reurs
' Ih'ti. n. CLXXXI, c. 866. — [Le légat ne dit ' Matthieu Paris. — Chronicon Turonense, ut
point qu'il convoqua tous les dignitaires ecclé- supra.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV. SgS
devoit hériter. Amauri lui demanda alors s^il voulait s'en remettre au Jugement des dou-^e pairs de France. — Que le roi reçoive mon hommage, répliqua Raimond, car je suis prêt de m'en rapporter à ce jugement , parce qu'autrement il ne voudrait peut-être pas me reconnaître pour pair? La dispute entre les deux compétiteurs sechauftant, le légat' trouva que les offres que Raimond faisoit, d'obéir aux ordres de l'Eglise, n'étaient pas comme il les devoit faire, 8c ordonna, en vertu d'obéissance, à chaque archevêque de s'assembler en particulier avec les évêques de sa province, d'examiner mûrement cette affaire 8t de lui donner ensuite en conscience leur avis par écrit; avec défense, sous peine d'excommunication, de le communiquera personne, sous prétexte qu'il vouloit en faire part au pape 81 au roi avant que de le publier; ainsi l'assemblée se sépara sans rien conclure, 8c le comte Raimond fut renvoyé dans ses Etats. Le légat assura depuis que l'avis des évêques avoit été de ne pas absoudre Raimond, en conséquence des ojj'res qu'il Jaisoit, 8c que lui, légat, avoit été chargé de prier le roi d'entreprendre en son nom l'expédition contre les albigeois, 8c de lui offrir, en cas qu'il s'en chargeât, de lui payer une décime pendant cinq ans, afin qu'il eût de quoi soutenir les frais de la guerre ^.
IV. — Pairie des comtes de Toulouse. — Archevêques de Narbonne.
On peut remarquer dans ce récit, appuyé du témoignage de deux auteurs contemporains : 1° Que Raimond Vil, comte de Toulouse, étoit du nombre des douje pairs de France, 8c que ce nombre étoit par conséquent fixé dès lors. Nous ajouterons qu'il paroît ' qu'il tenoit le premier rang parmi les laïques en qualité de duc de Narbonne. 2° Que la demande que faisoit Amauri de Montfort, que Raimond fût jugé par ses pairs, n'avoit rien que de juste 8c de raisonnable, Se qu'elle étoit conforme aux usages de la monarchie. La maxime que l'Eglise n'a aucune autorité sur le temporel des rois 8c des princes étant en effet inviolable, on devoit regarder comme nulle la disposition que le pape Innocent III Se le concile de Latran avoient faite des domaines de la maison de Toulouse en faveur de celle de Montfort, 8c il n'appartenoit qu'au roi 8c à ses pairs de juger si Raimond VI, père de Raimond VII, avoit forfait 8c commis quelque action qui méritât qu'on le dépouillât de tous ses domaines, non-seulement dans sa personne, mais encore dans sa postérité"*.
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXXI, c. 866. le plus en faveur au treizième siècle. Ce nYtaii
' Ihtd, [Dom Vaissete aurait du avertir qu'en guère au fond qu'une maxime, qui servait à légi-
somme c'est le récit d'un ennemi personnel de timer les usurpations du plus fort. Les papes mi-
Raimond VII, & que nous ne connaissons pas rent trois fois au moins leurs théories en pratique,
exactement les offres de celui-ci & les exigences Deux fois ils réussirent; le comte d'e Toulouse &
de l'Eglise.] Frédéric II finirent, en somme, par perdre leurs
' Voyez tome VU, Note XXVI, pp. -j j^ à 83, & États; mais la troisième fois, ils échouèrent, & en
noire Note adiitionnellc , pp. 78, 79. dépit de tous leurs efforts, le roi d'Aragon garda
* Il serait difficile de dire aueile était la théori la Sicile & l'Aragon. [A. M.)
An 122J
~: ~ 5q6 histoire générale de LANGUEDOC. LIV, XXIV.
On vient de voir qu'Arnaud Amauri, archevêque de Narbonne, étoît mort dans le temps du concile de Bourges : perte très-considérable pour le comte de Toulouse; car, depuis le concile de Montpellier, ce prélat paroissoit avoir embrassé ses intérêts avec chaleur, &, s'il eût vécu plus longtemps, il auroit sans doute conduit l'atTaire de ce prince à une heureuse fin. Arnaud mourut' le 29 de septembre de l'an i2:5, étant à FonttVoide. Six. jours auparavant il avoit donné à cette abbaye, en présence de Bernard, évêque de Béziers, ses livres, son palefroi, Svc. Nous inférons de là qu'il mourut à Fontfroide. Son corps tut apporté à Cîteaux dont il avoit été abbé, 81 où on lui dressa un magnifique mausolée dont un célèbre académicien^ nous a donné le dessin 8t la description. Il le tait premier inquisiteur de la foi contre les albigeois; on a pu remarquer cependant que d'autres religieux de son ordre avoient déjà précédé Arnaud dans cette fonction; mais cette faute est beaucoup plus pardonnable que l'anachronisme qui a échappé à cet auteur, lorsqu'il dit : « Qu'Arnaud, archevêque de Narbonne, mourut au mois de septembre de « l'an 1225, deux ans avant que saint Dominique allât à Rome pour faire « agréer son institut au pape; » car on sait que saint Dominique mourut le 6 d'août de l'an 1221. Pierre Amelii, chanoine & grand archidiacre de Narbonne, & camérier de l'église de Béziers, succéda à Arnaud dans l'archevêché de Narbonne, par malheur pour Raimond, car Pierre lui fut aussi opposé qu'Arnaud eût pu lui être favorable.
V. — Le roi Louis VIII se charge de faire la guerre en son nom au comte
Raimond &• à ses alliés.
Enfin le cardinal légat agit^ avec tant de vivacité auprès du roi Louis VIII que ce prince, autant par l'espérance de réunir à sa couronne des pays considérables, qui pouvoient en relever l'éclat, que par zèle pour la religion, se chargea d'entreprendre en son nom la guerre contre Raimond, comte de Toulouse. Les ménagemens qu'il auroit dû avoir, ce semble, pour ce prince, l'un des premiers pairs du royaume & son proche parent, contre lequel il j.^iîi °P =j";, n'avoit rien de personnel, ni d'autre sujet de querelle, sinon qu'il n'exterminoit pas assez promptement quelques hérétiques qui pouvoient rester dans le pays; enfin les protestations réitérées que Raimond & ses associés ne cessoient de faire publiquement dans toutes les occasions, de leur attachement inviolable à la foi catholique 81 du désir sincère qu'ils avoient de prendre toutes les mesures convenables pour déraciner entièrement l'hérésie de leurs domaines, ne furent pas capables de l'arrêter. Louis ne se détermina'* toutefois, à cette expédition, qu'après que le légat lui eût promis que le pape défendroit au roi d'Angleterre, sous peine d'excommunication, de lui faire la
■ Gallia Christiana, t. I, p. 333. — Guillaume ^ Raynaldi, année I2i;), n. 3.
i* Puylaurcns, c. 35. * Matthieu Paris, année 1226.
' Histoire Je l'académie Jes Inscriptions & Délies- Lettres^ t. 9, p. 218 & suiv.
IIISTOiRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV, O'jy
guerre S< d'attaquer les domaines qu'il possédoit actuellement, soit justement, soit injustement, tant qu'il seroit occupé à combattre les hérétic(ues albigeois Se le comte de Toulouse, & qu'il lui ordonneroit au contraire de l'aider de toutes ses torces pour l'ex-écution de son entreprise.
Le roi, résolu ' de porter ses armes dans la Province, convoqua à Paris une assemblée des notables du royaume, le troisième jour après la conversion de saint Paul (:8 janvier), de l'an 112'S (12:6). Les prélats & les barons qui s'y trouvèrent furent le cardinal de Saint-Ange, légat, les arcbevêques de Reim.s, Bourges, Sens, Rouen, Tours 5 les évêques de Beauvais, Langres, Laon, Noyon , Senlis, Térouane, Chartres, Paris, Orléans, Auxerre & Meaux ; Philippe, comte de Boulogne Se de Clermont, Pierre, comte de Bretap-ne, Robert, comte de Dreux; les comtes de Chartres, de Saint-Paul, de Rouci !k de Vendôme, Mathieu de Montmorenci, connétable de France, Robert de Courtenai, boutillier, Enguerrand de Couci, le sénéchal d'Anjou, Jean de Nesle, les vicomtes de Sainte-Suzanne Se de Châteaudun, Savari de Mauléon, Thomas S< Robert de Couci, Gautier de Joigny, Gautier de P\.inel, Henri de Sully, Philippe de Nanteuil, Etienne de Sancerre, Gui de la Roche, René d'Amiens, Pv.obert de Poissx-, René de Montfaucon, Bouchard de Marlv Se Florent de Hangest. Le roi leur ayant demandé de lui donner leur avis sur l'ajjhire de la terre d'Albigeois, ils approuvèrent c[u'il s'en chargeât personnellement, Se consentirent à cette entreprise par leurs lettres^, avec promesse de l'aider de bonne toi, comme étant leur seigneur-lige, pendant tout le temps qu'il y travailleroit Se jusqu'à ce qu'il l'eût tcYminéc.
VL — Le légat excommunie le comte Raimond £« ses alliés, fait prêcher la croisade contre eux 6- donne la croix au roi iy aux barons du royaume.
Ensuite^ le légat excommunia publi((uement, par l'autorité du pape, Raimond, comte de Toulouse, Se ses associés. Se le déclara hérétique condamné ; il confirma la possession de ses domaines au roi de F^rancc Se aux héritiers de ce prince à perpétuité. Amauri de Montfort Se Gui, son oncle, cédèrent au roi en même temps, par de nouvelles lettres, tous les droits qu'ils avoient sur ces domaines. Se le premier ne prit plus depuis le titre de comte de Toulouse Se de duc de Narbonne. Ce fut alors, sans doute, que le roi donna à Amauri, en dédommagement, l'expectative de la charge de connétable. Le vendredi suivant (3o de janvier), le roi, après en avoir délibéré avec les évêques Se les barons, prit la croix avec eux des mains du légat Se s'engagea d'aller exterminer les hérétiques Se de faire la guerre au comte de Toulouse, leur prétendu fauteur. Le légat envoya en même temps des prédicateurs dans tous les coins du royaume, avec ordre de publier la croisade contre les hérétiques albigeois, Se avec pouvoir d'absoudre les fidèles qui s'engagcroicnt
' Chron'icon Turoneme, apud Martine, Colhcùo ' Voyez tome VIH, n. CLXII, ce. 817, 818.
cmplissima , t. ">. — Voyez tome ^'I1I, Chartes, ' Chronicon Turancr.sc. — Cesta LuJoyici l'HI.
n. CLXI, ce. i,6, 817.
An iî;ô
An 1226
An
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dans cette enticjorise de tous leurs pécliés S\ des vœux qu'ils pourroient avoir faits, excepté celui du pèlerinage de Jérusalem. Un historien du temps' fait mention de cet événement en ces termes : » En ce temps-là le légat Romain « fit prêcher dans toutes les Gaules qu'on eût à s'armer & à se croiser contre « le comte de Toulouse Si ses sujets, qu'on disoit tous infectés d'hérésie. En (' conséquence, un grand nombre de prélats & de laïques, excités bien plus « par la crainte du roi de France 8c par la faveur du légat que par le zèle de « la justice, prirent la croix. Il paroissoit, en effet, à plusieurs que c'étoit « un grand abus que d'aller déclarer la guerre à un fidèle chrétien, surtout « étant constant £<. notoire à tous que ce comte avoit prié avec instance le « légat dans le concile de Bourges de venir lui-même dans toutes les villes « de ses États Se de s'informer dans chacune si on y professoit la foi catho- « lique, avec offre de faire une justice sévère, suivant le jugement de l'Église, t'iu°p'T^'i " '■^^ ^°'-^^ '-'^"^ 'ï"^ auroient des sentimens contraires à la foi, Se, supposé « qu'il se trouvât quelque ville rebelle, de la contraindre de tout son pouvoir « à faire une satisfaction convenable. Quant à sa propre personne, il offroit, « en cas qu'il eût manqué à quelque chose (quoiqu'il ne se sentît coupable « de rien) de satisfaire entièrement à Dieu & à l'Église, comme un fidèle « chrétien. Si de répondre sur tous les articles de la foi sur lesquels le légat « jugeroit à propos de l'interroger. Le légat méprisa toutes ces offres, 8<. le « comte, tout catholique qu'il étoit, ne put trouver grâce auprès de lui, à « moins qu'il ne voulût abandonner tous ses domaines Si y renoncer pour Cl toujours, tant pour lui que pour ses successeurs*. »
VII. — Le légat accorde les décimes au rot, pendant cinq ans, pour les frais
de la guerre.
Le cardinal de Saint-Ange, voulant^ mettre le roi en état de fournir aux frais de son expédition, lui assigna, du consentement de quelques évêques, cent mille livres tous les ans, pendant cinq ans, sur les revenus ecclésiastiques du royaume, qu'il assujettit au payement d'une décime, Si déclara en pleine assemblée que, si cette somme ne suffisoit pas, il lui livreroit tous les trésors de l'Église. Nous avons les lettres'' de cette assignation données au nom du cardinal légat, des cinq archevêques Si des dix évêques dont on a déjà rapporté les noms, Si scellées de leurs sceaux. Ils y déclarent, « que le « roi a)ant pris la croix contre les albigeois ils l'avoient mis sous la protec- (( tion de l'Eglise, avec sa famille, son royaume Se tous ceux qui travaille- K roient à cette œuvre, tout le temps qu'ils s'y employeroient; qu'ils leur « avoient accordé la même indulgence que gagnoient ceux qui se croisoient
' Mattiiieii Paris, année 1226, p. 33i, édit. de ' Chrcnicon Turonense. — Gesta Ludovici VIII.
1640. ■• Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXII, ce. 817,
' Voyez dans Potihast, n. 7542, la réponse d'Ho- 818. norius III à la dépêche du légat, lui annonçant la conclusion du traité. [A. M.]
« pour Jérusalem; qu'ils avoient dénoncé, excommunié Pvaimond, fils de Kai- << mond, autrefois comte de Toulouse, ses fauteurs, ses associés 61 tous ceux « qui lui donneroient conseil, soit contre l'Eglise, soit contre le roi; qu'ils « avoient aussi excommunié tous ceux qui feroient la guerre en France ou » qui envahiroient le royaume, tant étrangers que régnicoles, avec défense t( de les absoudre jusqu'à ce qu'ils eussent réparé le dommage qu'ils auroient « causé au roi & aux siens, & enfin tous ceux qui se feroient la guerre & « qui refuseroient de convenir d'une trêve ou d'une paix, suivant les ordres « du roi. Mais parce, ajoutent-ils, que c'est ici une affaire qui demande de « grandes dépenses, nous avons promis au roi de lui donner, pendant cinq « ans, le dixième de tous les revenus ecclésiastiques, si l'affaire dure autant « de temps; la dépense pour la culture des terres & des vignes déduites. » Ils déclarent ensuite que les hospitaliers, les templiers, les religieux de Cîteaux & de Prémontré seroient exempts de payer cette décime, de même que tous les prélats & ecclésiastiques qui se trouveroient en personne à cette expédition. Ils témoignent enfin que le roi, avant que de prendre la croix des mains du légat, avoit protesté hautement qu'il ne prétendoit point s'engager par là à demeurer dans l'Albigeois ; mais qu'il se réservoit la liberté d'y aller St d'en revenir quand il le jugeroit à propos 8c de pouvoir le faire sans aucun scrupule de conscience, & sans vouloir y engager ses héritiers par vœu, en cas qu'il vînt à manquer; de quoi les évêques lui donnèrent acte'. Le légat écrivit^, le cinquième de février suivant, une lettre circulaire à tous les métropolitains de France pour leur marquer que le roi avoit pris la croix contre les hérétiques avec plusieurs archevêques, évêques, comtes, barons St grands de France ;. déclarant qu'il avoit mis ce prince, sa famille & son ro\aume sous sa protection; qu'il excommunioit 8<. dénonçoit excommuniés Piaimond, fils du feu comte de Toulouse, ses alliés, 8<.c.; qu'il avoit accordé au roi, du consentement du concile de Bourges, le dixième de tous les revenus ecclésiastiques du royaume, Ê<c. « C'est pourquoi, ajoute-t-il, « nous vous ordonnons de publier cette excommunication dans vos provinces, « d'y faire prêcher la croisade 8c d'exhorter vos sutfragans à prendre la croix « avec vous. Nous vous apprenons, ajoute-t-il à la fin, que le roi sera en peri< sonne à Bourges, à la tête de son armée, un mois après Pâques, prêt à « marcher contre les hérétiques, &c que nous y serons avec lui. »