‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 283 sur 342 · LXXV. — Le vicomte de Narbonne se soumet à l'archevêque · texte numérisé non relu

LXXV. — Le vicomte de Narbonne se soumet à l'archevêque

Amalric, vicomte de Narbonne, voulant de son côté exécuter les conditions xhn°p^442. de son traité de paix, promit solennellement, le 25 d'avril, dans le couvent

■ Voyez tome Vîll, Chartes, n. CCLV, ce. 1121 ' Voyez tora» VIII, Chartes, n. CCLI, c. iio5.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV. 75n — " ~

I ' An 1 24J

des frères mineurs de Narbonne ', en présence d'Hugues d'Arcis, sénéchal de Carcassonne, à Pierre, archevêque de Narbonne, d'obéir entièrement à ses ordres touchant la réparation des dommages qu'il lui avoit causés. Douze chevaliers, ses vassaux, & vingt des principaux habitans de la ville se rendirent ses cautions & promirent, en cas d'inexécution de sa part, de se remettre en otage à Capestang.

LXXVl, — Entrevue des rois de France &• d'Aragon au Puy. — Jacques, roi de Majorque, naît à Montpellier. — Trêve entre les comtes de Toulouse i/ de Provence.

Le comte Raimond, de retour dans le Toulousain, confirma à Buzet*, le 14 de mai suivant, les religieux du monastère de Pinel, de l'ordre de Grandmont, fondé par ses prédécesseurs, dans la possession de tous les biens qu'ils avoient acquis. Il fit ensuite un voyage du côté du Rhône, & se trouva peutêtre à l'entrevue que les rois de France & d'Aragon eurent, au mois de juin de cette année, au Puy, où ils tinrent leur cour, suivant un ancien monument^. Jacques, roi d'Aragon, avoit passé quelque temps auparavant en deçà des Pyrénées 5 & la "* reine Yolande, sa femme, accoucha à Montpellier, la veille de la Pentecôte (ou le 3o de mai), de l'infant Jacques, qui fut ensuite roi de Majorque. Le roi d'Aragon retourna à Montpellier après son entrevue, & reçut dans cette ville, à la fin du mois de juin, un nouveau serment de fidélité des habitans, qui promirent de lui être soumis pendant sa vie &, après sa mort, à la reine Yolande, sa femme, si elle vivoit en viduité 6t ne se faisoit pas religieuse, 8t ensuite à leur fils Pierre ou à tel autre de leurs enfans qu'il voudroit leur donner pour seigneur.

Le comte Raimond, en s'approchant du Rhône, avoit dessein de reprendre la guerre contre le comte Raimond-Bérengerj mais Jean, archevêque d'Arles, leur fit^ conclure une trêve jusqu'à la fête de la Toussaint, 8c ils la signèrent à Beaucaire, le 29 de juin. Raimond profita de cet intervalle pour faire un voyage en Italie.

' Caseneuve, Franc alleu, p. 296 & suit. iupra) est le testament de Pons, comte d'Urgel,

* Tréior des chartes, reg. 176, n. i55. écrit le 5 juin 12^3, à Balaguer, au moment où

' Marza Hispan.ica,c. 53g. — La liste des séjours ce seigneur se disposait à aller à la Cour des deux

Ae Louis IX, publiée dans les Historiens de France rois à Sainte-Marie du Puy. Aucun historien nin-

(t. 21, p. 412), n'indique pas pour l'année 1243 dique cette entrevue. Peut-être ne fut-elle que

un Toyage d« ce prince dans le midi de la France. projetée & n'eut-elle pas lieu; en tout cas, il

Le 29 mai, le roi est à Paris, en juin à Pontoise faut la reporter à juillet ou août, moment où

& à Vernon , en septembre nous le trouvons à l'itinéraire laisse un vide, qu'elle comblerait en

l'hôpital près Corbeil, en octobre à Melun. L'en- partie. [A. M.]

trevue aurait donc du avoir lieu vers le mois de ' Voyez tome VIII, Chroniques, n. III, c. 212.

juin. Le seul document cité par Baluze (Marca, ut * Ibid. Chartes, n. CCLVI, ce. 112421128.

An iijLj I

LXXVII. — Brouillerîes entre le comte de Foix &• les sujets du comte

de Toulouse.

Raimond, en partant de Toulouse, avoit donné ordre ' à Sicard d'Alaman, son principal ministre, à qui il laissa le gouvernement de ses Etats pendant son absence, de remettre aux seigneurs, chevaliers, consuls 8<. bourgeois de Saverdun, au pays de Foix, le serment de fidélité qu'ils lui avoient prêté durant la dernière guerre contre le roi. En conséquence, Sicard ordonna à Bertrand, frère du comte, le i" de juillet de l'an 1243, de faire cette remise; mais quelques voies de fait qui survinrent entre Roger, comte de Foix, Se les vassaux du comte de Toulouse, retardèrent l'exécution de cet ordre. Le roi, informé de ces troubles, interposa son autorité Si ordonna au comte de Foix 8<. à Sicard d'Alaman de lui envoyer des députés pour leur signifier sa volonté. Sicard obéit & convint d'une suspension d'armes. Le roi nomma des commissaires & ordonna à l'évêque de Toulouse, qui tenoit le château de Saverdun en séquestre, de le remettre au comte de Foix pour le posséder de la même manière qu'il l'avoit tenu au commencement de la guerre. Ce prélat donna ses ordres pour exécuter ceux du roi, par des lettres datées de Montauban, le 25 d'octobre. Il étoit alors sans doute en chemin pour la Cour de France, oi.1 il se rendit en ettet^ cette année, & non pas à celle de Rome, comme l'a avancé un historien moderne ■*. Le comte de Foix, Bertrand, frère du comte de Toulouse, Se les commissaires, qui étoient le sénéchal de Carcassonne, R.aimond de Capendu St Loup de Foix, s'étant rendus "* à Saverdun, le vendredi après la Saint-Nicolas (11 de décembre), Bertrand remit par ordre de Sicard, lieutenant du comte Raimond, le serment de fidélité aux seigneurs, chevaliers, consuls 8t bourgeois de cette ville. Le procureur de l'évêque de Toulouse restitua de son côté le château de Saverdun au comte de Foix, qui en prit possession, en protestant qu'il le recevoit sous l'hommage & la fidélité du roi de France. Les commissaires ordonnèrent en même temps, pour la sûreté que les prisonniers du comte de Foix dévoient lui donner, qu'ils lui promettroient par serment de ne lui causer aucun dommage, non plus qu'à l'abbé de Lézat, de lui pardonner tout le mal qu'il leur avoit fait dans la dernière guerre, & de lui faire un nouvel hommage. Arnaud de Marquefave, son fils, & tous les autres chevaliers qui s'étoient déclarés en faveur du comte de Toulouse, leur seigneur médiat, contre celui de Foix, leur seigneur t.''i1i,''p?44'3. i'Tii"'^<-liat, & qui avoient été fait prisonniers, furent ensuite délivrés, & firent hommage à Roger, avec Loup de Foix, oncle paternel de ce comte, pour la seigneurie de Saverdun. Roger de Comminges & Roger, comte de Pailhas, son père, qui avoient embrassé aussi le parti du comte de Toulouse contre

■ Tome VIII, Chartes, n. CCLVIII, ce. i iSi & ' Guinaume de Pujlaurens, c. 46.

Il33. — Marca, Histoire de Bcarn, 1. 8, ch. 24, ■* Fleuri, Histoire ecclcsiastiiiue, 1. 82, n. 8.

p. 766 & siiiv. ■• \'oyez tome VIII & Marta, ut sufrx.

celui de Foix, durant la guerre, hrent ' dans la suite leur paix avec ce dernier.

LXXVIII. — Le comte Raimond passe au delà des Alpes i^ va à la cour

de l'empereur.

Deux motifs engagèrent Raimond, comte de Toulouse, à faire un voyage au delà des Alpes. Le principal étoit de se rendre à la cour de l'empereur Frédéric, qui résidoit alors dans la Fouille, 8<. l'autre de poursuivre à la cour romaine son appel contre les inquisiteurs. Il y avoir eu de la froideur entre ces deux princes; mais Frédéric écrivit peu de temps auparavant une lettre^ à Raimond, dans laquelle il lui témoigne beaucoup d'affection, lui marque qu'il étoit prêt à lui en donner des preuves, s'excuse sur le silence qu'il avoit gardé à son égard, 8c l'assure que son amitié pour lui n'avoit jamais varié Se que les circonstances ne l'avoient pas altérée. R.aimond joignit ce prince à Malfi ^, dans la Fouille, au mois de septembre de l'an 1243, & fît un assez long séjour à sa cour d'où il alla de temps en temps aux environs prendre le divertissement de la chasse. Un moderne"*, trompé par l'ancien auteur^ qui tait deux fois mention de ce voyage de Raimond, savoir : sous l'an 1242 8c sous l'an 1243, sans doute par l'erreur des copistes, assure que ce comte alla à la cour de Frédéric dès le mois de septembre de l'an 1242, 8c qu'il y demeura toute l'année suivante; mais il est certain que Raimond ne passa les Alpes qu'en 1243. Il obtinf^ alors de Frédéric la restitution du marquisat de Frovence ou du comté Venaissin, que ce prinee avoit confisqué au commencement de l'an 1241, parce que ce comte s'étoit déclaré alors contre lui en faveur du pape Grégoire IX.

LXXIX. — Raimond obtient son absolution du pape iS- prolonge la trêve

avec le comte de Provence.

Raimond s'employa par reconnoissance à la réconciliation de l'empereur avec le pape Innocent IV, qui avoit été élu à Favie, le 24 de juin de cette année, après une vacance du siège pontifical de plus de vingt mois. Comme Raimond avoit besoin de se mettre bien lui-même auparavant dans l'esprit du pontife, il lui envoya'^ d'abord faire ses soumissions. Innocent ayant fait ensuite son entrée k Rome vers la fête de la Toussaint, Raimond se rendit à sa cour 8c lui fit remettre ^ des lettres du roi de France, qui le sollicitoit vive-

• Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLVIII, * Raynaldi, an. lï^S, n. 28.

ce. 1 133, 1 134. — Château de Foix, caisse 20. ' Ricardus de Sancto Germaiio, ut supra.

' Pierre de Vignes, 1. 3, ep. 32. — Tome VII, « Guillaume de Puylaurens, c. 46. — Voyez

Note XXXIV, pp. pij à io3. tome VII, Note XXIX, n. 5, p. 93.

' Ricardus de Sancto Germano, ap. Ughelli, " Raynaldi, an. 1243, n. 3i.

Italia sacra, nov. éd. t. 10, & Muratori, Rerum « Ricardus de Sancto Germano, ut supra. —

/taiicarum, t. 7, p. icjo&suiv. — [Corrige^ Melfi, R:iyualtii, an. 1244, n. 17. — Trésor des chartes;

dans 1,1 Basilicate.J Croisades, sac 1, n. 4^ & suiv. — |J. 447jTeuIet,

An 1;, j

An 12^3 '

ment de le traiter favorablement ; mais le pape ne voulut pas l'admettre à son audience, qu'il n'eût été réconcilié à l'Église. Cette cérémonie se fit de la manière suivante. Raimond s'engagea d'abord par un acte authentique d'obéir exactement à tous les ordres de l'Église, & donna caution juratoire comme il satisferoit pleinement à ceux qui l'avoient excommunié, supposé que leurs censures fussent justes & raisonnables. Après cette promesse il reçut l'absolution le 2 de décembre, 8c Innocent lui ayant donné audience, il demanda la révocation de la censure que les inquisiteurs avoient portée contre lui. Se dont il avoit appelé au Saint-Siège. Le pape le renvoya à l'archevêque de Bari, qui lui donna l'absolution. Le pape le rétablit ensuite

. 1^ dans sa réputation & rendit compte de toutes ces choses, le i" de janvier suivant, au roi saint Louis'. Innocent marque à ce prince qu'il avoit fait un bon accueil au comte, à sa recommandation; qu'il l'avoit reçu, du conseil des cardinaux, à la grâce du siège apostolique, & qu'il avoit été d'ailleurs charmé d'en agir ainsi, « parce que ce comte tenant un des premiers rangs entre les K princes du monde, il pouvoit être d'une grande utilité à l'Église. « Raimond vécut depuis dans une parfaite intelligence avec Innocent, qui lui témoigna dans toutes les occasions une affection singulière, 8c qui enjoignit aussitôt à tous les archevêques 8c évêques de France, 8c en particulier à Zoen, évêque d'Avignon, de publier dans leurs diocèses l'absolution qu'il avoit donnée à ce prince, 8c sa réconciliation avec l'Eglise. Ce fut, en conséquence de cet ordre, que Pierre, archevêque de Narbonne, dans des lettres* datées du mois de mars suivant, déclara le comte Raimond absous de toutes les sentences d'excommunication que lui &c ses suffragans avoient prononcées contre lui^. Innocent écrivit en même temps"* à l'évêque d'Avignon pour l'engager à s'employer pour prolonger la trêve que le roi d'Aragon avoit ménagée entre les comtes de Toulouse 8c de Provence, Se pour terminer enfin par uiie paix

Éd.origin. la cruellc guerre qui duroit entre evix depuis si longtemps. Nous inférons de là que la trêve conclue au mois de juin précédent jusqu'à la Toussaint, entre ces deux comtes, par l'entremise de l'archevêque d'Arles, avoit été prolongée à la sollicitation du roi d'Aragon, 8c qu'elle étoit sur le point de finir^.

t. 2, p. 323. Bulle du pape Innocent IV, du 2 dé- ' Tome VIII, Chartes, n. CCLXI, ce. 1 145, 1 146. cembre 1243, adressée à l'-Trchevéque de Bari; ' La réconciliation de Raimond VII ne devint Potthast, n. 11187.) — Voyez tome VIII, Chartes, définitive que le 17 mai 1244. Cette dernière n. CCLX, ce. 1 142 & 1 144, & Additions & correc- date est, en effet, eell» d'un» bulle dn pape Innotions, cent IV cassant cette sentence de frère Ferrier 8c ' Avant cette bulle du 1" janvier 1244 (Pot- de ses acolytes dont nous avons parlé plus haut, thast, n. Ii2i3), Innocent IV avait déjà écrit au Cette bulle avait été publiée par dom Vaissete, sujet de la même affaire à Louis IX, le 12 décem- mais d'après la copie incomplète du ms. lat. 60C9 bre 1243 (Potthast, n. 1 i 192). Le roi avait envoyé (Cartulaire de Raimond VII), & il l'avait placée à la cour de Rome pour suivre cette affaire G., à l'an 1243. Elle est donnée in extenso par Teuarchidiacre de Coutances, & Guillaume de Limo- let, t. 2, p. 534 & suiv., d'après l'original, J. 447, ges ; ce dernier était celui qui avait réglé les n. 42 (Conférez tome VIII, c. 1143 &. suiv., & conditions de la paix de Lorris. La lettre à Zoen, aux Additions & corrections). [A. M.) évêque d'Avignon, est du 7 janvier 1244 (liid. ^ Raynaldi, an. 1244, n. 17. n. 11218). [A. M.] ' Le ro décembre 1243, le pape écrivit au roi

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LXXX. — Le pape ordonne aux inquisiteurs de continuer leurs procédures,

(S- modère leur autorité.

Quant au différend que le comte de Toulouse avoit avec les inquisiteurs de l'ordre des frères prêcheurs, touchant l'autorité qu'ils exerçoient indépendamment des évêques, il ne fut pas terminé tout à fait à sa satisfaction. Ces religieux s'adressèrent' à Innocent aussitôt après son élévation au pontificat, îk lui demandèrent d'être déchargés du soin de l'inquisition, à cause des traverses qu'ils avoient à essuyer. Le pape ne jugea pas à propos de leur accorder leur demande : il écrivit, le lo de juillet de l'an 1248^, au prieur provincial S< aux frères inquisiteurs de cet ordre établis en Provence, pour les engager à continuer leurs fonctions, suivant la forme que le pape Grégoire IX leur avoit prescrite, 81 qu'il avoit renouvelée lui-même, avec pouvoir au même provincial d'établir 8c de destituer les inquisiteurs, du conseil de ses frères, comme il jugeroit à propos. II confirma cette disposition l'année suivante Si ordonna de plus à ce provincial, le 20 de juillet de l'an 1243, de renouveler l'inquisition dans le diocèse de Toulouse, qui commençoit d'y être négligée. Enfin ce fut pour favoriser les frères prêcheurs -^ dans la recherche des hérétiques, qu'il nomma au mois de septembre suivant, Zoen, évêque d'Avignon, légat dans la Province, avec défense de faire aucune élection dans toutes les églises des pays soumis à la légation de ce prélat sans son consentement, sous prétexte qu'il v avoit à craindre qu'on ne choisît quelqu'un suspect d'hérésie.

Le pape, pour modérer cependant le trop grand zèle des inquisiteurs, leur enjoignit, le 12 de décembre suivant '^j de n'imposer aucune peine aux hérétiques ou à leurs fauteurs qui, n'étant ni condamnés, ni convaincus, viendroient d'eux-mêmes avouer leurs fautes dans un temps marqué, après lequel on procéderoit à l'ordinaire contre les désobèissans, Se on imploreroit en cas de besoin le bras séculier. Il tâcha, d'un autre côté, de remédier dès le commencement de son pontificat à un abus qui scandalisoit les fidèles Se qui donnoit lieu aux hérétiques de décrier l'Eglise. C'est que les évêques 8c les ecclésiastiques, par un motif d'intérêt personnel, jetoient souvent des interdits généraux pour la faute d'un ou de quelques particuliers. Afin d'obvier à cet inconvénient. Innocent défendit^ de rendre de pareilles sentences dans les lieux suspects d'hérésie, au delà du Rhône (c'est-à-dire en deçà par rap-

ponr le pritr de faire restituer par Pierre d'Ath les, marchandises par le sénécKal «Je Beancaire. Cf.

sénéchal de Beaucaire, les marchandises & le na- tome VIII, c. 1167. [A. M.]

vire dont il avait dépouillé Thomas de Pinasca, ' Percin, Martyres, c. i3 8; siiiv. — Registre de

bourgeois d» Gènes (Potthast, n. 1 1 I9i). De sem- l'Inquisition de Toulouse.

blables faiti durent se renouveler souvent; le 14 " [Potthast, n. iio83.]

janvier 12^5, Innocent IV eut encore à écrire * Raynaldi, année 1243, n. 17 & suiv., 3o &

à Louis IX pour des faits analogues; il s'agissait suiv.

de plusieurs marchands de Gènes qui, allant aux ^[Potthast, n. 11 193.]

foires de Lagny, avaient été dépouillés de leurs ' Archives de l'Inquisition de Carcassonne.

An 1244

An 1244 ' •

]:)ort à nous), dans la province de Provence limitée par les frères prêcheurs, 8c ordonna à l'évêque de Carcassonne de révoquer & de déclarer nulles toutes celles qui avoient été rendues '.

LXXXI. — Concile de Narbonne. — On y règle la procédure des inquisiteurs.

Les inquisiteurs de la Province ayant reçu le nouveau pouvoir du pape pour exercer leurs fonctions, recommencèrent leurs procédures avant la fin de l'an 1243, & les continuèrent les années suivantes sans aucun obstacle, soit de la part du comte de Toulouse, soit de la part des évêques. Ils consultèrent toutefois ceux-ci assemblés dans un concile qui fut tenu dans la province de Narbonne^, à la fin de la même année ou au commencement de la suivante, Sv leur demandèrent la résolution de plusieurs difficultés qui se rencontroient dans l'exercice de leur ministère.

Pierre Amelii, archevêquo de Narbonne, présida à ce concile auquel se trouvèrent Jean, archevêque d'Arles, Raimond, archevêque d'Aix; les évêques: Clarin de Carcassonne, B. d'Elne, Jean de Maguelonne, G. de Lodève, P. d'Agde, Raimond de Nimes, Durand d'Albi 8<, P., élu de Béziers; avec les abbés de Saint-Gilles, de Saint-Aphrodise de Béziers 8c de Castres. Ces prélats firent vingt-neuf canons, qu'ils adressèrent aux frères inquisiteurs de l'ordre des frères prêcheurs établis dans leurs provinces ou dans les pays voisins, en réponse aux questions que ces religieux leur avoient proposées. Voici ce qu'il y a de plus remarquable dans ces canons. Vous enjoindrez 3, disent les évêques (parlant aux inquisiteurs), aux hérétiques ou à leurs fauteurs qui, s'étant venus accuser eux-mêmes, n'ont pas été mis en prison, de porter des croix sur leurs habits, de se présenter tous les dimanches à leur curé pendant la messe, entre l'épîtve &c l'évangile, ayant une partie de leur corps nu,- suivant la saison, 8c une poignée de verges à la main pour recevoir la disci- ^Éd.oiigin. pline, 8cc. Ces pénitens feront la même cérémonie à chaque procession solennelle, 8c tous les premiers dimanches du mois ils visiteront, en se fouettant avec des verges, toutes les maisons de la ville où ils ont fréquenté les hérétiques; ils jeûneront, visiteront les églises, 8cc. On ne leur permettra"* pas à l'avenir d'aller servir outre-mer, conformément à la défense que le pape en a faite depuis peu, de crainte que se trouvant en grand nombre dans les lieux saints, ils ne les profanent^. On^ construira des prisons pour y renfermer les pauvres qui seront convertis, 8c on pourvoira à leur subsistance. Les pénitences'' seront laissées à la discrétion des inquisiteurs, avec permission à eux de les augmenter ou de les diminuer dans la suite. Les coupables

' [Potthast, n. 11092; la bulle du 16 juillet ' Le canon ."> ordonne de les envoyer dans une

1243.] ville quelconque, autre que celle où ils ont sé-

^ Concilia, t. Il, c. 487 & suiv. — Tome VII, journé jusque-là, & de les y interner à perpétuité

Noie XXX, pp. 94, rji). ou à temps. [A. M.]

' Concilia, ihiA. can. 1. •> Concilia, can. 4.

^ Ihid. can. 2. ^ Ihid. can. 5.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV. yôS

feront' une confession publique de leurs crimes, & ils en feront dresser des actes authentiques^. « Comme il y a des villes 3, disent les évêques, où le « nombre de ceux qui doivent être renfermés dans une prison perpétuelle « est trop grand, en sorte qu'on ne trouve pas assez de pierre 8c de ciment « pour construire des prisons, nous conseillons aux inquisiteurs d'attendre « là-dessus les ordres du pape. » Les relaps '^ seront abandonnés au bras séculier, sans miséricorde, pour être punis comme ils le méritent; mais on ne doit pas leur refuser la pénitence s'ils la demandent^. On détermine'^ ensuite les fondemens sur lesquels on devoir regarder quelqu'un comme fauteur dts hérétiques. Les inquisiteurs'^ doivent s'abstenir d'imposer des amendes pécuniaires pour l'honneur de leur ordre; leurs fonctions étant d'ailleurs assez affligeantes. On défend* à ceux qui seront trouvés coupables d'hérésie, d'entrer en religion sans la permission du pape ou de son légat. Aucun de ceux' qui doivent être renfermés en prison n'en sera exempt, pour quelque raison que ce soit, sans une grâce spéciale du Saint-Siège '°. Il est permis" de recevoir le témoignage des infâmes, des criminels & même des complices en matière d'inquisition contre les hérétiques; Se il est défendu aux inquisiteurs'^ de révéler les témoins; mais on ne pourra condamner personne qui ne soit pleinement convaincu. On réputera'-* désormais pour hérétique celui qui sera convaincu par témoins ou par d'autres preuves, quoiqu'il nie sa faute. Enfin '*' on entre dans le détail des points pour lesquels quelqu'un doit être censé fauteur des hérétiques ô* des vaudois. Les évêques ajoutent à la fin, en adressant ces décrets aux inquisiteurs : « Nous vous écrivons ceci, non « pour vous obliger à suivre nos conseils, n'étant pas convenable de res- « treindre, au préjudice de cette affaire, par des règles ou des formules, autres « que celles du siège apostolique, la liberté qui vous a été donnée; mais seu- « lemenl pour seconder votre zèle, comme il nous a été enjoint par le même « siège apostolique; afin que, comme vous supportez nos charges, vous rece- « viez, par l'effet d'une charité mutuelle, nos avis & notre secours dans une « affaire qui est la nôtre. »

' Concilia, ihid. can. 6. ' Concilia, can. 14 & siiiv.

' Les canons 7 & 8 permettent aux inquisiteurs ' Ibid. can. 17.

de modérer ou d'aggraver la peine à leur gré, & ' Itid. can. 18.

chargent les curés de veiller à l'accomplissement ' Jhid. can. 19.

des pénitences imposées à leurs paroissiens. '° Le canon 20 énumère ceux sur lesquels s'étend

[A. M.] l'autorité inquisitoriale ; ce sent ceux qui ont ' Concilia, can. 9. péché dans les limites du territoire soumis à sa * Ihid, can. II. juridiction, qui y ont eu domicile, qui y ont exercé ' Le canon 10 détermine les cas où il y a ré- une charge ou emploi quelconque, y ont été arrêtés bellion : refus d'accepter la pénitence après ser- ou cités. — Le canon 21 ordonne aux inquisiteurs ment d'obéir aux ordres de l'Eglise; évasion de 'de se communiquer mutuellement leurs renseignela prison où on a renfermé l'hérétique. Le canon ments. — Le canon 22 défend de faire connaître 12 décide les cas où il y a rédicive, il suffit pour en aucun cas les noms des témoins. [A. M.' être relaps de rentrer en relations avec les héré- " Concilia, can. 24. tiques après avoir reçu l'absolution. Au cas même " Ihid. can. 12 & suiv. où ils auraient une excuse valable, ils doivent " Ihid. can. 26. être condamnés à la prison perpétuelle. [A. M.] " Ihid. can. 29.

An I 244

Au l2-)-t '

LXXXII. — Nouvelle recherche des hérétiques dans la Province. — Le pape modère encore l'autorité des inquisiteurs.

Les inquisiteurs, après avoir reçu cette réponse, procédèrent sans relâche à la recherche des hérétiques, savoir' : ceux de Toulouse, dans l'ancien diocèse de cette ville, 8c ceux de Carcassonne, dans le reste de la province de Narhonne, & dans les diocèses d'Albi, Rodez, Mende & le Puy. Ils firent déterrer en divers endroits les corps de ceux qui étoient accusés d'être morts dans l'hérésie, 5c les firent brûler publiquement. Quant aux vivants, ils citèrent à leur tribunal tous ceux qui leur furent dénoncés ou qu'ils crurent suspects, parmi lesquels on trouve plusieurs personnes de condition dont nous nous dispenserons de rapporter les noms. On voit leurs interrogatoires dans les registres de l'inquisition de ces deux villes; on y nomme plusieurs évoques, diacres, fils majeurs €■ fils mineurs des hérétiques, 6c on y rapporte diverses circonstances de leurs cérémonies. On y trouve entre autres qu'ils avoient des cimetières particuliers dans les villes, 8c il y est marqué que dans leurs repas les convives, au premier coup qu'on buvoit, au premier morceau de pain qu'on mangeoit 8c quand on commençoit à servir quelque plat, disoient bénisse-^, 8c que les parfaits, qui étoient présens, répondoient : Dieu vous bénisse. Raimond de Pérèle^, chevalier du diocèse de Toulouse, dépose à la fin du mois d'avril de l'an 1244, devant l'inquisiteur de Carcassonne, que Guillabert de Castres, évêque hérétique, avoit ordonné à Monségur, il y avoit quinze ans, en sa présence Se en celle d'Aton-Arnaud de Castelverdun, un évêque 8c un fils majeur pour les hérétiques d'Agenois, 8c un autre fils majeur pour ceux du Toulousain, 8cc. On trouve de plus dans ces actes des preuves des erreurs de ces sectaires, dont quelques-uns avançoient qu'ils croyoient que Dieu n'avoit pas fait les choses visibles; que les sacremens de baptême 8c de mariage ne servoient de rien au salut; que les enfans morts après avoir été baptisés étoient damnés; que Jésus-Christ n'étoit pas dans l'Eucharistie, Sec. D'autres nioient l'incarnation du Verbe, le saint sacrifice de la messe, la résurrection des morts. F^nfin quelques autres avouoient d'une manière claire 8c précise les deux principes du manichéisme. Il est vrai qu'ils ne donnoient pas tous également dans des erreurs si grossières : aussi les inquisiteurs dans leurs interrogatoires avoient-ils soin de distinguer l'hérésie de la vaudoisie, en sorte que ceux qu'on nommoit simplement hérétiques adoptoient les erreurs de Manés, mais non pas ceux qu'on appeloit vaudois, lesquels étoient en plus grand nombre.

La recherche exacte que firent les inquisiteurs 8c la sévérité de leurs procédures engagèrent la plupart des accusés à en appeler au pape, 8c ils obtinrent des brefs de pénitencerie pour se mettre à l'abri des poursuites; mais sur

' Registres de l'Inquisition de Toulouse & de ' [Corrige^ Pereille, Ariége, arr. de Foix.]

Carcassonne.

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