il charge l'abbé de La Grasse de
' [Le 22 avril |2;C; ; Teulet, t. :, p. tJ, n. \-j(i'j.\ porter sa lettre au roi. Teulet, t. 2, p. 81. [A. M.]
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expédition', que l'extirpation de l'hérésie, St à ne pas envahir, sous le prétexte de la guerre, les domaines que les princes catholiques, surtout l'empereur, Si. les rois d'Aragon & d'Angleterre possédoient en France. Il écrivit, le 29 d'avril, une lettre très-forte à ce dernier, qui s'étoit mis en armes 8c paroissoit disposé à passer la mer, tant pour reprendre les provinces que Louts lui avoit enlevées que pour ne pas laisser opprimer le comte de Toulouse, son cousin germain, son allié & son vassal. Il lui défend dans cette lettre d'attaquer le roi, tant que ce prince seroit occupé à faire la guerre aux albigeois, Se de donner aucun secours à Raimond. « Comme il est plus sage, dit « Honoré au roi d'Angleterre, de prévenir les maux que d'y chercher du « remède lorsqu'ils sont arrivés, si vos ambassadeurs eussent été plus attentifs « à ce que nous leur avons dit touchant la conclusion de la trêve, soit main- « tenant avec le roi de France, soit autrefois avec le feu roi, son père, vous « ne seriez pas dans l'embarras où vous vous trouvez. Enfin nous avons K attendu longtemps les ambassadeurs qu'on nous destinoit au sujet de l'extir- « pation de l'hérésie du pays d'Albigeois, afin que le noble homme Rai- « mond, fils du feu comte de Toulouse, s'il est véritablement catholique, « comme il l'assure, purgeât ce pays de l'erreur qui s'est étendue dans le voi- « sinage & dans les provinces éloignées; mais nous n'avons point avancé, « quoiqu'on ait travaillé assez longtemps. C'est pourquoi le concile général K ayant statué que si un seigneur temporel, après en avoir été requis par « l'Église, néglige d'extirper l'hérésie de ses domaines, il soit excommunié « par le métropolitain & ses comprovinciaux ; que s'il ne satisfait pas dans « l'année le souverain pontife délie ses sujets de leur serment de fidélité, 8t « que ses Etats soient abandonnés au premier occupant catholique qui s'en « saisira, lequel les possédera sans contradiction Si les maintiendra dans la « foi orthodoxe; nous avons été contraint d'envoyer de notre cour (^de nostro « latere) Romain, cardinal-diacre de Saint-Ange, à cause que cette affaire « appartient spécialement à l'Eglise romaine, parce qu'elle est maîtresse de « la foi dont la perte est moins supportable que celle de toute autre chose. De « là il est arrivé que le roi de France, animé, comme nous le croyons, d'un « véritable zèle, a pris la croix avec presque tous les prélats &<. les barons de « son royaume pour exterminer les hérétiques du pays; & parce que vos « intérêts nous sont très-chers, nous vous exhortons à ne donner aucun « secours à Raimond; car, outre qu'il est excommunié avec ses fauteurs, vous « rendriez votre foi suspecte, vous seriez enveloppé dans le même ana- « thème, Sic. Ne faites pas la guerre au roi de France, ni par vous, ni par « votre frère, ni par quelque autre, tant que ce prince sera occupé à l'affaire « de la foi &<, employé au service de Jésus-Christ pour ne pas l'obliger à faire « diversion, Sic. » Le pape déclare cependant à la fin de sa lettre qu'il ne prétend pas qu'il soit fait aucun préjudice, à l'occasion de cette expédition, aux droits du roi d'Angleterre, qui, après avoir reçu cette lettre, assembla
' Raynaldi, année 1126, n. 33 & suiv. [Lettre du 27 avril 1226; Pottliast, n. 7J61.] — C/iren'ieen Turonense, c, 1069.
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son conseil '. Ce prince souhaitoit extrêmement passer la mer à la tête de son
armée, malgré la défense du pape; mais tous les avis ayant été de suspendre
son départ & d'attendre l'événement de l'expédition du roi Louis, qu'on
comptoit ne pouvoir réussir, sur ce qu'un certain astrologue en avoit prédit, 1
il se détermina enfin à prendre ce parti, en sorte que Raimond se vit privé ;
d'un puissant secours ou du moins d'une diversion favorable & abandonné à •'
la merci de ses ennemis. <
XI. — Raimond tâche de se concilier la bienveillance de ses alliés
&- de ses sujets. — Comtes de Comminges.
Ce comte, prêt à se voir accabler, prit toutes les précautions que la pru- ,
dence pouvoit lui suggérer dans une occasion si périlleuse : il tâcha de Kdongin. j gagner de plus en plus l'aftection de ses peuples & de ses vassaux, & accorda^ ' •
aux habitans de Toulouse, le dimanche lo de mai de l'an 1226, la confirma- \
tion de leurs privilèges, avec permission d'étendre les limites de la banlieue \
de cette ville jusqu'à une lieue aux environs. Il donna ^ en fief, huit jours I
après, à Roger-Bernard, comte de Foix, Se à sa postérité le château de Saint- \
Félix, dans le Toulousain, avec une quinzaine de châteaux ou de villages '
([ui en dépendoient. Il fit, quelques jours après, un voyage à Agen, & y confirma ■* les privilèges des consuls & des habitans de cette ville; il leur promit solennellement, le 22 de mai, de les défendre en personne, si le roi \
de France ou la croisade ou tout autre venoit à les assiéger. Ces peuples, de j
leur côté, lui promirent fidélité & secours contre le roi de France, contre la j
croisade 8t contre tous, 8c de ne faire avec eux ni paix ni trêve sans son s
consentement. « Que si , Rajoutent-ils, l'Église ou quelque prélat vouloit \
« nous absoudre des obligations que nous contractons avec le comte, notre |
« seigneur, nous ne nous tiendrons pas pour absous : nous avons juré cet « accord sur les saints évangiles, S;c. » Les officiers ou baillis que Raimond '
avoit commis au gouvernement de son marquisat de Provence obligèrent ou i
hypothéc[uèrent d'un autre côté', au nom de ce prince, le i*' de juin, aux \
podestats Si habitans d'Avignon, le château de Beaucaire, ses dépendances, le château de Malaucène, tout le Venaissin 8c tous les autres domaines qu'il avoit aux environs du Rhône pour la sûreté des sommes qu'il leur devoit. Enfin Raimond se réconcilia*^ avec Raimond de Roffiac, abbé de Moissac, qui le reconnut pour comte de Toulouse, Se qui remit à la fin du mois d'août, aux habitans de cette ville, tous les griefs qu'il avoit contre eux pour l'avoir livrée à ce comte.
Il n'est rien dit dans cette a'ffaire, non plus que dans les négociations pré- ^K cédentes, de Bernard V, comte de Comminges, parent 8c allié du comte de
■ Matthieu Paris. ■• Voyez tome VIII, n. CLXVIII, ce. 835, 836.
' Mss. du feu abbé de Crozat. [Lat. 9994-] '' Ihid. n. CLXIX, ce. 837, 838.
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXVlI,cc. 832 ' Trésor des Charles j Toulouse, sac n, n. 41.
à 834. [J. 320 J Teulet, t. 2, p. 89, n. 1793.]
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Tovilouse, qu'il avoit secouru dans toules ses autres guerres. Cela pourroit faire croire qu'il éloit déjà mort. Quelques' auteurs prétendent, en eltet, qu'il prit l'habit monastique, sur la fin de ses jours, dans l'abbaxe de Boulbonne, qu'il y mourut S<. qu'il y fut inhumé vers l'an 1224. Sa mort est rapportée d'ailleurs, dans une chronique^, sous l'an 1228. Mais : 1° 11 étoit encore en vie, Se dans le siècle-', au mois de mai de l'an 1224, lorsque Bernard, son fils, épousa Cécile de Foix. 2° On assure"* qu'il fit une donation à l'abbaye de Feuillans, au mois de septembre de l'an 1224. Il vivoit donc dans le temps du dernier concile de Montpellier. Quant à l'époque de sa mort, nous la trouvons expressément marquée ' dans un ancien auteur, où il est dit qu'il mourut au mois de février de l'an 12 25 (c'est-à-dire de l'an 1226, suivant le style moderne), Sv qu'il fut inhumé à Montsavez, sans faire mention de sa profession monastique, témoignage qui la rend tort douteuse. Quoi qu'il en soit, Bernard V, comte de Comminges, laissa plusieurs enfans de ses trois femmes dont on a parlé ailleurs. 11 eut de Comtors de la Bartlie, la seconde, Bernard (jui lui succéda dans le comté de Comminges & qui fut le sixième de son nom. On lui en donne une quatrième, nommée^ Béatrix, dont on prétend qu'il eut Arnaud-Roger, qui tut d'abord religieux de Cîteaux, dans l'abbaye de Bonnefond, & ensuite évêque de Comminges. Du reste, ce comte fît des biens considérables à l'abbaye de Feuillans, située dans ses domaines, 8c donna en diverses occasions des marques de sa valeur durant la guerre des albigeois. Nous en avons de sa piété dans la donation qu'il fit, au mois de février de l'an 1197^, aux abbayes de Notre-Dame de Gojon S< de Notre-Dame de l'Oraison-Dieu, de filles de l'ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Toulouse, de quelques domaines situés à Muret. Le dernier monastère, cjui avoit donné l'origine à l'autre, fut uni en 1440 à celui d'Eaunes, 8c désuni en i6i5. 11 fut alors transféré à Muret, où il subsiste encore aujourd'hui.