LXXVII. — Seigneurs du pays de Save
Le pape exhoria Raimond ', vers le même temps, à punir sévèi'eittent l'attentat que Bernard de Comminges, seigneur du pays de Savez, portion du Toulousain, Se quelques autres de ses vassaux avoient commis sur un religieux de l'abbaye de Conques, en Rouergue, qu'ils avoient arraché de Tautel, blessé dangereusement Se ensuite fait pendre. Raimond donna de si bons ordres qu'enfin Bernard de Comminges h. Blanche (d'Hunaud de Lantar), sa femme, firent toutes les satisfactions convenables à l'abbé 81 aux religieux de Conques, qui, par une lettre qu'ils écrivirent au comte quelques mois après, lui marqvièrent qu'ils ctoient contens 8<. le prièrent de rendre à Bernard les domaines qu'il avoit saisis sur lui St de le traiter avec miséricorde.
LXXVIII. — Coutumes de Montolieu. — Assignat de Pierre de Voisins,
Adam de Milli, lieutenant du roi dans la partie de la Province réunie à la couronne, assiégea & prit, à ce qu'il paroît, la ville de Montolieu, dans le diocèse de Carcassonne, que l'abbé Se les religieux du monastère de ce nom recouvrèrent en effet, cette année, sur les ennemis* de la paix £- de la Jbi qui l'avoient occupée jusqu'alors. Ils donnèrent à cette occasion des coutumes & des privilèges aux liabitans de Montolieu. Adam de Milli étant^à Béziers, au mois de septembre dé la même année, vendit à l'abbaye de Catines les biens confisqués dans sa nlouvance pour crime d'hérésie, sur divers chevaliers du voisinage, quoique plusieurs de ces chevaliers eussent été depuis réconciliés k l'Eglise.
Eudes Coqui ou le Quéux, sénéchal du toi dai\s les pays d^Alhigêois, fut présent à cette vente. Il apprécia "* de nouveau, par ordre du même Adam de Milli, le revenu de diverses terres, que ce dernier aVoit dêjci assignées poui' mille livres de rente à Pierre de Voisins, l'un des chevaliers françois qui avoient suivi Simon de Montfort à la croisade. La plupart de ces terres étoient situées datis le P\.aiès, h. quelques-unes dans le diocèse de Carcassonne : les plus remarcjuables étoient le château de Raies qui avoit donné soli nom au pays, LimoUx, qui en étoit alors la capitale, Arques Si CouffoulenS, anciennes baronnies, 8(.c. Le roi-' approuva cet assignat par deux chartes, l'une dé l'an 1148 8c l'autre de l'an 1260. Suivant la dernière, le roi confirma eii faveuf de Pierre de Voisins la possession de tous ces domaines, avec la haute & la basse justice, sous le service de cinq chevaliers, 8c se réserva à l'avenir la con- .fiscaiion pour hérésie. Ce seigneur, chef de l'illustre maison de Voisins, qui
' D'Achéry, Sp'icUegium, t. 3, p. 174 & seq. — * Voyea tome VIII, Chartes, 11. CCIV, ce. 943 à
Concilia^ X, I I , c. 36o. 94''''
* Martène, Thés, anectot. t. I , c . 967 & seq. ' Archives du domaine de Montpellier) séné-
' Voyez tome VIII, Charles, n. CCV, c. 94a & chaussée de Carcassonne en général. Titres parti-
siiiv. culiers) 9'' continuation, registre n. 3.
An ii3 I
An iz3i
subsiste encore dans la Province, s'y procura ainsi un établissement considérable qu'il transmit à ses descendans, lesquels acquirent dans la suite divers domaines du Termenois qui avoient appartenu à Olivier de Termes, & où ils exercèrent la haute justice. Géraud de Voisins, damoiseau, seigneur d'Arqués, l'un d'entre eux, fut inquiété là-dessus en iSiS, par le procureur du roi de la sénéchaussée de Carcassonne, qui se plaignoit de ce que ce seigneur obligeoit ses vassaux du Termenois d'aller plaider à Arques devant les juges de son domaine, contre les ordonnances du roi. Géraud, qui prétendoit jouir de ce droit depuis soixante ans, proposa un accommodement au sénéchal de Carcassonne, 8<, moyennant une somme qu'il paya, le roi le maintint dans ce droit. Suivant le dénombrement qui fut fait alors, il se trouva que les terres assignées à Pierre de Voisins composoient deux cent quarante-trois feux, dont cent qiiarante-cinq dépendoient de la baronnie d'Arqués, 8t que les terres du 'm"''"!"-. Termenois acquises par les descendans de ce seigneur en comprenoient cent vingt-trois. On expliquera ailleurs ce qu'on entendoit par le ternie de feu.
LXXIX. — Le roi d'Aragon va à Montpellier, après la conquête de Majorque
sur les Maures.
Jacques, roi d'Aragon, fit en i23i un ' voyage à Montpellier, sa patrie, où il paroît qu'il fut, pour la première fois depuis son avènement à la couronne d'Aragon : il y accorda, le 6^ du mois d'août, divers privilèges en faveur des habitans^. Ce prince, âgé alors seulement de vingt-trois ans, après avoir dissipé les factions'* qui troublèrent les premières années de son règne, s'étoit rendu recommandable par ses exploits contre les Sarrasins, sur lesquels il enleva, en 1229, la ville & une grande partie de l'île de Majorque. Les peuples^ de sa baronnie de Montpellier marchèrent à son secours 81 l'aidèrent de plus en cette occasion d'une somme considérable. Il leur en témoigna sa gratitude par la donation qu'il leur fit de cent maisons dans l'île de Majorque pour l'établissement de leur commerce. Ils lui fournirent de nouveau cent mille sols melgoriens pour continuer la guerre contre les infidèles, & il leur accorda de son côté de nouveaux privilèges. Les peuples du Narbonnois"^ servirent aussi sous ses enseignes dans cette occasion, St entre les principaux seigneurs du pays qui prirent part à la conquête de Majorque, on fait une mention honorable d'Olivier de Termes, qui y acquit beaucoup de gloire 8t dont nous aurons occasion de parler souvent dans la suite.
' Voyez tome VIII, Chroniques, c. îiî. [Petit contre tous, sauf le pape & TÉglise & les rois de
T/ialamuSj p. ïô.] — Registre loo du Trésor des France & d'Aragon; il prit en même temps tous
chartes, n. 229. les habitants de Montpellier voyageant dans ses
' [Corrige^ le 2J & le 27 août, & voyez Germain, Etats sous sa sauvegarde. Voyez Germain, Commerce
Histoire de Montpellier, t. 2, pp. 18, 19, note 1]. de Montpellier, t. I, pp. 191 à 194. [A. M.]
' Peu avant ce premier voyage de Jayme V à '' Zurita, 1. 2 &. 3.
Montpellier, le i" juin i23l, son parent Nu- ^ GarieX, Séries praesul. Magalonensium, pç. i3^
gnez Sanche, seigneur de Roussillon & de Cer- à 842. dngne, fit alliance avec les habitants de cette ville ^ Zurita, 1. 3, ch. 4.
& leur promit ses secours & ses conseils envers &