XXIX. — Le légat impose des lois aux hahitans d'Avignon
An 1227
Le légat rendit '^ une sentence, au commencement de janvier de l'année
suivante, par laquelle il donna enfin l'absolution aux habitans d'Avignon, après qu'ils eurent fait serment d'observer exactement les articles suivans &
' Martène, ut supra. — Guillaume de Nangis, ^ Fantoni, IstorU d'Avinione, 1. i, p. ;15 & suiv.
Chronicon. — Philippe Moiiskes, f" 177 y°. [Édit. Reiffenberg,
'Inventaire descharfesdii roi. [Voyez tomeVIII, t. 2, pp. 542, 5^3.] Chartes, c. 842.]
' Rnynaldi, an. \iz6, n. 3o & siilv. [Potthas-, n. 7614.]
quelqus autres. Il leur défendit de donner aucun secours aux comtes de Toulouse & de Foix. jusqu'à ce que ces comtes fussent rentrés dans le sein de l'Eglise; il leur ordonna au contraire de secourir de toutes leurs forces le roi de France & les siens; de s'opposer aux desseins des ennemis de ce prince, depuis Montpellier Se en deçà, 8t de défendre les terres que l'Eglise possédait en deçà du Rhône, contre tous ceux qui, au mépris des ordres de l'Eglise, entreprendroient de les attaquer. Ces terres sont les mêmes que les châteaux que Raimond VI, comte de Toulouse, avoit remis en 1209, dans son marquisat de Provence au légat Milon, pour la sûreté de ses promesses, & que l'Église romaine qui se les étoit appropriés, avoit gardés depuis sous prétexte que ce comte n'avoit point satisfait à ses engagemens. Le cardinal de Saint- Ange ordonna encore aux Avignonois de ne plus recevoir chez eux les hérétiques ou vaudois, sous peine de bannissement, de destruction de leurs maisons & de confiscation de leurs biens; de payer mille marcs d'argent en dédommagement à l'église d'Avignon; de détruire les murailles 8< les remparts & de combler les fossés de leur ville, 81 de ne pas les rétablir sans sa permission &• celle du roi de France } de raser trois cents de leurs maisons à son choix. Si toutes les tours de la ville qu'il jugeroit à propos; d'envoyer, au mois d'août suivant, trente chevaliers armés dans la Terre -Sainte pour y servir pendant un an à leur dépens; de payer six mille marcs d'argent d'amende pour les affaires de la paix 8c de la foi; Si enfin de remettre au roi toute leur artillerie 81 leurs machines de guerre pour en disposer comme il voudroit. Les Avignonois furent obligés de subir ces lois, 8< le roi employa l'amende qu'ils payèrent' à construire le château de Saint-André en deçà du Pv.hône pour les tenir en bride.
XXX. — Le comte de Toulouse se met en campagne 6* prend le château
d'Auterive.
Raimond, comte de Toulouse, voulant rétablir ses affaires, qui étoient extrêmement délabrées, se mit en campagne^ pendant l'hiver 81 assiégea le château d'Auterive sur l'Ariége, à quatre lieues de Toulouse, vers le midi. Les François qui étoient dans le pays ne purent secourir la place assez tôt &i la garnison fut obligée de se rendre la vie sauve. Le comte y perdit un de ses meilleurs chevaliers en la personne d'Etienne de Ferréol , du diocèse d'.'^gen, qui tut tué d'un coup de flèche. Il renforça en même temps la garnison du château de Bécède, dans le Lauragais, 81 y mit pour commander Pons de Villeneuve 81 Olivier de Termes.
'Philippe Mouskes. [Édit. ReifTenberg, t. ï, ' Guillaume Je Piiylaurcns, c. S;,
An 1227
XXXI. — Le roi donne â vie la vicomte de Gévaudan i^ fait valoir ses prétentions sur le comté de Melgueil.
La reine Blanche & son conseil, occupés à dissiper la ligue que les comtes de Champagne, de Bretagne St de la Marche avoient formée contre le jeune roi, ne pouvant envoyer dans la Province un corps de troupes pour en achever la conquête, mirent toute leur attention à maintenir dans l'obéissance, autant qu'il étoit possible, les peuples soumis. C'est dans cette vue que le roi accorda, au mois de janvier' de l'an 1227, des lettres de sauvegarde en faveur des bourgeois de Saint-Antonin, en Rouergue, & qu'il donna ^ à vie, vers le même temps, à Béraud, seigneur de Mercœur, le château de Grèzes 8c tout ce qui dépendoit de la vicomte de Grè-^es, c'est-à-dire la vicomte de Gévaudan^. Béraud déclara qu'après sa mort cette vicomte reviendroit au roi 8(. à ses héritiers, avec promesse de la garder comme les autres châteaux qu'il tenoit de ce prince, & de la lui rendre à la première réquisition. « Que si « quelqu'un, ajoute-t-il, venoit à recouvrer le château de Grèzes par le juge- « ment de la cour du roi, je le rendrai ; Si si le roi est remboursé du prix « de l'engagement que feu Raimond, comte de Toulouse, avoit sur Millau
Éd origin. „ g^ sur les autres domaines du roi d'Aragon, il me fera part de cette somme 1. 111, p. J63. . ° , '. .
« pour ce qui regarde le château de Grèzes. » Nous inférons de là que les
peuples des vicomtes de Millau Se de Gévaudan s'étoient soumis au roi
Louis VIII l'année précédente. Se que ce prince avoit fait prendre possession
en son nom de ces deux vicomtes, sous prétexte qu'il étoit au droit du comte
de Toulouse, à qui le roi d'Aragon les avoit autrefois engagées'^.
Il paroît que le roi vouloit aussi s'assurer du comté de Melgueil, comme
d'un domaine qui avoit appartenu à ce comte, nonobstant les prétentions de
l'Eglise romaine qui l'avoit donné en fief aux évêques de Maguelonne. Le
pape Grégoire IX écrivit, en effet 5, le 20 de mai de l'an 1227, à l'archevêque
de Bourges que le comté de Melgueil ou de Montferrand étoit un ancien fief
de l'Eglise romaine j que suivant l'accord qui avoit été fait entre le légat du
Saint-Siège Se feu Raimond, comte de Toulouse, ils étoient convenus que ce
comté reviendroit librement à l'Eglise romaine si le comte n'exécutoit pas les
ordres qui lui avoit été donnés touchant les hérétiques; qu'étant manifeste
qu'il n'y avoit pas obéi, il avoit été non-seulement dépouillé de ce comté,
mais encore de tous ses autres domaines. « Or, poursuit-il, le pape Inno-
« cent III, ayant donné ce comté en fief à l'évêque de Maguelonne Si à ses
'Voyez tome VIII, Chartes, n. CLXIV, c. 825. commit l'examen de cette affaire au cardinal-
'Ihid. n. CLXXIX, c. 860. légat. (Potthast, n. 7475.) [A. M.]
• 'Voyez tome IV, Note XXVI, n. 9 & siiiv. '^ Martène, Thésaurus anecjotorum, t. I, c. 940.
j). i35. [Potthast, n. 7914. Lettre du même jour à l'arche-
^ En septembre 1220, le roi d'Aragon avait vêqiie de Narbonne, n. 7915, St du 23 mai 1223
aussi élevé des réclamations & demandé la resti- à Louis IX, n. 7910. Cette dernière d'après Gariel,
tution de la vicomte à lui enlevée par Amauri Idée de la ville de Montpellier, t. r, p. 1G6.]
de Montfort & par l'évèijue de Rodez; le pape
« successeurs, & le pape Honoré & nous, ayant confirmé cette donation, « nous avons cru devoir prier notre très-cher fils le roi Louis de ne pas « inquiéter ce prélat & de ne pas permettre que personne l'inquiète, tou- « chant la possession de ce comté S<. de ses dépendances, 6ic. »
XXXII. — Concils de 'Narhonne. — Le vicomte Trencavel recouvre Limoux 6- une partie de ses autres domaines.
Grégoire écrivit', vers le même temps, au jeune roi Si à la reine mère pour les presser de continuer l'expédition que le feu roi avoit commencée contre les hérétiques de la Province. Les progrès du comte de Toulouse 8c de ses associés l'engagèrent sans doute à écrire cette lettre. Aussi voit-on par le concile provincial que Pierre, archevêque de Narhonne, tint dans cette ville, durant le carême de l'an 1217, qu'ils avoient repris alors plusieurs places que Louis VIII leur avoit enlevées. On dressa^ vingt canons dans ce concile entre lesquels les suivans sont les plus remarquables. On confirme par le premier le statut que le roi Louis VIII avoit fait l'année précédente à l'assemblée de Pamiers contre ceux qui méprisoient l'excommunication. Les trois suivans défendent aux juifs d'exiger des chrétiens des usures trop fortes, d'avoir chez eux des nourrices 61 des domestiques chrétiens, d'exercer les offices publics, S<c., 8c leur ordonnent, pour se distinguer des chrétiens, de porter sur leurs habits une figure de roue d'un demi-pied de circonférence, 5c de payer tous les ans à Pâques, à la paroisse de leur domicile, une redevance de six deniers melgoriens par famille. Suivant le cinquième, le curé ou un ecclésiastique devoit être présent aux testamens pour s'assurer de la foi du testateur. Le douzième déclare que les clercs seront exempts de taille, tant pour leur patrimoine que pour leur personne, avec défense aux laïques, sous peine d'encourir les censures, de les imposer à la taille. Le treizième défend l'établissement des nouveaux péages. Le quatorzième enjoint aux évêques d'instituer dans toutes les paroisses des témoins synodaux ou inquisiteurs de i'hérésie 8c autres crimes manifestes. Le quinzième 8c le seizième veulent que les consuls, les châtelains, les podestats 8c les barons soient contraints par censures d'abandonner les hérétiques 8c leurs fauteurs, 8< que tous ceux qui auront été hérétiques revêtus, notés ou just nent suspects d'hérésie, ne puissent exercer les offices publics. Le dix-septième est énoncé de la manière suivante : « Nous statuons 8c ordonnons très-étroitement de dénoncer excomi munies tous les dimanches 81 fêtes, au son des cloches 8c à cierges éteints, « Raimond, fils de Raimond, autrefois comte de Toulouse, le comte de Foix « 8c Trencavel que l'on appelle vicomte de Béziers, les Toulousains héréti- « ques, leurs croyans, fauteurs, défenseurs &c receleurs; mais surtout ceux de u Limoux 8c autres qui avoient fait serment au seigneur Louis, roi de France,
' Mis, de Colhcrt. n. 2669. ' Concilia, t. i i , c. Zoi & suiv. — Giiil'aume de
Pi.ylaurens, c. 36.
An 1227
"7 6i4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV.
An I 227 T
« d'heureuse mémoire, 6<. qui ensuite se sont retirés de l'Eglise, avec tous « ceux qui leur vendent des armes, des chevaux 81 des vivres, ou qui leur « fournissent sciemment d'autres secours ; & d'abandonner leurs biens 8c « leurs personnes au premier occupant. » Il est marqué à la fin du dernier canon qu'on célébrera tous les ans le concile provincial le dimanche Laetare. ûd.oiisin. Qq^ canons prouvent que la ville de Limoux, après s'être soumise au roi
t. Ul.p. JOO. r 1, 1 • I • rr-.
Louis VIII, étoit rentrée sous 1 obéissance du vicomte Trencavel, son ancien seigneur j c'est ce qu'on peut encore confirmer par deux actes du 17 juin de cette année, suivant' lesquels « Trencavel, par la grâce de Dieu vicomte de « Béziers, seigneur d'Albi, de Carcassonne Se de Razès, met sous la garde, « protection Se défense de Roger-Bernard, comte de Foix, vicomte de Cas- « telbon, la ville de Limoux Si tout le Razès, tant que les François occupe- « roient ses domaines. Si six ans après qu'ils auroient perdu Béziers Si Car- « cassonne. » Trencavel fit donation en même temps en faveur du comte de Foix de la terre de Chercorb qui s'étendoit dans la partie méridionale du diocèse de Mirepoix, & que ce comte avoit rachetée pour quinze mille sols melgoriens d'Isarn Bernard de Fanjaux qui la tenoit en engagement.
XXXIII. — Brouilleries dans l'église de France à l'occasion de la levée des décimes contre les albigeois.
Quoique le jeune roi eût discontinué^ la guerre d'Albigeois, comme il se sentoit appuyé par le cardinal légat, il prétendit lever néanmoins la décime que le clergé de France avoit accordée au feu roi, son père, pendant cinq ans pour les frais de cette expédition. Les chapitres des églises cathédrales des provinces de Reims, Sens, Tours Si Rouen firent difficulté de payer cette imposition, sous prétexte qu'elle n'avoit été accordée que pendant l.e temps de la guerre j or, comme il paroissoit que le jeune roi l'avoit abandonnée, ils prétendoient n'y être plus obligés. La reine Blanche 81 le cardinal légat, qui vivoient dans une parfaite intelligence, prirent alors des mesures pour les contraindre à continuer de payer la décime. Le légat rendit entre autres une ordonnance, le 17 de mai, par laquelle il donna pouvoir au roi de saisir les biens de ces églises, « afin, ajoute-t-il, que la puissance séculière réprime au « moins ceux que la crainte de la juridiction ecclésiastique n'empêche pas de « mal faire. » Il enjoignit, étant^ à Sens, le 5 de juin, à l'archevêque de Tours Si à ses suffragans de publier cette ordonnance. Le clergé de ces quatre provinces en appela au pape, peu de jours après, 81 de toutes les procédures qui s'en suivroient; sur le fondement qu'ils n'avoient accordé la décime que comme un pur don gratuit 81 volontaire pour faire la guerre aux albigeois, 81 que n'y ayant personne pour la continuer avec le même succès qu'aupara-
' Tome VIII, Chnrtes, n. CLXXX, ce. 863 à 86"). une copie de Bahize. (Voyez fome ^'III, ce. 869,
' Raynaldi, an. 1227, n. âo & suiv. 870.) Elle est publiée avec sa vraie date de 1227
' Trésor des chartes, Albigeois, n. 7. [Dom Vais- dans Teulet, t. 2, p. 124, d'après l'original,
sete a donné cette pièce, datée de 1228, d'après p. 421.]
An 1227
vant, ils n'étoient pas tenus de la payer. Le légat, sans s'embarrasser de cet appel, décerna des censures contre les appelans, fit saisir tous leurs biens par les officiers du roi 8c commit diverses vexations. Le clergé en porta des plaintes amères à Grégoire IX. Ce pape, qui en fut d'abord touché, écrivit des lettres de consolation aux églises qui se prétendoient lésées', fit une vive réprimande au cardinal de Saint-Ange & lui manda de révoquer son ordonnance^; mais ce légat, ayant fait des remontrances, gagna cependant l'archevêque de Sens Se l'évêque de Chartres, qui promirent^, au mois d'août suivant, de payer mille cinq cens livres parisis pour les décimes des églises de leur province. Enfin, le roi ayant envoyé un renfort pour agir contre le comte de Toulouse, le pape permit à ce prince, le i3 de novembre, de lever la décime.
XXXIV. — Humbert de Beaujeu continue la guerre contre le comte de Toulouse ; l'évêque d'Albi, le vicomte de Lautrec, Çyc, se liguent contre ce comte.
Humbert de Beaujeu, après avoir reçu ce renfort, commença d'agir offensivement 8c mit le siège, pendant l'été de l'an iiiy"*, devant le château de Becède, en Lauragais, où Pons de Villeneuve 8c Olivier de Termes commandoient pour le comte de Toulouse. L'archevêque de Narbonne 8c l'évêque de Toulouse marchèrent au secours d'Humbert qui, après avoir fait une brèche suffisante, se prépara k donner l'assaut; mais les assiégés, voyant qu'ils n'étoient pas en état de résister, s'enfuirent pendant la nuit pour la plupart, les autres furent passés au fil de l'épée ou assommés à coups de pierres par les François. L'évêque de Toulouse tâcha, autant qu'il pût, de sauver la vie aux femmes 6c aux enfans de ce château, qui étoit de son diocèse; mais on ne fit aucune grâce à Gérard de la Mote, diacre hérétique, 8c à ses compagnons qui furent tous pris 8c brûlés vifs. Humbert continua ses expéditions, dont nous ignorons le détail 8c l'époque précise : on sait^ seulement qu'il assiégea le château de Cabaret, dans le Carcasses, 8c celui de la Grave sur le Tarn, en Albigeois, Se qu'il fit ensuite une course du côté de Cordes, dans le même pays, dont il ravagea les environs pendant trois jours. Au reste, il est faux^ qu'il ait soumis alors la ville de Toulouse 8c le pays toulousain, ainsi que quelques auteurs l'ont avancé. Nous ignorons aussi la plupart des démar- , 'if, "''^jî]" ches de Raimond, comte de Toulouse, pendant cette campagne. Nous apprenons qu'il étoit à Gaillac, en Albigeois, au mois d'août, 8c qu'il exempta^
'Lettre de fin juillet 1227 aux chapitres de ^ Guillaume de Puylaurens, c. 37. — Guillaume
Reims & de Paris, pour les consoler de la mort de Nangis, Ckronicon.
de Louis VIII & les assurer qu'il les protégera ' Tome VIII, Chartes, n. CCCXLIII, ce. i5o7,
contre les entreprises du légat. (Potthast, n. 7986.) 1 'loi.
La lettre de réprimande au légat, du même jour, ' Voyez tome VII, .Volf XXV, n. i, pp. 71, 72.
itij. n. 7985. [A. M.] " Archives de l'hôiel de ville de Gaillac. [L'acte
' [Potthast, n. 8o53.] ne porte pas de nom de lieu, & a été publié par
• Tome VIII, Chartes, n. CLXXXI, ce. 868, 869. Compayré, p. 877; il est écrit en langue vulgaire.]
An 1227
alors les consuls 8^ les habitans de cette ville de tout droit de leude Se de péage dans ses terres. Une partie de l'Albigeois étoit donc alors soumise à ce prince. Le reste du pays obéissoit au roi, comme il paroît par le traité' de ligue que formèrent ensemble, vers ce temps-là, Guillaume-Pierre, évêque d'Albi, les chanoines de sa cathédrale. Gaillard de Rabastens, prévôt de Saint-Salvi, Sicard, vicomte de Lautrec, St les principaux habitans d'Albi. Ils promirent par serment entre les mains de Philippe de Be-^tesi, sénéchal en Albigeois pour le seigneur roi de France, de se secourir mutuellement, sauj la fidélité due à l'Eglise £- au seigneur roi de France.