XIV. — Procédures des inquisiteurs
Le légat avoit donné^ auparavant pour adjoint à frère Guillaume Arnaud, de l'ordre des frères prêcheurs, le grand archidiacre de Carcassonne. Ces
' Raynaldi, an. iiTy, n. ?>?i. ce. loi.f, loi "i. — Registre de l'Ir.quisiiion de
'Guillaume de Puylaiirens, c. ^?>. — Pjrclii, Toulouse. — Manuscriti de Colhert, n. io6-j.\Voyez
Monumcnta convcntus Tolosani, p. 5i. JJ. xi,\, f" 84 a.] — La pièce est du 1 mars 1237.
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXIV, Ce Bernard Othon n'était pas seigneur de Niort,
deux inquisiteurs condamnèrent comme hérétiques, à Carcassonne, le lundi avant les Cendres de l'an iiSô (iiSy), Bernard-Otlion de Niort, trois de ses frères & leur mère, assistés de Clarin, évêque de Carcassonne, 8c en présence de Jean de Fricamps, sénéchal de Carcassonne, Gui de Lévis, Pierre de Voisins, de l'abhé de Saint-Michel de Cuxa, 8<.c. Ils enjoignirent ensuite au comte de Toulouse de confisquer les biens de ces quatre seigneurs 8c de s'en saisir, avec ordre à l'évêque de Toulouse de l'y contraindre par les censures ecclésiastiques.
Frère Jean de Netoya, provincial des frères mineurs en Provence, fut nommé par l'archevêque de Vienne pour collègue de frère Guillaume Arnaud; mais comme il étoit fort occupé, ce prélat substitua en sa place frère Etienne de Saint-Thibéry son frère, qui procéda en qualité d'inquisiteur', avec frère Guillaume, dès la fin de mars de l'an iiSy, de lavolonté 6du consentement du comte de Toulouse. Ces deux religieux continuèrent leurs procédures jusqu'au mois d'octobre de cette année, 8c rendirent diverses sentences tant contre les vivans que contre les morts. Ils firent exhumer entre autres plusieurs personnes accusées d'être décédées dans l'hérésie, 8c traîner leurs ossemens dans toutes les rues, en criant à son de trompe : Çul fera ainsi, périra ainsi. Us firent ensuite consumer ces ossemens par les flammes, 6c brûler plusieurs personnes vivantes, à Toulouse, à Albi Se ailleurs. Us rendirent ces sentences « ayant pour assesseurs Raimond, évêque « de Toulouse; Raimond, abbé de Moissac; frère Jean, ministre des frères « mineurs en Gascogne, 8c frère Pons, prieur des frères prêchelirs en Pro- « vence^. » On trouve dans les informations ou dans les jugemens, que ceux à qui on ordonnoit divers pèlerinages pour pénitence étoient obligés de visiter les églises nu-pieds, en chemise, 8c en se fouettant avec une poignée de verges; que ces pénitens étoient tenus de porter pendant un certain temps sur leurs habits, des deux côtés de la poitrine, deux croix de deux palmes de long 8c de deux doigts de large chacune; que les hérétiques, nommés vulgairement vaudois dans le pays, lisoient l'Evangile en langue vulgaire; qu'il y avoit des femmes qui dogmatisoient; que celles qui étoient hérétiques parfaites s"\mm\s(:o\ent dans les fonctions du ministère, bénissoient le pain, 8cc.; que les hérétiques s'abstenoient de viande; qu'ils admettoient les deux principes des manichéens, 8cc. Les deux inquisiteurs rencontrèrent^ cependant quelque difficulté à Toulouse; car ayant condamné six hommes ou femmes de cette ville comme hérétiques, le viguier 8c les consuls refusèrent de les prendre, de confisquer leurs biens, 6- de faire de leurs personnes ce qu'on
mais de Laiirac; c'étaient ses frères Guillem Ber- quelques détails sur la disparition de cette famille
nard & Géraud, qui portaient le nom de la terre importante. [A. M.)
de Niort, château-fort, situé yers les sources de ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCXXIV,
l'Aude. Les plus anciens seigneurs de Niort pa- ce. ioi5 à 1017.
raissent dès l'an 1 1 00 (tome V, c. 364). Pendant ' Registre de l'Inquisition de Toulouse. — Per-
tout le douzième siècle, ils figurèrent à la cour cin. Monumenta. conventus Tolosani, p. 5i.
des vicomtes de Carcassonne, dont ils étaient ' Percin, Martyres Avinioneti, c. 3.
vassaux. Dom Vaissete nous donnera plus bas
An 12;;/
An I 2^-j I
faisait des hérétiques , c'est-à-dire de les faire brûler vifs. Cette résistance déplut aux inquisiteurs, qui par une sentence qu'ils publièrent dans la cathédrale de Saint-Etienne, le 24 de juillet de l'an 123/, excommunièrent le viguier Se les consuls, du conseil de Raimond, évêque de Toulouse, de Bernard, abbé du Mas sous Verdun, du prévôt de Saint-Etienne St du prieur de la Daurade.
XV. — L'exercice de l'inquisition est suspendu pour quelques années.
Entre les villes du Toulousain que les deux inquisiteurs' parcoururent, ils se rendirent à Castelnaudary, où ils citèrent un grand nombre de gens suspects de cette ville, hommes 8c femmes; mais ils n'en purent rien tirer, car ces peuples avoient comploté de ne rien révéler. Ils trouvèrent plus de sincérité à Puylaurens, où étant arrivés à l'improviste, les habitans n'eurent pas le temps de former un semblable complot. Cette recherche engagea* plusieurs personnes du haut Languedoc à se réfugier aux environs de Montpellier, pour se mettre à l'abri des poursuites des inquisiteurs. Les habitans de cette ville en avertirent le pape, qui ordonna à l'archevêque de Vienne, son légat, à la fin de février de cette année, de se transporter sur les lieux, de punir les coupables ik d'épargner les innocens. Enfin, il vint un ordre de la cour pour arrêter les poursuites; ce qui fit que l'exercice de l'inquisition demeura^ longtemps en suspens. On ne trouve pas, en eftet, dans les anciens registres de ce tribunal, que les inquisiteurs aient procédé par sentence dans Édoi-iR">^ le Toulousain, depuis le mois d'octobre de l'an 1287 jusqu'en 1:41, &. on n'a que de simples passe-ports donnés en 1238 par les deux inquisiteurs, Guillaume Arnaud 8<. Etienne de Saint-Thibéry, en faveur de ceux auxquels ils avoient auparavant imposé des pénitences.
XVL — Roger-Bernard, comte de Foix, recherché par l'inquisition d'Aragon.
On fit aussi une recherche exacte des hérétiques dans les Etats du roi d'Aragon en 1287, Se les évêques de Catalogne s'étant assemblés cette année en concile à Lérida'*, commirent divers religieux franciscains & dominicains, avec quelques ecclésiastiques pour cette recherche. Roger, à qui Roger-Bernard, comte de Foix, son père, avoit cédé depuis peu la vicomte de Castelbon ou de Cerdagne, permit à ces inquisiteurs d'exercer leurs fonctions dans cette vicomte, où ils firent exhumer les corps de dix-huit défunts pour les faire brûler, 81 condamnèrent plusieurs vivans à une semblable peine. Le comte de Foix ne fut pas lui-même exempt de censure : Pierre, évêque
■ Guillaume de Puylaurens, c. 43. ' \'oyez tome %in, Chartes, n. CCXXIII,
' Raynaldi, année xzH-j, n. 32. — [Pottlinst, ce. loioà isi.^. Tî. io3oo; bulle du 26 février 1237.]
' Guillaume de Puylaurens, c. 43. — Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXIX, c. 1174.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV. yoT
d'Urgel, l'excommunia comme fauteur Se défenseur des hérétiques. Ce comte en appelia, au commencement de juin de l'an iiSy, à Velu de Tarragone, en présence des évêques de Vie & de Lérida, sous prétexte que le jugement étoit nul pour plusieurs raisons qu'il détailla par écrit, Si auxquelles Guillaume, procureur de Véglise de Tarragone, répondit par des apostilles'. Guillaume prend ce titre ^ parce que, ayant été élu archevêque de Tarragone après la mort de l'archevêque Sparago, qui avoit été chanoine régulier de la cathédrale de Toulouse, il ne s'étoit pas fait consacrer : il renonça quelque temps après à l'épiscopat.
XVII. — Amauri de Montjort reprend le titre de duc de Narhonne, 6- fait quelques entreprises sur le comté de Melgueil.
Le pape écrivit-* en 1287 au dauphin^ qu'il qualité homme très-noble, pour le reprendre « de ce qu'étant soutenu par divers seigneurs, il avoit envahi « une partie du comté de Melgueil qui étoit soumis à l'Eglise romaine & au n pape, & pour lui ordonner, en expiation d'un tel attentat, d'aller outre-mer « exercer sa valeur contre les infidèles''. » Ce dauphin n'est pas dittérent d'Amauri de Montfort, qui avoit épousé, en 12 14, Béatrix"', alors fille unique £< héritière présomptive du dauphin André de Bourgogne, & de Béatrix de Sabran, sa première femme. Or, comme le dauphin André épousa depuis tîéatrix de Montterrat, dont il eut Guigues VII, dauphin de Viennois, 8c qu'il mourut en 1:36 laissant ce fils pupille, il faut qu'Amauri ait disputé la succession du Dauphiné à ce dernier, 8c qu'il se soit lui-même qualifié dauphin après la mort d'André, son beau-père. Quant aux prétentions
' Il nous paraît nécessaire de rétablir un peu cette affaire, la vicomte de Castelbon appartenant
l'ordre des faits. Le comte de Foix avait été ex- à son filsj il rappela qu'il avait appelé à l'avance
communié depuis quelque temps, quand, dans le de la sentence, 8c que, au mépris de cet appel,
concile de Lérida, il fut conclu avec son fils Ro- l'évêque avait procédé contre lui. Comme il avait
ger, auquel il avait donné la vicomte de Castel- exécuté les ordres des inquisiteurs, il dut d'autant
bon, que le vicomte de Cardone entrerait dans plus facilement obtenir gain de cause. Son mé-
cette vicomte pour prêter main-forte aux inqui- moire juridique est des plus intéressants à lire,
siteurs & à G., procureur de Tarragone. Celui-ci [A. M.]
y exerça longtemps les fonctions d'inquisiteur; ' Mara Hhpanlca, c. 027.
condamna 8c emmena prisonnières quarante-cinq ' Raynaldi, année izSy, n, 3i.
personnes, fit exhumer 8c brûler les ossements ' Voir plus bas. Nous n'avons pu retrouver la
de dix-huit autres, démolir deux maisons, Se ré- bulle indiquée par Raynaldi 8c dom Vaissetc.
clama la remise entre ses mains de deux héré- Nous ne savons donc que penser des prétentions
tiques notoires qui s'étaient échappés. Il donna de ce dauphin. Mais il est certain que l'évêque de
acte de tous ces faits au jeune comte, le 27 mai Maguelonne eut souvent fort à faire pour se
I 237. — Aussitôt après, le 4 juin, Roger-Bernard maintenir en possession du comté de Melgueil.
demanda à être absous de l'excommunication dont En janvier 1246, Innocent IV commit l'arche-
il avait été frappé, & exposa ses moyens jiiridi- véque de Narbonne pour forcer les vassaux du
ques par-devant les évéques d'Urgel, de Vie 8c comté de Melgueil à obéir à leur suzerain. Cf.
de Lérida , 8c Guillem, procureur de Tarragone. Germain, Maguelonc sous ses évéques, pp. 207-
L'excommunication avait été fulminée par l'évé- 208. [A. M.]
que d'Urgel, à la suite d'une guerre entre les ha- '' Guichenon, Bliliothcca Seiusinna, p. 70. —
bitants de Castelbon 8c ceux de la Seu-d'Urgel. Le P. Anselme, Histoire généalogique des grands
Roger-Be;nard dénia toute responsabilité dans officiers, x. 1, p. 564.
Al) I 2 !! 7
"TTITâT" 7°4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. L!V. XXV.
qu'Amauri pouvoit avoir sur le comté de Melgueil, dont il s'empara en partie, elles étoient les mêmes que celles qu'il avoit sur toutes les conquêtes de Simon de Montfort son père, 8c qu'il fit alors revivre, on ne sait par quel motif. On voit, en eftet, qu'il se qualifioit duc de Narbonne 6- comte de Toulouse dans des lettres' qu'il donna au mois d'avril de l'année suivante. Mais le comte Raimond, paisible possesseur de ses États, s'embarrassa peu des vaines prétentions d'Amauri^.
XVIII. — Raimond reprend la guerre contre le comte de Provence.
Raimond reprit la guerre en 123/ en faveur des Marseillois, contre Raimond-Bérenger, comte de Provence. Il étoit dans cette province au mois de mai, & il donna alors quelques châteaux^ en fief à Raimond de Baux, prince d'Orange, 8c à sa postérité. Il donna aussi la bastide de Montalvagne à Guillaume de Sabran 8i à ses entans, à condition qu'ils le serviroient dans ses guerres, excepté contre l'Empereur. Hugues de Baux, Barrai son fils, Raimond de Baux, prince d'Orange, Guillaume, comte de Forcalquier, 8cc., furent présens à ce dernier acte, 8c ils étoient par conséquent unis avec Raimond dans la guerre que ce prince renouvela contre Raimond-Bérenger. Ce dernier se voyant "^ extrêmement pressé, engagea Jacques, roi d'Aragon, son cousin, dont il ne pouvoit tirer aucun secours, à cause que ce prince s'étoit mis en campagne pour assiéger la ville de Valence sur les infidèles, à se joindre à lui pour se plaindre au pape Grégoire IX de la conduite que le comte de Toulouse tenoit à son égard.