LXXIII. — Concile de Bé-^iers. — Plaintes de Raimond contre
les inquisiteurs.
Raimond se rendit quelque temps après à Béziers, pour assister à un concile qui fut tenu dans le palais épiscopal de cette ville, &. auquel se trouvèrent* les archevêques de Narbonne 8< d'Arles, les évêques de Toulouse, Lodève, Agde, Nimes, Carpentras, Marseille, Rodez, Albi, Agen 8c Cahors; les abbés de Villemagne, Saint-Thibéry, La Grasse, Saint-Pons, Quarante, Saint- Hilaire, Saint-Papoul, Foix, Pamiers, Gaillac, Grandselve, Fontfroide, Boulbonne S< plusieurs autres; les archidiacres de Béziers, Narbonne, Maguelonne, Nimes, Lodève Se Toulouse; les procureurs de l'évêque de Carcassonne, les prévôts des églises d'Arles, Nimes, Maguelonne & Toulouse, &c. Le comte fit la déclaration suivante en plein concile, le samedi dans l'octave de Pâques (18 d'avril) de l'an 1248, en présence de plusieurs chevaliers 8t laïques, de frère Pons, prieur provincial des frères prêchevns, en Provence, 8c des autres religieux de son ordre, qui se disoient juges de l'hérésie dans ses États par l'autorité apostolique : « Je déclare, dit Raimond, que frère Ferrier 8c frère « Guillaume-Raimond, de l'ordre des frères prêcheurs, qui prétendent avoir « juridiction pour informer contre les hérétiques dans mes États, ont rendu « contre moi une sentence d'excommunication, nonobstant &c après l'appel « légitime que j'ai interjeté au Saint-Siège de leurs procédures, soit par rap- « port k leurs personnes, soit par défaut de juridiction; &c que cette sentence « m'a beaucoup diffamé, quoique rendue contre le droit. Mais ayant fait ma « paix avec le roi de France, 8c étant dans une ferme résolution de purger <i le pays d'hérétiques, comme j'y suis obligé, de concert avec maître Guil- « laume, clerc, 8c les autres ambassadeurs du roi ; 8c le différend que j'ai « avec les frères prêcheurs, ne pouvant être terminé à cause de la vacance
■ Manuscrits de Colbert, n, 1067, — [J. 3i4, ' D'Achéry, Sp'tcilcgium , t. 4, p. 263. — Gallttt
n. 78 & n. 24; Originaux; actes des 22 & 26 fé- Christiana, nov. éd. t. 6, Instr. p. i55. Trier 1243 j Teiilci, t. 2, p. 498 & suiv.j
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« du siège apostolique; pour ne pas retarder les affaires de l'inquisition Se « pour témoigner mon zèle pour la foi, j'offre, à la sollicitation des mêmes « ambassadeurs, à vous, archevêques de Narbonne & d'Arles, qui êtes ici « présens, ou si vous ne voulez pas procéder tous seuls, conjointement à tous « les évêques de l'assemblée, ou enfin à tous ceux que vous voudrez associer, « de m'en rapporter entièrement à votre décision, tant au sujet de l'appel « que j'ai interjeté que de la sentence des frères prêcheurs qui m'excom- « munie, dans l'espérance que vous me rendrez la justice que je mérite; « que vous aurez égard à ma personne & à ma réputation, Se que l'affaire de « l'inquisition aura un heureux succès. »
Deux jours après', R.aimond somma les évêques de ses Etats, savoir : ceux de Toulouse, Agen, Cahors, Albi & Rodez, ou d'exercer eux-mêmes l'inquisition contre les hérétiques dans leurs diocèses, ou de l'y faire exercer en leur nom, soit par les religieux de l'ordre de Cîteaux, 8c les frères prêcheurs Se mineurs, soit par telles autres personnes qu'ils jugeroient à propos, avec promesse de les aider de tout son pouvoir dans cette recherche, de faire exécuter leurs sentences ou jugemens par ses sénéchaux, viguiers 6- autres baillis; de punir les coupables, de confisquer leurs biens, Sec. Le comte fit cette sommation en présence de l'archevêque de Narbonne, des évêques d'Agde, Carpentras 8c Lodève, de l'abbé de Saint-Paul de Narbonne, Raimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, Barrai, seigneur de Baux, Hugues d'Arcis, sénéchal de Carcassonne, Oudard de Villars, sénéchal de Beaucaire, Sec. Nous ignorons la réponse des évêques; mais nous verrons bientôt que les frères prêcheurs furent continués dans l'exercice de l'inquisition , avec cependant quelques modifications.
LXXIV. — Lettre de Raimond au roi touchant le château de Penne,
en Albigeois.
Raimond fit encore quelque séjour à Béziers, d'où il écrivit^ au roi, le 22 d'avril, pour lui marquer qu'il avoit travaillé de toutes ses forces depuis son retour de la Cour, pour lui remettre le château de Penne, en Albigeois, de la même manière qu'il lui avoit remis les autres châteaux; mais que les chevaliers qui en étoient les maîtres refusoient de lui obéir; à nioins que le roi ne promît par des lettres patentes de le lui rendre au bout de cinq ans; Se il le pria de faire expédier ces lettres.