I-IJ orijii'i
Hugues, comte d'Empuiias, pour se plaindre au roi de ce que le sénéchal de Beaucaire avoit cité à son tribunal ses officiers S; les liabitans de iMontpellier, où il prétendoit ne reconnoître aucun supérieur. Ces ambassadeurs, étant arrivés à la Cour, entrèrent en conférence avec le roi & son conseil, le 25 de mai, 8c proposèrent leurs raisons. Le roi leur répondit, entre autre?, qu'il n'avoit jamais eu intention de faire aucun tort au roi d'Aragon ; que Montpellier étoit dans son fief &c dans les limites du royaume, 8c qu'ainsi ayant une pleine autorité dans le pays, son sénéchal étoit en droit de soumettre les habitans de cette ville à sa juridiction. Les ambassadeurs avancèrent dans leur réplique que les anciens seigneurs de Montpellier n'avoient jamais reconnu aucun supérieur (mais outre l'hommage qu'ils rendoient soit aux évêques de Maguelonne, soit aux anciens comtes de Melgueil, on pouvoit leur citer divers monumens' dans lesquels ils qualifient nos rois leurs seigneurs). Les envoyés, pour soutenir leur paradoxe, l'appuvèrent sur un autre, savoir que les évêques de Maguelonne ne reconnoissoient pas euxmêmes la souveraineté de nos rois. (On a vu ailleurs des preuves du contraire.) Le roi leur répondit qu'il se feroit informer de l'état des choses par le sénéchal de Beaucaire, 8c qu'il en délibéreroit au prochain parlement avec le cardinal Fulcodi, qui avoit également à cœur les intérêts des deux rois, 8c t.'in,°p qui s'étoit employé, tant pour négocier la paix entre eux que pour la conclusion du mariage du prince Philippe, son fils, avec Isabelle d'Aragon; qu'au reste il aimoit sincèrement le roi Jacques; qu'il étoit si éloigné de vouloir lui causer le moindre préjudice touchant la ville de Montpellier, qu'il aimeroit mieux lui céder ses propres droits que d'empiéter sur ceux de ce prince, 8c qu'enfin il manderoit au sénéchal de Beaucaire de surseoir ses poursuites juscjues à nouvel ordre. Les ambassadeurs demandèrent alors au roi qu'il donnât un ordre absolu au sénéchal de disconstinuer ses procédures, 8c offrirent de mettre l'affaire en arbitrage; mais ils ne purent ébranler la fermeté de Louis, qui s'en tint à sa résolution; en sorte qu'après avoir protesté sur la guerre que cette dispute pouvoit faire naître entre les deux couronnes, ils se retirèrent.
Jacques n'osa cependant avoir recours aux armes pour soutenir une querelle si mal fondée. En effet, les droits du roi étoient si certains qu'ils ne souffroient aucune difficulté. Ainsi les sénéchaux de Beaucaire continuèrent d'exercer leur juridiction sur les liabitans de Montpellier, quelque démarche qu'ayent faite dans la suite les successeurs du roi Jacques pour les en exempter, &c il paroît que ce prince abandonna entièrement ses prétentions ^. Il étoit
' Dudiesne, t. 4, p. 719. — [Ce renvoi indi- dii royaume de France. Mais il faut convenir qu'en
que une lettre de Guillem VII de Montpellier à fait, elles étaient peu admissibles. Les premiers
Louis le Jeune, dans laquelle ce seigneur traite le successeurs des Carolingiens n'avaient pas plus de
roi de dominas Sttus, &. se dit son chevalier (miles pouvoir dans le midi de la France que les rois
ejus). [A. M.] d'Allemagne, & ce n'était pas avant Louis VII que
' En droit les prétentions de Louis IX & de ses l'influence des Capétiens avaient recommencé à se
officiers étaient fondées; la ville de Montpellier faire sentir à Montpellier. Philippe- Auguste , le
£(. son territoire avaient fait de tout temps paiiie premier, s'était entremis des affaires intérieures de
Al» 1 ; J.}
HISTOIRE GÉNEllALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVI.
d'ailleurs assez occupé dans l'intérieur de ses États par les troubles' qui s'y élevèrent la même année au sujet d'un subside, nommé le bouage, qu'il y avoit établi. La plupart des grands lui résistèrent ouvertement, entre autres Bernard-Guillaume d'Entenza, comte de Pailhas & de Ribagorça, qui lui chercba de plus querelle sur la seigneurie de Montpellier, qu'il prétendoit lui appartenir, parce qu'il étoit petit-fils par son père, appelé aussi Bernard- Guillaume, mort au Puy-Sainte-Marie, de Guillaume VIII , seigneur de Montpellier, & d'Agnès, sa seconde femme. Les habitans de cette ville, qui avoient donné ^ cent mille sols melgoriens à Jacques pour la confirmation de leurs privilèges, s'opposèrent également à l'imposition du bouage^. Le roi délibéra"*, en effet, avec le cardinal Gui Fulcodi, sur l'affaire du roi d'Aragon dans un parlement qu'il tint en 12645 "i^is nous ignorons la résolution qui y fut prise.
LVn. — Voyage du cardinal Fulcodi en France ; est élu pape sous le nom de Clément IV, — Evêque de Béjiers,
Gui étoit alors de retour d'Italie où il avoit été prendre possession de l'évêcbé de Sabine 8c du cardinalat. Après cette cérémonie, le pape Urbain IV le nomma ^, à la fin de l'an 1268, légat en Angleterre, dans l'espérance qu'il pacifieroit par sa dextérité les troubles qui s'étoient élevés dans ce royaume entre le roi & les grands, avec pouvoir de publier la croisade pour mettre ces derniers à la raison. Gui, ayant repassé les monts, prit sa route par la Province, St termina à Béziers, le 27 de mai de l'an 1264, par une sentence arbitralei^, les différends qui s'étoient élevés entre Pons, évêque de cette ville,
cette seigneurie. Toutefois ce n'était pns le fait d'une politique inhabile que d'utiliser ces droits surannés pour se mêler des affaires intérieures de cette seigneurie importante, & ce fut à ces réserves prudentes de Louis IX que les rois ses successeurs durent l'acquisition de Montpellier. Développée & soutenue tous les jours par des légistes habiles & tenaces, la théorie des cas royaux finit par prévaloir, & un jour vint où le roi de France, après avoir expulsé les deux souverains de Montpellier, s'y trouva seul maître. [A. M.]
' Zurita, Anales de la corcna ie Aragon, 1. 3, c. 66.
' Gariel, Séries praesitlum Magalonensium, p. 291, ^ On peut consulter à ce sujet de ïourtoulon, t. 2, p. 335 8c suiv. On trouvera dans cet auteur de nombreux renseignements sur ce dissentiment entre Jacme & ses vassaux. L'origine de la querelle était un déni de justice fait par le roi au vicomte de Cardone, dans une première assemblée des certes, tenue en novembre 1264. Dans une seconde session, la question du louage, impôt dont Jacme demandait l'octroi sans indiquer dans quelle forme il comptait le lever, amena de nouvelles querelles.
La noblesse d'Aragon abandonna le roi & celui-ci dut renouer les négociations avec elle. Une première entrevue à Calatayud n'eut aucun résultat, &, pour apaiser le mécontement de 'ses barons, Jacme fut obligé de soumettre le différend au jugement des cortès réunis à Exéa, en avril i265j l'assemblée donna sur presque tous les points gain de cause aux rebelles. [A. M.]
' Registre Olim. — Le renvoi de dom Vaissets est faux, les Olim ne contiennent rien sur cette affaire de Montpellier. Il est d'ailleurs certain que Gui Foucois fut présent au parlement de la Pentecôte de l'an 1264J il est mentionné dans un arrêt contre la veuve d'Hugues de Saissac, vicomte de Fenouillet. (Bouta rie. Actes du Parlement, t. I, p. 78, n.gS.-).) [A. M.]
' Baluze, Concilia Galliae Narhonensis, Append. n. 3i & suiv. — Raynnldi, année 1263, n. 84 & suiv.
^ Archives de l'abbaye de Sa int-Aphrodise & de l'église de Béziers. — Andoque, Evé<;uts de Béliers, p. io;> & suiv. — [Cf. à ce sujet tome V, c. >^jo & suiv. n"" 189 à 196, (1 263-1264J.]
An 1204
£<. les chanoines de sa cathédrale d'une part Se ceux de la collégiale de Saint- Aphrodise de l'autre, au sujet de l'élection d'un abbé que ceux-ci avoient faite sans le consentement des autres. Gui Fulcodi cassa cette élection par sa sentence. Pons, évêque de Béziers, étoit de la maison de Saint-Just. Il avoit succédé à Pv.aimond de Vallauquez, mort au mois de juin de l'an 1261. Ce dernier confirma, en 1259, la fondation du couvent des religieuses de Sainte- Claire de Béziers; fondation que le pape Alexandre IV confirma de son côté, le 25 de février de l'an 1260, par une bulle, « dans laquelle il approuve leur « établissement suivant la règle de Saint-Benoît & l'institution des moniales <i cloîtrées de Saint-Damien-d'Assise. »
Le cardinal Fulcodi fit ensuite un voyage à Montpellier 8t y consacra', la veille de la Pentecôte de l'an 1264, l'église des frères Mineurs. Il se rendit de là en France dans le dessein de passer la mer pour exercer sa légation en Angleterre ; mais les évêques & les barons de ce royaume, révoltés contre leur roi, lui en refusèrent l'entrée. Obligé de s'arrêter à Boulogne-sur-Mer, il excommunia de là les Anglois rebelles, 8c jeta l'interdit sur la ville de Londres 8c sur les cinq ports d'Angleterre qui lui étoient fermés; mais voyant que ses censures 8c ses tentatives étoient inutiles, il reprit le chemin de Rome, 8c apprit bientôt après que les cardinaux assemblés à Pérouse l'avoient élu pape à la place d'Urbain IV, mort dans cette ville, le 2 d'octobre précédent. Il fut contraint de se déguiser pour éviter les embûches de Mainfroi, roi de Sicile, 8c étant arrivé à Pérouse, il fit d'abord beaucoup de difficulté d'accepter le pontificat. Il se rendit cependant à la fin, fut couronné dans t.iii.p.'Vi cette ville, le 26 de février de l'an i265, 8c prit le nom de Clément, parce qu'il étoit né le jour de saint Clément.
Gui Fulcodi, dont nous avons eu déjà occasion de parler plusieurs fois, étoit né à Saint-Gilles sur le Rhône, dans le diocèse de Nimes, d'une bonne famille qui portoit le surnom de Fulcodi 8c non celui* de le Gros ou Grossi, que quelques modernes lui donnent. Son père, Pierre Fulcodi ou Fulcois, un des meilleurs jurisconsultes de son temps, après avoir été chancelier de Raimond VI, comte de Toulouse, à la fin du siècle précédent, avoit dans la suite embrassé la vie monastique dans la grande Chartreuse où il étoit mort en odeur de sainteté. Gui suivit d'abord l'exercice des armes 8c se maria avec une jeune demoiselle dont il eut plusieurs enfans^ de l'un 8c de l'autre sexe. Il s'adonna ensuite à l'étude de l'un 8c l'autre droit, 8c il y fit des progrès si étonnans qu'il passa pour le plus grand jurisconsulte de son siècle. Il joignit à cela des qualités encore plus estimables : une prudence consommée, beaucoup de probité, de piété, de modestie 8c de zèle pour la religion. Toutes ces vertus lui attirèrent une réputation éclatante, avec l'estime universelle des gens de bien, 8c on avoit tant de confiance en ses lumières qu'il devint comme l'arbitre général des plus grands différends qui s'élevèrent dans le
' Gixriel, Séries praesulum Magi'.'jnensium, -p. iBo. ' Rymer, Acta, t. i , p. 1740.
' Voye?: tome VU, Note XLIII, pp. I23 & 124.
An ii65
pays & clans les provinces voisines. Raimond Vil, comte de Toulouse, dont il étoit né sujet, Alfonse, son successeur, le roi saint Louis, le roi d'Aragon & divers autres princes l'employèrent à l'envi dans leurs affaires les plus importantes; & le roi l'admit au rang de ses conseillers les plus intimes. Après la mort de sa femme il embrassa la cléricature & fut successivement archidiacre & èvêque du Puy, archevêque de Narbonne, cardinal-évêque de Sabine, &. enfin souverain pontife. Un auteur contemporain' parle de lui de la manière suivante : « Clément, pape, né de Saint-Gile en Provence, fu ce estrais de chevalières & de bones gens, & estoit grant clerc en droit, 8c « estoit bons advocas le meillor de la terre, & avoit renon d'estre loiaus homs} « ce que n'avient pas souvent de gens de son mestier. Il ot famé espousée, « de laquele il ot ii filles. Après la mort sa famé se tint comme clerc, Se fu « entor le roi Louis de France, Si. delà fu évesque du Fui, Sec. »
Clément IV, après son élévation au pontificat, écrivit^, le 7 de mars de l'an 1265, la lettre suivante à Pierre de Saint-Gilles (son neveu) : « Tandis « que plusieurs se réjouissent de notre élévation nous gémissons sous le farci deau qui nous est imposé, S< nous n'y trouvons que des sujets de crainte & <( de larmes. Pour vous apprendre donc la manière dont vous devez vous conc( duire dans cette circonstance, sachez que vous n'en devez être que plus « modeste; car un honneur passager, dont nous sommes fort humilié, ne « doit pas élever nos proches. Nous vous défendons, de même qu'à votre frère <c Se à tous nos parens, de venir nous trouver sans une permission spéciale; « autrement vous seriez obligés de vous en retourner pleins de confusion. « Ne cherchez pas à cause de nous une alliance plus considérable pour votre <( sœur; vous ne nous y trouveriez pas disposé, 8<. nous ne vous donnerions <■ aucun secours. Si vous la mariez cependant au fils d'un simple chevalier, « nous vous promettons tout au plus trois cens livres tournois; que si vous « aspirez à quelque chose de plus relevé, n'attendez rien de nous. Nous vous « ordonnons de tenir tout ceci secret 81 de n'en parler qu'à votre mère. Nous « ne prétendons pas de plus qu'aucun de nos parens s'élève sous prétexte de <i notre promotion. Se nous ne voulons pas que Mabilie Si Cécile avent » d'autres maris que ceux qu'elles auroient eus si nous étions resté simple « clerc. Allez voir Gilie; dites-lui de demeurer toujours à Suyse 8<. de garder « la même modération h. la même modestie dans ses habits; qu'elle ne s'em- « ployé pour personne auprès de nous, car ses prières deviendroient inutiles « à celui pour qui elle les feroit, 8c pourroient lui être désavantageuses à « elle-même. Si par hasard on lui offre de l'argent, qu'elle le refuse, à moins « qu'elle ne veuille perdre entièrement mes bonnes grâces. Saluez votre mère (( Si vos frères; nous ne vous écrivons pas 81 à ceux de la famille avec la « bulle, mais sous le sceau du Pêcheur dont les pontifes romains se servent
' Marténe, y!;"/)Zisiim<t collectio, t. "j, c. -/^ij. — ' Clément IV, Epist. 2. — Voyez tome VII,
[Continuateur de GuiUauTne de Tyr. Coll.itionné wï supra. sur l'édition de l'Académie, dans le Rnucil des historiens occidentaux des croisades, t ?, p. 448. j
« dans leurs aftaiies secrètes. » Cette lettre, qui prouve d'une manière bien manifeste S< le détachement Se la modestie du pape Clément IV, nous fait Édorism. connoitre une partie de ses parens '. Pierre le Gros ou de baint-Gilles, a qui il l'adresse, étoit fils d'une de ses sœurs 5<. frère d'Adélaïde qui épousa Guillaume de Boulbon, chevalier, dont elle devint veuve en 1268. Clément^ avoit aussi un frère, qui étoit curé, £< qu'il se contenta de pourvoir d'une meilleure cure. Quant à ses deux filles Mabilie £<. Cécile, les seuls enfans qui lui restoient lorsqu'il fut fait pape, la première fut religieuse à Nimes^. La principale noblesse de la Province s'empressa de demander l'autre en mariage; mais Clément, voyant que tous ces seigneurs cherchoient plutôt à épouser la fille du pape que la fille de Gui Fulcodi, refusa de la marier & se contenta de pourvoir honnêtement à son entretien. Enfin il obligea un de ses neveux, qui jouissoit de trois prébendes, à se contenter d'une seule.
Ce pape conserva, d'un autre côté"*, une tendre affection pour la ville de Saint-Gilles, sa patrie, & pour l'abbaye de ce nom ; il leur en donna des marques dans toutes les occasions. Il ne fut pas moins sensible au souvenir de ses anciens amis'', entre lesquels étoient Sicard d'Alaman & Olivier de Termes, Se il approuva le dessein que celui-ci lui communiqua, en 1260, de retourner dans la Terre-Sainte Se d'y finir ses jours en combattant contre les infidèles. Il aima toujours l'église de Narbonne, son ancienne épouse, Se lui rendit^ toute sorte de services. Il soutint ses droits auprès du roi'', Se ceux des autres églises de la Province lui furent également chers; il porta ^ des plaintes à ce prince des griefs qu'elles avoient contre les officiers royaux, qui les traînoient de parlement en parlement, Se l'exhorta à les protéger en considération des services que les prélats du pays lui avoient rendus pendant la guerre ; il écrivit' à ces derniers, le i5 de juillet de l'an 1 265, pour les encourager à ne pas se lasser de demander au roi, là-dessus, la justice qui leur étoit due. Son amour pour l'église de Narbonne ne l'aveugla pas cependant sur les défauts de Maurin, son successeur immédiat dans l'archevêché de cette ville, Se il le reprit '° fortement de sa précipitation dans ses jugemens, de sa légèreté Se de sa négligence, dans une lettre qu'il lui écrivit vers le même temps. Il lui fit une vive réprimande, dans une autre occasion ", d'avoir mal parlé du sacrement de l'autel, durant un voyage qu'il- avoit fait à Rome. Maurin se justifia sur ce dernier article, Se Clément tut content de son apologie.
' Voyez tome VII, at supra. ' Clément IV, Epist. yS, 80, 270, 576.
' Clément IV, Epist. 63i, " Baluze, Portefeuille coté ScheAae Narionenses.
^ Martène, Amplissima collée tio, t. :>, c. i 06. — [Cf. tome V, c. !.'>8o, n"^ 216 à 219.]
* Clément IV, Epist. 286, SSj, .052, 701. — ' Clément IV, Epist. 270, j-j6.
Gallia Christiana, nov. éd. t 6, Instrum. c. 2d3. ' Raynaldi, année 1260, n. 3o & siiiv,
— Cf. Ménard, Histoire de Nimes, t. 1 , pp. 86 à ' Baluze, ut supra
go, où l'on trouvera douze bulles de privilèges '° Clément IV, £^ijt. 108.
.-iccordées par le pape Clément IV à l'abbaye de " Ihid. Epist. 649, 677.
Saint-Gilles. [A. M
An i2i.j
LVIII. — Mort de Roger IV, comte de Foix. — Roger-Bernard III, son fils,
lui succède,
Pierre d'Auteuil, auparavant sénéchal de Carcassonne, se trouva ' au parlement de la Pentecôte de l'an 1264. Il y fit le rapport d'une sentence qu'il avoit rendue neuf ans auparavant, par laquelle il avoit adjugé au roi les grandes justices du lieu de Penautier, contre le comte de Foix. Ce comte étoit Pv.oger, quatrième du nom, qui mourut^ le 24 de février de l'an 1265, & que divers auteurs font mourir, mal à propos, un an auparavant,
Roger soutint la guerre 3, en 1261, en Catalogne, contre Jacques, roi d'Aragon, sous la mouvance duquel il possédoit divers domaines au delà des Pyrénées, Cette guerre lui réussit fort mal, & il fut obligé de payer dix mille sols à ce prince pour les frais de son armement. Il en eut une autre contre Alvarez, comte d'Urgel, & Géraud de Capraria, son frère, qui firent la paix avec lui, au mois de décembre de l'an i256, Se lui cédèrent'^ divers domaines du comté d'Urgel, en présence d'Esquivat, comte de Bigorre, Ce dernier confia 5 à Roger, au mois de novembre de l'an 1267, la garde de la ville de Saint-Girons &. du pays de Nébouzan, jusqu'à ce qu'Arnaud d'Espagne, jf/j de Roger de Comminges Se de Raimonde d'Aspel, son vassal, à qui ce pays appartenoit, eût atteint l'âge de vingt-cinq ans. Gaston, vicomte de Béarn, qui avoit des prétentions sur le même pays, au nom de Mathe, sa femme, le lui engagea l'année suivante "5,
Roger IV, comte de Foix, augmenta considérablement les domaines de ses ancêtres, tant en deçà qu'au delà des Pyrénées. Il remit ^ un dénombrement de tous ceux qu'il tenoit du roi, au sénéchal de Carcassonne, au mois de septembre de l'an 1263. Il s'étoit alors réconcilié avec les inquisiteurs de la foi avec lesquels il avoit eu des démêlés fort vifs. Après cette réconciliation il fit publier une ordonnance^, le dernier de mars de l'an 1261, pour déclarer
' Registre Ollm. — Cf. Boiitaric, Actes Ju Par- du ry mars I258, concerne le Nébouzan & sa ca-
Icment, t. i, p. 5, n. 46 a. Cette sentence a été pitale Saint-Gaudens, qui furent engagés par lut
publiée par dom Vaissete. (Cf. tome VIII, ce. iSyç au comte de Foix pour une somme de huit mille
& i38o.) Nous avons déjà parlé de cette affaire sous de Morlas. [A. M.]
plus haut. Voyez p. 849. [A. M] ' Tome VIII, Chartes, n. CCCXLV, ce. i5io à ' Voyez tome VII, Note XXIII, p. 69. 1514. — Cette pièce, dont nous avons un texte à ' Marca, Histoire de Bèarn, 1. 8, ch. 24. peu près satisfaisant, est le plus ancien document ^ Château de Foix, caisses 26 & 40. d'ensemble que nous possédions sur la géographie 5 Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXVI, du comté de Foix & de la partie méridionale du ce. 1428 & 1429. Toulousain. Il nous montre que les possessions * Dom Vaissete a fait ici une petite erreur & des comtes de Foix comprenaient tout le comté de a confondu Saint-Girons & Saint-Gaudens. Le ce nom, beaucoup de châteaux dans le Toulousain premier acte, de novembre izSy, concerne Saint- & dans la vallée de l'Hers, le Daumazan, le Bol- Girons & le pays avoisinant, c'est-à-dire le Bi- bestre, & un certain nombre de places fortes dans gorre ou du moins la majeure partie de ce comté, le Comminges. Nous aurons à revenir sur cet imqui furent donnés en commende au comte de Foix, portant document dans notre note géographique du consentement du comte Esquivât, par les con- du tome X. [A. M.]
suis de Saint-Girons & les principaux seigneurs ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXXXIX,
du pays. — L'acte de Gaston, vicomte de Béarn, ce. 1479 & 1480. [Cf. 11, CCCL, c. 1343.]
An 1265
exclus de tout otlice public ceux qui étoient notés ou suspects d'hérésie. L'inquisiteur de Carcassonne lui chercha néanmoins querelle dans la suite au sujet du bailli de Foix, & le poussa si vivement que Roger, qui avoit pris la ^ i-J|Origin. protection de son officier, fut obligé d'appeler au pape le 12 de décembre de l'an 1264. Ce comte étoit alors malade à Mazères, Se son mal ayant augmenté considérablement, il se fit transporter dans l'abbaye de Boulbonne, où il mourut ' dans la chambre de l'abbé, le 24 de février de l'an 1260, après avoir reçu les derniers sacremens avec beaucoup d'édification & s'être fait revêtir de l'habit de l'ordre de Cîteaux, en présence du même abbé de Boulbonne, de ceux de Calers, du Mas-d'Asil 8t de Lézat & de tous les religieux de la maison. Il fut inhumé, le lendemain mercredi 25 de février , dans l'église de cette abbaye qu'il avoit fait construire sous l'invocation de saint Jacques 8c de saint Philippe, dans une chapelle particulière qu'il avoit dotée, en 1262, de deux cens sols toulousains de rente. Il v avoit fait transférer les tombeaux de ses ancêtres qui furent reconnus, en i25i, pour fondateurs de ce monastère par le chapitre général de Cîteaux; l'archevêque d'Auch, les évêques de Toulouse & de Comminges, les abbés dont on vient de parler & un grand nombre d'ecclésiastiques, de religieux 8t de laïques, qui étoient accourus de toutes parts, assistèrent à ses obsèques 81 témoignèrent beaucoup de regret de sa mort.
Ce comte, par son testament, fait son fils Roger-Bernard héritier du comté de Foix, de la vicomte de Castelbon ou de Cerdagne, de ses terres du Carcassés 81 de tous ses autres domaines; il avoit déjà disposé^ en sa faveur, dès le 25 de juillet de l'an 1260, de la vallée d'Andorre, de celle de la Garde & des divers châteaux qui y étoient compris. Il lègue : 1° A Sibylle, sa fille, femme d'Aymeri, fils d'Amalric, vicomte de Narbonne, outre sa dot, cent livres de rente sur son château de Rustiqties, au diocèse de Carcassonne ; Sibylle avoit eu trente mille sols melgoriens en dot. 2° A Agnès, son autre fille, femme d'Esquivat, comte de Bigorre, qu'elle avoit épousé, en 1256, avec vingt-cinq mille sols morlanois de dot, sept mille autres sols que ce dernier lui devoir. 3° A Philippe, sa troisième fille, femme d'Arnaud d'Espagne, cinq mille sols melgoriens outre sa dot. Le contrat de mariage de Philippe de Foix 81 d'Arnaud d'Espagne, fils de/^« Roger de Comminges 8t de Guise, sa femme, fut passé^, le 7 de juin de l'an 1262, en présence de Gaston de Béarn, vicomte de Moncade, Géraud, comte d'Armagnac, Raimond, vicomte de Cardone, Arnaud, abbé du Mas-d'Asil, Arnaud-Roger, comte de Pailhas, Px.aimond-Roger, son frère, Guillaume de Son, Stc. Mais comme Philippe n'avoit pas encore l'âge compétent, il ne fut célébré que le i5 de janvier de l'an 1263 (1264). Arnaud d'Espagne fut obligé'* d'obtenir une dispense du
' Voyez tome VIII, Chroniques, c. 2 i 5 [Chro- Boulbonne. — Voyez tome VII, A'ofe XXIII,
nique de Berdouez] , & Chartes, n, CCCXXXIX. p. 69.
ce. 1480 & 148 1. — Marca, Histoire de Béarn, ' Ch&teau de Foix, caisse 26.
l. 8, ch. 24. — Catel, Histoire des comtes de To- •* ïhid, caisse 22.
laie. Preuves, p. i63, — Archives de IVbbaye de ' Ihid, caisse 14.
An I 26Ô
pape, qui coûta mille sols morlanois, à cause que Philippe étoit sa parente. Roger ordonne ensuite qu'Esclarmonde, sa quatrième fille, qui étoit encore fort jeune, fût élevée dans le château de Foix jusqu'à l'âge de quinze ans; il lui substitue tous ses domaines, en cas que Roger-Bernard, son fils, mourût sans entans mâles; sinon il lui donne quarante mille sols melgoriens pour sa dot. Elle épousa dans la suite Jacques, infant puîné d'Aragon, qui fut depuis roi de Majorque. Roger laissa l'administration Si l'usufruit de tous ses domaines à Brunissende de Cardonne, sa femme, tant qu'elle vivroit en viduité. 11 prie le roi de prendre son fils Roger-Bernard en sa garde 8c protection Se de le recevoir pour son vassal, sous le même hommage auquel lui 8c le comte, son père, avoient été tenus. Enfin il nomme pour ses exécuteurs testamentaires Amanieu d'Armagnac, archevêque d'Auch , Gaston, vicomte de Béarn, Raimond, vicomte de Cardone, Se les abbés de Boulbonne Se du Mas-d'Azil. Amanieu étoit frère de Géraud, comte d'Armagnac St de Fezensac; il fut d'abord chanoine rép-ulier de la cathédrale de Toulouse St élu archevêque d'Auch en 1262.
Roger-Bernard III, comte de Foix, se rendit' à Pamiers, le lendemain de la sépulture du comte Roger (IV), son père, le jeudi après la jête de Saint- Mathias de Van 1264 (i265). Se là il remit à l'abbé Se aux religieux du monastère de Saint-Antonin, en présence de l'archevêque d'Auch, des évoques de Toulouse Se de Comminges, des vicomtes de Cardone Se de Narbonne, le château Se tous les autres droits que le feu comte, son père, avoit possédés dans cette ville^. Le 8 de mars suivant il fit serment, du consente-
' M.irca, Histoire de Béarn, 1. 8, ch. 24.
' C'est à ce moment que prirent naissance des querelles fort vives, qui, en se prolongeant, finirent par amener l'intervention du roi de France à Pamiers, & dont l'origine était la fausse interprétation des clauses de l'ancien contrat de paréage. La remise du château de Pamiers par le comte aux chanoines n'était qu'une simple formalité, constatant la suzeraineté du chapitre. Le jour même de la remise, en 1264, Adémar de Saint-Sernin, syndic & cellérier de Saint-Antonin, nomma contre tout droit les fermiers des fermes possédées auparavant par le comte de Foix. (Ourgaud, p. 246.) De nouvelles querelles ne tardèrent pas à naître à l'occasion des droits de leudes que chacune des deux parties voulait s'approprier, & dans une de ces querelles un sergent du roi de France jugea à propos d'intervenir en faveur de l'abbaye. (ibiJ. p. 247; acte d'avril 1265.) Dans cette lutte l'abbaye avait pour elle les habitants dtPamiers dont les comtes de Foix avaient sans doute violé les privilèges; c'est ainsi que deux mois plus tard les bourgeois soulevés contre Roger-Bernard le tinrent assiégé pendant toute une journée dans l'église du Mercadal. [Ihid. pp. 248, 249.) Pour se venger, le comte fit condamner les coupables, parmi lesquels
les consuls d'un des quartiers de Pamiers, à l'exil & à la confiscation. {Ibid. pp. 124, I25.) — La situation déjà tendue fut encore aggravée par la nomination de Bernard Saisset, comme abbé du monastère d« Saint-Antonin; esprit fougueux, caractère entreprenant, peu scrupuleux en plus d'un cas, ce personnage n'était pas animé de dispositions très-pacifiques. Tout d'abord il refusa de recevoir Loup de Foix, puis le vicomte de Béarn, envoyés par le comte pour négocier un accord. (Ourgaud, pp. 25i à 253; actes d'août 1268.) II y avait, en effet, déj.à un an entier que l'abbé négociait avec Louis IX; dès le 5 août 1267, les habitants nommaient quatre procureurs pour s'entendre avec le roi & l'abbé. (Original, J. 33i, n. 2'.) La négociation prit toute une année; Bernard Saisset était chargé des pleins pouvoirs de son chapitre & put s'entendre avec les officiers royaux. Dès 1268 (juillet) l'affaire était réglée; le roi prenait possession du paréage pour dix ans & remplaçait momentanément le comte de Foix. L'acte définitif ne fut rédigé que le quatre juin 1269, & approuvé le même jour par Raoul, évêque d'Albano, légat apostolique. (J. 336, n°' 5, 6.) — Par un autre acie du même jour, l'abbé reconnut que les habitants de Pamiers éîaient tenus de faire
ment exprès de l'archevêque d'Auch 8t d'Arnaud Garsias, abbé du Mas-d'Azil, ses tuteurs^, aux. seigneurs, aux nobles & aux habitans de Saverdun de con- ('[[{"p^'s"; server fidèlement les coutumes Se les libertés de ce château. Il alla bientôt après à Paris, où il assigna^, le i5 d'avril de la même année, du conseil de l'archevêque d'Auch, & en présence de Géraud, comte d'Armagnac, k Brunissende, sa mère, sept mille sols de rente pour son douaire. Cette comtesse lui donna entre vifs, deux jours après, tous les droits qu'elle avoit, à raison du bail, suivant la coutume de France, sur les terres du Carcasses. Il rendit hommage 3, à Perpignan, le 29 août suivant, à Jacques, roi d'Aragon, pour les châteaux de Son & de Quérigut & pour le reste du pays de Donazan, pour la ville d'Evols, pour ce qu'il possédoit dans la Cerdagne & le Confient-», &c.
Roger-Bernard III n'avoit pas encore vingt-cinq ans lorsqu'il succéda au comte Roger IV, son père. 11 avoit été promis en mariage^, au mois d'octobre de l'an i252, à Marguerite de Montcade, fille de Gaston, vicomte de Béarn, & de Mathe de Mastas, qu'il devoit épouser solennellement cinq ans après. Marguerite eut mille marcs d'argent en dot. Roger-Bernard reçut'', en 1267, l'hommage d'Arnaud d'Espagne (son beau-frère), par la grâce de Dieu vicomte de Conserans, fils de Jeu noble Roger de Comminges, qui reconnut tenir de lui le château de Quier, avec tout ce qu'il possédoit dans le Savartez Se le reste du comté de Foix. Arnaud d'Espagne étoit fils de Guise 8< proche parent de Bernard de Comminges, qui, étant mort sans enfans, laissa sa succession à Fortanier 8c Aymeri ^, ses frères, qui en firent le partage en présence de Bernard, comte de Comminges, leur cousin. L'un des deux frères se chargea de payer à Gailharde, veuve du même Bernard de Comminges, mille sols morlanois pour sa dot, par un acte daté du mardi, dernier jour de septembre de l'an 1269, Alfbnse étant comte de Toulouse.