XLIV. — Régale du Puy. — Èvêques de Mende
On rapporta^ dans un parlement, que le roi tint à la Pentecôte de cette année, l'enquête qui avoit été faite touchant la régale du Puy, & on adjugea à ce prince les droits de justice 8c tous les revenus épiscopaux. le siège épiscopal vacant, excepté ceux de l'autel 8t les péages que l'évêque levoit dans la ville. Le roi déclara"* cependant, au mois de juillet de l'année suivante, que n'ayant pu trouver par cette enquête que lui Se ses prédécesseurs eussent tenu la maison épiscopale du Puy, les forteresses de la ville & les châteaux de la campagne pendant la vacance du siège épiscopal, excepté pendant les deux dernières; qu'il eût nommé aux dignités Se aux prébendes, & qu'on lui eût dénoncé la mort de l'évêque ou qu'on lui eût demandé la permission de faire une élection, il ne vouloit pas inquiéter davantage l'église du Puy. Il ajouta que quoiqu'il ne prétendît plus demander la garde des forteresses de la ville, en vertu de la vacance du siège épiscopal, il la demanderoit néanmoins quand il le jugeroit à propos, à raison de son domaine, Se qu'ayant trouvé par la même enquête que la justice de la ville du Puy, des faubourgs
An iiSp
Éd. origin.
t, UI, p. 492.
' Tome VIII, Chartes, n. CCCXXXII, c. i4;m.
' Ce traité est ce qu'on appelle fort improprement le traité d'AbbevilIe. (Sur ce nom, cf. une note très-concluante de M. Cli. Bémont, dans la Bibliothèque Je l'Ecole des Chartes, t. Sy, p. 2.53.) On a beaucoup discuté pour savoir s'il était avantageux ou désavantageux pour la France. Nous n'avons pas la prétention de décider la question; nous croyons pourtant qu'en cédant des provinces absolument françaises, & en reconstituant ainsi le domaine anglais sur le continent, ce traité prépara la guerre de Cent-Ans & même la rendit inévitable, en multipliant les points de contact entre les deux royaumes. Les droits de la couronne de France sur ces provinces étaient, à vrai dire, assez mal fondés, & la guerre de 1204 assez peu légitime. Mais l'usurpation n'était pas plus flagrante que celle à laquelle les Plantagenets devaient la couronne d'Angleterre, & si Louis IX était décidé à tout restituer, il eut mieux fait d'annuler le traité de Paris de 1229, & de réta-
blir dans ses domaines le dernier vicomte de Béziers. Il semble certain qu'il fut poussé à cette restitution impolitique par des scrupules de conscience; mais l'influence que Marguerite de Provence, sa femme, avait sur lui, l'appui constant que cette princesse prêta à sa sœur Eléonore, femme d'Henri III, donnent à croire qu'on sut habilement faire naître ces scrupules au grand détriment du royaume. — Quoi qu'il en soit, l'analyse que dom Vaissete donne des clauses de ce traité relatives à Alfonse est exacte; ajoutons-y, d'après Boutaric, p. 94, que l'enquête pour savoir si le Querci avait fait partie de la dot de Jeanne, femme de Raimond VI, ne fut terminée qu'en 1285, & conclut à l'assignation au roi Edouard I d'un revenu de sept cent cinquante-huit livres tournois, moyennant quoi le Querci fut réuni à la couronne. [A. M.]
' Registre Olim. — [Cf. plus haut, pp. SSp, 840.] * Gallia Christlana, nov. éd. t. 1, Instr. p. 284 Se seq.
An izâp
81 de tout le domaine épiscopal, lui appartenoit de tout temps par droit de régale, pendant la vacance du siège, de même que le péage 8c les autres revenus de l'évêché, il se réservoit ces droits Se à ses successeurs. Gui Fulcodi, évêque du Puy, qui étoit alors à la Cour, obtint cette charte Se l'envoya à s(;n chapitre. Le roi 6- sa coordonnèrent ' ordre, vers le même temps, au sénéchal de Beaucaire de faire une enquête sur le différend qui s'étoit élevé entre Odilon, évêque de Mende, & Hugues, comte de Rodez, qui se plaignoit de ce que ce prélat avoit reçu à son préjudice l'hommage de Guérin de Châteauneui pour les châteaux d'Apchier, de Saint-Alban Si de Mont-Âlairac, en Gévaudan. Odilon, évêque de Mende-, étoit de la maison de Mercœur; il possédoit le doyenné de Brioude lorsque cet évêché étant venu à vaquer S<. les chanoines s'étant partagés pour l'élection entre Armand de Peyre, prévôt, & Bernard d'Apchier, chanoine de la cathédrale, le pape Innocent IV, qui étoit alors à Lyon, le nomma de sa propre autorité en 1247. Les deux autres contendans ayant renoncé à l'évêché, le chapitre de Mende, pour soutenir son droit, élut ensuite Guillaume de Baffie; mais enfin celui-ci fut obligé de céder, comme les autres, à Odilon de Mercœur, qui conserva pendant quelques années le doyenné de Brioude, dont il se démit enfin en faveur d'Odilon, son neveu, fils de son frère. Ce prélat s'accorda^, tant en son nom qu'en celui de son chapitre, au mois de décembre de l'an 1263, avec le roi, touchant la vicomte de Grèzes ou de Gévaudan, sur laquelle il prétendoit quelques droits, & qu'il céda entièrement à ce prince, qui lui donna un dédommagement. On peut voir dans la charte quelles étoient les dépendances de cette vicomte, dont la ville de Marvéjols est aujourd'hui le cheflieu. Odilon de Mercœur eut divers démêlés avec la principale nqblesse du Gévaudan, entre autres avec Randon de Châteauneuf, qui l'assiégea dans Mende } ce prélat l'obligea à lever le siège £<. à prendre la fuite. Il fut évêque de Mende jusqu'au commencement de l'année 1274, qui fut celle de sa mort. Au reste, il paroît certain que Guillaume de Châteauneuf, qui fuf* grandmaître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, depuis l'an 1261 jusqu'en 1260, étoit proche parent 8<. de la même maison que Randon de Châteauneuf dont nous venons de parler; car le nom de Guillaume-'' étoit fort usité dans cette maison, l'une des plus anciennes du royaume.
XLV. — Di/Jèrends entre les ojficïers du roi 6- les évêques d'Albi.
Il fut ordonné dans un nouveau parlement<5 que le roi tint à la Toussaint de l'an 1209 que l'évêque d'Albi (Bernard de Combret), répondroit à la Cour
'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXXI, ♦ Vertot, tf/itoiVf rfe itfa/ie, t. i , p. Spç & suiv.
ce. 1446 a I449' ^ Le P. Anselme, Histoire généalogique Jes granJs
'Martine, Thésaurus anecdotorum, t. i , c. 1024. officiers, t. 3, p. 808 & siiiv.
— Gj/Zia Christiana, nov. edit. t. 1, p. 73. — " Registre Olim . — [Eoutaric, Actes du Paile-
Voyez tome VII, Noie XLI, pp. 117, 118. ment, t. 1, p. 33, n. 379.]
> Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCL'I, ce. i.OJo à i5j2.
HISTOIRE GÉhIÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. S65
An 12.09
i( sur l'ajournement personnel qui avoit été décerné contre lui pour avoir fait « une assemblée de gens d'armes, parmi lesquels il y avoit plusieurs /ro/cnVy « (/aiditos), contre la défense du sénéchal de Carcassonne, & on débouta « l'archevêque de Bourges de la demande qu'il faisoit, que ce prélat fût ren- « voyé à sa cour, à cause qu'il tenoit de lui la ville d'Albi & qu'il étoit son « suffragant. » Pour entendre le motif de cet arrêt, il faut reprendre les choses de plus haut.
A peine le roi Louis VIIT eut-il pris possession de la ville d'Albi, après la cession qu'Amauri de Montfort lui eut faite de tous les droits qu'il prétendoit y avoir, qu'il s'éleva de grands différends entre les officiers royaux St l'évêque au sujet de la juridiction temporelle que chacun d'eux prétendoit sur cette ville. Pierre de Colmieu, vice-légat du Saint-Siège, tâcha de les terminer, en 1229, par une sentence' arbitrale; mais le sénéchal de Carcassonne & le bailli royal qui résidoit à Albi, croyant que le roi étoit lésé dans ce jugement, n'y eurent aucun égard. L'évêque, de son côté, soutint. ses prétentions avec beaucoup de chaleur, 8i les habitans ayant pris son parti, ils chassèrent de la ville le bailli royal, 8c empêchèrent qu'on ne levât le péage du
roi. Le sénéchal de Carcassonne les fit citer à son tribunal pour lesoblig-er à ';'',• ""s'",
faire satisfaction; mais ils refusèrent de comparoître. Le roi saint Louis étant
parti ensuite pour la Terre-Sainte, ils promirent de s'en tenir à la décision de Tarchevêque de Bourges & de Guillaume de Pian, sénéchal de Carcassonne, qu'ils prirent pour arbitres, du conseil de la reine mère. Ayant appris peu de temps après que ce prince avoit été fait prisonnier à la Massoure, ils ne voulurent plus mettre l'affaire en arbitrage, formèrent diverses ligues ou associations, prirent les armes, s'assurèrent des portes de la ville £t s'élevèrent de nouveau contre les officiers du roi ; en sorte qu'ils auroient tué le bailli rov'al, si Pierre, l'un des vicomtes de Lautrec, ne l'eût fait évader. Le sénéchal porta des plaintes de tous ces griefs à la reine mère. Se lui adressa, en iiôi, un mémoire* dans lequel il marque en détail les droits qui, à ce qu'il prétendoit, appartenoient aux anciens vicomtes d'Albi, que le roi représentoit. Il assembla en même temps un corps de troupes 5<. assiégea cette ville sur l'évêque, qui, pour se soutenir^, vendit aux habitans de Gaillac le droit de pesade qu'il avoit dans leur ville.
Ce prélat, voulant se mettre à l'abri des poursuites des officiers du roi, implora la protection de l'archevêque de Bourges, son métropolitain, dont il se rendit vassal &<. à qui il fit hommage "*, en 1254, pour sa ville épiscopale. Il mit ensuite^ un corps de troupes sur pied, appuyé du secours d'Isarn & d'Amalric, vicomtes de Lautrec, Se de divers gentilshommes; ravagea le pays pendant l'été de l'an iing, 8t fit la guerre à l'abbé de Gaillac, qui étoit sou-
' Gallia Christiana, nov. éd. t. i, Instrum. p. 8. * GjUia Christiar.a, nov. eé. t. i, Iiistr. p. 8. —
— Voyez ci-dessus, livre XXI\ , ch. L\iv, p. 6"i.'». Trésor des chartes; Toulouse, sac 8, n. 71 . [J. 3 17.]
•Voyez tomeVni, Chartes, n.CCXCVI, ce. i3oi 'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXXIV,
à 1 So.*». ce. i^j.j à 1462. — Gallia Chriaticna, nov. éd.
' IkiJ. 11 CCXCVII, ce. i?>io il i3i2. t. I, la'trum. p. 8 & Sît;.
An i25r)
tenu de son côté par Bertrand (le jeune), vicomte de Lautrec, Bertrand, vicomte de Bruniquel, c[ue l'évêque fit prisonnier, & plusieurs autres seigneurs. Pierre d'Auteuil, sénéchal de Carcassonne, informé de cette entreprise, fit citer aussitôt à son tribunal l'évêque, les consuls St les habitansd'Albi, 8<. leurs associés, & les somma de lui remettre les prisonniers qu'ils avoient faits. Ce prélat, sous prétexte que la seigneurie d'Albi lui appartenoit sous le vasselage de l'archevêque de Bourges, refusa de répondre à la citation, 8c fit signifier au sénéchal un appel au roi. Le sénéchal, sans s'en embarrasser, assembla Olivier de Termes, Lambert de Turey, Pierre de Grave, Se les autres principaux seigneurs de la sénéchaussée, se mit à leur tête, vint en Albigeois, se saisit du temporel de l'évêque 8c condamna les habitans d'Albi, qui s'étoient mis en état de lui résister, à une amende considérable. Ceux-ci eurent recours à la protection de l'archevêque de Bourges, leur prétendu seigneur, à qui ils écrivirent par leurs députés ' , 8i leur évêque s'étant rendu à un concile qui fut tenu à Bourges, au mois de septembre de la même année, &, à ce qu'il paroît pour cette affaire, pressa vivement l'archevêque de s'employer en sa faveur auprès du roi, qui l'avoit fait citer, 8c qui rendit au parlement de la Toussaint l'arrêt dont on a déjà parlé.
L'évêque 8c les habitans d'Albi promirent enfin d'obéir aux ordres du sénéchal de Carcassonne, 8c se présentèrent devant lui à la Purification de l'année suivante. Cet officier condamna alors à diverses amendes Pierre, Isarn 8c Amalric, vicomtes de Lautrec, 8c plusieurs autres chevaliers du pays pour avoir pris les armes en faveur de l'évêque d'Albi j Alfonse, comte de Toulouse, fit condamner^ aussi à des amendes par le sénéchal de cette ville tous ceux de ses sujets qui s'étoient trouvés dans la chevauchée b le conjlit d'armes entre l'abbé de Gaillac 8c l'évêque d'Albi. Le sénéchal de Carcassonne^ fit faire cependant une nouvelle enquête pour prouver les droits que le roi avoit dans Albi, entre autres celui de chevauchée. L'évêque renouvela'' de son côté, en 1262, son hommage pour la ville d'Albi à l'archevêque de Bourges, 8c les habitans députèrent à ce prélat pour lui demander sa protection. Enfin Bernard de Combret, las de tous ces troubles, demanda permission au pape Urbain IV de transiger avec le roi, 8c ils convinrent des articles suivans, au mois de décembre de l'an 1264 : 1° Le roi céda à l'évêque la haute justice dans la ville d'Albi. 2° Ils convinrent que la moyenne seroit commune entre eux 5 c[ue leurs officiers l'exerceroient par prévention; qu'ils partageroient les confiscations pour crime d'hérésie 5, Sec.
' Martèiie, rAcsiiaras anfCiVoïorKm, t. I , c. I 107. 'Nous ne mettons aucune note nouvelle sur
" Trésor des chartes; Toulouse, sac 4, n"" 23 & cette .iffaire d'Albi, les détails que nous aurions à
55. — Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXXIV, ajouter étant beaucoup trop nombreux pour être
ce. 1462, 14(13. donnés au bus des pages de ce volume. Nous ferons
'Voyez tome VIII, Charles, n. CCCXLni, dans une Note critique du tome VU le récit de
ce. i5o6à i5o9. ces querelles, & grâce à plusieurs documents du
■• Martine, Thésaurus anecdotorum, t. 1, c, 11 17 plus haut intérêt, presque tous inédits, nous espé-
& suiv. — Registrum curiae Franciae, — Gallia rons donner une idée exacte de l'histoire de ce
Chrsstiana, nov. éd. t. 1, Jnstrum. p. 9 & seq. différend, épisode fort intéressant des luttes entre
XLVI. — Ordonnance du roi pour la restitution des hiens de la Province
mal acquis au domaine.
Outre les arrêts que le roi rendit dans son parlement, en i25g, pour le repos & la tranquillité de ses sujets des deux sénéchaussées de Beaucaire Si de Carcassonne, il publia à Vincennes, au mois d'avril de la même année', xS\\°ç'wv. une ordonnance^ dans laquelle il résout diverses questions qu'Henri de Virziles^, Nicolas de Châlons Se Pierre de Voisins, qu'il avoit envoyés commissaires dans ces deux sénéchaussées, pour restituer les biens que le domaine avoit mal acquis, lui avoient proposées, touchant cette restitution ou sur d'autres matières. L.a réponse du roi contient vingt-sept articles dont voici les principaux. Ce prince'^, modérant la rigueur de son ordonnance de l'an 1228, qui commence par le mot cupientes, déclare que les biens saisis sous prétexte d'hérésie seront rendus à tous ceux qui en demanderont la restitution ; excepté à ceux qui auront pris la fuite par la crainte de l'inquisition, qui n'auront pas tait purger leur contumace St qui auront recelé les hérétiques condamnés à la prison ou abandonnés au bras séculier. Les femmes^ ne seront pas privées de leurs biens par les fautes de leurs maris, 6c les biens des hérétiques qui, sans avoir été cités, auront embrassé l'état religieux, seront rendus à leurs héritiers. On satisfera* les créanciers & les femmes des hérétiques, conjormément au droit écrit qui est en usage dans le pays. Les tailles imposées' par le comte de Montfort & levées ensuites par le roi demeureront au même état qu'elles ont été imposées, St on ôtera l'augmentation, s'il s'en trouve quelqu'une; elles diminueront à proportion des biens que le domaine royal possède dans chaque lieu, Si elles tiendront la place lies anciens services ou gistes auxquels les hommes d'Albigeois étoient tenus. Les" propriétaires auront^ la liberté de vendre leurs alleux sans être obligés de payer aucun lods. Enfin le roi^ ordonne aux commissaires de garder ce qui est prescrit dans le droit civil, touchant les fils des proscrits {jaiditorum)-^ droit, dit ce prince, qui est observé dans le pays'".
le pouvoir ecclésiastique &. le pouvoir royal au '" Sur cette ordonnance, qui acheva la réforme
temps de Louis IX. [A. M.] qu'avaient ébauchée les statuts de 1254, on peut
' Voyez tome VII, Note XL, pp. 1 16, 1 17. voir au tome VII notre Note sur l'administration
" Laurière, Ordonnances, t. 1, p. 62 & suiv. royale dans la Province. Elle eut surtout pour
' [Corrige'^ de Vézelai {de Vir-[iliacoj.\ objet de restituer leurs dom.iines aux nobles qui
* Cap. I. les avaient perdus, & elle reconstitua en partie
'' Cap. 2. l'ancienne aristocratie territoriale dans la séné-
' Cap. 4. chaussée de Carcassonne; elle eut en même temps
' Cap. 19 & seq. des résultats très-importants, en contribuant à
' Cap. 23. faire accepter par le Midi la domination fran-
' Cap. 26. çaise. [A. M.]
An i:
868 IIISTOIUE GÉNtTxALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI.
XLVII. — Accord entre le roi & l'archevêque d'Arles touchant Beauca'ire
6" la terre d'Argence,
Le roi s'accorda', au mois d'octobre suivant, avec l'archevêque d'Arles, au sujet de la ville de Beaucaire Si du pays d'Argence, qui comprenoit la partie du diocèse d'Arles située en deçà du Rhône, pays que les comtes de Toulouse possédoient auparavant sous la mouvance de l'église d'Arles, Si que Simon de Montfort avoit acquis de la manière^ qu'on l'a rapporté ailleurs. Le roi étant devenu possesseur du même pays par le traité de l'an 1229, 6* ce prince ne faisant hommage à personne, l'archevêque d'Arles lui demanda un dédommagement. Enfin Gui Fulcodi, évêque du Puy, que le pape avoit chargé du soin de cette affaire, la termina, St le roi assigna à cet archevêque cent livres tournois de rente sur le péage de Beaucaire pour toutes ses pré- ■ tentions.
XI/VIIL — Archevêques de Narbonne. — Êvêques du Puy, de Lodève t de Maguelonne. — Seigneurs de Lunel,
Les talens éminens qu'on remarquoit dans l'évêque du Puy, engagèrent* vers le même temps les chanoines de la cathédrale de Narbonne, après la mort de Jacques, leur archevêque, arrivée le 5 d'octobre de l'an iiSg, à l'élire en sa place, & ils firent cette élection par compromis cinq jours après. Gui Fulcodi ne prit pas si tôt cependant possession de l'archevêché, 81 il ne se qualifioit encore qu'archevêque élu, au mois de'* mai de l'année suivante, lorsqu'il reçut à Narbonne l'hommage d'Amalric, vicomte de cette ville. 11 continua de gouverner en même temps l'église du Puy jusqu'au 22 de juillet de l'an 1260'', que le chapitre de cette église élut pour évêque Guillaume de la Roue, religieux de la Chaise-Dieu, qui ne fut paisible possesseur de l'évêché qu'en 1263, parce qu'il eut un concurrent en la personne de Simon, trésorier de Saint-Martin de Tours, que le doyen 8<. le prévôt de l'église du Puy avoient élu de leur côté. Au commencement de l'épiscopat de Guillaume de la Roue, Simon de Montfort, à qui Esquivât de Chabanois, son neveu, avoit cédé les droits qu'il avoit sur le comté de Bigorre, fit présenter^ l'ancienne redevance à laquelle les comtes de Bigorre s'étoient assujettis envers cette église.
Gui Fulcodi se qualifie évêque du Puy i- archevêque nommé de Narbonne, le i3 de décembre de l'an 1260, dans la sentence arbitrale" qu'il rendit alors,
' GallU Chrisùana, iioy. éd. t. 2, Iitstr. p. iSâ. ■ Galliti ChristUna, nov. ed, t. z, p. 23i.
' Voyez plus haut, livre XXII, ch.Lwix, pp. 453 «Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXLII,
& 454- ce. |5C2, i5o1.
> Baliize, Concilia Galliae Nartonensis, Append. ' Trésor des chartes; Maguelonne, sac i, n. 7.
p. c6i & seq. [J, Sîj.] — Gariel, Séries praesulum Magalonrn-
* Baluze, Concilia Galliae Narhonrnsis, Append. num, p. 3S') & seq. — Gallia Chriatiana^ nov. ed.
p. tfn & seq. t. f,, InUrum. p. T-.?.
l'"d. orit*;ii.
à Montpellier, dans le palais Se en présence de Jacques, roi d'Aragon, au sujet des ditïérends qui s'étoient élevés touchant le domaine & la justice de la même ville, entre ce prince & Guillaume, évêque de Maguelonne. Plusieurs seigneurs des plus considérables de la cour d'Aragon ou du pa%s furent présens à ce jugement, entre autres Hugues, comte de Rodez, Pvaimond- Gaucelin, seigneur de Lunel, Raimond de Sainte-Eugénie, Gui de Sévérac, Guillaume de Roqueteuil, Arias Yranchez, Hugues de Creyssel 8c Raimond de Roger, chevaliers j Bérenger de Frédol , prévôt de l'église de Mague- t.'iu^p. 19:. lonne, Sec. Ce dernier, qui étoit frère de Pierre de Frédol, damoiseau, seigneur de la Vérune, succéda deux ans après à Guillaume dans l'évêché de Maguelonne. Quand à Raimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, il est encore fait mention de lui ' en 126g. Il ne laissa qu'un fils, nommé Rousselin, qu'il fit héritier de la seigneurie de Lunel & de ses autres domaines, dont il substitua la moitié à Géraud d'Ami, seigneur de Castelnau, de la maison de Sabran. Rousselin épousa Béatrix de Genève 8c mourut sans enfans; par là Géraud d'Ami, comme substitué, hérita de la moitié de la baronie de liUnel. Rousselin disposa de l'autre en faveur de Raimond-Gaucelin de Sabran- Uzès*, son neveu à la mode de Bretagne, par Guillelmette de Lunel, sa tante, femme de Raynon de Sabran, seigneur d'Uzès en partie, 8c aïeul paternel de ce dernier.
Gui, évêque du Puy &■ archevêque de Narbonne, termina aussi ^ comme arbitre, en 1260, les différends qui s'étoient élevés entre Raimond, évêque de Lodève, Se les habitans de cette ville. Raimond avoit succédé dès l'année précédente, dans cet évêché à Guillaume de Casouls. Le comte de Rodez "^j qui conservoit encore un reste de l'autorité que les vicomtes de Lodève, ses prédécesseurs, avoient exercée dans celte ville, se plaignit quelque temps après de ce que l'élection de Raimond avoit été faite sans sa participation 8c de ce qu'on ne lui avoit pas confié la garde du palais épiscopal durant la vacance, suivant l'usage. Sur cette contestation l'évêque 8c les chanoines de Lodève s'accordèrent avec le comte de Rodez. Ils convinrent que ce comte 8c ses successeurs auroient à l'avenir cette garde en pareil cas, 8c on lui donna une somme pour ses autres prétentions.
Le nouvel archevêque de Narbonne fit, au mois d'avril de l'an 1261, un vojage à la Cour, où le roi confirma^ en sa faveur les traités faits entre l'archevêque Pierre, son prédécesseur, 8c le feu roi, touchant les biens confisqués sur les hérétiques dans la mouvance de l'église de Narbonne. Gui Fulcodi fit alors hommage à ce prince 8c lui prêta serment de fidélité pour les domaines que son église avoit reçus en dédommagement. Il ne posséda pas longtemps l'archevêché de Narbonne. Le pape Urbain IV, instruit de sa
' Voyez tome Vin, Chartes, n.CCCXLI, ce. looi * Plantavit, Chronologm praesulum Loiovenùum.
& iJo2. — Rcgistrum curiae Franciae. p. 200. — Voyez tome IV, Note XXV, n. iv,
' Voyez tome IV, Note LII, p. 228. p. 1 3o. ' Plantavit, Chronolog .i pr:icsu!um Lo.iovenslum . ' Registrum curiae Franciae. — Gallia Ch
An 12Û1
f- I9'4- liini, nov. éd. t. 6, Imtrum. c. 69 Si seq.
. An 1261 '
capacité 8c de ses vertus, le créa cardinal-évêque de Sabine, au mois de décembre de l'an 1261. Comme cette promotion l'obligeoit à se démettre de l'archevêché il ne put' se résoudre à quitter son église, 8<. il s'excusa auprès du pape d'accepter sa nouvelle dignité. D'ailleurs, le roi, à qui il étoit fort utile, soit par ses conseils, soit par ses services, souhaitoit extrêmement le retenir en France, du moins encore pendant un an ; mais Urbain fit de si fortes instances, tant auprès de ce prince qu'auprès de Gui, à qui il écrivit la lettre du monde la plus honorable, 81 à qui il enjoignoit de se soumettre en vertu d'obéissance, qu'enfin ce prélat se rendit. Il fut iort regretté dans son église, qu'il avoit édifiée par sa vie vraiment épiscopale 8c dont il avoit réformé la discipline par des statuts synodaux^. Après son départ pour l'Italie le chapitre de Narbonne élut en sa place Maurin, chapelain du pape 81 chanoine de la cathédrale.
XLIX. — Suite des procédures des commissaires du roi pour la restitution des biens mal acquis au domaine dans la Province,
Cependant maîtres Henri de Virziles, Nicolas de Châlons-sur-Marne 81 Pierre de Voisins, clercs du roi, & ses inquisiteurs ou commissaires dans la sénéchaussée de Beaucaire 8c de Carcassonne, continuoient de travailler à la restitution des biens mal acquis au domaine. Le roi ^ leur renvoya, le jeudi p^^ 1^^, après le dimanche Laetare de l'an 1161 (1262), l'examen des demandes (jue les ecclésiastiques séculiers 8c réguliers de la province de Narbonne 8c des diocèses voisins lui faisoient à ce sujet, avec ordre de lui remettre les informations. Ils ordonnèrent à Pierre d'Auteuil, sénéchal de Carcassonne, de donner un dédommagement aux habitans de Limoux qui ne seroient pas notés publiquement d'hérésie 8c de révolte {^de jaidimento) ou convaincus d'avoir pris part aux guerres de Trencavel 8c du comte de Toulouse, pour les
' Baluze, Conc'diti Galîiae Narhonensis, Append. qu'une partie des biens réclamés par lui, ï.s en-
n. 3o. quêteurs n'iiyant pas jugé suffisantes les preuves
' liid. p. 70 & seq. qu'il fournissait à l'appui de ses réclamations. La
^ Archives de l'évêché de Béziers. — Manuscrits maison de Prouille obtint aussi (n. 85, p. 184) la
de Baluze, n. 012. [Lat. 3954*.] — Ce registie restitution de plusieurs domaines à elle donnés
dont nous publions toute la partie utile au par divers bienfaiteurs. — L'abbaye de Caunes
tome VII de la présente édition (Enquêteurs réclama de son côté contre "diverses usurpations
royaux, registre H), contient en effit un certain & abus de pouvoir commis par les agents royaux
nombre de restitutions faites à des ecclésiastiques. (n. 88, p. 194). — Celle de ViUelongue se fit res-
Nous citerons notamment (n. 70, p. 144 du re- tituer une terre donnée autrefois par le comte de
gistre) les plaintes de l'abbaye de Saint-Pons de Montfort (n. 89, p. 197). — Autres réclamations
Thomlères, auxquelles il fut fait droit en majeure de l'hôpital de Capestang (n. 94, p. 207), du
partie; elle réclamait un certain nombre de châ- prieur de Camon (n. 102, p. 22Ô). — L'abbesse
teaux, jadis tenus d'elle par des chevaliers héréti- de Nonenque demanda plusieurs censives qui lui
ques, & se plaignait des exactions & des violen- furent délivrées (n. 112, p. 2joJ. — L'abbé de
ces des petits officiers royaux, qui, en dépit des ViUemagne réclama la moitié des hautes justices
nouvelles ordonnances, continuaient à respecter & de la taille du château de Lignan ; il fut dé-
assez mal les droits & les privilèges des églises & bouté d'une partie de ses demandes (n. ii5,
des particuliers. Citons encore [Ibid. n. 71 , p. i55) p. 2Ô5). — Autres demandes du chapitre de Lcdève
les demandes de l'abbé de Quarante, qui n'obtint (n. 121, p. 269, & n. 122, p. 274). [A. M.]
terres cju'on leur avoit prises pour bâtir la ville, lorsque les lieutenans du roi dans la Province ayant fait la paix avec eux au nom de ce prince, réglèrent qu'elle seroit transférée de dessus la colline où elle étoit située, dans la plaine. Ils ordonnèrent aussi de supprimer les quatre mille sols de taille que Gautier Gastablat, sénéchal de Carcassonne, avoit imposée sur eux, pour remplir les onze mille sols qu'il avoit donnés en assignat à Pierre de Voisins sur la même ville, parce que cette taille avoit été imposée contre l'ancienne liberté des habitans de Limoux, qui obtinrent ainsi ce qu'ils ' avoient demandé inutilement quelques années auparavant & qu'on leur avoit refusé, sous prétexte de leurs révoltes passées^.
Les consuls^ & les habitans du nouveau bourg de Carcassonne demandèrent aux mêmes commissaires la restitution de l'emplacement de l'ancien bourg 8< des jardins voisins; mais l'ancien bourg fut adjugé au roi, à cause qu'ils avoient pris part à la guerre deTrencavel, &c que d'ailleurs ce prince leur avoit donné des places dans le nouveau pour y bâtir. Les commissaires'* refusèrent aussi la demande que taisoient les habitans de Béziers d'être dédommagés du terrain que le roi avoit donné, en 1248, aux dominicains, dans l'ancien palais vicomtal de cette ville, pour y bâtir un couvent; ils s'excusèrent sur ce que ce château avoit appartenu au comte de Montfort, & sur ce que, quoiqu'il eût été dém.oli lorsqu'il quitta le pays, il leur étoit défendu par leurs instructions de faire aucune restitution des domaines qui avoient été possédés par ce comte durant son séjour dans la Province-"'. Enfin
An 1262
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXVI,cc. iSpi & liyi.
' Ce que dom Vaissete a publié est la requête présentée niix enquêteurs par le défendeur, Pierre de Voisins, contre les demandes des consuls de Limoux. On y trouve le récit fort curieux des révoltes successives des habitants de cette vills, qui, à plusieurs reprises, fut transportée dans la plaine j à chaque nouvelle révolte les habitants revenaient habiter la colline. En 1240, ils avaient repris les armes, & le défendeur déclare que leur rendre leur ancienne liberté serait d'un mauvais exemple. Les enquêteurs ne statuèrent que sur la demande d'indemnités pour les terrains occupés en 1228, lors de la construction de la nouvelle ville. Les personnes non notées d'hérésie & qui n'avaient point pris part aux guerres de 1240 & 1242, durent seules être indemnisées. Registre H des Enquêteurs, n. 64, p. i35.) — Le même registre contient plusieurs autres restitutions faites à diverses communautés. La ville de Montréal obtint la restitution de revenus confisqués par les officiers royaux, de différents privilèges dont elle avait été dépouillée, & l'amnistie pour un certain nombre de prud'hommes chassés de la ville par Jean de Beaumont contre la foi jurée (n. 80, p. 174). — Les consuls de Roujan
firent ramener la taille annuelle à l'ancien chiffre; elle avait été augmentée induement par le sénéchal Guillaume des Ormes, qui avaii forcé les consuls à renoncer à un appel, interjeté par eux, en employant la violence & les menaces (n. 80, p. 2i5). [A. M.]
' Voyez tomeVIll, Chartes, n. CCCLX.cc. 1495 à 1497.
* Archives des Jacobins de Béziers. — Gallia. Clirlstiana, nov. éd. t. 6, Instrum, c. 1 56. — [Cf. tome V, ce. 1449, 1460, n. 188.]
' Notons encore parmi les restitutions effectuées par les enquêteurs de Louis IX un accord entre eux & l'abbaye de Caunes. Cette dernière demandait le rétablissement de l'ancien salin de Caunes, qui devait appartenir pour moitié au roi, pour moitié au couvent. Le sénéchal Jean de Fricans en avait dépouillé les moines. Avant lui tout le sel apporté à Caunes devait être vendu aux officiers de l'abbaye & à ceux du roi, qui l'emmagasinaient & le revendaient en partageant le bénéfice. En outre l'abbé prétendait que c'était lui qui devait percevoir sur les acheteurs de sel les droits de mesure. Le sel ainsi extrait de l'entrepôt de Caunes ne pouvait être transporté que par certaines routes. Les enquêteurs ne trouvèrent pas les actes produits par l'abbé suffisamment probants; tou-
An I ;
ils firent' un grand nombre de restitutions des biens unis au domaine royal en faveur des veuves Se des descendans de divers gentilsbommes de la sénéchaussée de Carcassonne, dont on avoit confisqué les terres, soit pour crim.e d'hérésie, soit pour avoir porté les armes en faveur du comte de Toulouse ou de Trencavel. Ils députèrent Pierre du Puy, juge de la cour royale de Carcassonne, pour l'exécution de leurs sentences; 8c cet officier ayant formé, quelque difficulté, Philippe de Cahors, clerc du roi, fit de nouvelles informations ; après quoi ils confirmèrent leurs jugemens, que Guillaume de Cohardon, sénéchal de Carcassonne, fit rédiger quelque temps après dans un registre^ pour en conserver la mémoire.
L. — Le roi unit la ville de Pé-^enas au domaine. — Seigneurs de Mirepoîx.
Philippe de Cahors étoit chefcièr^ de .Saint-Merry de Paris 81 frère puîné d'Élie de Cahors, chanoine de la cathédrale de Paris. Ils avoient un troisième frère, appelé Raimond, 8<. ils étoient fils de Raimond de Cahors, bourgeois de Montpellier, à qui Simon de Montfort avoit donné en fief, en 1211, les châteaux de Pézenas Se de Torves, qu'ils vendirenf* au roi pour trois mille livres tournois, au mois de mars de l'an 1261 (1262).
Le roi tint 5, durant l'octave de la Chandeleur de cette année, un parlement dans lequel on jugea un procès qui s'étoit élevé entre Guiot de Lévis, maréchal de Mirepoix, 8c Bérenger de Puiserguier, chevalier. Ce dernier demandoit de rentrer dans la possession des châteaux de Florenzac Se de Pomerols, au diocèse d'Agde, dont il prétendoit que Bérenger, son père, avoit été dépouillé injustement, durant la guerre des albigeois, par Simon de
tefois, ne voulant pas risquer de retenir des droits ces prononcées par les trois enquêteurs plus haut
injustement acquis, ils cédèrent à l'abbaye cer- nommés. Barthélémy du Puy & un autre clerc du
taines menues redevances assises sur des domaines roi, Pierre Amiot (alias Amiet) furent chargés de
voisins de Caunes. Le salin de Caunes fut par leur exécution. Enfin Guillaume de Cohardon,
suite virtuellement supprimé. (Cf. t. VII, Enqué- sénéchal de Carcassonne, chargea ce même Bar-
teurs royaux, registre H, n. 87.) L'abbé & le cou- thélemy de réunir tous les actes de cette enquête
vent acceptèrent cette transaction par acte du en un registre spécial, dont le manuscrit que
8 mai 1262. (Cf. tome VIII, ce. 1498 à i5oo.) nous avons publié est la copie. [A. M.j Elle fut renouvelée & modifiée, en 1270, par ce ' Kcgistrum curiae Fraiiciac.
même abbé & le sénéchal Guillaume de Cohar- ■* Trésor des chartes; Languedoc, n. 21 . [J. 2i;ô.j
don. (Original, J. 29;), n. 19.} [A. M.] ^ Registre Olim. Cf. Boutaric, Actes du Parle-
' Manuscrits de Balu\e,n. 5r2. ment, t. i, p. Sç, n. 6Ô3. L'affaire était déjà en-
' Manuscrits de Balu\e, n. Ô12. — Voici, d'à- tamée en 1206, date d'un mandement du roi au
près le préambule de ce registre (Tome VII, En- sénéchal de Carcassonne lui ordonnant de faire
quêteurs, reg. H.), la succession des travaux de ce comparaître les deux parties par devant lui.
tribunal ambulant. Les plaintes furent reçues (Tome VIII, c. i366.) Le 18 avril 1261, en vertu
d'abord par Gui Foulcois, qui fut bientôt appelé d'un autre mandement du roi, le sénéchal, Bé-
à des fonctions plus importantes, & par Henri renger de Puisserguier, 8t le procureur de Guiot
de Vézelai, Nicolas de Châlons & Pierre de Voi- de Lévis allèrent à Florensac examiner les chà.
sins, clercs du roi. Barthélémy du Puy (& non teaux & les terres, dont Bérenger réclamait la
Pierre du Puy), juge de la cour du sénéchal, fut restitution. L'arrêt du parlement de 1262 fut con-
chargé de défendre les intérêts du roi, d'être son forme aux principes établis par le roi Louis IX
procureur. Les enquêtes furent conduites par Phi- dans son instruction aux enquêteurs de 1269. lippe de Cahors, autre clerc du roi, & les senten- [A. M.]
Monttort, qui en avoit disposé en faveur de Gui de Lévis, a'ieul du même Guiot. Le roi donna commission à Gui Fulcodi, arclievêque de Narbonne, d'informer de la vérité des faits, 6<. ayant vérifié que Bérenger de Puiserguier, père du demandeur, s'étoit uni au comte de Toulouse dans la guerre que ce prince avoit faite au roi, en 1242, & qu'il s'étoit emparé par force de .ces deux châteaux, Guiot de Lévis tut maintenu dans leur possession. Guiot ou Gui de Lévis fut le troisième seigneur de Mirepoix de son nom; il épousa Isabelle de Montmorency dont il eut plusieurs enfans.
LL — Voyage de Jacques, roi d'Aragon, en deçà des Pyrénées
6" à Montpellier.
Au mois de mai suivant le roi, accompagné de la ^jrincipale noblesse du royaume, se rendit' à Clermont, en Auvergne, pour la consommation du mariage du prince Philippe, son fils, avec Isabelle d'Aragon, qui fut conduite à Clermont par le roi Jacques, son père, suivi des infans Pierre 8(. Sanche, 8c de tout ce qu'il y avoit de plus distingué à sa cour. Le roi saint Louis assigna alors à Isabelle, pour son douaire, les lieux de Lauran 8< d'Angles, 81 la forêt de Servian dans la sénéchaussée de Carcassonne, 8< quinze cens livres de rente sur le grenier à sel de Carcassonne; à condition que cette assignation cesseroit si Philippe parvenoit au trône, 8i que ce prince assigneroit alors six mille livres tournois de rente à la reine, son épouse, pour son douaire*. Après la célébration des noces le roi d'Aragon alla à Montpellier, où il paroît qu'il avoit fait un voyage ■* au mois de septembre précédent, 8t où il termina le mariage de l'infant Pierre, son fils aîné, qui épousa solennellement, le i3 de juin de l'an 1262, dans l'église de Notre- Dame de cette ville. Constance, fille de Mainfroi, roi de Sicile. Ferdinand, t. ni"'.^!"; fils du roi d'Aragon, Gausbert, vicomte de Casteinau, Olivier de Termes, Pvaimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, & un grand nombre de prélats Se d'autres seigneurs furent présens à cette cérémonie, Pierre assigna pour le douaire de Constance le domaine de la ville de Girone avec les juifs, Stc, & lui en donna l'investiture par un couteau firme. Constance eut cinquante mille onces d'or en dot'*. Le roi d'Aragon envoya la même-^ année Guillaume de Roquefeuil, gouverneur de Montpellier, en ambassade à la cour de Savoie,
' Gesta LuAovici IX, p. îyi & suiv. — D'A- à ce sujet une lettre des plus élogieuses à la fin du
chéry, Spicilegium, t. 8, p. Coj. — Trésor des mois de juillet 1262. Jacme d'Arjigoii dut même
chartes; Aragon. déclarer tju'en s'alliant à Manfred, il n'entendait
' Lenain de TiUemont ("tome \V, pp. 248 à pas le soutenir dans sa lutte contre le Saint-Siège.
2.")i) recule ce voy.nge jusqu'au mois de juillet, ce : De Tourtoulon, t. 2, p. .^26, note.) [A. M.] qui placerait le mariage de Constance 8c de Pierre ' Domaine de Montpellier; titres de Montpel-
d'Aragon un mois avant celui de Philippe & d'/sa- lier.
belle. 11 cite, en effet, nombre de textes qui prou- * D'Achéry, Spicilegium, t. 10, p. 190 & suiv.
vent que Louis IX fut sur le point de rompre le '' Zurita, Anales Je la corona de Aragon, 1. 3,
mariage projeté, à la nouvelle de l'alliance de c. 64. Jacme I & de Manfred, & Uib.iin IV lui écrivit
An 1262
pour traiter du mariage de Jacques, son autre iils, avec Eéatrix, fille du comte Amédée; mais cette alliance n'eut pas lieu.
LU. — Origine du parlement de Languedoc.
■ Il ne paroît pas qu'Alfonse, comte de Toulouse & de Poitiers, ait accompagné le roi saint Louis, son frère, à Clermont. Gui de Sévérac, l'un de ses principaux vassaux du Rouergue, l'alla joindre, en 1261, à Nogent-l'Erembert, peut-être pour appuyer les plaintes' qu'il lui avoit déjà portées contre les vexations dont on accusoit Vivien, évêque de Rodez^. Ce prince 8c la comtesse Jeanne, sa femme, firent leur résidence^ ordinaire à Longpont, les deux années suivantes, & il y donna commission'^, la veille de la nativité de
f^^ ijg3 Notre-Seigneur de l'an I263, à Odon de Moutonier, son clerc, de terminer, en qualité de son auditeur, un différend qu'il avoit avec Hugues, comte de Rodez, 8t quelques seigneurs du pays, touchant une mine d'argent trouvée à Orzals, en Rouergue. Cette affaire avoit été déjà plaidée, en 1262, devant Raoul de Gonesse, trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers 8c vice-gérant d'Alfonse. Raoul, ayant consulté l'évêque de Toulouse, Sicard d'Alaman, Pons d'Astoaud, le même maître Odon de Moutonier 8c plusieurs autres, avoit refusé d'entériner une requête que le comte de Rodez lui avoit présentée, 8c remis à délibérer sur cette matière avec les commissaires du comte Alfonse au prochain parlement, qui devoit se tenir dans la quinzaine de la fête de la Toussaint. Sur ce refus le comte de Rodez en avoit appelé à ce prince, qui avoit commis, par des lettres datées de Longpont, la veille de Saint-Jean- Baptiste de l'an i263, Philippe de Boissy, sénéchal de Rouergue, pour décider cet incident. Ce sénéchal ayant rendu son jugement, le comte de Rodez en avoit encore appelé à Alfonse. Tel étoit l'état du procès lorsque ce prince commit Odon de Moutonier pour le terminer. Odon^ étant à Toulouse y rendit une sentence interlocutoire, le jeudi après la nativité de la Vierge de
f^^^ ijg l'an 1264, en présence de Sicard d'Alaman, de Pons d'Astoaud, de Pierre, vicomte de Lautrec, des sénéchaux de Toulouse 8c de Rouergue, du viguier
' Tvésov des chartes ; Toulouse, sac 2, n. ;2. — Aifonse répondit que le vicomte de Béarn était
Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXXVII, l'agresseur. Une nouvelle demande n'eut pour
c. 1467 & suiv. — Clément IV, Epist. 342. résultat que de provoquer, de la part d'Alfonse,
'Durant ces années I25l, 1262 & 126?), Al- une dernière démarche de conciliation qui, resiée
fonse eut à résister aux demandes indiscrètes de inutile, amena l'intervention armée du sénéchal
6a belle-sœur, Marguerite de Provence. Cetie prin- de Toulouse en faveur du comte de Comrainges.
cesse, mêlée à des intrigues politiques, & désireuse Dans plusieurs autres circonstances, Alfonse eut
de procurer des secours à sa sœur Eléonore, femme à résister à Marguerite, qui lui demandait parfois
d'Henri III, essaya de gagner l'appui d'Alfonse. des actes peu équitables & réprouvés par le droit
De là toute une correspondance fort intéressante des gens. [A. M.]
que Boutaric a puuliée (p. 100 & suiv.), & qu'il ' Trésor des chartes; Toulouse, sac 6, n. 68 &
est nécessaire d'indiquer brièvement. En 1263, suiv.; sac 11, n. 64. Gaston de Béarn, qui pouvait être un allié utile ^ Archives du domaine de Rodez,
pour le roi d'Angleterre, était en guerre avec le 'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXLVIII,
comte de Commmges, vassal d'Alfonse; Margue- ce. 1J26 à i528. rite pria son beau-frère d'intervenir en sa faveur.
de Toulouse & de plusieurs jurisconsultes qui lui servoient d'assesseurs. Il déclara que le trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers avoir simplement admis la requête du comte de Rodez, 8c, qu'après l'avoir reçue, il avoit déclaré qu'il en délibérerait au prochain parlement du seigneur comte de Poitiers ^ de Toulouse ' .
Nous sommes entrés dans le détail de cette procédure parce qu'elle nous apprend l'ordre judicaire observé dans les domaines du comte Alfonse, & que ce prince avoit son parlement, comme son frère avoit le sien, pour juger en dernier ressort les affaires que ses sujets portoient devant lui par appel ou qu'il trouvoit à propos d'y évoquer. Nous donnerons ailleurs d'autres preuves qu'Altonse avoit, en effet, un parlement particulier pour toute l'étendue de ses domaines & de la comtesse Jeanne, sa femme. Si qu'il en tenoit les séances à sa cour; on convient^, en effet, qu'il l'établit dès son avènement au comté de Toulouse. C'est là la véritable origine du parlement de Toulouse ou de Languedoc que nos rois, successeurs d'Alfonse dans le comté de cette ville, continuèrent après sa mort comme nous verrons dans la suite. Le parlement de Toulouse, à prendre ce terme dans le sens qu'on lui donne communément, est donc aussi ancien que celui de Paris ou de France, puisque les plus anciens registres qu'on ait de ce dernier ne remontent pas au-dessus de l'an 1259^. Au reste, Alfonse, après avoir acquis "^ le droit d'Hugues de Saint- Romain, chevalier, dans le domaine duquel la mine d'Orzals étoit située, transigea enfin, au mois de novembre de l'an i265, avec le comte de Rodez, & demeura en possession du tiers de cette mine, outre la moitié du droit de seigneuriage, qui consistoit en trois sols par marc, de l'argent qu'on en tiroit, 8tc. Il laissa l'autre moitié en fief au comte de Rodez''.
' Sur cette affaire on peut consulter Boutaric, née, était ambulatoire, c'est-à-dire qu'il suivait le pp. 108 à 210. La mine était située en partie sur comte dans ses nombreux voyages, & s'occupait les terres d'un chevalier, Hugues de Saint-Rome, des affaires de tout l'apanage d'Alfonse & des anvassal du comte de Rodez, & Alfonse réclamait ciens domaines de Raimond VII. Ses sentences les droits de suzerain, qu'il devait partager avec n'avaient d'ailleurs aucun caractère définitif, & le comte de Rodez. Dés 1262 la mine d'Orzals devaient, pour devenir exécutoires, avoir été apétait sous la main d'Alfonse. Une transaction prouvées par le comte. On a un rôle fort curieux passée en 1265 partagea également le domaine de ce parlement pour les domaines du midi, de entre les deux parties, La recette fut toujours l'an 1270, rôle dont nous parlerons plus loin. assez médiocre; en 1268, elle était de quatre cent — Remarquons en passant que dom Vaissete ramarcs d'argent, valant mille livres. Les contesta- jeunit le parlement de Paris de quelques années, tions avec le comte de Rodez duraient encore en Le plus ancien des OLin commence à l'an 1204. 1267. [A. M.] [A. M.]
' La Chaise, Histoire de saint Louis, 1. 5, n. 5, ' Trésor des chartes; Toulouse, sac 6, n. i i.
p. 304. ■* C'est à cette année 1263 qu'il faut placer
' Le parlement d'Alfonse n'était pas un parle- cette tentative des infants d'Aragon sur le Lan-
ment dans le sens ordinaire du mot, mais une cour guedoc, que nous avons déjà rappelée plus haut,
plénière, investie de pouvoirs administratifs & & que dom Vaissete avait datée à tort de 12Ô7.
judiciaires, & jugeant principalement les causes Une lettre de Louis IX, d'octobre 1263, publiée
entre le comte & les particuliers. Il se composait par Boutaric, p. lij, note, prouve péremptoire-
des officiers d'Alfonse, qui venaient à termes fixes ment qu'elle eut lieu vers cette époque. Par cette
lui rendre leurs comptes, des clercs enquêteurs, lettre le roi demande à son frère d'ordonner au
qui rapportaient les enquêtes par eux faites sur sénéchal de Toulouse de s'occuper de cette affaire,
les lieux, Sic. Il siégeait aux grandes fêtes de l'an- [A. M.J
An 1264 ^/^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI,
LUI. — Aljbnse se prépare à retourner à la Terre-Sainte ; il met le comte d'Armagnac, son vassal, à la raison.
x^nulT^lk Alfonse, dans le dessein de passer incessamment' à la Terre- Sainte, demanda, en 1264, au pape Urbain IV la confirmation des grâces qu'Innocent IV, son prédécesseur, lui avoit accordées pour cette entreprise, savoir : le rachat des vœux de ceux qui, s'étant croisés, n'avoient pu les accomplir, &C. Urbain lui accorda sa demande, le 27 d'août de la même année^, &c lui écrivit^ ensuite pour le prier de changer. Se au lieu d'aller outre-mer, de joindre ses armes à celles du comte de Provence, son frère, pour venir en Italie le venger de Mainfroi, roi de Sicile; mais le comte persista dans sa première résolution'*. Ce prince ordonna, vers le même^ temps, à Pierre de Landreville, son sénéchal de Toulouse, d'assembler la noblesse du pays Si de déclarer la guerre à Géraud, comte d'Armagnac, son vassal, qui s'étoit révolté contre lui. Le sénéchal se mit aussitôt en armes, ravagea les terres de Géraud, ■fit sur lui plusieurs prisonniers Se l'obligea à demander la paix 8c à donner des otages. Alfonse manda alors à Landreville qu'après avoir reçu des assurances de la part de ce comte Se de Pincelle, safemme^ comme ils esteroient à droit devant sa cour 8c lui feroient toutes les satisfactions convenables, il lui rendit ses otages 8c les domaines qu'il avoit saisis sur lui^. Le sénéchal condamna ensuite Géraud à payer à Alfonse quinze cens livres tournois pour
' Trésor des chartes; Toulouse, sac 6, n. 64. [J. même remarquer que pour venir en aide à son
3i3,l frère, il était forcé de recourir aux usuriers, (/iii.
' Vers la même époque, Alfonse se plaignit au pp. 114, ii5.) [A. M.]
pape d'un canon du concile provincial de Bor- 'Trésor des chariesj Toulouse, sac 4, n. ô.), &
deaux, qu'il jugeait préjudiciable à ses intérêts. sac 6, n. 10. [J. 3o7 & 3i2.]
Ce synode avait décidé que les lieux où on aurait " De cette année 1264 date une grande bulle du saisi des biens ecclésiastiques seraient soumis à pape Urbain IV que Boutaric a publiée (pp. 443 a l'interdit ipso facto. Alfonse envoya à Urbain IV 447), & <]ui est un véritable code de procédure à deux ambassadeurs, Guillaume de Doué, chevalier, l'usage de l'inquisition, rédigé pour les inquisi- &. Guichard, son clerc, & lui demanda de le met- leurs des domaines du comte de Poitiers. Sans entre à l'abri des conséquences de ce statut, en don- trer dans l'analyse détaillée de ses dispositions, liant à ses privilèges antérieurs une certaine exten- nous en dirons quelques mots. — Cet acte annuité sion. Il écrivit en même temps au pape (21 oct. toutes les procédures faites sans le concours des I 264) & à plusieurs des cardinaux du sacré collège. dominicains inquisiteurs, même celles des ordi- Ses réclamations paraissent être restées sans effet, naires. — Pour prononcer la peine de la prison & la cour romaine ne voulut pas se prononcer perpétuelle, ils s'adjoindront les ordinaires ou, en dans cette querelle assez délicate. (Cf. Boutaric, cas d'absence, leurs vicaires; les dépositions des pp. 432, 433, & tome VIII, ce. 1541, 1,542.) témoins seront reçues en présence de deux person-
[A. M.] nés religieuses choisies par eux. Les inquisiteurs
' Raynaldi, année 1264, n. 14. pourront ne point publier les noms des témoins,
^ Urbain IV avait déjà fait faire une première si cette publication paraissait dangereuse pour
démarche auprès d'Alfonse par le cardinal de ceux-ci. Enfin le pape donne aux commissaires
Saint-Ange, démarche restée inutile. (Boutaric, tout pouvoir pour agir, rechercher, punir, ab-
p. I 14.) Clément IV, successeur d'Urbain IV, re- soudre, concéder des indulgences, citer, enten-
nouvela ses instances par une bulle de juin 126J, dre, &c. Cette bulle rendait aux inquisiteurs tous
dans laquelle il fait le tableau le plus sombre de les pouvoirs que les évêques avaient essayé de leur
la détresse du nouveau roi de Sicile. Alfonse n'ac- enlever quelques années auparavant. [A. M.] corda que quelques secours pécuniaires en faisant
' ' An I 2f>4
'es frais de la guerre 5 mais par un accord qu'il passa ensuite avec lui à Toulouse, à la fin de septembre de l'an 1264, il se contenta de quatre cent cinquante livres de Morlas.
LIV. — Procès fait à Raimond de Felgar, êvêqite de Toulouse, par les commissaires du pape.
La ville de Toulouse étoit alors dans le trouble & l'agitation à l'occasion du procès intenté à Raimond de Felgar, son évêque, auparavant religieux de l'ordre des frères Prêcbeurs. Ce prélat' fut accusé de divers crimes devant le pape Urbain IV, entre autres de mener une vie licencieuse & d'être extrêmement négligent dans les fonctions de son ministère. Sur cette accusation le pape nomma Maurin, archevêque de Narbonne, Bérenger de Frédol , évêque de Maguelonne, & le prieur de Nérac, de l'ordre de Saint-Benoît, pour se rendre à Toulouse, y examiner en qualité à' inquisiteurs ou de commissaires la vie & la conduite de Raimond de Felgar. Ils se transportèrent tous trois bientôt après dans cette ville 8c y commencèrent leur procédure; mais l'évêque ne jugea pas à propos de comparoître, quoiqu'ils l'eussent cité, 8c, après leur avoir fait signifier un appel au pape, il partit pour Rome, malgré la défense qu'ils lui avoient faite de s'absenter. Après son départ ses officiers prirent le soin de sa défense, 8c, comme il étoit fort aimé dans la ville, le sénéchal, le viguier 8c les principaux babitans se déclarèrent hautement en sa faveur, 8c refusèrent constamment d'exécuter les ordres des commissaires. Ceux-ci, voulant se faire obéir, excommunièrent le viguier 8c les officiers de l'évêque, 8c donnèrent en même temps avis au pape des traverses qu'ils essuyoient dans l'exécution de leur commission. Le pape écrivit, le 28 de janvier de l'an 1264, au comte Alfonse, pour le prier d'ordonner au sénéchal de Toulouse 8c à ses autres officiers de favoriser les trois commissaires 8c de permettre qu'ils prissent sur les revenus de l'évêché de Toulouse de quoi fournir aux frais de leur commission, comme il le leur avoit accordé. Il adressa cette lettre à Maurin, archevêque de Narbonne, qui l'envoya au comte, le 17 de mars, 8c l'accompagna d'une des siennes, dans laquelle il expose, à ce prince le refus que le sénéchal, le viguier 8c capitulaires (ou capitouls) de Toulouse lui faisoient, 8c à ses collègues, de prendre sur les revenus de l'évêché de Toulouse les dépenses de la commission 8c le prie d'interposer son autorité pour les y contraindre.
Alfonse, après avoir reçu la lettre du pape, manda, le samedi avant les Rameaux (12 d'avril), au sénéchal de Toulouse, d'en délibérer avec des personnes intelligentes 8c non suspectes; « 8c supposé, ajoute-t-il, que le vicaire « 8c les autres officiers de l'évêque vous donnent de bonnes raisons pour vous <i empêcher de saisir le temporel de l'évêché, afin de subvenir aux frais de
' Vovez fitne VIII, Chartes, n. CCCXLIX, c. i^zS & juiv. — Trésor dcî chartes; Toulcise, sac 6,
<( la commission, excusez- vous tant auprès du pape qu'auprès des commîs- « saires de ne pouvoir procéder à cette saisie. » II lui ordonne enfin de lui faire savoir ce qui se passeroit. On voit par là qu'Alfonse étoit favorable à l'évêque de Toulouse', qui avoit à la tête de son parti Béraud d'Anduze, Éd. oiigin. cousin dc la comtesse Jeanne, femme de ce prince. Béraud, pour intimider les commissaires, alla un jour a la tête d une troupe de gens armes dans le cloître de Saint-Etienne, où ils demeuroient, & menaça de les faire mourir j mais ayant été repoussé par les domestiques de l'archevêque & de ses collègues, ses gens déchargèrent leur fureur sur l'écuyer [scuîi/èro) de ce prélat qui ramenoit ses chevaux de l'abreuvoir &. le blessèrent à mort. Les commissaires portèrent des plaintes de ces violences, le 24 d'avril, au comte Alfonse, & lui marquèrent que le sénéchal refusoit toujours, malgré ses ordres, de pourvoir à leur entretien sur les revenus de l'évêché de Toulouse.
Ces plaintes étant inutiles Se le sénéchal persistant toujours dans son refus les commissaires usèrent de voies de fait & se dédommagèrent de leur propre autorité, soit sur le temporel de l'évêché de Toulouse, soit sur les biens des Toulousains qui étoient attachés à leur évêque; en sorte que le pape, informé de ces désordres, fut obligé d'écrire, le 18 de mai suivant, au comte Alfonse, pour le prier de protéger l'évêque de Toulouse & ses adhérans, 8c de ne pas permettre qu'on fît tort à leurs personnes ou à leurs biens, sauf les frais de la commission. Cependant le sénéchal Pierre de Landreville, voulant exécuter les ordres du comte, assembla plusieurs jurisconsultes, 81 ayant fait appeler à l'assemblée Bernard Saisset, chancelier de l'église de Toulouse, le vicaire général, l'official & les procureurs de l'évêque, il leur déclara que s'ils avoient de bonnes raisons pour empêcher la saisie des revenus de l'évêché ils n'avoient qu'à les proposer. Le vicaire général ' répondit qu'il n'y avoit aucun lieu de faire cette saisie, parce que l'évêque avoit récusé les commissaires pour des raisons légitimes, 8t qu'il avoit appelé de leur procédure au Saint-Siège où il avoit obtenu un auditeur apostolique; qu'ainsi il le sommoit de surseoir à la saisie, avec menace, en cas qu'il passât outre, de l'excommunier lui 8<. tout son conseil. Landreville ordonna aussitôt la surséance, 8c, pour se mettre à l'abri des menaces que les commissaires avoient faites de jeter l'excommunication 81 l'interdit sur sa personne, sur la ville de Toulouse 8t sur tous les Etats du comte Alfonse, il appela au pape avec le lieutenant du viguier & les consuls de Toulouse, tant en leur nom qu'en celui du peuple, de tout ce que les mêmes commissaires pourroient décerner contre eux; ces derniers voyant alors qu'ils ne pouvoient aller plus avant 81 craignant d'être maltraités par la populace, furent obligés de se retirer.
Pierre de Landreville s'étoit déjà déclaré ouvertement partisan^ de l'évêque
'Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXLIX, resta en fonction jusqu'en i :68, année de sa mort.
ce. i5/!6, 1537. (Boiitaric, p. 169.) Voir aussi tome VIII, c. i58i,
" Archives de l'abbaye du Mas-Garnier. — Cf. à un mandement d'Alfonse, fort élogieux pour ce
ce sujet tome IV de cette histoire, p. 488. Le séné- fonctionnaire. [A. M.] chnl ne dut pas être puni bien sévèrement, car il
An 1264
de Toulouse, qu'il avoit aidé peu de temps auparavant, conjointement avec Béraud d'Anduze, à s'emparer de force de l'abbaye du Mas-Garnier où ce prélat avoit ensuite déposé labbé & nommé un autre en sa place. Les religieux du Mas appelèrent de cette entreprise au comte Alfonse, qui nomma Philippe de Montléard, chevalier, & maître Barthélémy d'Orléans, chanoine d'Angoulême, pour aller taire une enquête sur les lieux. Les deux commissaires citèrent le sénéchal, qui n'osa comparoître, 8c le condamnèrent par contumace, le 8 de mars de l'an 1264 (i265), à rendre à l'abbaye du Mas tout ce qu'il en avoit enlevé, 8c qu'on estimoit mille livres toulousaines; ils réservèrent au comte Alfonse à le punir personnellement.
Raimond de Felgar', évêque de Toulouse, obtint enfin à Pvome, du pape Urbain IV, l'absolution de la sentence d'excommunication que l'archevêque de Narbonne avoit lancée contre lui; mais à peine fut-il de retour dans son diocèse que cet archevêque l'excommunia de nouveau sans garder aucune formaHté; de quoi le pape Clément IV, successeur d'Urbain, le reprit sévèrement, le 22 de juillet de l'an i265*. Raimond fut ainsi obligé de retourner à Rome, où il obtint une nouvelle absolution; mais son affaire ne finit pas si tôt, 81 elle duroit encore ■'' au mois de septembre de l'année suivante, lorsque le pape manda aux inquisiteurs députés contre l'évêque de Toulouse, que ce prélat se plaignoit de ce qu'après avoir entendu un très-grand nombre de témoins contre lui ils ne lui permettoient d'en produire que quelquesuns pour sa défense. Le pape déclara ensuite que n'y ayant pas de promoteur dans cette affaire l'évêque pouvoit récuser ceux des témoins qu'il jugeroit à propos. Se que, pour plus grande liberté, il lui permettoit d'en faire ouïr
jusqu'à cent pour sa justification: en un mot, il ordonna aux commissaires tdongin. '...',,, j . • .11- • "■ '"' P '^''•
ou inquisiteurs a entendre autant de témoins pour établir son innocence
qu'ils en avoient reçus pour prouver les crimes de fratricide 8t de simonie dont il étoit accusé. Enfin il leur donna permission de prolonger la procédure au delà du terme marqué, autant de temps qu'il en faudroit pour recevoir la déposition de tous ces témoins. Le pape accorda ■* un nouveau délai, le 18 de décembre suivant, soit pour que ce prélat pût donner les moyens de récusation qu'il avoit contre les témoins qui lut étoient contraires, soit pour entendre ceux qui lui étoient favorables.
' dénient IV, Epist, 108. été attaqué sur le chemin public par le baile, le
* La violence avec laquelle l'archevêque Maurin )ug« & les hommes de ce dernier, dépouillé de ses
poursuivit l'évêque Raimond du Fauga nous donne b.igages & traité ignominieusement par eux. Il
à penser qu'il était conduit par une haine person- termine en priant le roi de faire punir les auteurs
nelle. Un mandement d'Alfonse, d'environ 1262 d'un tel attentat. fA. M.]
(tome VIII, ce. i5o5, i5o6), vient à l'.ippui de ^ Clément IV, £^;st. 3y8. — Catel, Mémoires de
notre opinion. Le comte y expose au roi que Rai- l'histoire du Languedoc, p. pc/l.
mond du Fauga, se rendant au concile provincial ■* Clément IV, Epist. 418.
de Béziers, convoqué par l'archevêque Maunn, a
An I 264
88û HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI.
LV. — Alfonse prétend exercer les droits de régale dans l'église de Toulouse.
Evéques de cette ville.
Il V a lieu de croire que Raimoncl de Felgar se tira de cette attaire avec honneur. Le pape le qualifie, en effet, son très-cher frère dans une lettre' qu'il écrivit, le 20 d'octobre de l'an 1267, à l'évêque de Béziers, pour le charger de confirmer la sentence d'excommunication lancée par l'official de Toulouse contre le viguier de cette ville qui, sous prétexte des droits de régale, s'étoit saisi des biens de l'évêché de Toulouse, au nom du comte Alfonse, sur le faux bruit qu'on avoit fait courir de la mort de ce prélat. Raimond posséda d'ailleurs paisiblement l'évêché de Toulouse jusques à sa mort, arrivéele 19 d'octobre de l'an 1270, après l'avoir gouverné pendant trente-neuf ans. 11 fut inhumé dans l'église des dominicains de Toulouse, ses confrères, auxquels il avoit fait beaucoup de bien ^. On y voit encore son tombeau & son épitaphe où on fait un grand éloge de sa personne. Un historien moderne**, de son ordre, croit qu'on s'est trompé d'avoir dit qu'on avoit formé diverses accusations contre lui, 8c qu'on l'a confondu avec Raimond, évêque de Toulouse, qui vivoit sous le pontificat d'Urbain II ; mais l'accusation intentée contre Raimond de Felgar est appuyée sur un si grand nombre de monumens qu'on ne sauroit la révoquer en doute. On attribue à ce prélat » plusieurs écrits contre les hérétiques de son temps.
Le chapitre de Toulouse élut à sa place Bertrand de l'Isle-Jourdain, prévôt de la cathédrale, qui tut sacré vers la fin de novembre de l'an 1270. Ce nouvel évêque étoifS fils de Bernard-Jourdain II, seigneur de l'Isle-Jourdain, 8c d'Indie, fille naturelle de Raimond VI, comte de Toulouse. Il naquit posthume en 1227, 8c son père l'ayant destiné par son testament à embrasser l'état religieux parmi les chanoines réguliers de la cathédrale de Toulouse, il y fit profession 8c en devint prévôt. Il étoit déjà parvenu à cette dignité 8c à celle de chapelain du pape, au mois de septembre de Tan 1209, lorsqu'étant à Paris, il y termina un différend qui s'étoit élevé entre Jourdain, quatrième du nom, seigneur de l'Isle-Jourdain, son frère, 8c Isarn-Jourdain Se Bernard d'Astafort, touchant la succession de Rajmond-Jourdain, fils d'Othon de Terride, vicomte de Gimoëz, son oncle paterneF, mort sans enfans.
LVI. — Le roi d'Aragon dispute au roi la souveraineté sur Montpellier.
Jacques, roi d'Aragon, envoya^, en 1264, k la cour de France, une ambassade solennelle, composée d'Arnaud, évêque de Barcelone, 8c de Pons-
' Clément IV, Ep\n. j^lî. s Voyez tome VII, Note XLII, n. i, p. pi8.
' GiiiUamne de Piiylaurens, c. ôi. ' /ii'rf. n. Il, pp. ii8, 119.
' Percin, Monumenta conventus Tolosani , ann. 'Voyez tome VUl, Chartes, n. CCCXLVII,
1270 & i38ô. ce. i5ip à 1Ô26.
'' liiJ, ann. 1270, n. 7.
' IhiJ. ann. 1270, n. 8.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI. S3i
An