Origine £• progrès de l'hérésie dans lu Province
LF.S hérétiques qui donnèrent occasion, en ii65, à la célébration du concile de Lomhers, en Albigeois, tiroient leur origine' des manichéens d'Arménie qui, cherchant à faire des prosélytes, pervertirent, vers la fin du neuvième siècle, une partie des Bulgares nouvellement convertis à la foi chrétienne*. Quelques-uns d'entre ces derniers passèrent dans
• Bossnet, Hi noire des var'ratloni,l. il. — Fleury, des patriarches grecs de Constantinople, les églises
Uiitoire ecclésiaiti<juc, 1. 32, n. |8. slaves, formées dans le courant du neuvième siè-
' L'origine orientale de la secte albigeoise est cle, furent en proie à de grandes dissensions. Doun fait absolument certain, & tous les auteurs tées par les papes du privilège si envié de garder modernes s'accordent pour faire naître ces doc- une liturgie particulière & d'officier dans la lantrines dans les couvents gréco-slaves du bassin du gue nationale, elles ne purent en user, & de là Danube. Un auteur de notre temps, dont nous une guerre sourde entre les partisans delà lituraurons plus d'une fois occasion de citer les tra- gie latine & ceux des rites nationaux. Mêlées Taux, le docteur Schmidt [Histoire & doctrine de la d'ailleurs aux populations païennes, encore nomsecie des cathares & des albigeois, deux vol. in-8", breuses dans cette partie de l'Europe, & dont la Paris & Genève, 1849), a essayé de préciser cette conversion fut assez longue, ces nations subirent origine, & les conclusions auxquelles il est arrivé l'influence de leurs dogmes polythéistes, en même offrent assez de vraisemblance pour que nous de- temps que de l'empire byzantin leur venaient vions en donner un court résumé. toutes les hérésies dont fourmillaient les couvents
M. Schmidt rattache les hérétiques cathares, grecs. Au nombre de ces hérésies était le mani-
albigeois, &c. de l'Occident aux sectes dissidentes chéisme que les pauliciens d'Arménie avaient ap-
qui s'étaient formées dans le bassin inférieur du porté en Macédoine, & qui fit de rapides progrès
Danube. Placées entre l'influence des p.ipes & celle dans tout l'empire grec. Tiaisportcci au dixièiv.c
Éd.origin.
i. ni, p. 1.
An 1 i6fi
Ail I \6b
la suite en Italie où ils portèrent leurs erreurs. D'Italie cette hérésie vint en France au onzième siècle, sous le règne du roi Henri I, qui fit brûler à Orléans plusieurs de ces manichéens. Us eurent le même sort dans le Toulousain 8t dans les autres provinces où ils s'étoient répandus. Leur secte y demeura depuis, sinon éteinte du moins cachée, jusqu'à ce que Pierre de Bruis 8c Henri, son disciple, l'ayant renouvelée vers le commencement du siècle suivant, dogmatisèrent publiquement. On a rapporté ailleurs' de quelle manière ce dernier séduisit une partie des peuples du Toulousain Si des environs, & les travaux ilu cardinal Albéric, légat du pape Eugène HI, & de Kd.origin. 52i„t Bernard, qui £rent un voyage sur les lieux pour extirper ses erreurs. Par malheur, malgré tous les soins de ces hommes apostoliques, les hérétiques se conservèrent dans le pays; ils y prirent bientôt après de nouvelles forces & s'étendirent sous différens noms, non-seulement dans les provinces voisines, mais encore dans presque toute l'Europe.
Un ancien auteur^ rapporte que les disciples d'Henri, faisant de grands progrès en ii5i, surtout en Gascogne, Dieu suscita une jeune fille qui disputa contre eux & en ramena plusieurs à la foi catholique. Leurs erreurs passèrent, avant^ l'an 1160, de Gascogne dans toute la Gaule, l'Espagne, l'Italie 8t l'Allemagne, £<. jusque dans les îles Britanniques où elles furent condamnées la même année dans un concile tenu à Oxford. Celui de Tours'*, de l'an ii63, auquel assistèrent dix-sept cardinaux, cent vingt-quatre évoques & plus de quatre cens abbés, avec le pape Alexandre III qui y présida, dressa en ces termes son quatrième canon contre les mêmes hérétiques : « Une damnable hérésie s'est élevée depuis longtemps dans le pays de Tou- « louse d'où elle a gagné peu à peu la Gascogne & les autres provinces, Si « a infecté plusieurs personnes. C'est pourquoi nous ordonnons, sous peine « d'excommunication, aux évcques 8c aux ecclésiastiques du pays d'y apporter « toute leur attention Se d'empêcher qu'on ne donne retraite aux hérétiques « Si qu'on n'ait commerce avec eux, soit pour vendre, soit pour acheter. » Il est ordonné ensuite aux princes catholiques d'emprisonner ceux de ces sectaires qu'on découvriroit 8c de confisquer leurs biens; « 8c parce que, est-il
siècle dans la Dalmatie, ces doctrines hétérodoxes tie sur l'interprétation personnelle des Écritures
ne tardèrent pas à passer en Italie & de là en par les fidèles, cette liberté laissée à l'action indi-
France. viduelle dut amener de grandes divergencss entre
Ce fut une femme italienne qui les fit connaître les opinions, de même qu'au seizième siècle, du
»ux hérétiques brûlés à Orléans en 1022. jour où Luther eut remis la Bible entre les mains
Au onzième siècle le manichéisme avait gagné de tous, chacun put se créer une doc- trine pnrii-
toute la Lombardie, que les guerres civiles cnlc- culière. [A, M.]
vaient à la surveillance des papes. En même temps 'Voyez tome III de cette édition, 1. XVII,
d'autres missionnaires hérétiques allaient par l'Ai- n. lxxiv, p. 741 & suiv. leraagne & les bords du Rhin gagner à leur foi la ' Math. Parisiensis, nd ann. i i5i.
Flandre, les Pays-Bas & le centre de la France. ' Cuillelmus Neubrigensis, Rerum An^llc^rum,
C'est sans doute à ces origines diverses qu'il faut 1. 2, c. i3.
attribuer en partie la confusion qui régnait dans ■* Le P. Labbc, Conciliorum colhetlo, &.c. t. 10,
toutes ces doctrines, la plupart fort incohérentes. c. i^ip. Ajoutons que la doctrine cathare reposant en par-
« ajouté dans le canon, ils se rassemblent souvent de divers endroits, on fera <c un& recherche exacte de leurs conventicules, qu'on détendra sévèrement, n Le sommaire de ce canon est ainsi conçu ; Que tous évitent le commerce des hérétiques albigeois. Cela prouveroit que le nom d'albigeois étoit déjà alors en usage pour désigner ces hérétiques, s'il ne paroissoit d'ailleurs que ce sommaire a été dressé longtemps après. En eftet, le nom d'albigeois n'est' employé dans ce sens que dans des monumens bien postérieurs.
Enfin ces mêmes hérétiques avoient fait, en ii63, de grands progrès dans le Périgord, suivant le témoignage d'un auteur contemporain^ qui décrit leurs mœurs de la manière suivante : « Ces faux prophètes prétendent mener « une vie apostolique 8< imiter les apôtres. Ils prêchent sans cesse, marchent « nu-pieds, prient à genoux sept fois par jour & autant pendant la nuit; « ils ne veulent recevoir d'argent de personne, ne mangent point de viande Il & ne boivent pas de vin, & se contentent de recevoir leur simple nourrice ture; ils disent que l'aumône ne vaut rien, parce que personne ne doit « rien posséder; ils refusent de participer à la sainte communion, prétendent « que la messe est inutile. Se déclarent qu'ils sont prêts à mourir 6c à souffrir « le dernier supplice pour leur croyance. Ils font semblant d'opérer des pro- K diges, &c. Ils sont au nombre de douze principaux, sous la conduite d'un Il chef nommé Pons. » C'est de ce nombre de douze que ces imposteurs se firent appeler apostoliques.