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An I 226
"■; ~ 6io HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV.
An iziù
^ XVII. — Suite du siège d' Avignon, cette ville est enfin obligée de se rendre.
Le comte de Toulouse, capitaine expérimenté, se voyant hors d'état de tenir la campagne 8<. de résister en face aux François, avoit pris toutes les mesures possibles pour tâcher du moins de leur nuire & de les faire périr par la faim. Avant leur arrivée ' à Avignon, il avoit fait transporter au loin tous les vivres qui se trouvoient dans le pays, avec les femmes, les vieillards, les enfans, les troupeaux, Sec, Si les avoit fait mettre en lieu de sûreté. De plus il avoit fait labourer tous les prés afin que les chevaux de l'armée françoise ne trouvassent pas de quoi subsister. Louis avoit eu, à la vérité, la précaution de faire voiturer par le Rhône une grande quantité de vivres & de fourrages; t.%°p*'35'8 ^"^^^^ son armée les ayant entièrement consumés, il étoit obligé de faire de fréquens détachemens pour chercher c'a quoi subsister, 8c le comte de Toulouse, qui se tenoit aux environs d'Avignon, ne manquoit pas avec sa petite troupe de leur dresser des embûches S<. d'en tuer un grand nombre. Enfin la famine s'étant mise dans le camp, y causa de furieux ravages, tandis que les flèches h. les pierres des assiégés faisoient périr bien du monde : l'infection causée par les cadavres des hommes & des chevaux, qui demeuroient sans être enterrés, augmentèrent le mal par la grande quantité de grosses mouches noires engendrées par cette corruption qui, s'insinuant dans les tentes & se mêlant avec les alimens & la boisson, quelque précaution qu'on prît pour les écarter, causoient la mort à plusieurs. L'historien^ contemporain qui rapporte ces faits ajoute que le roi & le légat, impatiens de mettre fin à une expédition si longue Si si funeste, résolurent de donner l'assaut; qu'ils firent avancer toutes les troupes, lesquelles s'étant rendues en foule sur le pont d'Avignon, ce pont vint malheureusement k crouler; qu'environ trois mille hommes tombèrent dans le Rhône 8<. y furent submergés presque tous; que les Avignonois firent alors une sortie sur les assiégeans; qu'ils les surprirent tandis qu'ils dînoient; qu'ils leur tuèrent deux mille hommes Si que, pour les éloigner davantage, ils élevèrent un retranchement au delà du fossé; mais nous avons lieu de douter de la plupart de ces circonstances avancées par un auteur étranger ennemi de la France.
Une des raisons qui contribuèrent le plus à la longueur du siège d'Avignon fut, à ce qu'on ^ assure, l'intelligence que plusieurs des principaux de l'armée entretenoient avec les assiégés & le comte de Toulouse, qu'ils tavorisoient secrètement, soit par un sentiment de compassion pour ce prince, qu'ils voyoient attaqué sans aucune cause légitime, soit par divers sujets de mécontentement qu'ils avoient reçus du roi, soit enfin pour d'autres raisons. On met de ce nombre Thibaud, comte de Champagne, Pierre Mauclerc, comte ou duc de Bretagne, 8c Hugues de Lézignem, comte de la Marche 8c d'An-
' Matthieu Paris, an. 1226. — Philippe Mous- ' Matthieu Paris. — Chronicon Turonense, apiiJ
kes. [Édit. ut supra.^ Martène, Col. amplis, t. 5, c. 1069. — Philippe
' Matthieu Paris. Mouskes. [Hdit. Reiffenberg, t. 2, pp. 5i5 & 5if>.|
goulème, qui s'étoient déjà ligués'. Le premier ditïéra- le plus qu'il put sa marche 81 n'arriva au camp qu'après le commencement du siège, & dès qu'il eut achevé son service de quarante jours, suivant la coutume de France, il demanda au roi la permission de se retirer. Le roi la lui refusa, & le comte ayant répliqué qu'il n'étoit pas tenu à un plus long service, il partit malgré ses ordres-^.
Le roi, ayant résolu cependant de ne pas quitter le siège d'Avignon jusqu'à ce qu'il se fût rendu maître de la place, fit redoubler les attaques & obligea enfin les assiégés à demander à capituler, lis donnèrent deux, cents ou, selon d'autres"*, trois cents des plus notables d'entre eux en otage, 8<. ayant juré, le 12 de^ septembre de l'an 1226, d'obéir fidèlement aux ordres de l'Église, ils se rendirent à la discrétion du légat, après avoir soutenu un siège de trois mois. Ce prélat mit les otages en lieu de sûreté en attendant qu'il fît savoir sa volonté aux habitans d'Avignon & il leur donna cependant pour évêque Nicolas de Corbie, religieux de Cluny. Un historien <5 du temps rapporte diverses autres circonstances de la prise d'Avignon par les croisés, lesquelles, si elles étoient vraies, ne teroient pas honneur à la mémoire du cardinal de Saint-Ange. On ne doit pas faire plus de fond sur le nombre des François qu'il prétend qui périrent à cette expédition, & qu'il fait monter à plus de vingt-deux mille hommes, tant tués que submergés dans le Rhône ou morts de maladie, d'où il paroît évidemment, ajoute-t-il, que cette guerre avoit été entreprise injustement, 8c bien plus par un mouvement d'ambition que par le désir d'exterminer les hérétiques. Un autre historien'^, bien plus croyable, se contente de remarquer « que les Avignonois se voyant hors d'état de résister « plus longtemps, après avoir soutenu un siège de trois mois, livrèrent leur « ville au roi 8<. au légat sous certaines conditions, 8c qu'ils furent mulctés, » soit par la perte de leurs murailles, qui furent rasées, soit par diverses M autres peines, » Il ajoute que plusieurs François moururent à cette expédition de diverses maladies; que ce fut un grand bonheur que la ville se fût rendue, car la Durance grossit tellement quinze jours après qu'elle inonda le camp que l'armée françoise avoit occupé Se que le roi auroit été obligé de lever le siège. Quant au nombre des François qui périrent à ce siège, nos historiens^ n'en font monter le nombre qu'à deux mille, qui moururent, tant par les flèches 8t les pierres des assiégés que par la mortalité qui se mit dans le camp; on convient^ que deux cents chevaliers portant bannière furent de ce nombre. Gui, comte de Saint-Paul, 81 l'évêque de Limoges, étoient des plus qualifiés entre ceux qui furent tués.
■ Dom Lobineau, Hiitoirc de Bretagne, 1. 7, " Matthieu Paris, an. 1216, — Voyez tome VII,
p. 21.;. "' supra.
•Mjtthieii Paris, &.c. ' Guillaume de Puylaiirens, c. 3.Ï.
' Gesta LuJoyici VIII. * Gesta Ludovici VllI. — Voyez tome VII,
^ Philippe Moiiskes. [F.dit. ReifTeiiberg, t. 2, ?/ore XXIV, n. 2, p. 71 .
' ',541.] 'Philippe Mouskes, 1° 178 v". [Édit. Reiffen-
ez tome VII, î^ote XXIV, pp. 70, 71. berg, t. 2, pp. J41 à 543.]
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6ïi HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV.