XXII. — Le roi tient une assemblée à Pamïers
Le roi se rendit ensuite ^ à Ramiers, ville qui dépendoit alors du diocèse de Toulouse, Se il y tint, au mois d'octobre, une assemblée ou concile composé de tous les évêques Si de tous les barons qui étoient à sa suite. Foulques, évêque de Toulouse, eut soin de fournir, à ses dépens, à la subsistance de ce prince & de toute son armée, pendant tout le temps qu'il séjourna dans le Toulousain. Nous n'avons plus les règlemens qui furent faits à cette assemblée, nous savons seulement que pour obvier au mépris que faisoient de l'excommunication les peuples de la province de Narbonne & des environs, on y ordonna, du conseil du cardinal de Saint-Ange, légat, que quiconque se laisseroit excommunier après la troisième monition, seroit condamné à payer une amende de neuf livres Si un denier, Si que s'il demeuroit contumax pendant un an, ses biens seroient canfiqués.
XXIII. — Les comtes de Toulouse 6- de Foix renouvellent leur ligue.
On prétend"* que le cardinal de Saint-Ange tint vers le même temps une autre assemblée à Saint-Jean de Verges, auprès de Foix, dans laquelle il donna, dit-on, l'absolution à Roger-Bernard, comte de Foix, qui se soumit à l'Église, Sic. On cite pour garant de ce fait les annales de Foix ou de France, où on ne trouve rien de semblable. Il est évident, en eftet, qu'on a
■ De Vie, Episcop. Carcas. p. 92 & suiv. — Albé- ' Guillaume de Puylaurens, c. 36. — Concilia,
rie, Chronicon, an. 1226. t. 1 1, c. 804 & suiv.
'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCIV, c. 944. '' Sponde, an. 1226. — Concilia, t. Il, c. 3c2.
An tiii
confondu cette prétendue assemblée de Saint-Jean de Verges avec celle qui y fut tenue' au mois de juin de l'an 1229 pour la réconciliation du comte de Fois, avec l'Eglise & le roi ; mais tant s'en faut que Roger-Bernard ait fait sa paix dans le temps qu'on le prétend, qu'il se ligua alors au contraire plus étroitement avec Raimond, comte de Toulouse. Ces deux comtes étant, en effet, dans cette dernière ville ^, le dernier de septembre de l'an 1226, firent ensemble un nouveau traité dont voici les principaux articles : 1° Ils se remettent réciproquement tous les griefs qu'ils pouvoient avoir l'un contre l'autre. 2° Us promettent de ne conclure ni paix ni trêve avec l'Eglise ou avec le roi de France & leurs alliés, sans leur consentement mutuel. 3° Raimond donne à Roger-Bernard S<. à ses héritiers les droits 8c la seigneurie qui lui appartenoient sur les châteaux de Perelle, Castelverdun, Quier, Rabat & Alzen & sur la terre de Bernard Amelii de Pailhers, à condition que ce comte & ses successeurs lui rendroient hommage de ces domaines & à ses héritiers. 4° Raimond confirme en faveur de Roger- Bernard la donation qu'il lui avoit déjà faite du château de Saint-Félix & de ses dépendances dont il promet de le mettre en possession, &C. 5° Enfin le comte de Tou- t'ui'"'''j"oi louse promet au comte de Foix, en cas que Trencavel, vicomte de Béziers, vînt à décéder sans postérité légitime, de lui donner l'investiture de tous les domaines que ce vicomte tenoit de lui en fief dans les vicomtes de Béziers, Carcassonne, Albi & Agde, dans le Rouergue 8c dans le diocèse de Lodève, 81 de lui prêter aide, secours 8c conseil, pour se mettre en possession des terres qui ne relevoient pas des comtes de Toulouse dans ces pays, supposé qu'il y en eût quelques-unes ou qu'on voulût le troubler dans leur possession 8c lui faire la guerre. Les deux comtes jurèrent d'observer ces articles en présence de Sicard de Montaud, Pons de Villeneuve, Othon de Terride, Pons Azémar, Pierre de Durban, Bernard de Durfort, Arnaud de Villemur, Raimond d'Aniort, Pierre de Fenouillet, Pierre-Roger de Mirepoix, châtelain d'Aure, 8c de divers autres seigneurs qui leur étoient demeurés fidèles. Les consuls 8c le commun conseil de la ville &c du faubourg de Toulouse se rendirent garants du traité envers le comte de Foix, par ordre 8c à la prière de leur comte.
XXIV. — Le roi reçoit à Pamiers le serment de fidélité des évêques de la Province 6- s'accorde avec eux touchant le domaine de leurs églises.
Le roi Louis VIII reçut à Pamiers, durant l'assemblée qu'il tint dans cette ville au mois d'octobre de l'an 1226, l'hommage 8c le serment de fidélité des évêques de la province de Narbonne. C'est ce que nous inférons d'un acte^, suivant lequel Amauri de Montfort, qui étoit présent, atteste qu'Arnaud,
'Voyez tome VIII, Chartes, n. CXCIII, c. poS. éTeqiies de la Province aient prêté serment à Pa-
' Marca, Histoire de Béarn, I. 8, ch. il, n. 3. miers, mais qu'ils ont prêté serment au roi. L'évê-
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXXIX, ce. 8()o que de Nimes, ajoute la charte, rendit hommage
gi 8()i. . L'acte en question ne dit pas que les plus tard à Saint- Germain en Lnye. [A. M.]
Au 1226
évêque de Nimes, étant alors demeuré malade à Carcassonne, le roi confirma en taveur de ce prélat la donation que Simon de Montfort lui avoit faite du lieu de Millau, dans le diocèse de Nimes, « à condition qu'il lui prêteroit le « même serment de fidélité que lui avoient prêté les autres évê(|ues de la « province de Narbonne. » Louis s'accorda en même temps avec la ])lupart de ces prélats, touchant les biens qui avoient été confisqués sur les hérétiques dans les mouvances de leurs églises 8t qui avoient été unis au domaine royal, 8cc., entre autres' avec Pierre, archevêque de Narbonne^, 8t Raimond, évêque d'Uzès. Il maintint aussi alors, à ce qu'on prétend, Pierre, évêque de Lodève, dans la possession du comté de Montbrun (ou de Lodève)-'. Enfin Amauri de Montfort ayant renoncé'* durant cette assemblée aux droits qu'il avoit sur la ville & le château de Pamiers, par le pariage dont il étoit convenu avec l'abbé 8c les religieux de Saint-Antonin de Frédélas, ces derniers en disposèrent, du consentement du cardinal légat, en faveur du roi pour en jouir pendant sa vie aux mêmes conditions qu'ils avoient appelé auparavant les comtes de Foix ?c les seigneurs de Montfort-"'.
XXV. — Union de la vicomte de Fenouillèdes an domaine de Niigne-^ Sanche, comte de Roussillon, iS* ensuite à celui de la couronne.
Louis, après avoir terminé l'assemblée ^ de Pamiers, reprit la route de France 8<. reçut à Beaupuy, entre Pamiers 8t Castelnaudary 7, au mois d'octobre, l'hommage-lige pour la vicomte de Fenouillèdes 6- de Pierrepertuse, de Nugnez Sanche, comte de Pvoussillon, qui le lui rendit,, sauf la fidélité qu'il devoit au roi d'Aragon, « en sorte, ajouta-t-il, que si la guerre venoit « à s'élever entre les deux princes, je ne pourrai secourir le roi d'Aragon à « cause des doinaines que je tiens du roi de France, Si que je serai obligé <( de les remettre à ce dernier pour les reprendre après la paix. » Nugnez avoit succédé, dès l'an 1217^, aux comtés de Pvoussillon, de Confient, de Cerdagne & de Valespir, ([ue le cointe Sanche, son ])ère, troisième fils de Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, &c de Pétronillc, reine d'Aragon, avoit enfin obtenus pour son partage 8<. qu'il lui avoit donnés avant sa mort. Ces deux princes avoient eu des liaisons intimes avec Raimond VI S<. Pvaimond VII, comtes de Toulouse, qu'ils avoient soutenus jusqu'alors ou favorisés du moins secrètement durant la croisade. Mais Nugnez, voyant les
' Gallia Christiana, t. i , c. 382 & siiiv., & nov. vier [228, il accorda nux habitants une charte de
éd. t. 6, Instrum. c. 3o6 8c siuv. coutumes, que Ton peut voir nu tome \'III, ce. 870
" [La charte est datée de Monestiès, dans l'Albi- à 876. EUe est la plus ancienne que l'on ait pour
geois.j Pamiers. Elle (nx confirmée par le comte de Foix,
' Piantavit, Lodovem. episc. p. 136 & suiv. en 12,33. [A. M.]
< Voyez tomeVIII, Chartes, n.CLXXVII, ce. 858 «Guillaume de Puylaurens, c. 36.
& 859. ' Marca Hispaitica, c. 141 1. — Martène, AmpU
^ Voyez la charte de l'abbé, dans Teulet, t. 2, CoUcct., t. i,c. 1202.
pp. pâ & 96, d'après J. 336, n. 1. — Une fois ' D'Achéry, Spicileg'tum, t. 8, p. 363. — Gcsta
rentré en possession de Pamiers, l'abbé Maurin comitum Barcinonensium. c. 5j[y. — Zur'iia, Andes.
paraît en être resté paisible possesseur. Le |5 jaii- 1. 2, c. 71.
' An 1226
grands préparatifs du roi Louis VIII contre le dernier, & jugeant qu'il netoit pas en état de résister, il abandonna lâchement ses intérêts & tâcha de se rendre le roi favorable, dans l'espérance de se maintenir, sous l'autorité de ce prince dans la possession de la vicomte de Fenouillcdes 8t de Pierrepertuie. On prétend ' que Louis VIII avoit confisqué cette vicomte pour en disposer en faveur du comte Nugnez, sur une prétendue Béatrix, qu'on dit fille unique S<. héritière de Guillaume de Lara, fils de Manrique de Lara, comte de Molina, en Espagne, & d'Ermessinde de Narbonne, & frère puîné d'Aymeri & de Pierre de Lara, successivement vicomtes de Narbonne. On ajoute t. 'ni "p. *']',]; quelques autres^ circonstances qui sont ou peu exactes ou destituées de fondement. Voici ce qui en est.
Ave, fille 8t héritière^ d'Arnaud III, vicomte de Fenouillèdes, ayant épousé un seigneur de la maison de Saissac, dont on ignore le nom, &. dont elle étoit veuve en 1209, en eut un fils, nommé Pierre, qui fit hommage"* avec elle, la même année, pour la vicomte de Fenouillèdes, à Aymeri, vicomte de Narbonne, aux ancêtres duquel les comtes de Barcelone avoient donné la suzeraineté sur le pays ou comté de Fenouillèdes dès le commencement du douzième siècle. Pierre, vicomte de Fenouillèdes, fils d'Ave, prit le surnom de Fenouillet, 8c s'étant lié avec le comte de Toulouse, le comte de Foix, le vicomte de Béziers Se les autres seigneurs de la Province qui soutinrent la guerre contre Simon de Montfort Si. les croisés, il eut un sort semblable au leur : ses domaines furent confisqués par l'Eglise Se adjugés enfin à Nugnez Sanche, comte de Roussillon. Nous ignorons l'époque précise de cette confiscation 5 mais on vient de voir que Nugnez Sanche possédoit déjà la vicomte de Fenouillèdes, au mois d'octobre de l'an 1226, lorsqu'il en fit hommage au roi Louis VIII. Nugnez se maintint dans la possession de cette vicomte. Se il en rendit^ un nouvel hommage au roi sajnt Louis, au mois de juillet de l'an 1228. Pierre de Fenouillet fit cependant tout son possible pour la recouvrer, sous la protection du comte de Toulouse Se de ses autres alliés; mais après que ce dernier eut conclu la paix avec le roi, au mois d'avril de l'an 1229, Pierre, ne pouvant pas se soutenir par lui-même, fut enfin obligé de mettre bas les armes. Se, par un acte'' daté du i'^ de juin de la même année, il céda à Nugnez Se à sa postérité « le château 6- toute la vicomte de « Fenouillèdes, en réparation des dommages que lui Se ses chevaliers avoient « causés à ce comte Se à ses vassaux; ce qu'il ne pouvoit réparer en aucune « autre manière. » Ave, qui étoit présente, ratifia la cession de Pierre de Fenouillet, son fils. Se transféra à son tour à Nugnez tous ses droits sur la même vicomte, dont ce prince jouit paisiblement jusqu'en 1242. Pierre de Fenouillet s'étant ligué alors avec le comte de Toulouse, le comte de Foix, le
' Salazar, Hlstoria de la casa de Lara, 1. i5, ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. XCV, ce. 583,
■ Voyez tome VII, .Vote XXVII, pp. 83 à 88. = Marca Hlspanica, c. 1411.
' Voyez plus haut, 1. XIX, n. Li, pp. 5;, 58, <^ Tome VIII, Chartes, n. CLXXXIX, ce. 898,
& tome VII, ul supra, 8.J9.
An I 226
vicomte de Narbonne Si les autres grands de la Province, qui déclarèrent la guerre au roi, fit revivre ses droits sur la vicomte de Fenouillèdes, dont il fit hommage', au mois d'octobre de cette année, au vicomte de Narbonne; mais le comte de Toulouse & ses alliés s'étant soumis peu de temps après, le comte de Roussillon continua de jouir de la vicomte de Fenouillèdes, qu'il transmit avec ses autres domaines à Jacques I, roi d'Aragon, son parent 81 son héritier, qui la céda au roi saint Louis par le traité qu'ils conclurent ensemble en ii58. Par là cette vicomte demeura réunie à la couronne. Il est vrai que Hugues de Saissac, fils 81 héritier de Pierre de Fenouillet, se qualifioit* vicomte de Fenouillèdes, en lîSg, & que Béatrix, sa veuve & tutrice de leurs enfans, demanda^ au parlement tenu à Paris, à la Chandeleur de l'an 1264, qu'on lui adjugeât sa dot & son douaire sur les biens de son mari, c'est-àdire sur la vicomte de Fenouillèdes; mais elle fut déboutée de sa demande, « parce que ces biens avoient été confisqués pour hérésie sur le père du « même Hugues, » dont les descendans, qui prirent le surnom de Fenouillet, s'établirent'* dans le Roussillon, où ils possédèrent les vicomtes d'IIle, de Canet, 8ic. Reprenons la suite du voyage du roi Louis VIII dans la Province.
XXVI. — Le roi s'accorde avec Agnès, vicomtesse douairière de Béliers, ô" établit Imbert de Beaujeu pour gouverneur de la Province.
Le roi se rendit de Beaupui"^ à Castelnaudary Si poursuivit sa route par Puylaurens, Lavaur & Albi. Les habitans de cette dernière ville lui prêtèrenf^ serment de fidélité, 81 il y fit un traité'' avec Agnès de Montpellier, vicomtesse douairière de Béziers 81 mère du jeune vicomte Trencavel. Simon de Montfort s'étoit accordé*, en. 1209, avec elle, & lui avoit assigné trois mille sols melgoriens de rente pour son douaire. Le roi, qui étoit entré dans les droits de la maison de Montfort, promit pour la sûreté de ce douaire cent quarante livres de rente annuelle à Agnès, 81 lui assigna cette somme sur la ville de Béziers, payables par son bailli de Béliers. Les lettres furent expédiées par Pierre, archevêque de Narbonne, 81 elles sont datées d'Albi, au mois d'octobre de l'an 1226. Louis, avant 9 que de partir de cette ville, confia Êd.origin. à Imbert OU Humbert de Beaujeau, chevalier aussi distingué par sa naissance que par sa bravoure 81 son expérience dans l'art militaire, 81 qui fut dans la suite connétable de France, le gouvernement de tous les pays qui venoient de se soumettre à son obéissance. Il lui laissa en même temps un corps considérable de troupes pour tenir les peuples en bride : Humbert doit donc
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCI, ce. J096, ^ Voyez tome VII, Note XXVII, pp. 87, 88.
1097. ^ Guillaume de Puylaurens, c. 36.
■ Ibid. n. CCCXXXI, c. 1449. «Voyez tome VIII, n. CCXCVI, ce. i3oi, i3oi.
' Registre Olim. [Archives nat. X^, I, f» 139 r". ' Ih,d. n. CLXXVIII, ce. 839, 860.
La sentence fut rendue au parlement de la Pente- * Ihid. n. XCIV, ee. 579 à 082.
côte 1264. Cf. Boutaric, Actes du Parlement, t. 1 , ' Guillaume de Puylaurens. — Geita Ludo-
p. 78, n. 855. j vni l'ill. — Guillaume de Nangis, Chronicon.
être compté pour le premier gouverneur de la Province depuis ?a réunion à la couronne. Il fît' brûler vif vers ce temps-là, à Cannes, dans le diocèse de Narbonne, un évêque des hérétiques, nommé Pierre Isarn, qui avoit été condamné par l'archevêque de Narbonne. On assure^ que le roi laissa aussi dans le pays Amauri de Montfort pour y commander sous les ordres d'Humbert de Beaujeu.
XXVII. — Mort du roi Louis VIII. — Saint Louis, son fils, lui succède.
Le roi Louis VIII, suivi du cardinal de Saint-Ange & des principaux prélats & seigneurs qui avoient pris part à son expédition^, continua sa route 8c arriva à Clermont"*, en Auvergne, à la fin d'octobre. La maladie s'étoit alors mise parmi ses troupes, à cause des fatigues de la campagne ; & Guillaume, archevêque de Pveims, le comte de Namur 8t Bouchard de Marly^ moururent pendant ce voyage. Etant arrivé à Montpensier, le jeudi avant la Toussaint, 19 du même mois, il y tomba lui-même malade. Louis, se voyant sans espérance de guérison, fit appeler*^ dans sa chambre, le 3 de novembre, les prélats & les principaux seigneurs qui l'accompagnoient, savoir : les archevêques de Bourges & de Sens, les évêques de Beauvais, de Noyon & de Chartres, Philippe, comte de Boulogne, le comte de Blois, Enguerrand de Couci, Archambaud de Bourbon, Jean de Nesle Se Etienne de Sancerre; il leur ordonna par la fidélité qu'ils lui dévoient Si leur fit promettre par serment, s'il venoit à décéder, de faire incessamment hommage à Louis, son fils aîné, comme à leur seigneur 8c à leur roi, 8c de le faire couronner le plus tôt qu'il seroit possible. Ce prince mourut cinq jours après, le dimanche 8 de novembre, sans avoir pu exécuter le projet qu'il avoit formé de retourner dans la Province la campagne suivante pour achever de la soumettre.
Louis VIII fut un prince également recommandable par ses exploits 8c par ses vertus; il laissa de Blanche de Castille, sa femme, plusieurs fils, dont l'aîné, nommé Louis comme lui, qui lui succéda Se qui a mérité le glorieux titre de saint, n'étoit alors que dans la douzième année de son âge : ainsi la prédiction du roi Philippe-Auguste fut accomplie. Les gens d'église'' engageront mon fils, disoit-il, à faire la guerre aux hérétiques albigeois; il ruinera sa santé à cette expédition : il y mourra. Se par là le royaume demeurera entre les mains d'une femme 8c d'un enfant. Mais la minorité de saint Louis eut un succès beaucoup plus heureux qu'on n'avoit osé l'espérer. Les
'Domaine d« Montpellier, Acte» ramassés, l'hommage de Guillaume de Calmont d'OIt, pour
liasse i,n. i5. toutes ses possessions dans le pays (De Gaujal,
' Philippe Mouskes, (" 178 v". [Edit. ReifTen- Etudes sur le Roucrgue, t. 2, p. 100, & Teulet,
berg, t. 2, p. 548.] t. 2, pp. 96 & 94.) [A. M.]
' Il passa par Rodez, où l'abbé de Figeac, ' Baliize, Histoire d'Auvergne, t. 2, p. 272.
Guillaume, vint lui prêter hommage pour le châ- ' Philippe Mouskes, f" 179. [Edit. ReiiTenberg,
teau de Peyrusse, que Simon de Montfort lui avait t. 2, pp. 049, 55o.]
donné en 1214; le roi s'engagea de son côté à ' Martène, Thés. anecJot. t. 1, c. 937.
protéger l'abbaye. A Espalion, Louis VIII reçut ' Ciiillaume de Piiylaiireiis, c. 36.
An 1226
An 1220
prélats 8t les seigneurs qui s'étoient trouvés à Montpensier, à la mort du roi, son père, écrivirent' une lettre circulaire à tous les grands du royaume pour les inviter de se trouver à la cérémonie de son sacre qui se fit à Reims, le premier dimanche de l'Avent. Plusieurs des principaux de l'Etat, mécontens du gouvernement passé, s'absentèrent de cette cérémonie & excitèrent quelques troubles au commencement du règne de ce prince. Ces divisions opérèrent une diversion favorable au comte de Toulouse qui chercha à s'appuyer de l'autorité 8c du crédit de l'empereur Frédéric, lequel avoit toujours été porté pour lui.
XXVIII. — L'empereur demande au pape la restitution d'Avignon,
"Comme la ville d'Avignon étoit alors comprise dans les terres de l'Empire, Louis VIII avoit écrit une^ lettre d'honnêteté à Frédéric pour lui marquer les motifs qui l'avoient engagé à cette entreprise. L'empereur n'en fut pas moins choqué; il en porta-' ses plaintes au pape 8<. demanda qu'il lui fît restituer les villes de Provence & du royaume d'Arles, dont les François s'étoient emparés à la gauche du Rhône, particulièrement celles que le comte Raimond tenoit en fief de l'Empire. Le pape lui répondit, le 22 de novembre de l'an 1226, qu'il ne permettroit jamais qu'on violât les droits de l'Empire & qu'il avoit ordonné à Romain, cardinal de Saint-Ange, son légat, de les conserver soigneusement en purgeant le pays d'hérésie; mais qu'il étoit obligé de différer à lui accorder sa demande jusqu'à ce que ce cardinal l'eût instruit de tout ce qui s'étoit passé dans cette affaire & lui eût marqué quelles étoient t'ui°''"3i]' ^^^ terres ([ui appartenoient à l'Empire dans le pays. Il ajouta qu'il ordonneroit au légat de retenir en son pouvoir & en celui de l'Eglise les villes qui dépendoient de l'empire Si de les faire garder, en attendant, par des prélats ou par des ecclésiastiques, sans préjudice des droits de l'Empire & de la fidélité qui étoit due à l'empereur, pour les lui faire rendre lorsqu'il seroit au tait &. qu'il n'y auroit aucun péril ni pour la paix, ni pour la foi. Il ordonna en même temps au cardinal de Saint-Ange d'empêcher que les droits de l'empereur ne fussent violés, sous prétexte de détruire l'hérésie.