‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 288 sur 342 · XCIX. — Le comte Raïmond va à la Cour iy y prend la croix · texte numérisé non relu

XCIX. — Le comte Raïmond va à la Cour iy y prend la croix

Le roi, craignant que Pvaimond, comte de Toulouse, ne remuât pendant son absence, résolut de l'amener aussi avec lui. Dans cette vue il le manda-'' au commencement de l'an 1247. On assure que Pvaimond arriva à la Cour au mois de marsi^; que le roi Se la reine Blanche, sa mère, lui firent beaucoup d'accueil Se le pressèrent de se croiser'^j qu'il s'excusa sur le défaut

sulv.). Enfin, il leur fallut reconstruire dans la nouvelle ville les églises de l'ancien bourg qui prirent les mêmes vocables. Tout cela dut leur coiiter fort cher; mais l'industrie des draps alors si florissante, le commerce qui reprenait grâce à une administration plus régulière & plus douce, tout cela permit à la nouvelle ville de devenir bientôt prospère. La ville actuelle, quoique bâtie sur le même emplacement, n'est pas celle de saint Louis, qui a été détruite par le prince Noir en i355. [A. M.]

' Manuscrits de Colbert, n. 2270. — Archives des Jacobins de Carcassonne. — Le couvent des frères prêcheurs de Carcassonne aurait été fondé vers i23o par révêque Clarin, si l'on en croit une ancienne tradition; mais nous avons montré au tome IV de cette édition, p. 730 &. suiv., le cas qu'il fallait faire de cette tradition. Il n'existait pas avant 1247, & on peut voir au même volume, p. 750 81 suiv. par quelles péripéties passa cet établissement. Quant aux frères mineurs, ils avaient un couvent dans l'ancien bourg dès 1240, époque oii Trencavel le détruisit. En 124?) le roi ordonna de le reconstruire, & après 1247 il fut transporté dans le nouveau bourg (Cf. tome IV, p. 753). Sur tous ces couvents on peut consulter tome V,c. 1487 & suiv. où nous indiquons un certain nombre d'actes qui leur sont relatifs. [A. M.]

' A la même année 1247 appartiennent plusieurs pièces intéressantes relatives à la ville de Saint-Antonin de Rouergue. Cette ville, cédée dès 1226 à Louis VIII, par Gui de Montfort, oncle d'Am.auri, se soumit peu après au rpi (tome V'UI,

c. 825), & lui fut cédée définitivement en 1229 par la paix de Paris; mais les habitants ne jouirent pas toujours d'une entière tranquillité; placés sur les limites de deux diocèses, ils furent exposés aux incursions des routiers, & ils estimaient, en 1243, à dix mille marcs d'argent les dommages que leur avaient causés les officiers du comte de Toulouse depuis la paix de 1229 (Cf. Teulet, t. 2, p. 5c8 o). Leurs plaintes restèrent plusieurs années sans effet. Enfin, en 12.47, le roi manda au sénéchal de Carcassonne d'obliger Raimond VII à laisser les habitants de cette viile jouir de leurs vaines pâtures, & à ne plus empêcher ses hommes d'aller à leur marché (tome VÎH, c. 1225 & suiv.). Peu après il décida que cette ville ferait partie de la sénéchaussée de Carcassonne (Cf. ihld. c. 1227). Quelques années plus tard, Louis IX se fit céder par Bernard-Hugues, fils & héritier de Frotard, dernier vicomte de Saint-Antonin, ses droits sur cette ville pour la somme de cinquante livres tournois (Cf. Teulet, t. 3, p. 84; acte d'octobre 1249). [A. M.]

' Catel, Histoire des comtes de Tolose, p. 363.

* Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXVI, ce. 1221, 1222.

= Ibid. n. CCLXXVI, ce. 1224, I22â.

^ La Chaise, Histoire de saint Louis, 1. 6, n. 22. — [Cf. Lenain deTillemont, t. 3, p. i5.î.]

" Raimond VII était probablement à la Cour dès février 1247. Le 22 de ce mois, le roi écrivait au sénéchal de Carcassonne que le comte s'était plaint à lui des semonces faites par cet officier à ses vassaus nobles; semonces que les usages & la

d'argent; que la reine, pour lui ôler tout prétexte, lui prêta une somme considérable ; Si qu'enfin le roi lui ayant promis de ne le laisser manquer de rien, il se détermina à prendre la croix. Ce qu'il y a de certain, c'est que le roi fit un traité' avec R.aimond pour l'engager à le suivre dans son expédition d'outre-mer 5 qu'il lui promit de lui restituer le duché de Narbonne, 8c de lui donner, pour fournir à la dépense, vingt à trente mille livres; Se que Pv.aimond se croisa^ aussitôt après son arrivée à la Cour. Le pape, informé de sa démarche, la loua extrêmement, & il le prit-* sous sa protection spéciale, tant qu'il seroit croisé & qu'il serviroit dans la Terre-Sainte : il adressa l'exécution de cette bulle à divers évêques, recommanda le comte au roi, qu'il remercia du bon accueil qu'il lui avoir fait, écrivit au patriarche de Jérusalem de le protéger à son passage, 8c chargea son légat de lui délivrer, quand il seroit arrivé outre-mer, deux mille marcs sterling pour l'aider à s'y soutenir"^. Raimond écrivit de son cùté^ au pape pour lui témoigner le désir extrême qu'il avoit de déraciner entièrement l'erreur de ses Etats. Le pontife chargea l'évêque d'Agen d'y travailler efficacement, 81 manda à frère Hugues, religieux de l'ordre des Mineurs, de faire payer au comte, pendant tout le temps qu'il seroit dans la Terre-Sainte, les rachats des voyages pour ce pays 8c les legs pieux qu'il avoit consacrés à cet usage. Enfin le pape ordonna, au mois de mai de l'année suivante^, à l'évêque d'Agen 8c aux inquisiteurs dans les terres ducomte, de révoquer les longs pèlerinages qu'ils avoient prescrits à ceux qui avoient été condamnés comme hérétiques, 8c leur défendit d'en imposer de semblables durant le temps du passage d'outre-mer^.

An tz^j

Éd. origin.

t. ni, p. 456.

coutume du pays lui interdisaient (Cf. tome VIII, c. 119Î). [A. M.]

' Voyez tome VIII, n, CCCXX, c. 1402. — Le roi lui promit, en effet, vingt mille livres parisis pour subvenir à l'entretien de ses chevaliers & arbalétriers. (Teulet, t. 3, p. Si.) Les lettres de promesse sont datées de mai 1248; plus tard, Alfonse de Poitiers réclama le paiement de cette somme à son frère, en soutenant que puisque Raimond VII n'étoit pas allé à la croisade, à cause de sa maladie d'abord, de sa mort ensuite, le roi était tenu d'accomplir lespromesses qu'il lui avait faites. Inutile d'ajouter que Louis IX paraît avoir repoussé cette réclamation, assez peu foiidée, il faut le reconnaître. (A. M.]

* Guillaume de Puylaurens, c. 47,

' Trésor des chartes; croisades, sac 1, n. 4.Î 8c suiv. — (J, 447j Teulet, t. 3, p. 18; bulle du 3 décembre 1 247.]

' Le 9 décembre 1247, le pape délégua Hugues de Turennc, de l'ordre des Mineurs, pour prêcher la croisade dans les États de Raimond VII (Cf. tome VIII, c. I 242 & suiv.). Le même jour Innocent IV charge ce même religieux de lever le vingtième des revenus ecclésiastiques dans les Etats du comte & de le lui remettre nuand il se mettra en

route {Ih'ii. c. 1243 & suiv.). Quatre jours plus tard il autorise l'archevêque d'Auch à commuer en un voyage en Terre-Sainte les peines des hérétiques de son diocèse, condamnés au mur ou au port de la croix {Ihii. c. 1 244). Enfin, le 9 avril 1243, il annonça à frère Hugues de Turenne, qu'à la demande de Raimond VII, il avait accordé aux croisés de ses Etats les privilèges dont jouissaient ceux des domaines du roi [Ihid. c. 1244 & suiv.).

Dès le r'' octobre 1248, Raimond VU donnait à Hugues de Turenne quittance de plusieurs sommes importantes touchées par lui en vue de la croisade (Tome VIII, c. 1248 & suiv.). Ce sont ces sommes que le comte ordonna par son testament de restituer au pape. [A. M.]

' Raynaldi, an. 1248, n. 27.

' Registre de l'Inquisition de Toulouse.

' Vers la même époque le pape s'occupa de démêlés qui venaient de s'élever entre le vicomte & l'archevêque de Narbonne. Nous avons réuni plusieurs pièces sur cette affaire (tome VIII, ce. 1229 à 1232). Il s'agissait d'un droit de haute justice réclamé par l'archevêque, & dont le vicomte l'avait dépouillé en faisant enlever le corps d'un pendu & une main coupée exposés aux fourchas

An 1 2^7

C. — Raimond engage une partie de ses sujets à se croiser avec- lui & tente inutilement de procurer la sépulture ecclésiastique au comte, son père.

Raimond ne fut' pas plutôt de retour dans ses Etats qu'il engagea un grand nombre de barons, de chevaliers S< de bourgeois, ses sujets, à se croiser^. Il fit équiper divers vaisseaux, & disposa toutes choses pour son voyage^. Comme il avoit fort à cœur de procurer la sépulture ecclésiastique au feu comte Pvaimond VI, son père, il se donna de nouveaux mouvemens pour obtenir, avant son départ, du pape Innocent IV, la permission de l'inhumer. Innocent, par une bulle du 26 de février de l'an 1247, nomma Guillaume, évêque de Lodève, Se les deux inquisiteurs, frère Raimond de Cantio, jacobin, &c frère Guillaume de Brive, cordelier, pour faire de nouvelles informations '^ touchant les circonstances de la mort de ce prince, avec ordre de les lui envoyer pour porter ensuite lui-même un jugement définitif. Les trois commissaires s'étant rendus à Toulouse, Raimond leur présenta'' douze articles dont il oftrit de prouver la vérité par témoins, Se dont le résultat étoit que le comte son père avoit vécu & étoit mort dans de grands sentiments de piété & de pénitence. Les commissaires procédèrent ensuite, dans la maison des Templiers de Toulouse, à l'audition de plus de cent témoins, qui déposèrent tous en faveur de Raimond VI, en présence des évêques de Rodez St d'Albi, de divers ecclésiastiques, d'Amalric, vicomte de Narbonne, Rairaond-Gaucelin, seigneur de Lunel, Sic. Cette enquête dura

de Capestang. — Le vicomte prit les devants & se plaignit au roi des empiétements de l'archevêque & du sénéchal de Carcassonne qui soutenait ce dernier. D'où mandement de mai 1247 ordonnant au sénéchal J. de Cranis, de faire enquête. Dans l'intervalle, le pape en écrivit au roi & le pria de s'interposer (bulle du 3o mai 1247; Potthast, n. 12536). Aussitôt nouveau mandement du roi au sénéchal, lui ordonnant de faire droit à l'archevêque (juin 1247). Le sénéchal procède contre le vicomte; celui-ci en appelle au roi, mais ne comparaît pas pour soutenir son appel j Louis IX, au mois d'août suivant, ordonna au sénéchal de faire droit à son adversaire, puis d'ajourner les parties par devant sa cour s la prochaine Chandeleur. Enfin, en février 1248, arrêt de la cour du roi déboutant le vicomte & remettant l'archevêque en possession de la haute justice de Capestang. Cet arrêt ne termina pas le différend entre les deux parties; le 8 octobre suivant, le pape ordonnait encore à l'abbé de Saint-Jacques, à l'archidiacre de Béziers & a» prieur de Cassan de faire observer l'excommunication lancée contre Amaiiri de Narbonne, qui avait fait garder les portes du palais archiépiscopal par des hommes d'armes. (Potthast, n. i3o7i.) [A. M.J

'Guillaume de Puylaurcns, c. 47. — Catel, Mémoires de l'histoire du Lanauedoc^ p. 358 & suiv. — Percin, De haeresi, part. 4, p. 76 & suiv.

' Le 7 janvier 1 247, Hugues IV, comte de. Rodez, prit la croix en s'engageant à aller en Terre- Sainte lui-même ou à y envoyer un chevalier à ses frais. Au surplus, il ne remplit jamais son vœu. Pour s'en racheter il donna au comte Raimond VII une somme de cent livres tournois. Ci. de Gaiijal, t. 2, p. ic8. [.A.. M.]

' A cette occasion le comte leva dans ses Etaii une aide, ainsi que le lui permettait la coutume féodale. Nous n'avons aucun document sur la manière dont cet impôt fut réparti; mais nous connaissons dans le détail l'histoire d'un impôt semblable levé de 1263 i 1268 par le comte Alfonse, & les documents de la chancellerie de celui-ci renvoient constamment aux actes passés en 1247 & 1243, Le successeur de Raimond VU toucha racine l'arriéré de cet impôt, dont on payait encore le reliquat en 1252 & 1260. Cf. Boutaric, Alfonse de Poitiers, p. 280. (A. M.]

■* Voyez plus haut, 1. XXIII, ch. L\ii, pp. 549 Si. 5,Vi. — [Potthast, n. 12426.)

'' ^ oyez ihi.l.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV, 780 ""l

' -' An IÎ47

depuis le commencement de juillet jusqu'au 16, que le comte ayant été obligé de s'absenter, Raimond d'Alt'aio, son viguier, la fit continuer au nom de ce prince : elle fut entièrement terminée ' le 24 du même mois, 8< les commissaires l'ayant envoyée au pape, Raimond sollicita un jugement favorable par un procureur ([ui se rendit exprès à Lyon, où Innocent IV faisoit toujours son séjour. Cet envoyé s'adressa à un prélat de la cour romaine qui lui promit de l'aider de son crédit 81 l'assura que le pape consentiroit volontiers à la demande du comte, si le roi vouloit l'appuyer. Raimond obtint aisément de ce prince des lettres de recommandation auprès d'Innocent j mais 11 se trouva que le prélat qui avoit donné l'avis, qu'il s'étoit fait payer bien chèrement, avoit joué le comte, & que le pape n'avoit rien promis : du moins Innocent le nia-t-il, & répondit qu'il feroit procéder, si l'on vouloit, à une nouvelle enquête, parce que celle qui avoit été faite n'étoit pas suffisante. Le procureur du comte, qui n'avoit aucune instruction là-dessus, ne voulant rien entreprendre de lui-même, retourna à son hôtel, où il trouva une défense de faire aucune nouvelle démarche s'il voyoit qu'on lui eût manqué de parole. Le pape fit expédier^ cependant, le 19 de novembre de l'an 1247, une nouvelle commission à l'archevêque d'Auch & aux évêques du Puy Si de Lodève. Il y expose les divers soins que le comte Raimond s'étoit donnés pour obtenir la sépulture ecclésiastique du feu comte, son père, & déclare que les raisons pour lesquelles Raimond VI, père de ce prince, avoit été excommunié n'étant pas clairement exprimées dans l'enquête que le même évêque de Lodève avoit faite, 8c qui lui avoit été envoyée; que d'ailleurs la qualité des témoins qui avoient été entendus n'étant pas exprimée, 8c qu'enfin ne sachant pas ce que c'éloit qu'une autre information dont il y étoit parlé, il n'avoit pu terminer cette affaire; qu'ainsi il les chargeoit d'informer de nouveau 8c de faire ensuite inhumer dans un cimetière ecclésiastique le corps de ce prince, après lui avoir donné l'absolution, s'il n'y avoit aucun obstacle qui l'empêchât. Un moderne assure-' que les trois nouveaux commissaires, sur des dépositions qu'ils estimèrent dignes de foi, firent la cérémonie d'absoudre le corps de Raimond VI, 8c il cite en témoignage la bulle même du pape, ,'iii'°"^'"' qu'on garde, dit-il, aux archives de l'église du Puv; mais nous avons lieu de douter de la vérité de ce fait; car le même auteur assure que Guiùùvme de Murât, évêque du Puy, fut l'un de ces trois commissaires. Or, la commission est adressée simplement à l'évêque du Puy, sans que son nom y paroisse, 8c on n'a aucune preuve que Guillaume de Murât ait été évêque du Puy avant l'an ii5o. Quoi qu'il en soit, il est certain c|ue le corps de Raimond VI demeura toujours sans être inhumé; en sorte, dit un auteur du temps ^, que le comte, son fils, ne put réussir, ni à contracter un nouveau mariage, ni à procurer les honneurs de la sépulture à son père.

' Voyez tome VII, î/olc XXXVll, pp. 109, 110. ' Théodoret, Histoire du Puy, p. ::8y & siiiv. —

' Catel, Mémoires Je l'histoire du Languedoc ^ Galîia Christiaiia , nov. éd., t. 2, c. 7 t.'*. p. 371. — [Potthast, n. 1x762. Cf. tome VIII, ' GuiU.iii;nc de Puylaiirens, c. 47.

CI. — Evêqiies du Puy. — Raîmond protège les inquisiteurs t- /ait

un voyage en Espagne.

Guillaume de Murât, évêque du Puy, succéda ' à Bernard de Montaigu. Les habitans du Puy tentèrent de se soustraire à l'autorité temporelle de ce dernier 8c excitèrent divers troubles; ce qui l'obligea à jeter l'interdit sur la ville en 1289; mais appuyé par le roi, il les mit enfin à la raison, 8c ils lui firent leurs soumissions. Bernard de Ventadour succéda, en iîSi, à Guillaume de Murât dans l'évêché du Puv.

Les affaires qui engagèrent le comte Raimond à s'absenter de Toulouse, durant le mois de juillet de l'an 1247, l'appelèrent, à ce qu'il paroît, en Espagne, où nous savons qu'il fit un voyage^ cette année. Le roi ordonna à cette occasion, au sénéchal de Carcassonne, de ne rien attenter sur les domaines de ce prince pendant son absence. Il avoit repassé ^ les Pyrénées & étoit à Avignon, le 2 d'octobre, & à Lavaur, dans le Toulousain, à la fin de décembre. Il ordonna, la même année, pour honorer'* la mémoire des inquisiteurs tués à Avignonet, 8c sans doute pour faire sa cour au pape, k tous les juges 8c consuls de sa domination, d'obliger les peuples d'assister aux prédications des frères prêcheurs &c mineurs, même les jours de fête, lorsque ces religieux passoient dans les villes Se les villages; 8c ce fut apparemment sous sa protection que les inquisiteurs de Toulouse firent, vers le même temps, une nouvelle recherche des hérétiques, dont ils condamnèrent un grand nombre, dti conseil de divers prélats, à une prison perpétuelle, après les avoir absous.

Cil. — Trencavel conclut la paix avec le roi £> prend la croix.

Sa postérité.

Trencavel, pour terminer entièrement sa paix avec le roi, se rendit à Paris, Su mois d'octobre de l'an 1247, ^ ^^ '^ renouvela^ en présence de ce prince, la cession qu'il lui avoit déjà faite de tous ses droits sur les vicomtes de Bé::*iers Se de Carcassonne, 8c sur tous les domaines que sa maison possédoit dans les diocèses de ces deux villes 8c dans ceux de Toulouse, Albi, Agde, Lodève, Nimes 8c Maguelonne. Il en fit sceller l'acte du sceau dont il se servoit lorsqu'il se qualifioit vicomte de Béziers, Se du nouveati qu'il avoit fait faire exprès; après quoi il fit rompre, en présence du roi, le premier de ces deux sceaux avec son contre-scel. Le roi, ayant accepté cette cession, donna en dédommagement à Trencavel 8c à ses héritiers, par des lettres datées de

' Théodoret & Gallla Chnn'iana, ut supra. Lavaur lors de sa rédaction. Il peut avoir été

' Tome VIII, Chartes, n. CCLXXVI, c. 1222. reçu par un de ses bailes. [A. M.]

' Manuscrits ctc Coliert, t\. 1067. — [Lat. 6009, ' Percin, Monumenta conventus Tolosani, p. .")3.

p. 276, & Teulet, t. 3, p. 19. Ce dernier acte ne ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXV,

prouve pas absolument la présence du comte à ce. 1212, 12 r3.

An 12/7

Pontoise, six cens livres de rente dans la sénéchaussée de Beaucaire, pour les posséder en fief & hommage lige, savoir : deux cens livres sur le lieu de la Caunette, & le reste à Beilegarde & sur le péage de Beaucaire, à condition qu'il pourroit assigner ailleurs cette rente s'il le jugeoit à propos, 8c qu'elle ne seroit que de cinq cens livres, au lieu de six cens, si c'étoit dans la vicomte de Béziers. Le cas arriva quelques années après, 8c le roi ayant ordonné, au mois d'août de l'an i255, à Pierre d'Auteuil, son sénéchal de Carcassonne, d'assigner à Trencavel cinq cens livres de rente dans la vicomte de Béziers ou dans les autres pays de la sénéchaussée, le sénéchal exécuta' sa commission au mois de juin de l'année suivante, 8c assigna pour cette somme les domaines de Pauligny, Belvesé, Raissac, Saint-Martin de Villereclam, Cesseras 8c Cadirac^, dans le Minervois 8c le Razès, portions du diocèse de Narbonne ; 8c Trencavel renonça à l'assignation de six cens livres de rente qui lui avoit été faite dans la sénéchaussée de Beaucaire. C'est tout ce qui resta à l'héritier des vicomtes de Béziers, Carcassonne, Razès, Albi, Nimes &c Agde, de tous les biens que ses ancêtres avoient possédés, 8c cette ancienne maison, qui depuis la fin de la seconde race avoit joui des droits régaliens dans ces six vicomtes jusqu'au commencement de la guerre des albigeois, 8c qui étoit la plus puissante de la Province, après celle des comtes de Toulouse, se vit éj onj,;,,. enfin réduite à la condition d une des moindres du pays : funeste suite d'une guerre de religion qui força Trencavel, sans aucune faute de sa part, à porter l'iniquité du vicomte Pvaimond-Roger, son père. En effet, quoique l'assignation qu'on lui fit par grâce d'une petite partie de ses anciens domaines puisse être évaluée, suivant le cours présent de notre monnoie, k vingt ou vingt-cinq mille livres de rente, cela suffisoit-il pour le dédommager d'une si grande étendue de pays qui devoit naturellement lui appartenir, 8c qu'on confisqua sur lui dans le temps qu'il étoit, pour ainsi dire, au berceau? Et si cette confiscation étoit nulle de plein droit, comme il paroît par la cession même qui lui fut demandée, on pouvoit du moins lui laisser un état plus honnête, tandis que de simples chevaliers françois 8c de nouveaux venus obtinrent vers le même temps dans le pays des établissemens beaucoup plus considérables^.

' Voyez tomeVllI, chartes, 11. CCCXIX, ce. 1396 les Pièces fugitives du marquis i'Âuhays, & pa?

à i3oQ. MahuI, Cartulaire de Carcassonne^ t. 5, p. 3o8.

' Voici les formes exactes de ces noms de lieux : Elle valut à la famille la reconnaissance de sa no-

Pauligne, Aude, arr. de Limoux j Belve-^c, id.; blesse lors de la recherche de de Bezons en 1669.

Raissac-sur-Lampy, Aude, arr. de Carcassonne; Mais l'hisioiie a le droit d'être plus difficile, &

Saint-Martin de Vilîereglan, KuAcy nxr, àc h\VL\ou'K.^ une remarque suffit pour rendre cette généalogie

Cesseras, Hérault, arr. de Saint-Pons; Cadirac , invraisemblable, c'est que jamais les Trencavels ne

Hérault, commune d'Olonzac. [A. M.] s'appelèrent de Carcassonne, mais de Béliers, ce qui,

^ Nous ne signalerons que pour rttémoire la ainsi que le remarque dom Vaissete, était leur nom

prétendue descendance des vicomtes de Béziers & patronymique. En outre les degrés ont été si mal

de Carcassonne, qui, sous le nom de Carcassonne, calculés par l'auteur de cette généalogie que de

aurait survécu jusqu'au dix-huitième siècle dans Trencavel, dernier vicomte, à 1492, il ne compte

le diocèse de Lodeve. Cette généalogie a été impri- que quatre générations, ce qui n'est pas assez pour

mée par Dumège (Additions, t. 6, p. 42), d'après près de deux cent quarante ans. [A. M.]

An ,247 79' HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV.

Trencavel, après s'être soumis à la volonté du roi, prit la croix' St s'engagea d'accompagner ce prince à la Terre-Sainte avec cinq chevaliers Si cinq arbalétriers. Le roi ordonna alors au sénéchal de Carcassonne de permettre aux gentilshommes, anciens vassaux de ce vicomte, entre autres à Raimond de Tais, chevalier, d'aller & de venir dans le pays, pourvu qu'ils ne tussent coupables que d'avoir pris parti en sa faveur durant la guerre qu'il avoit faite quelque temps auparavant, &. à condition qu'ils se feroient absoudre de l'excommunication qu'ils avoient encourue. Il ordonna, d'un autre côté, au même sénéchal, de remettre incessamment à Trencavel ses fils qu'il tenoit en otage; & il le chargea, sur ce que ce vicomte lui avoit déclaré, qu'il avoit laissé tous les titres de sa maison entre les mains de Roger, comte de Foix, d'engager ce dernier à les rendre. Roger étoit le dépositaire de ces papiers, soit à cause de la proximité du sang qui le lioit avec Trencavel, dont le comte Raimond-Roger, son aïeul, & Roger-Bernard, son père, avoient été les tuteurs, soit en vertu deâ substitutions réciproques que leurs ancêtres s'étoient faites de tous leurs domaines. Roger obéit & rendit presque tous ces titres, qui sont conservés encore dans le Trésor des chartes du roi. Il en retint quelques autres, en particulier un ancien cartulaire où on trouve la plupart des actes des anciens vicomtes de Béziers, Carcassonne, Nimes, Albi, &c. Ce cartulaire étoit conservé dans la caisse i5 du trésor des chartes de Foix. Nous en avons tiré de grandes lumières pour l'histoire de ces anciens vicomtes 8c des comtes de Foix, leurs parens^.

Trencavel suivit le roi outre-mer, & il s'y distingua par sa valeur. Il revint de la Terre-Sainte avec ce prince, 8v le dernier acte que nous ayons de lui est une vente ^ qu'il fit au roi, en I263, avec la vicomtesse Saurine, sa femme, £• leurs fils Roger de Bé-^iers &• Raimond-Roger, pour six cens livres tournois, du château de Saint-Martin de Villereclam, dans le Razès, Se de ses dépendances, qu'il avoit reçu en assignat. Nous comprenons par cet acte, dans lequel Trencavel se qualifie autrefois vicomte de Béjiers, que ses descendans prirent le surnom de Béliers : surnom qu'il prend lui-même dans une c[uittance qu'il fit au roi en 1248"*. Il étoit sans doute décédé, au mois de décembre de l'an 1267, lorsque le roi-"' donna à Roger de Bé-^iers,fils de Trencavel, sous une rente annuelle, les droits qu'il avoit à Cesseras, dans le Minervois. Enfin le même Roger de Béliers, fils de Trencavel dit vicomte de

'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXVI, dans le supplément du Trésor. Le reste, probable-

c. 122J. ment fort négligé, périt dans ini grand incendie

' Jamais les archives des Trencavel ne furent dé-- au commencement de ce siècle. Le cartulaire que

posées au Trésor des chartes; du moins aucun des dom Vaissete indique a échappé, & appartient

anciens inventaires de ce dépôt n'en porte trace. aujourd'hui à la Société Archéologique de Mont-

ïls durent être rendus par le cointe de Foix & pellier. [A. M.)

portés à Carcassonne. Plus tard, à une époque in- ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXLIV,

déterminée, ils furent reportés à Foix, ik c'est là ce. LÎ^g, i5ro.

que Doat les consulta en 1668. Une partie de ces ^ Ihid. n. CCLX, c. 1214.

. actes fut enlevée, en 1702, par ordre du roi & ^ Besse, Carcassanne, p. 168. [Cf. tome VIII,

transportée à Paris, où ils se trouvent encore ce. i.")93 & i.')99, d'après lat. 9996.]

Bèjiers, se croisa', en 1269, & promit de suivre le roi saint Louis dans son expédition contre les infidèles. Nous ne trouvons plus dans la suite aucune trace des descendans de Trencavel^.

An I 2/.7

cm. — Leroi envoie des commissaires dans la Prorince pour y recevoir les plaintes contre ses officiers, 6- restituer les biens qu'il avoit mal acquis.

Guillaume de la Broue, archevêque de Narbonne, fit aussi un voyage à la Cour, au mois d'octobre de l'an 1:47, ^ i' pioniit au roi, en présence du légat, tant pour lui que pour les autres évêques de la Province, de faire payer exactement, depuis le i"de mai, la décime imposée par ordre du pape sur tout le clergé de France pour la guerre d'outre-mer^. Ce prince envoya vers le même temps des commissaires dans toutes les provinces du royaume avec ordre de dédommager tous ceux qui auroient souffert quelque injustice de sa part ou de celle de ses officiers, & de leur restituer les biens qu'ils prouveroient leur avoir été enlevés. Maître Pierre de Castro & frère Jean du Temple, de l'ordre du Val des Écoliers"*, furent nommés commissaires ou ûd.oriRin. inquisiteurs dans les deux sénéchaussées de Carcassonne 8c de Beaucaire, 'P + 5-

avec l'autorité de lieutenans de roi->. S'étant rendus à Alais, au mois de

' Trésor des chartes; croisades, n. 25. — [J. 4Ô6. Cf. tome VIII, c. 1600.]

" L'évaluniion par dom Vaissete du revenu accordé à Trencavel par le roi est un peu faible. D'après les travaux de M. de Wailly, q\ii sont regardés aujourd'hui comme les plus dignes de foi, la livre tournois, au temps de saint Louis, valait 17 fr. 9735. La valeur intrinsèque de l'assise de Trencavel était donc, la première fois, dans la sénéchaussée de Beaucaire, de 10,983 fr. 10 c; la seconde fois, dans la sénéchaussée de Carcassonne, de 8,986 fr. 8.^ c. Le pouvoir de l'argent aujourd'hui étant le cinquième de celui de l'argent au treizième siècle, il faut multiplier par .0 ces deux sommes pour avoir leur valeur extrinsèque. Nous trouverons dans le premier cas : 04,920 fr. :jo c; dans le second : 44,934 fr. 25 c. Notre calcul ne diminue en rien la portée des observations de dom Vaissete. Le roi de France s'en tira à bon marché avec le dernier vicomte; & c'est avec raison que le savant Bénédictin fait remarquer que de simples seigneurs possédaient dans la Province des assises infiniment plus considérables. Nous citerons comme exemples Gui de Lévis, Pierre des Voisins & Lambert de Limoux. [A. M.]

'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXVI ,

c. It22.

* Trésor des chartes; Toulouse, sac 11 , n. 07. — [J. 320; rouleau original long de 4'"fio.] On peut en voir l'analyse au tome VII, parmi les registres des EntjuC-teurs royaux. Cette enquête renferme en tout cinquante-huit plaintes, d'autant

plus intéressantes qu'elles se rapportent à des faits commis dans une terre relevant du roi. La plupart sont dirigées contre les châtelains royaux d'Alais; quelques-unes contre le sénéchal. Nous citerons aussi le cas plus grave de la dame de Rousson dont le sénéchal voulut faire sa maîtresse, ce qui prouve jusqu'où allaient les prétentions des officiers royaux. [A M.]

' Les enquêteurs royaux, en 1247 & 1248, s'acquittèrent de leur mission dans les deux sénéchaussées. Divers registres nous sont restés de cette grande enquête, registres que nous publions in extenso ou sous forme d'analyses détaillées dans le lome VII de la présente histoire. La plup.irt des plaintes qu'ils eurent à examiner se rapportent aux excès commis par les officiers royaux depuis le traité de 1229, & ces excès sont tels qu'ils ne permettent pas d'adopter sans examen le sentiment de la plupart des historiens sur le gouvernement de Blanche de Castille. Le midi paraît, d'après ces actes, avoir été abandonné à des administrateurs avides, sans conscience & au fond incapables; aucun contrôle de la part du pouvoir central, dont souvent les ordres formels sont méconnus; exactions grandes & petites, abus de pouvoir envers les particuliers & envers les communautés, rien ne manque à cette administration inique. Ce fut l'honneur du roi Louis IX de comprendre que le Languedoc ne pourrait être pacifié & soumis qu'en employant d'autres moyens, & glace à vingt ans d'une administration plus honnête & plus modérée, il sut si bien s'attacher les

An r2^8

An 1247 ' J'

novembre de cette année, les consuls de cette ville leur portèrent des plaintes contre Pierre Faber, ci-devant sénéchal de Beaucaire, qui avoit fait diverses extorsions sur eux. Tiburge, veuve de Bernard Pelet, & Bernard Pelet, leur fils, se plaignirent aussi des vexations qu'ils avoient souffertes de la part de ce sénéchal, qui avoit fait détruire la tour d'Alais, nonobstant les prières que Guîraude, dame d'Ujès, lui avoit faites de ne pas l'abattre, 8c l'appel que Svbille, aïeule du même Bernard Pelet (fils de Tiburge), laquelle avoit la garde de cette tour, avoit interjeté au roi. Plusieurs gentilshommes de la viguerie d'Alais portèrent, d'un autre côté, des plaintes aux commissaires du roi, tant contre le même Pierre de Athns dit F abri, sénéchal de Beaucaire, Pierre de Nonnecourt & Jaconimus, frère & successeur de Pérégrin Latinarius, ses prédécesseurs, que contre les officiers particuliers de la viguerie d'Alais. Les habitans de la sénéchaussée de Carcassonne ne firent pas de moindres plaintes contre les officiers de cette sénéchaussée', entre autres ceux d'Aiguesvives, dans le Minervois. Le roi, sur le rapport des commissaires, fit restituer^ à divers gentilshommes de la même sénéchaussée les domaines que ses officiers leur avoient saisis mal à-propos^. Il fit informer'* sur les différends qui duroient toujours entre les comtes de Toulouse & de Foix, avec ordre au premier de se départir du serment de fidélité qu'il avoit reçu des chevaliers de Saverdun. Il ordonna 5, au mois de février de l'année suivante, au sénéchal de Carcassonne de restituer au comte de Toulouse les châteaux de Penne, en Agenois, Puycelsi, Najac & Laurac, & de faire transférer à Carcassonne les vivres & les armes qui étoient dans ces places. FInfin il s'obligea'^, au mois de mai suivant, de payer à Raimond vingt mille livres parisis, en cas que ce comte passât la mer pour le secours de la Terre-Sainte.

CIV. — Consuls de Toulouse. — Suite des ajfaires de l'inquisition.

Juifs de la Province.

Raimond faisoit ses préparatifs pour ce voyage. Il engagea à Toulouse, la veille de l'Epiphanie de cette année-', le comte de Pvodez à se croiser ou du

populations méridionales qu'après 1270 il n'y eut droits de suzerain contre les prétentions de la cour

plus que quelques individus à rêver une nouvelle pontificale (tome VIII, c. r '•')'])■ Les chanoines de

séparation. — Nous donnons, dans le tome VII, Saint-Ruf avaient fait citer l'évéque d'Agde par

les deux registres de Béziers, quelques pièces pour devant le pape au sujet d« l'île de Cette. Le roi

Carcassonne, des extraits de deux registres pour les s'opposa à ce que la couf pontificale connut de

vigueries de Nimes & de Beaucaire, enfin l'analyse cette affaire, cette île étant un fief de la couronne

du rouleau d'Alais, que dom Vaissete a connu. de France. En effet, on peut voir au même to-

Les enquêteurs s'étaient fait remplacer à Nimes lurae, c. io32, l'hommage du prélat pour cette île,

par le sacristain & l'aumônier du chapitre cathé- hommage qui est daté du 29 octobre 1239. (A. M.]

dral de cette ville. [A. M.] ■• Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXVII,

' Trésor des chartes; Toulouse, sac 9, n"" 87, ce. I232 à 1234.

93, 96, 99. — [Cf. tome VII, Enquêteurs royaux, ^ Ihid. n. CCLXXVI, ce. 1224, 1225.

série C] " Trésor des chartes; Toulouse, sac 5, n. 61. —

'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCLXXVI, [J. 3 1 1 ; Teulet, t. 3, pp. 32, 33. Voyez plus haut,

c. 1224 (restitutions à GuiUem de Vintrous & à p. 787.]

Guillem de Montesquiou). ' Archives de la ville de Rodez. — GalUa Chris-

' Vers la même époque Louis IX fit respecter ses tiana, nov. éd. t. 1, Instrum. c. 52.

FIISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. XXV. 7n5

' '' An i2/.'3

moins à envoyer outre-mer un chevalier entretenu à ses dépens. Il déclara', peu de temps après, aux habitans de Toulouse assemblés dans leur palais commun, que le consulat de cette ville leur appartenoit en propre ou à leur commune, 8< qu'elle avoit l'autorité d'élire tous les ans ses consuls au nombre de vingt-quatre, savoir : douze de la cité 8c autant du faubourg.

Ce prince, pour donner au pape de nouvelles preuves de son zèle pour l'extirpation de l'hérésie, l'avertit^ que plusieurs hérétiques étrangers, qui s'étoient venus établir dans ses Etats, joints à ceux qui y restoient, faisoient cfivers progrès, & le pria de donner ses ordres pour une recherche plus exacte de ces sectaires. Le pape commit, le 29 d'avril de l'an 1248, l'évêque d'Agen, S<. lui ordonna d'informer dans les terres de Raimond, avec le conseil des inquisiteurs des lieux Se des diocèses, & en observant les formalités prescrites. Le lendemain le pape^ permit, à la prière de Raimond, à ceux des sujets de ce prince qui n'étoient enformés en prison que pour un temps ou qui n'étoient condamnés qu'à porter des croix pour crime d'hérésie, de se croiser St de marcher au secours de la Terre-Sainte. Il permit même à ce prélat ou à son défaut à l'archevêque d'Auch de faire grâce à ceux qui étoient condamnés à une prison perpétuelle. Si qui, ayant donné des marques d'un sincère repentir, se croiseroient. Enfin iH permit à l'évêque d'Albi, comme gérant, les affaires de la foi par l'autorité ordinaire dans sa ville &- dans son diocèse, de délivrer de prison, du conseil des inquisiteurs, les hérétiques qui y étoient rehfermés & qui donnoient de véritables marques de pénitence, à condition qu'on leur imposeroit d'autres peines convenables. Il enjoignit cependant aux inquisiteurs de la province de Narbonne d'informer de nouveau, tant contre les hérétiques qui avoient été déjà jugés que contre tous les autres, afin de rétablir les registres de l'inquisition, dont certaines gens s'étoient saisis, 8c qu'ils avoient brûlés au sortir d'une assemblée, après avoir tué le clerc ou le curseur de l'inquisition. Les inquisiteurs commuèrent souvent depuis la peine de ceux qui avoient été condamnés pour hérésie, en une amende pécuniaire dont ils marquoient l'emploi 5, C'est ainsi que les deux inquisiteurs de Toulouse appliquèrent, en 1255, au bâtiment de l'église lîd.oiigin. de Lavaur, qui sert aujourd'hui de cathédrale, les sommes que dévoient payer ' ■P"'"' douze des principaux habitans de cette ville condamnés pour hérésie, dont ils avoient commué la peine.

Innocent IV ordonna'', le 7 de juillet de l'an 1248, à l'évêque de Maguelonne, conformément aux remontrances de ce prélat, de défendre aux juifs de son diocèse 8c du voisinage de porter des chapes rondes &c larges, comme les clercs 8c les prêtres, 8c de leur enjoindre, au contraire, de s'habiller d'une manière différente des ecclésiastiques 8c même des laïques, afin qu'on pût les

' Catel, Hiitoire des comtes Ae Tolose, p. 323.—" ' Archives de la cathédrale de Lavaur. — Per-

Voyez tome VII, Note XLVII, p. 241. c'in. De in^uisltione, p. 97. — [Cf. tome V, c. i 533.]

' Tome VIII, Chartes, n. CCLXXIX, c, 1241. * Baluze, Miscellanea, t. 7, p. 407 [Potthast,

> IhiA. n. CCLXXIX, c. 1240. n. 129715.] 1 IhiA. n. CCLXXIX, ce. i238, 1239.

An 11^8 79*^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV.

distinguer. Il manda', au mois d'octobre suivant, aux inquisiteurs de la province de Narbonne de l'ordre des frères Prêcheurs, d'envoyer à leur provincial d'Espagne & à frère Raimond de Pennafort, la formule suivant laquelle le feu pape Grégoire IX leur avoit prescrit de procéder contre les hérétiques pour la suivre dans la recherche de ceux qui étoient dans les Etats du roi d'Aragon Se dans la partie de la province de Narbonne soumise à ce prince. C'est ce qui a donné l'origine à l'inquisition d'Espagne.

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