‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 253 sur 342 · LXXX. — Mort de Foulques, évêque de Toulouse · texte numérisé non relu

LXXX. — Mort de Foulques, évêque de Toulouse

Foulques, évêque de Toulouse", souffroit toujours de grandes contradictions, soit de la part de plusieurs gentilshommes de son diocèse qui refusoient de se dessaisir des dîmes inféodées qu'ils possédoient, soit de celle des anciens seigneurs du château de Verfeil, qui, voulant recouvrer leur ancien patrimoine, dont il s'étoit mis en possession, ne cessoient de lui faire la guerre. Il trouva moyen d'apaiser ces derniers : il s'accorda avec eux & obligea les autres à rendre à l'église les dîmes dont ils étoient les maîtres. Enfin, après avoir^ transféré, vers l'an laSo, les dominicains de Toulouse du couvent de Saint-Rome dans celui qu'ils occupent aujourd'hui. Si mis la première pierre au fondement de leur église, iP mourut le 25 de décembre de l'année suivante. Ce prélat, l'un des plus zélés partisans de la maison de Montfort & ennemi déclaré de celle des comtes de Toulouse, fut inhumé en l'abbaye de Grandselve, de l'ordre de Cîteaux dont il avoit été religieux. Ses confrères** le qualifient bienheureux, 8c on lui attribue quelques ouvrages. On a parlé ailleurs de son talent pour la poésie provençale. Frère Raimond de Felgar^, natif du château de Miramont, au diocèse de Toulouse, & provincial des frères prêcheurs, fut élu^ en sa place, le 21 de mars de l'année suivante j l'évêque de Tournai, légat du Saint-Siège, confirma son élection.

LXXXI. — Raimond s'emploie à la recherche des hérétiques. — Le pape arrête les entreprises des ecclésiastiques contre lui; mais il diffère de lui rendre le marquisat de Provence.

Le nouvel évêque de Toulouse, marchant sur les traces de son prédécesseur, poursuivit vivement les hérétiques 8c défendit avec ardeur les droits de son église; il excita surtout le comte de Toulouse à seconder son zèle 8c employa tantôt les voies de rigueur 8c tantôt celles de douceur pour obliger ce prince à faire ce qu'il souhaitoit; enfin il l'engagea à agir de concert avec lui pour la recherche des sectaires dont ils prirent entre autres, dans une nuit, dix-neuf, tant hommes que femmes, de ceux qu'on appeloit revêtus, lesquels s'étoient cachés dans les montagnes. Payen, autrefois seigneur de la Bécède, dans le Lauragais, étoit du nombre.

Raimond ne fut point arrêté'' dans la ferme résolution qu'il avoit prise de donner dans toutes les occasions des preuves de sa parfaite soumission aux ordres de l'Église, ni par les malintentionnés qui tâchoient de l'en détourner,

■ Guill.iiime de Piiylaiirens, c. 41. ' \Corngei Fauga & Miremont.]

* Martine, Amplis, collectio, t. 6, c. 459. [Ber- ^ Martèiie, Amplis. CoUectio, t. 6, c. 410. —

nard Gui, Hntoria conventus Tholosani.] Guillaume de Puylaurens, c. 42.

^ Guillaume de Puyiaurens, ce. 41 & 41. ' EpistoU Gregorii IX, ap. d'Achéry, Spicile-

■* Menologium Cisterciense, JJ dcc. — Henriqnez, gium, t. 3, p. 174 &. seq. — Concilia, t. 11, c.'i6l

fasciculus sanctorum onlinis Cisterciensis. — Man- & seq.

rlque, Annales Ciiterclenses, an. 1 23 1 , c. 5.

An I23i

An i23z

An iziz

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ni par la mauvaise volonté de quelques prélats, qui, fâchés de sa réconciliation avec le pape S<. ne pouvant plus profiter de sa désunion pour s'enrichir de ses dépouilles, lui cherchèrent querelle sous divers prétextes & lancèrent contre lui de fréquentes sentences d'excommunication. Le comte, pour se mettre à l'abri de ces entreprises, en porta ses plaintes à Grégoire IX, qui ordonna, le i8 de février de l'an jiSi, à l'évêque de Tournai, son légat, de le traiter avec douceur & charité, d'engager ces prélats ^ agir de inême à son égard &<. d'empêcher qu'ils n'attentassent rien contre lui; « étant expédient, « ajoute le pape, pour augmenter la piété du comte, de l'arroser bénignç- « ment comme une jeune plante 8c de le nourrir du lait de l'Eglise '. » ,Yii°p'.'^3"i. L'empereur Frédéric, le roi saint Louis 5<. la reine Blanche avoient sollicité Grégoire de restituer à Raimojid les terres situées à la gauche du Rhône, c'est-à-dire le marquisat de Provence dont l'Eglise romaine étoit en possession depuis la paix de Paris. Le roi & la reine, sa mère, avoient aussi prié le pape de proroger le terme dvi passage du comte à la Terre-Sainte. Grégoire leur répondit, le 4 de mars suivant; il prend Dieu à témoin dans sa lettre qu il n'avoit gardé jusqu'alors ces terres que pour y affermir la foi catholique 8c nullement pour se les approprier; qu'en cela il n'avoit pas cherché ses intérêts, mais l'avancement des affaires de la religion 81 de la paix. « C'est pour- « quoi, ajoute-t-il, quoique nous aimions sincèrement le comte, comme un (( fils particulier du Saint-Siège 8c que nous souhaitions son avantage, s'il n'y (( met lui-même obstacle, ayant pour lui une affection paternelle; il con- « vient cependant de ne rien déterminer dans une affaire de cette impor- (( tance sans avoir bien examiné toutes choses. Et comme nous ne sommes ]3as <( bien informés de ce qui est le plus expédient dans cette affaire, nous ordon- « nons à l'évêque de Tournai, légat du Saint-Siège, d'assembler les archevê- (i ques, les évêques, les abbés 8c les autres prélats de sa légation, 8c après en « avoir délibéré avec eux, de nous envoyer leur avis, afin que nous procé- <c dions ensuite comme il conviendra; en sorte que nous tâchions de satisfaire (■ à Dieu 8c aux hommes, 8c à tout ce qui vous pourra être le plus agréable. » Le pape écrivit à peu près les mêmes choses à Raimond. Il justifie la conduite qu'il avoit tenue à son égard 8c l'usage qu'il avoit fait de la verge pour gagner un fîls, Il l'assure qu'il l'aime sincèrement d'un amour paternel 8c qu'il souhaite ardemment de lui procurer une plus grande élévation, s'il s'en rendoit digne ^, Sec. Enfin le pape le recommanda huit jours-' après à l'évêque de Tournai, son légat, Se aux prélats de sa légation. Se leur ordonna de conserver ses droits de la même manière qu'ils vouloient que ceux de leurs églises fussent conservés'*,

■ [Potihast, n. 8881.] de Ripoll pour rétablir les moines bénédlciins

' [/ii(<. )!• 8388, letlreà Louis IX; n. 8889, lettre dans labbaye d'Alet, donnée autrefois à l'église

à la reine mère; n. 8890, lettre à Raimond VII.] de Narbonne par le cardinal-légat Conrad. fPot^

' Concilia, t. 11, c. 36i & seq. — Mss. Colhert, thast, n. 8910.) L'archevêque de Narbonne ayant

n. 1067. [Potthast, n. 8896.] été indûment excommunié par les coinmissaires,

■•Peu après, le :> avril 1232, le pape commit le pape annula leur sentence (lettre du i3 juin

les abbés de Ripoll & de Grandselve & le prieur I233, Potthast, n. 9228), [A. M.]

' An

LXXXII. — Le comte accorde des privilèges aux habitans de Montauhan, Maison de Varagne. -^-. Il s'accommode avec l'évêque d'Albi.

Raimond fit son séjour à Toulouse durant une partie de l'an i2?)i. Il y étoit, le mardi i3 de janvier, lorsqu'il' accorda au chapitre [al capital) & aux habitans de Montauban, moyennant mille sols de Cahors qu'ils lui donnèrent, la liberté de faire vendre publiquement le sel par toute sorte de marchands, sans se réserver aucun droit, excepté la leude Se le péage accoutumés. L'acte fut passé en présence des capitouls de Montauban & des consuls de Toulouse, le dimanche quatorzième jour de l'issue du mois de janvier de l'an i23i, c'est-à-dire le 18 de ce mois de l'an iiSi, suivant le style moderne. Arnaud de Baziége, fils de feu Bertrand de Varagne, & Bertrand de Baziége, son fils, lui* donnèrent la moitié du lieu de Baziége, & il leur rendit en échange ce qu'il possédoit au château de Gardouch, dans le Lauragais. C'est là un des plus anciens titres de la maison de Varagne ou de Gardouch, l'une des plus qualifiées de la Province. Le lundi 24 d'avril suivant, Raimond d'Hunaud, fils de Géraud, lui vendit^ deux |îarts duc hâteau de Saint-Rome St ce qu'il avoit à Baziége j quelques jours après, Blanche, femme de Bernard de Comminges, seigneur de Savez & sœur du même Raimond d'Hunaud, ratifia cette vente. Le comte R.aimond alla ensuite en Albigeois 81 passa un accord à Cordes, le 11 du mois de mai, avec Durand, évêque d'Albi, par la médiation de Pierre, évêque de Rodez, touchant quelques domaines du pays sur lesquels ils étoient en différend. Le comte, par cet acte, céda entre autres à révê((ue d'Albi le château de Montirat, avec réserve de l'hommage'*. Enfin Pvaimond étant de retour à Toulouse, le 10 de juin, y reçut, en présence de Bernard, comte de Comminges, l'hommage de Bernard, Gaillard & Bertrand de la Garde pour la Bastide de Montsalzat, nouvellement bâtie.

LXXXin. — Raimond s'abouche avec le roi d'Angleterre,

Raimond fit un voyage^, au mois de septembre suivant, du côté de Bordeaux, où il alla joindre Henri HI, roi d'Angleterre, qui avoit passé la mer à la tête d'une armée pour tirer raison de quelques infractions qu'il prétendoit que le roi de France avoit faites à la trêve qu'ils avoient conclue ensemble. Henri, dans une lettre qu'il écrivit à l'empereur Frédéric, le 19 de ce mois, pour lui rendre compte de ses démarches, lui marque entre autres, « qu'ayant « passé en Gascogne il avoit conféré avec son très-cher cousin Raimond, <( comte de Toulouse & marquis de Provence, sur le rétablissement de ses Il affaires, & qu'il avoit pris l'avis de ce comte. » On pourroit inférer de là ,^i[i°''*''." que Henri prit Raimond pour médiateur de ses dittérends avec le roi saint

■ Cartulaire de l'hôtel de ville de Montaubnn. ' Mis. Colhert, n. lofiy. [Lat. (îoop, p. 364.]

' Communiqué par M. de Gardouch. [Cf. Teulet, * [Voyez cet acte dans Compayré, pp. 322, 323.]

t. 2, pp. 23o, 23i , d'après J. 3o3, n. 2.] ^ Rymer, Acta puhlica, t. I, p. 325 & siiiv.

TTTIâl" ^T^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV.

Louis. Ce qu'il y a de vrai c'est que Henri avoit une si grande confiance en Raimond qu'ayant donné, au mois d'octobre suivant', un passeport au roi de Navarre pour traverser la Gascogne, ce fut à condition que ce comte lui serviroit de caution.

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