‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 312 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

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la comtesse & le reste de ceux du comte. Ce prince employa, en 1260, vingt mille livres pour la dépense de son hôtel. Celle de l'hôtel de la comtesse monta cette année à peu près à huit mille livres, &. à proportion les années précédentes 8< les suivantes '.

Les domaines de cette princesse comprenoient dans le temps de sa mort ; 1° Le comté de Toulouse, qui renfermoit presque toute la province ecclésiastique de ce nom, 11 étoit partagé^ en dix-sept bailliages & gouverné par un sénéchal, 2" Le Rouergue, divisé en sept bailliages & gouverné aussi par un sénéchal. 3° La partie de l'Albigeois située à la droite du Tarn, composée de sept bailliages, soumise d'abord à la juridiction du sénéchal de Rouergue & ensuite de celui de Toulouse, dont ce pays dépend encore aujourd'hui. 4° L'Agenois divisé en douze bailliages & régi par un sénéchal qui étendoit son autorité sur le Querci. 5° Ce dernier pays, partagé en douze autres bailliages. 6" Enfin le pays Venaissin, ou marquisat de Provence, composé de douze bailliages 8<. gouverné par un sénéchal particulier''. Quant aux domaines d'Alfonse ils consistoient dans le Poitou, l'Auvergne, une partie de la Saintonge & le pays d'Aunis.

Ce prince & la comtesse, sa femme, firent"* des acquisitions considérables S<. augmentèrent considérablement leur domaine immédiat dans le Toulousain, l'Agenois, le Querci, le Rouergue, l'Albigeois &. le Venaissin : ils y firent construire plusieurs nouvelles villes qu'on appella Bastides, savoir : dans le Toulousain, celles de Villefranche, de Calmont, de Salles, de Fousseret, de Gimont, de Cordes, &.c. ; dans le Pvouergue, Villefranche 8c Verfeil; en Agenois, la Bastide de Sainte-Foy, S<.c. Ils dépensèrent trois mille livres tournois pour faire réparer les murs du château Narbonnois de Tou-

■ Boiitaric, djins son livre sur Alfonse de Poitiers, donne des chiffres beaucoup plus exacts, que nous allons lui emprunter. Il divise les recettes en recettes fixes & recettes variables, les premières comprennent les revenus réguliers & constants des bailies, des fermes, &c. ; les autres, les amendes, les confiscations, les droits de mutation, de monnayage, &c. En 12.I8 les premières, déduction faite des dépenses d'administration locale, montèrent à trente & un mille quatre cent soixantehuit livres, valant deux millions huit cent vingt-sept mille francs de nos jours; un autre compte fait monter les recettes totales à quarante-trois mille six cent trente-sept livres, soit trois millions neuf cent vingt & un mille francs. Revenu fort respectable, si l'on songe que sur cette somme Alfonse n'avait à payer que les dépenses d'entfetien de sa maison & de celle de sa femme. — Comme le dit dom Vaissete, ces recettes allèrent toujours en augmentant, & les frais des expéditions d'outre-mer furent couverts au moyen de ressources extraordinaires, tels que fouage, aliénation de domaines, vente de biens aux communautés, &c. — Quant aux dépenses de l'hôtel & de

l'administration centrale, Bouta rie en donne aussi le relevé; elles varient d'année à année, entre vingt-huit & trente mille livres, & quarante-cinq & même cinquante mille. Mais grâce à la bonne administration du comte, il y eut toujours des

excédants qui aboutirent, en 1270, a la somme énorme de trois cent quatre-vingt-cinq mille livres, près de trente-quatre millions, réserve que l'expédition de Tunis dut épuiser complètement.

' Tome VIII, Chartes, n. XCII, c. 1278 & suiv.

' Cf. Boutaric, p. 1 75 & suiv. ; il donne la liste des bailies par sénéchaussées; en Agenais, il en compte douze, y compris celles d'outre-Garonne & de Marmandej en Querci, seize, y compris celle d'outre-Lot; en Rouergue, huit; la sinéchaussée d'Albigeois & de Toulouse comprenait dix-neuf bailies ; le pays \'enai5sin, neuf. Remarquons d'ailleurs que le nombre des bailies varia d'année en année, & que souvent un seul acquéreur prit à ferme plusieurs de ces circonscriptions administratives. [A. M.]

* Voyez tome N'III, Chartes, n. CCCLXVII, ce, I 732 à I ■j'.ii).

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louse, ancien palais des comtes de cette ville, & ils y firent édifier une tour. Enfin on remarque que, pendant seize ans, Alfonse dépensa vingt mille i-j.oripin. livres pour les frais de l'inquisition, qu'il avoit fort à cœur. Aussi sous son gouvernement aucun hérétique n'osa se montrer publiquement dans le pays, 8c les restes de ceux qui y avoient excité tant de troubles sous les comtes de Toulouse, ses prédécesseurs, dont il fut le dernier, ne trouvèrent de sûreté que par la fuite; en sorte qu'à sa mort la Province avoit entièrement repris son ancien lustre &. sa première tranquillité. Ces troubles y introduisirent cependant divers usages S<. coutumes, & y opérèrent un changement total dans le gouvernement; sur quoi nous allons faire quelcjues courtes observations.

LXXXIX. — Mœurs & coutumes des peuples durant le treizième siècle.

Religion. — Clergé.

Lorsque les hérétiques renouvelèrent dans le pays leurs erreurs à la fin du douzième siècle, l'un & l'autre clergé étoit également tombé, comme dans le reste du royaume, dans un grand relâchement. La vie licencieuse des ecclésiastiques servit de prétexte aux sectaires pour les décrier, & comme ces derniers affectoient un air de piété S< de réforme, ils séduisirent plus aisément les peuples. Les fréquens conciles qui furent tenus ensuite dans le pays dressèrent divers canons pour le rétablissement de la discipline séculière Se régulière; &. le concile de Latran, tenu en I2i5, ordonna', par rapport à cette dernière, que les abbés & les prieurs des moines d» chaque province ecclésiastique s'assembleroient tous les trois ans en chapitre général, &c travailleroient à se réformer. En conséquence les abbés ou les prieurs de tous les monastères de l'ordre de Saint-Benoît de la province de Narbonne tinrent une assemblée générale à Saint-Thibéry ^, en 1226, &c y firent divers statuts de réforme qui furent confirmés par le pape.

Les différens ordres religieux ([ui furent institués dans l'Eglise au treizième siècle Se qui s'établirent dans la Province, comme les frères prêcheurs 8c mineurs, les religieux de la Trinité Se ceux de la Merci pour la rédemption des captifs, les carmes, les augustins. Sec, contribuèrent beaucoup, par la ferveur dont les premiers instituteurs étoient animés, à y faire refleurir la religion Se à y réparer les brèches que l'hérésie avoit causées. Les soins que se donnèrent les premiers inquisiteurs aidèrent à déraciner les vices 8e à cultiver la piété; mais on ne sauroit disconvenir que leur zèle n'ait eu d'abord quelque chose de trop amer; en sorte qu'il fallut que les deux puissances se joignissent pour régler leurs procédures Se mettre de justes bornes à leur trop grande autorité.

Les évêques Se les autres prélats firent valoir extrêmement la leur dans ce

' Concilium Lateranense, can. 12 ; le P. Labbe, ' D'Achéry, Spicilegium, t. 6, p, 3o & scq.

t. I 3, ce. 947-fjo.

siècle Se furent fort attentifs à conserver Se à augmenter les privilèges Se le domaine temporel de leurs églises. Ils emi5lo}èrent surtout très-communément les censures contre ceux qu'ils croyoient y donner atteinte, Se firent un usage si fréquent de l'excommunication, qu'il dégénéra en abus, Se que les papes, quoiqu'ils s'en servissent eux-mêmes assez souvent, se crurent obligés d'y mettre ordre. Dans certains diocèses. Se en particulier' dans celui de Maguelonne, on mettoit une bière devant la jiorte de celui que l'évêque avoit frappé d'anathème, Se on jetoit des pierres contre sa maison pour inspirer plus de terreur au peuple^. D'un autre côté les officiers du roi Se des grands vassaux n'eurent pas toujours pour la juridiction des évêques tous les égards que ceux-ci prétendoient leur être dus. Se cela causa quelquefois des disputes assez vives entre les deux puissances. Les ecclésiastiques ne manquoient pas dans ces occasions d'avoir recours au pape. Se on voit entre autres une lettre de Grégoire IX-' au roi saint Louis, pour se plaindre de ce que les habitans du Puy citoient au tribunal de ce prince les chanoines de la cathédrale contre les privilèges des ecclésiastiques qui ne pouvoient être assignés que devant un juge d'église. Or, le privilège clérical étoit alors tort étendu, puisque les clercs, même mariés, en jouissoient. Au reste les curés n'avoient pas la liberté de disposer par leur testament de leurs ettets mobiliaires, ainsi qu'il paroît par une requête"^ présentée, en 1278, à Bernard, évêque d'Albi, par ceux de son diocèse qui lui en demandèrent la permission. On peut avoir remarqué que l'usage s'étoit conservé parmi les gens de condition, durant le même siècle, de fixer la destinée de leurs enfans par leurs dernières dispositions. Se d'ordonner, à ceux qu'ils jugeoient à propos, d'embrasser l'état ecclésiastique ou religieux, avec une certaine somme qu'ils leur léguoient. On continua aussi de se donner à la fin de ses jours pouv/rère ou j-œwr dans quelque communauté, de se faire revêtir avant la mort de l'habit religieux Se de se faire inhumer avec cet habit.

t. ni. p .sj5.

XC. — Autorité du roi dans la Province iS* des grands vassaux.

Avant l'hérésie des albigeois Se la guerre qui en fut la suite les comtes de Toulouse dominoient presque sur toute la Province, Se les grands vassaux y jouissoient paisiblement des domaines Se des droits que leurs ancêtres leur avoient transmis, sans que nos rois se mêlassent que très-peu de leurs affaires. Depuis que les croisés eurent pénétré dans le pays. Se que le fameux Simon de Montfort y eut établi sa domination, nos rois furent plus attentifs à y faire valoir leur autorité, Se ils réunirent enfin à leur domaine près des deux tiers de la Province, soit par la cession (ju'Anuuni, fils de Simon, fit

' \'oyez tome VIII, Ch.irtes, n. CXCIX, c. çiS. la seule fois que l'usage ,-ibusif de rexcomrniinica-

' Cf. plus haut, p. S43, ou nous faisons Ihis- tioii excita le: plaintes des officiers lOyaux. [A. M.]

loire des querelles que cette affaire fit naître entre ^ Archives de l'église du Puy.

les évêques du Languedoc & le sénéchal de Car- ^ Archives de l'église d'Albi. — [Cf. tome V,

cassonne, Pierre d'Auteuil. Ce ne fut pas d'uilK-urs c. i352, n. 12.'.]

en 1226, à Louis VIII, soit plus légitimement par le traité conclu à Paris, en 1229, entre saint Louis & Pvaimond VII, comte de Toulouse. Cette réunion diminua beaucoup de l'étendue du domaine de ce comte; mais elle ne l'empêcha pas d'user encore d'un grand pouvoir dans les pays qui lui restèrent. Aussi Raimond eut-il, de même cjue les comtes de Toulouse, ses prédécesseurs, des otliciers ik une maison ' de prince. Il exerça comme eux une pleine Se entière juridiction sur tous ses sujets, S<. on a vu que le comte Alfonse, son successeur, avoit un parlement dans lequel il jugeoit en dernier ressort toutes les causes qui \- étoient portées des divers pays soumis à sa domination Se à celle de la comtesse, sa temme. Se qu'il jouit des droits régaliens^ dans toute leur étendue-^.

Les principaux vassaux de la Province, qui avoicnt leurs domaines situés dans la partie que les rois Louis VllI S<. Louis IX réunirent à la couronne, tels que les vicomtes de Narbonne Se de Lautrec, les seigneurs d'Uzès, de Lunel, Sec, conservèrent aussi leurs anciens droits, sous l'autorité de ces princes, dont ils devinrent vassaux immédiats par cette réunion ; au lieu c[u'étant soumis auparavant aux comtes de Toulouse, du moins pour une partie de leurs terres, ils n'étoient qu'arrière-vassaux de la couronne. D'autres, comme le comte de Foix, profitèrent des troubles, que la guerre qui se renouvela dans le pays y causa, pour se soustraire à la domination des comtes de Toulouse Se se soumettre immédiatement à celle de nos rois. Enfin quelques évoques ou autres seigneurs ecclésiastiques prirent occasion de ces désordres pour accroître leur puissance temporelle Se étendre le domaine de leurs églises, Se il faut convenir que si un pur zèle de religion anima quelquesuns de ces prélats contre les comtes de Toulouse Se leurs associés, l'intérêt personnel porta la plupart des autres à les poursuivre sans miséricorde, sous le spécieux prétexte qu'ils favorisoient les hérétiques.

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