Ch.irtes, ce. 83y
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV. Co5
les noms, s'y trouvèrent tous avec Amauri & Gui de Montfort, qui, soutenus du légat, ctoient les principaux moteurs de cette expédition.
Le roi fit ensuite einbar((uer' les gros bagages, les vivres 8c l'artillerie sur le Rhume & continua sa marche le long de ce fleuve. Il n'étoit pas encore arrivé sur les confins des Etats du comte Raimond lorsque les consuls 8< les habitans de diverses villes de la domination de ce prince, frappés d'une terreur extrême à l'approche d'une armée si formidable, s'empressèrent d'aller à sa rencontre pour lui faire leurs soumissions, lui présenter les clefs de leurs villes Se lui donner des otages.
XIII. — Les villes de Nimes, Puylauréns, Castres, (S-c, î/ divers seigneurs de la Province se soumettent au roi.
Les habitans de la ville de Nimes & du château des Arènes, résolus de prévenir l'arrivée de Louis, firent- serment, le 5 de juin, entre les mains d'Arnaud, leur évêque, qui le reçut au nom de l'Eglise romaine 8<. du cardinal légat, de satisfaire sur tous les chefs pour lesquels ils avoient été excommuniés & d'obéir à toutes les volontés du roi, sans aucune condition ni réserve, 8c ils livrèrent à ce prélat la ville Se le château pour en disposer suivant les ordres du roi, à la miséricorde duquel ils se remirent absolument, dans la confiance que ce prince les maintiendroit en paix sous son autorité immédiate. C'est ainsi que la ville de Nimes 8c son diocèse furent réunis à la couronne, Se ils n'ont point cessé depuis de dépendre du domaine immédiat de nos rois. Le roi reçut cette soumission avec bonté, mais il ordonna ' quelques jours après aux chevaliers qui avoient leurs habitations dans le château des Arènes, d'en sortir 8c d'aller demeurer ailleurs jusqu'à ce qu'il eût terminé l'altaire d'Avignon, /«///' /^wr Jro/f. Il envoya en même temps un détachement de ses troupes pour prendre possession de ce château en son nom. Les chevaliers des Arènes ayant obéi, Louis les remercia 8c les conserva dans la possession de leurs biens, avec ordre à révê([ue de Nimes Se à Guillaume de Bène, son bailli, de leur fournir des maisons dans la ville.
D'un autre côté les habitans de Puylaurens, dans le Toulousain, ayant Sicard, leur seigneur, à leur tête, écrivirent ■* au roi, le 8 de juin, pour lui donner de pareilles marques de soumission. Les consuls 8c les habitans de Castres, en Albigeois, tant chevaliers que bourgeois, en firent ' autant quatre jours après, 8c déclarèrent par un acte dont ils chargèrent les députés qu'ils envoyèrent à ce prince, qu'ils s'étoient rendus aux exhortations de Pierre, archevêque de Narbonne, de Guillaume, évêque d'Albi, 8c de Guillaume, abbé de Castres} qu'ils avoient juré d'obéir aux ordres du légat, dans toutes
'Matthieu Paris. — Geita Ludovici f'III. — ' Archives de 1 h5tel Je ville de Niines. [Méiiard,
Guillaume de Puylaurens, c. 3">. — Philippe t. i, p. 29"), & Preuves, pp. qS & suiv.]
Mouskes, C 168 V» & suiv. [Édit. Reiffenberg, ^ Voyez tome VIII, n. CLXXIV, ce. 849 à 8',i.
t. 2, pp. 488, 490 & 494.] ' Martèiie, Thésaurus anecdotorum, t. 1 , c. 940
'Voyez ^ome^'III, n. CLXXIII, c. 841 & suiv. & 5 ,iv.
An 1226
An 1220
les choses pour lesquelles ils avoient été excommuniés; cju'ils avoient livré les clets de leur ville St du château au même abbé, qui les avoit reçues au nom du roi 8c qu'ils avoient cédé à ce prince tous les droits que le vicomte de Béziers y avoit auparavant, le suppliant d'envoyer un viguier pour en prendre possession. Isarn de Saint-Paul 81 Sicard de Puylaurens, seigneurs de Saint-Paul sur i'Agout, dans le Toulousain', écrivirent au roi, le 14 du même mois, avec les consuls Si tous les chevaliers du lieu pour lui apprendre qu'ils lui avoient prêté serment de fidélité entre les mains de l'abbé de Castres, leur seigneur, 81 qu'ils lui envoyoient des députés pour le lui porter^.
XIV. — Le roi arrive à Avignon dont il entreprend le siège. — Le légat excommunie de nouveau le comte de Toulouse.
Les habitans de la ville d'Avignon, aux approches^ de Louis, lui députèrent de nouveau leur podestat 81 quelques-uns des plus notables de la ville, qui le rencontrèrent à Montélimar. Ils lui renouvelèrent les promesses qu'ils lui avoient déjà faites à Valence par leurs autres députés de donner passage à l'armée sur leur pont, 81 ils demandèrent leur absolution au cardinal de Saint-Ange. Ce légat la leur promit après avoir reçu leur serment par lequel ils s'engageoient d'obéir à tous les ordres de l'Eglise, de remettre toutes leurs forteresses, de laisser passer l'armée au milieu de la ville & de donner des otages pour la sûreté de ces promesses. E^nfin le roi étant arrivé au voisinage d'Avignon, la veille de la Pentecôte 6 de juin, le cardinal légat lança publiquement une nouvelle excommunication contre le comte de Toulouse 81 ses associés 81 jeta un nouvel interdit sur toutes ses terres. Le lendemain, jour de la Pentecôte, le roi posa son camp devant Avignon.
Les Avignonois avoient fait construire un pont de bois sur le Rhône au Éd. orighi dehors de la ville : le lendemain trois mille hommes de l'armée défilèrent sur
ce pont sous la conduite du comte de Blois. Le roi 8c le légat déclarèrent alors aux Avignonois que leur intention étoit de traverser la ville avec le reste de l'armée 8c de passer sur le pont de pierre qui y aboutissoit. Ces peuples, craignant que le roi ne prît occasion de ce passage pour s'emparer de leur ville 8c qu'il ne les punît de leur ancien attachement au comte de Toulouse, leur seigneur, refusèrent fièrement le passage, firent fermer leurs portes 8c offrirent seulement au roi de lui permettre de passer avec quelques personnes de sa suite. Ils donnèrent cependant cinquante otages 8c livrèrent ime partie de leurs châteaux. Le roi Se le légat, prétendant qu'ils leur avoient promis le passage libre, demandèrent l'exécution de cette promesse, 8c le roi, pour dissiper leurs craintes, leur donna des lettres de sauvegarde, tant pour
'Voyez tome Vin, n. CLXXIV, ce. 849 à 8ôi. ' Guillaume de Puylnurens, c. 34 & suit. —
' [La ville de Saint-Pons prêta plus tard ser- Gesti LudoviciVIll . — Matthieu Paris, an. 1226.
ment de fidélité, le 27 février 1227, à la demande — Philippe Mouskes. [Édit. Reiffenberg, t. 2,
de son abbé, auquel le roi avait écrit à ce sujet. '■ — pp. 494 à 4^)8.]
Voyez tome VIII, c. 862. |
leurs personnes que pour leurs biens 8c leurs murailles. Ces peuples persistèrent néanmoins dans leur résolution, refusèrent de livrer les vivres que les croisés avoient déjà tait acheter dans Avignon, attaquèrent & tuèrent quelques François, 8<. empêchèrent la communication de l'armée en faisant rompre le pont de bois qui étoit sur le Rhône'. Le légat tenta de les ramener; mais n'avant pu les fléchir, il donna un décret, de l'avis des évêques & des autres prélats de l'armée, le 9 de juin, par lequel il enjoignit au roi Jk aux croisés, en vertu de leur vœu, de purger la ville d'Avignon d'hérésie & de tirer vengeance de cette injure; sauf le droit des églises, de l'empereur & des autres catholiques.
Le roi, indigné à son tour d'un tel procédé, fit la circonvallation d'Avignon, le 10 de juin. Se l'attaqua dans les formes par trois endroits différens. Les habitans, qui se prétendoient vassaux de l'empire, se mirent en état de défense, S(. comme la place étoit très-forte & abondamment pourvue de toute sorte de munitions, ils soutinrent le siège avec tant de fermeté qu'il dura beaucoup plus longtemps que le roi ne l'avoit cru. Cependant les prélats 8c les barons de l'armée, de crainte que l'empereur ne se formalisât de cette entreprise, lui écrivirent* pour lui exposer les raisons qui les avoient engagés à assiéger les Avignonois, qu'ils regardaient comme des hérétiques, des receleurs (/ des fauteurs des hérétiques. Le roi 8c le légat écrivirent aussi à ce prince pour faire leur apologie. Ils déclarent tous qu'ils ne faisoient ce siège qu'en qualité de pèlerins, pour l'amour de Dieu 8; pour le soutien de la foi auquel tout catholique est tenu; sans préjudice, ajoutent-ils, en tout 8c partout de votre droit, contre letiuel le roi n'a garde de vouloir rien entreprendre. Le roi chargea^ de cette lettre les évêques de Beauvais 8c de Cambrai &c l'abbé de Saint-Denis, qu'il envoya en ambassade à l'empereur pour le prévenir.
XV. — Carcassonne, Àlbi (y une grande partie de la Province envoient faire leurs soumissions au roi. — Benoît, abbé de La Grasse.
Louis, de concert avec le cardinal légat, donna cependant commission à Pierre Amelii, archevêque de Narbonne, de parcourir la Province pour engager les peuples à se soumettre à son obéissance 8c aux ordres de l'Église. Ce prélat s'employa avec succès à cette commission 8c persuada à la plupart des seigneurs 8c des villes depuis le Rhône jusqu'aux environs de Toulouse,
■ La version que dom Vaissete vient de nous Louis VIII furent mnl observés par son avant-
rapporter est celle des barons français dans leur g^^de 8c la ville menacée de pillage; peut-être
lettre à l'empereur. (Voyez tome VIII, ce. 840 à aussi les Avignonais redoutaient-ils quelque coup
842.) Elle semble assez exacte pour les détails, de main, une occupation hardie, qui, une fois
mais elle a omis probablement un ou deux faits accomplie, aurait été définitive. [A. M.] essentiels. Pour rompre un traité aussi solennel, ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXI, ce. 840
quelque légers qu'on puisse les supposer, il fallut à 842.
que les Avignonnais eussent des raisons suffisan- ^ Philippe Mouskes. [Edit. Reiflfenberg, f. 2,
tes; probablement que les ordres donnés par pp. :)\i à 514.]
An 1226
— Co8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV,
An I21Û
de se lier par serment envers le roi & l'Église, & d'envoyer des députés à Avignon pour donner à ce prince & au légat des marques de leur soumission. Entre ces villes, celle de Carcassonne fut une des premières. Ses habitans chargèrent leurs députés d'une lettre ' qu'ils envoyèrent au roi, le i6 de juin, dans laquelle ils lui mandent qu'ils s'étoient rendus aux exhortations de labbé de la Grasse, qui les avoit pressés de lui témoigner la fidélité qu'ils lui dévoient & de rentrer dans l'unité de l'Eglise, malgré les sollicitations du comte de Foix, qui étoit dans le château avec une nombreuse garnison 8c qui les animoit par sa présence à se défendre en cas d'attaque. Ils envoyèrent en même temps au roi, avec les clefs de leur ville, une copie du serment qu'ils avoient prêté à cet abbé, suivant lequel ils promettoient de lui livrer leur ville 8c le château à la première réquisition qu'il en feroit, pour les recevoirau nom de ce prince Se du cardinal légat. Les habitans^ d'Albi firent une semblable députation au camp d'Avignon, 8c le roi leur écrivit qu'il les prenoit sous sa protection 8c qu'il leur envoyoit leur évêque, deux ecclésiastiques Se Pierre Mir, chevalier, pour recevoir leur serment de fidélité. Éd.oiipn. Divers princes 8c seigneurs allèrent trouver Louis VIII au siège d'Avignon, soit pour l'aider dans cette expédition, soit pour se soumettre à ses ordres. De ce nombre fut Raimond-Bérenger^, comte L- marquis de Provence, comte de Forcalquier, qui lui fit serment « de l'aider, lui 8c les siens, suivant son « pouvoir, dans la portion de la Provence située aux environs du Rhône, « contre Raimond, dit comte de Toulouse, Se ses fauteurs, avec promesse de « garder Se de faire garder tout le pays que le roi possédera au voisinage de « ce fleuve, sauf son honneur 8c la fidélité Se le respect qu'il devoit à l'em- « pereur. » Louis promit de son côté à Raimond-Bérenger de ne faire ni paix ni trêve avec Raimond, fds de Raimond, autrejbis comte de Toulouse, sans qu'il y fût compris. Gui, seigneur de Tournon'* sur le Rhône, Rostaing de Sabran, seigneur de Bagnols, au diocèse d'Uzès, Se Raimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, s'étant rendus au camp d'Avignon, firent hommage lige au roi, au mois de juin, de tous leurs domaines; Se Bernard Pelet, coseigneur d'Alais, ne pouvant à cause de ses infirmités faire le voyage, envova Bernard, son fils, qui fit le même hommage. Enfin Héracle, seigneur de Montlaur^, dans le Vivarais, rendit alors hommage à Louis VIII pour les châteaux d'Aubenas, de Saint-Laurent Se de Wissel, qu'il tenoit auparavant du comte de Toulouse. Le roi, après^» avoir reçu ces soumissions, détacha divers corps de troupes, par l'avis de son conseil, pour prendre possession en son nom de toutes les places qui lui avoient envoyé des députés, entre autres de Saint-Gilles, Marseille, Beaucaire, Narbonne, Termes, Carcassonne, Arles, Tarascon Se Orange'.
■ Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXIII, ce. 846 ' Biilu^e, Hhloire d'Auvergne, t. 2, p. 87.
s 848. — Guillaume de Puylaurens, c. 3">. ' Philippe Mouskes, f" 17") & suiv. [Édit. Reif-
' Voyez tome V'III, Chartes, n. CLXXIII, c. 84'). fenberg, t. 2, pp. âiîz, .i.'ii.
' Ihid. n. CLXXII, ce. 842, 84!!. ' P.ir une charte donnée aii mois de juin, pen-
^ Ih'id. n. CLXXIV, c. 8.">2 & suiv. dant le siège d'Avignon, Louis VIII prit sous sa
Nous avons des lettres' de ce prince, datées du siège d'Avignon, au mois de juillet de l'an 1226, suivant lescjualles, reconnoissant que l'abbaye de La Grasse avoit été fondée Si dotée par les rois, ses prédécesseurs, Se voulant récompenser les soins que Benoît, qui en étoit abbé, s'étoit donnés pour lui soumettre les villes de Carcassonne & de Béziers, &. quelques châteaux du pays, il restitue à ce monastère tous les fiefs qui en dépendoient Si qu'Amauri, comte de Montfort L- autrejbis vicomte de Béi^iers & de Carcassonne, & ses chevaliers avoient possédés; il lui donne le droit de confiscation pour crime d'hérésie dans tous les domaines Si fiefs de l'abbaye Si plusieurs autres privilèges. Benoît^, abbé de La Grasse, étoit de la maison d'Alignan^, au diocèse de Béziers; il succéda, en 1249, à Pierre de Montlaur, dans l'évêché de Marseille, qu'il posséda jusqu'après l'an i263. Pendant son épiscopat, il fit deux fois le voyage de la Terre-Sainte 81 composa un commentaire sur le titre des décrétales de la sainte Trinité 81 de la foi catholique pour réfuter les erreurs de son temps. Il dédia "* cet ouvrage au pape Alexandre IV. Si mourut en 1268, après avoir embrassé peu de temps auparavant l'institut des frères mineurs.
XVL — Le comte de Comminges fait sa paix.
Le comte Raimond se vit aussi abandonné de Bernard VI, comte de Comminges, l'un de ses principaux alliés, qui, s'étant '' rendu au camp d'Avignon, au mois d'août suivant, fit la paix avec le roi Si le légat, 81 déclara, par un acte scellé de son sceau, qu'il se soumettoit entièrement à la volonté de ce prince, auquel il fit hommage lige, devant le légat, de tous les domaines qu'il voudroit bien lui laisser de sa pure volonté, avec promesse de l'aider contre les ennemis de l'Eglise Si les siens, 81 surtout contre le comte Raimond. Roger-Bernard, comte de Foix, vint aussi vers le même temps faire au roi des propositions de paix; Si un ancien historien "^ assure qu'il remit son fils en otage à ce prince Si qu'il demeura au camp jusqu'à la fin du siège; mais le roi ne jugea pas à propos de lui accorder les articles de ses demandes, en sorte qu'il se retira sans avoir rien conclu.
protection les habitants de Montpellier, leurs ' Histoire manuscrite Je Vahiaye de La Grasse,
biens & leurs marchandises, en leur concédant le — Gallia Christiana, nov. éd. t. i, p. 65 & scq.
droit de commercer librement dans le royaume, ' [Aujourd'hui Lignan, Hérault, arrondissement
en payant les droits de leudes & de péages. Cette & canton de Béziers.]
charte fut accordée par lui à R. Lambert & à ' Bahize, Miscellanea, t. 5, p. 349.
R. Loup, consuls de Montpellier, & à R. de Con- ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXIV, ce STi? ,
ques & R. de Sauret, notables de la même ville, 853. — Philippe Mouskes, f" lyS v" & seq. [Édit.
qui étaient vraisemblablement allés lui en de- Reiffenberg, t. 2, p. 532.] — Guillaume de Puy-
mander l'octroi. Voyez Germain, Commerce Je laurens, c. 35.
Montpellier, t. 1 , p. 189. [A. M.] ^ Philippe Mouskes. [Édit. Reiffenberg, t. 2,
' Voyez tome VIH, Chartes, n. CLXXX, ce. 855 p. 532.] &857.