LXXXV. — Seigneurs de Castres
Le roi Philippe III, résolu de repasser en France, convint d'un traité avec le roi de Tunis &. fit rembarquer ses troupes. Elles étoient fort diminuées par la mortalité qui s'étoit mise dans le camp 3, S; qui enleva entre autres Philippe II de Montfort, seigneur de Castres. Ce seigneur, après avoir pris possession, en 1267, de la seigneurie de Castres, que Philippe I, seigneur de Tyr, son père, lui avoit enfin cédée, & en avoir fait hommage au roi, se disposa à retourner dans le royaume de Naples; il mit ordre à ses affaires & fit son testament'*, le 1" d avril de l'an 1270, au châtean de Roquecourbe, en Albigeois, en présence de Jeanne de Lévis, sa femme. Il laissa ses enfans héritiers de ses domaines, selon la coutume de France, avec ordre aux filles, qui avoient été dotées ou qui le seroient avant sa mort, ou celle de sa femme, de se contenter de leur dot, conformément à la même coutume. Enfin, ayant fait consentir^ de gré ou de force l'abbé & les religieux de Castres de céder l'église de Saint-Vincent aux frères prêcheurs, pour lesquels il avoit fondé un couvent à Castres, en i258, il partit pour le royaume de Naples, où il joignit Charles, roi de Sicile. Ce prince étant venu ensuite au secours du roi saint Louis, son frère, sur les côtes d'Afrique, Philippe de Montfort le suivit & mourut devant Tunis, le 28 de septembre de l'an 1270.
' Archives du domaine de Montpellier; Nar- AmplUstma collecùo, t. C, c. 480 & siiiv. — Catel,
bonne, C continuation, n. i. Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 705 & suiv,
* Archives du domaine de Montpellier; Nar- — Tome Vil, Note XLIV, p. 120.
bonne; vigueric de Narbonne. — Voyez tome VIII, '■ \'oyez tome VIII, Chartes, n. CCCLX, c. 1694.
Chartes, n. CCCLXV, ce. 1728 à 1732. ■• Martène, ut supra.
' Guillaume de Puylaurens, c, 5i. — Martène,
An 1170
Après la mort de ce seigneur, Géraud de Burlas, chevalier, son vassal, qui ne l'avoit pas quitté, fit enterrer ses entrailles & ses chairs dans le camp, & apporta ses ossemens 8c son cœur à Castres, où il les fit inhumer dans l'église de Saint-Vincent, le g de septembre de l'année suivante, en présence de Jeanne de Lévis, sa veuve, & de toute la noblesse du pays. Les religieux du couvent firent graver une épitaphe sur son tombeau, où ils relèvent beaucoup ses talens & ses vertus, mais surtout ses exploits militaires. Ils le représentent dans cette épitaphe 81 dans d'autres mémoires qu'ils nous ont transmis, comme la jleur de chevalerie de son temps ; bien fait, libéral, rempli d'honneur, de probité, de piété, de courage & de sagesse.
Philippe de Monlfort, deuxième du nom, laissa deux fils Se trois filles de t.iii.p.^i"'!. Jeanne de Lévis, sa femme. Les deux fils, nommés Jean 8c Simon, étoient encore mineurs, 8c ils demeurèrent sous le bail ou tutelle de leur mère. L'aînée des filles, appelée Jeanne, avoit épousé alors, à ce qu'il paroît, Guigues VII, comte de Forez. Elle se remaria dans la suite avec Louis de Savoie. Laurette, la seconde, épousa, après l'an iiyS, Bernard, comte de Comminges; 8c enfin Eléonore, la troisième, se maria à Jean V, comte de Vendôme. Jeanne de Lévis, veuve de Philippe II de Montfort, demanda ' au nom de ses enfans dont elle avoit la tutelle, au mois de décembre de l'an 1270, au sénéchal de Carcassonne, « d'être reçue à l'hommage pour la ville de Castres 8c les autres domaines situés dans le diocèse d'Albi, entre le Tarn 8c l'Agoût, sous le service de sept gens d'armes 8c demi; » elle rendit cet hommage au mois de février suivant. Ainsi Philippe II laissa à ses enfans^ les trois quarts des terres d'Albigeois que le roi saint Louis avoit inféodées, en 1229, à Philippe I, son père.
Jean de Montfort, fils aîné de Philippe II, se qualifioit comte de Squillace, au royaume de Naples, 8c il étoit déjà majeur lorsqu'il 3 fit demander par son procureur, au parlement de la Chandeleur de l'an 1278 (1274), un délai, qui lui fut refusé, pour payer à Jeanne de Lévis, sa mère, sa dot de trois mille livres tournois 8c son douaire. Laurette, sa sœur, obtint dans le même parlement t|u'il lui délivreroit la part qui lui appartenoit de l'hérédité de Philippe de Montfort, leur père, parce qu'elle avoit atteint l'âge de quinze ans, 8c que, suivant la coutume de France, elle pouvoit gérer ses biens, quoiqu'elle n'eût pas encore vingt Se un ans. Il est décidé dans l'arrêt que, suivant la même coutume, une demoiselle qui étoit entrée dans la seizième année de son âge étoit habile à gouverner son bien. Nous apprenons d'ailleurs que les enfans de Philippe II de Montfort, seigneur de Castres, partagèrent également sa succession. Jean, comte de Squillace, son fils aîné 6- son héritier, transigea, en effef*, le 20 de février de l'an 1278 (1274), tant pour lui-même que pour ses cohéritiers, à Roquecourbe, en Albigeois, avec le prévôt 8c le chapitre de
' Defos, Comté de Castres, p. i8 & suiv. [Cet acte ne se retrouve pas dans les Actes Au Par-
■ Voyez tome VII, f/ole XLIV, p. 123. lement de Boutaric]
' Domaine de Montpellier ; sénéchaussée de Car- 'Archives de l'église d'Albi. — [Cf. tome V,
cassonne en général, 7" continuation, n. 8. — c. i35o, n. 118.]
Au 1170 '
la cathédrale d'Albi, touchant la justice du lieu de Caylus, auprès de cette ville. Jean 8c ses sœurs avoient hérité alors de Simon, leur frère, mort sans enfans, dans la Fouille, au royaume de Naples, le 24 de janvier' précédent. On apporta le corps de Simon à Castres, où il fut inhumé dans l'église de Saint-Vincent, aux pieds de Philippe II, son père. Jeanne de Lévis, veuve de ce dernier, y fut inhumée aussi à côté de lui, après sa mort, arrivée le 3o de mai de l'an 1284. Quant à Jean de Montfort, seigneur de Castres, il mourut* sans enfans, le 1" de décembre de l'an i3oo, 81 Éléonore, comtesse de Vendôme, sa sœur, recueillit sa succession. Au reste, Philippe I, seigneur de Tyr 8t. auparavant seigneur de Castres, qui s'étoit fixé dans le Levant 8<. s'y étoit remarié, survécut à Philippe II, son filsj mais il étoit déjà mort en 1273. Ses enfans du second lit héritèrent des domaines qu'il possédoit dans le pays d'outre-mer, & y formèrent une branche de leur maison.
LXXXVI. — Les peuples de la sénéchaussée de Carcassonne prêtent serment de fidélité au roi. — Assemblée des trois états de cette sénéchaussée.
Le roi Philippe IIP, après avoir fait voile des côtes d'Afrique, aborda sur celles de Sicile, le 22 de novembre, 8c passa le reste de l'année dans cette île, ainsi que le comte Alfonse, son oncle, 8c Jeanne de Toulouse, femme de ce prince, qui l'y avoient suivi. Cependant les régens du royaume ayant reçu les ordres du roi firent rendre hommage 8c prêter serment de fidélité à ce prince par les peuples 8c les vassaux de la couronne. Guillaume de Cohardon, sénéchal de Carcassonne, qui étoit alors absent, commit à sa place pour les recevoir ses lieutenans, qui parcoururent les divers cantons du pays; ils se transportèrent entre autres à Béziers, où ils reçurenf*, le 20 de janvier de A„ ijy, l'an 1271, l'hommage de Guillaume d'Anduze pour le château d'Olargues, dans le Narbonnais, 8c divers domaines d'Albigeois, au nom de Cavaiers, sa femme, fille 8c héritière de Pons d'Olargues, chevalier. Ils reçurent dans l'église de la Madeleine de Béziers, le 10 de mai'' suivant, le serment de fidélité des habitans de cette ville, nonobstant l'opposition de l'official de l'évêque. Aymeri, vicomte de Narbonne, 8c Amalric, son frère, prêtèrent le même 6 serment 8c firent hommage au roi, à Carcassonne, pour leurs domaines, le 22 de ce mois.
'Martène, Ampl'ustmci coUccùo , t. 6, c. 498 n. ,T82j original delà protestation présenté! au
St seq. sénéchal par les évêques d'Agde & de Béziers. I
" Voyez tome VU, Note XLIV, pp. 125, 126. ' Domaine de Montpellier; Béziers, n. 5.
' Geita. Philippi III, p. 525 & seq. « Voyez tome Vlll, Charles, n. CCCLXVII,
* Manuscrits A'Aubays, n. :ji2. — Baliize, Por- ce. itSô à ijSp. tefcuille de Languedoc. — [Baluze, Armoires, s . 392,
' ' An 1 27 1
LXXXVII. — Nouvelle assemblée des trois états de la sénéchaussée
de Carcassonne,
Aymeri, vicomte de Narbonne, Si son frère Amalric assistèrent à une assem- éj. origin. Liée des trois états de la sénéchaussée de Carcassonne, qui fut tenue dans cette ville', le jeudi après la Saint-Laurent de l'an 1271, pour délibérer s'il étoit à propos de permettre la sortie des grains, à cause de la mauvaise récolte. L'assemblée fut composée de l'archevêque de Narbonne, des évêques de Béziers, Agde & Lodève, de l'évêque élu de Carcassonne, des députés des chapitres de ces cathédrales 8c de celle d'Albi, de dix-neuf abbés 6- leurs couvens, de cinq commandeurs, du prieur de Cassan, &cc., pour le clergé} d'Aymeri , vicomte de Narbonne, Amalric, son frère, Isarn , Bertrand 8<. Amalric, //-srfj, vicomtes de Lautrec, 8t de plusieurs autres seigneurs pour la noblesse ; $c enfîn des consuls 8c députés de Narbonne, Carcassonne, Béziers, Agde, Lodève, Albi, Pézénas, Sec, pour le tiers état. On conclut à défendre la sortie du blé jusqu'à la Saint-Jean de l'année suivante, excepté pour la ville d'Acre, dans la Terre-Sainte.
LXXXVIH. — Mort d'Alfonse i- de la comtesse Jeanne, sa femme. — J,e roi Philippe 111 unit leurs Etats à son domaine.
Le roi ^ Philippe III partit de l'île de Sicile, au mois de janvier de l'an 1271, arriva à Paris, le 21 de mai, 8c se fit sacrer à Reims, le i5 d'août suivant. Quant à Alfonse, comte de Toulouse, son oncle, 8c Jeanne, feininc de ce prince, ils passèrent tout l'hiver 8c au moins une grande partie du printemps suivant en Sicile, où ils furent peut-être arrêtés par maladie. Alfonse étoit en effet encore à Messine, la veille de la Pentecôte (28 de mai) de l'an 1271, Se il y fit alors un codicille-* par lequel il lègue quarante mille livres tournois, sur la portion qui lui revenoit de la somme que le roi de Tunis avoit donnée au roi, son neveu, pour entretenir pendant un an un certain nombre de gens d'armes dans la Terre-Sainte. Ceci fait voir comljicn se trompent quelques modernes"^ lorsqu'ils avancent qu'Altonse accompagna le roi Philippe, son neveu, en Italie, 8c qu'il le quitta à Viterbe, dans le
■ Voyez tome VllI, Chartes, n. CCCLXVIII, i8 mars (Lenain, t, 5, p. loo), on ne peut sup-
cc. 1739 à 1744' poser son testament du i3 mai écrit à Messine. Le
' Gesta Philippi III. texte du testament porte Meschines, & Lenain se
' Trésor des chartes; Testaments, n. 5. [Auj. J. demande s'il ne faut pas entendre par là Mus-
^'6.] ciano, petite ville de l'ancien duché de Castro, à
* La Chaise, Histoire Je saint Louis, 1. 1:1, n"'2i neuf milles de Corneto. La maladie épidémique
& a3. — Cf. Lenain de Tillemont, t. 5, p. 2c5, qui enleva le comte & la comtesse de Toulouse, &
C'est aussi ce que laisse entendre le texte de Guil- qui fit périr en même temps la plupart de leurs
\aume àt Hangii [Gesta Philippi 1 II, a^p. Historiens serviteurs, paraît être le typhus, amené comme
Je France, t. 20, p. 488.) Si on admet qu'Alfonse toujours par des fatigues excessives & de grandes
.lit accompagné son neveu, qui quitta Viterbe le privations. [A. M.]
dessein de prendre la route du Languedoc. Alfonse 8<. Jeanne se mirent cependant en mer, Se ayant débarqué en Italie ' ils continuoient leur route par terre lorsqu'ils furent attaqués, l'un & l'autre avec la plupart des gens de leur suite, d'une violente maladie, au château de Corneto, sur les confins de la Toscane Si de l'état de Gênes. Ils se firent transporter à Savone, Se, se voyant sans espérance de guérison, Altonse fit un testament ou codicille par lequel il choisit sa sépulture parmi ses ancêtres, dans l'abbaye de Saint-Denis, où il fonda un aniversaire. Ce prince mourut, le vendredi dans l'octave de l'Assomption, 21 août de l'an 1271, 8c la comtesse Jeanne, sa femme, le mardi suivant.
Telles sont les circonstances de leur mort rapportées par un atiteur contemporain*; elles sont décrites un peu différemment par un historien génois qui vivoit alors & qui pouvoit avoir été témoin oculaire. <( La même année « 1271, dit cet historien 3, Alfonse, comte de Poitiers 8c de Toulouse, frère « du roi de France, étant à Naples Si voulant retourner dans son pays, s'em- « barqua sur des galères avec sa femme, fille Si héritière du comte de Touci louse. Il passa sur nos côtes sans vouloir entrer à Gênes 81 débarqua dans (c la place (ou faubourg) de Saint-Pierre d'Aréna j comme il étoit fort mal il « y mourut. Les chevaliers qui étoient à sa suite inhumèrent dans la cathé- « drale de Gênes ses chairs 8c ses intestins 8c, après y avoir célébré ses obsè- « ques, ils apportèrent ses os en France. Sa femme décéda, le jour suivant, « de mort subite; en sorte que plusieurs disoient qu'elle avoit été empoi- « sonnée. » On porta les ossemens du comte Alfonse dans l'église de Saint- Denis où ils"^ turent inhumés, peu de temps après les obsèques du feu roi Louis, son frère. Son cœur fut mis dans l'abbaye de Maubuisson. Quant à la comtesse Jeanne de Toulouse, sa femme, elle fut enterrée dans l'abbaye de Gercy, en Brie, au diocèse de Paris, où elle avoit choisi sa sépulture Se qu'elle avoit fondée au mois d'août-"' de l'an 1269, avec le comte, son mari, pour quarante religieuses. On y voit encore, au milieu du chœur, son tombeau Se son épitaphe où il est marqué qu'elle mourut'^ le jour de l'Assomption. Ce tombeau est de pierre ; elle y est représentée en bosse, enveloppée d'un grand manteau avec une guimpe, la tête couverte d'un voile 8c portant par dessus une couronne qui approche fort de celle des reines de France.
Ainsi moururent, à l'âge de cinquante Si un ans, Alfonse, comte de Poitiers, 81 Jeanne, comtesse de Toulouse, sans laisser postérité. Par leur mort,
ÉJ.orinin. Philippe III, roi de France, recueillit toute leur succession. Il est vrai que t. Ul.p. 5^3. , '' .' ' ,. . , , . , . , '
Jeanne avoit, par son testament, dispose de ses domaines', excepte du comté
■ Geitci Philippl III. — Guillaume de Piiyhui- i855-i856, t. 3, pp. 496, 49^)1 ^'' qu'AIfonse 8c
rens, édit. de Catel, ch. ôi. — Manuscrits de Ba- sa femme moururent à Savona.] lu'^e, n. 261. [Au), lat. 5212.] ■• Gesta Philippi III. — Guillaume de Puylau-
' Guillaume de Puylaiirens, ut supra. rens.
' Caffaro, Annales Genuenses, dans Muratori, ' Gallia Christiana, t. 4, p. 48.5.
SS. rer. Ital. t. 6, c. 553. [Une chronique italienne ^ Montfaucon, Monuments de la monarchie fran-
du treizième siècle, publiée par HuiUard BréhoUes foi'se, t. 2, p. 120. {Bulletin du comité de la langue & de iJùstoire, ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCLXI, c. 1 700.
H ISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXVL T'9~l
' ' An 1271
de Toulouse, qui devoit appartenir à nos rois, conformément au traité de Paris, de l'an 12295 mais cette disposition n'eut pas lieu. Philippe se mit en possession, en vertu du même traité, de tous les pays dont Jeanne avoit hérité du feu comte Raimond, son père; en sorte que Philippe de Lomagne, héritière de cette princesse, avant fait demander au parlement, par le ministère du comte de Saint-Paul, son tuteur, d'être reçue à foi &c hommage pour les domaines de cette succession, elle fut déhoutée de sa demande par un arrêt de l'an 1274. Nos rois ne réunirent toutefois le comté de Toulouse à la couronne qu'en i36i. Philippe III, de même que ses successeurs, gouvernèrent jusqu'alors les différens pays dont ils avoient hérité par la mort de Jeanne, en qualité de successeurs des comtes de Toulouse, comme comtes particuliers de cette ville, & comme si tous ces pays eussent composé un domaine qui leur étoit propre St particulier. C'est ce qu'on voit', entre autres dans la confirmation d'une charte de Raimond le Jeune, par le roi Philippe le Bel, en 1 2g3 ^.
Alfonse, comte de Poitiers Se de Toulouse, fut un prince débonnaire, chaste, pieux, aumônier, juste S< équitable; il ne manquoit d'ailleurs ni de valeur, ni de fermeté. Il marcha sur les traces du roi, son frère, dans la pratique des vertus chrétiennes, S<. il paroît que la comtesse, sa femme, étoit d'un caractère à peu près semblable. Les périls auxquels elle s'exposa dans les deux voyages d'outre-mer qu'elle entreprit avec son mari font voir qu'elle avoit du courage & un fort attachement pour ce prince, lis firent l'un £<. l'autre des charités immenses, soit pendant leur^ vie, soit par leurs dernières dispositions, surtout en faveur des communautés religieuses £<. des hôpitaux. On peut juger jusqu'où alloienl leurs aumônes annuelles par un mémoire qui nous reste, où iM est marqué qu'ils distribuèrent les seuls jours du lundi &. du mardi de la semaine sainte de l'an 1267, huit cent quatre-vingt-quinze livres tournois, somme alors très-considérable. En effet, tous leurs revenus joints ensemble n'alloient en 1207, qu'à quarante-cinq mille livres tournois' ou environ. Trois ans après ils étoient augmentés de sept à huit mille livres. Les trois cinquièmes de ces revenus ou environ provenoient des domaines de
' Voyez tome VIII, Charte;, n. CXXIII, c. 697. ' Cartulaire du comte Alfonse. [JJ. 24 n, pas-
' Plus heureux que celui de Jeanne, le testa- 51m.] — Catel, Histoire Jes comtes de Toîose, p. 3ni
ment d'Alfonse fut exécuté fidèlement. Le Trésor S< suiv. ^ 'i<)^; Mémoires Je l'histoire Ju /^an^ucdoc,
des chartes contient nombre d'actes de Philippe III p. 240 8c suiv.
pour le payement des legs qu'il y stipulait. Ainsi, ■* Trésor des chartes; Toulouse, sac 8, n. 4a. IJ
en janvier 1 276, ce prince donne à un serviteur JtJ-] — D'après les calculs de M. de Wailly cette
de son oncle, Geoffroi Alaman, 8<. à ses hoirs, une somme équivaut à seize mille quatre-vinet-cina
rente perpétuelle de quarante sous (Orig. J. 3o^, francs de nos jours & une fraction. Du reste le
n. 3o) ; en juillet 1273, les exécuteurs testa- tableau des aumônes annuelles d'Alfonse notam-
mentaires d'Alfonse délivrent à Philippe III une ment en 1269, année où, à la vérité il se préoa-
somme de quar.mte mille livres, à prendre sur rait à la croisade, donne des chiffres beaucoup
l'argent légué par le comte in suhsidium Terre plus élevés. M. Boutaric l'a dressé dans son his-
Sancte, à condition pour le roi de l'employer au . toire d'Alfonse, 8c on vcit que chaque année plu-
inéme usage. (J. 3o3, n. 29; original.) On peut sien" milliers de livres tournois éinient consacrées
encore voir d'autres pièces ayant le même objet par ce prince à des usagei pieux. lA. M 1
dans J. 307, n»" 3j, 36. [A. M.] '• To;r.e Vm, Chartes, n. CCXCII, c. 1 278 & suiv