‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 84 sur 342 · II. — Concile de Lomhers · texte numérisé non relu

II. — Concile de Lomhers

Les évêqucs & les seigneurs de la Province voulant arrêter les progrès de l'erreur, conformément au ^ concile de Tours, s'assemblèrent vers le mois de mai"* de l'an ii65, à Lombers, petite ville du diocèse d'Albi, dont les habitans, entre lesquels il y avoit plusieurs chevaliers, protégeoient les hérétiques. Il paroît que Guillaume, évêque d'Albi, procura la tenue de cette assemblée à laquelle se trouvèrent^ avec lui Pons d'Arsac, archevêque de Narbonne, les évêques Aldebert de Nimes, Gaucelin de Lodève, Gérard de Toulouse, S< Guillaume d'Agde ; & huit abbés dont quatre étoient du diocèse d'Albi, savoir : Roger de Castres, Henri de Gaillac, Pierre d'Ardorel, £< celui de Candeil dont on ne marque pas le nom. Les quatre autres abbés étoient Raimond de Saint-Pons S< Alphonse de Fontfroide, au diocèse de Narbonne, Raimond de Saint-Guillem, dans celui de Lodève, S< Pierre de Cendras, dans celui de Nimes. Les prévôts des cathédrales de Toulouse £<. d'Albi, avec les archidiacres de Narbonne 6c d'Agde, 8i plusieurs autres ecclésiastiques v assistèrent aussi. Quant aux seigneurs séculiers, Constance, sœur du roi Louis le Jeune, Se femme de Raimond V, comte de Toulouse, s'y trouva avec

■ Voyez tome VII, Uote XIII, p. 3.'5. ' Le P. Labbe, Concillorum cotlcctio, &c. t. lo,

'Annal, abhat, Mjrgar. — M.ibillon , Vctcru c. 1470. analecta, t. 3, p. 4')-/. — Pngi , ann. 11 63, n. 3 * Voyez tome VII, Note I, p. 1,

& seq. 5 nu.

An 1 165

An I lOJ

T\enca.vQ\, vicomte (& non pas comte comme quelques ' modeines l'ont avancé) uuriil'I d'Albi, de Béziers, de Carcassonne St de Razès; Sicard, vicomte de Lautrec, 8<, Isarn de Dourgne. Ce dernier prenoit son surnom d'un château situé dans l'ancien Toulousain, & aujourd'hui dans le diocèse de Lavaur, Il en partageoit la seigneurie avec ses frères j ils en avoient hérité de Pons, leur aïeul.

Une foule de peuple accourut de tous les environs à cette assemblée. Elle nomma d'abord^ des députés ou commissaires pour disputer contre les hérétiques qui se faisoient appeler hons-liommes ik qui avoient à leur tête un nommé. Olivier. On choisit pour cela les évêques d'Albi & de Lodève, les abbés de Castres, d'Ardorel & de Candeil, &. un ecclésiastique nommé Arnaud de Beben. L'évêque de Lodève interrogea ensuite les hérétiques au nom de l'évêque d'Albi qui, comme diocésain, avoit la principale autorité sur eux, & leur demanda s'ils recevoient la loi de Moïse &. les autres livres de l'Ancien Testament : ils répondirent qu'ils n'admettoient que le Nouveau. Puis il les interrogea sur divers articles de la foi; mais ils s'excusèrent de répondre, à moins qu'ils n'y fussent contraints, ou s'expliquèrent d'une manière ambiguë. Enfin l'assemblée ayant écouté tout ce qui fut dit de part 8c d'autre, on fit silence 8c l'évêque de Lodève prononça le jugement au nom de l'évêque d'Albi 8c de ses assesseurs. Il déclara que ceux qui se faisoient appeler bons-hommes étoient hérétiques. « Je condamne, ajouta-t-il, la secte « d'Olivier 8c de ses associés, qui tiennent le sentiment des hérétiques de « Lombers, quelque part qu'ils soient, suivant l'autorité des écritures. » Il rapporta ensuite plusieurs passages du texte sacré pour réfuter les erreurs des sectaires, qu'il partagea en six articles. Les hérétiques se récrièrent beaucoup contre cette sentence : ils prétendirent qu'elle étoit injuste 8c qu'ils ne pouvoient être jugés par l'évêque de Lodève qui étoit, disoient-il's, leur ennemi, un hérétique, un faux pasteur 8c un hypocrite. C'est la raison pour laquelle, ajoutèrent-ils, nous n'avons pas voulu lui rendre compte de notre foi; mais nous offrons de prouver, par les évangiles 6* les épitres, qu'il n'est pas un pasteur légitime, non plus que les autres prêtres 8c évêques, 8c qu'ils sont tous des mercenaires : a Ma sentence est juridique, répliqua ce prélat; je suis « prêt de la soutenir en la cour du pape Alexandre, en celle de Louis, roi « de France, en celle de Raimond, comte de Toulouse, ou de sa femme qui K est ici présente, 8c enfin en celle de Trencavel qui est aussi présent. » Ce dernier, en qualité de vicomte d'Albi, avoit la principale autorité temporelle clans le pays, après le comte de Toulouse qui en possédoit le comté.

Les hérétiques se tournant alors vers le peuple : Écoute-^, dirent-ils, gens de bien, notre profession de Jbi. Ils parlèrent ensuite sur les articles contestés, comme les catholiques; mais l'évêque de Lodève leur ayant proposé de faire serment qu'ils croyoient de cœur ce qu'ils venoient de confesser de bouche,

■ Langlois, Histoire Jes croisades contre les a.lii- ' Le P. L;il)be, Concilicrum coUcctio, S<.c. t. lo,

geois, l. I, p. 32. c. H70.

An iiCo

ils le lefuscrent, sous prétexte qu'il n'étoit pas permis de faire serment, suivant levangile 6- les épitres, en quoi ils erroient manifestejnent. Aussi furent-ils condamnés de nouveau par l'évêque de Lodève qui prouva par divers passages du Nouveau Testament que le serment étoit permis, &, qu'étant notés d'hérésie, ils dévoient s'en purger par serment.

Ces prétendus bons hommes, se voyant convaincus sur ce point, s'excusèrent de faire le serment qu'on leur demandoit, sous prétexte que l'évêque d'Albi leur avoit promis de les en dispenser. Ce prélat se leva aussitôt 8c, leur ayant donné un démenti formel, il confirma par son suffrage la sentence prononcée contre eux par l'évêque de Lodève, & défendit aux chevaliers de Lombers, en vertu de l'engagement qu'ils avoient pris avec lui, de protéger les sectaires. Les abbés de Castres, d'Ardorel & de Candeil, 8c Arnaud de Beben, commissaires, confirmèrent ensuite la sentence; elle fut souscrite après eux, en présence de tout le peuple, par l'archevêque de Narbonne, les autres évêques, abbés 8c ecclésiastiques; par le vicomte Trencavel; par Constance, qui se qualifie sœur du roi de France 6- femme de Raimond, comte de Toulouse, 8c qui souscrivit immédiatement après Trencavel ; par Sicard,. vicomte de Lautrec, 8c enfin par Isarn de Dourgne.

C'est ainsi que les hérétiques henriciens, connus alors sous le nom de hons-hommes, furent condamnés en ii65, dans le concile de Lombers, petite Éd.crisin.

• . . 't. lu, p, .1,

ville située à deux lieues d'Albi, vers le midi Se les frontières du diocèse de Castres, 8c non à Lombez sur la Save, dans le Toulousain, comme quelquesuns de nos critiques' les plus célèbres l'ont cru. La plupart des modernes se sont trompés' aussi en rapportant ce concile à l'an 1176. Un des plus habiles d'entre eux^ remarque à cette occasion que les originaux du concile de Lombers prouvent que les hérétiques qui y furent condamnés étoient des manichéens, puisqu'ils rejetoient l'Ancien Testament 8c condamnoient le mariage. Du reste, nous n'entrerons pas ici dans le détail des autres erreurs qu'ils soutenoient ou que différents auteurs leur attribuent, il nous suffira de dire en général qu'ils étoient presque tous extrêmement ignorans Se qu'ils n'avoient pas proprement de système uniforme, quoique le fond de leurs erreurs fût le pur manichéisme.

IlL — Concile de Capestang,

Il paroît que Pons, archevêque de Narbonne, confirma, au mois de juillet de l'an 1166, à Capestang, petite ville de son diocèse, la condamnation qu'il avoit déjà faite des hérétiques au concile de Lombers. Nous savons du moins que ce prélat, Pons, évêque de Carcassonne, Guillaume, évêque d'Agde, Jean, évêque de Maguelonne, 8c plusieurs abbés 8c ecclésiastiques du second ordre s'assemblèrent "* alors dans ce lieu où Bérenger de Sallèles ratifia en

■ Bossuet, Histoire Jes variations, 1. il, — Pngi, ' FIciiry, Histoire ecclhlaslique, 1. 62, n, 61.

ad ann. 1 176, n, 1. * Archives de l'église dt Narbonne.

' Voyez tome VII, Noff T, p. i.

Au II 65

leur présence une donation que son aïeul 8t son père avoient faite aux religieux du prieuré de Sallèles, dépendant de l'abbaye de Moissac.

IV. — Ces hérétiques nommés albigeois. — Origine de ce nom. — Leurs

nouveaux progrès.

Quant au nom d'albigeois, qui fut donné aux hérétiques condamnés au concile de Lombers, quelques auteurs croient que ce fut à cause qu'ils étoient . en plus grand nombre dans le diocèse d'Albi que partout ailleurs'. Mais il est certain qu'on ne commença à leur donner ce nom qu'en 1208 8<. dans le temps de la croisade qu'on publia contre eux. Or, comme ils étoient alors pour le moins aussi nombreux dans le Toulousain, les diocèses de Carcassonne 8c de Béziers & divers pays de l'Aquitaine, que dans l'Albigeois proprement dit; il nous paroît qu'on les appela albigeois parce qu'ils avoient été d'abord condamnés dans le diocèse d'Albi. Aussi nommoit-on, au treizième siècle, parties d'Albigeois presque tout le haut Languedoc & les pays voisins, à cause que ces sectaires y étoient également répandus. D'autres entre lesquels* est le célèbre M. de Thou, prétendent que ce n'est pas du pays d'Albigeois, en Aquitaine, mais du Vivarais, dont l'ancienne capitale s'appelloit Albe, que ces hérétiques prirent leur nom; mais ce sentiment ne paroît^ avoir aucun fondement solide.

La condamnation de ces sectaires au concile de Lombers n'empêcha pas leurs progrès, tant dans la Province que dans les pays étrangers'*, 8c ils s'étendirent surtout en Bourgogne 8c en Flandres, sous le nom de poplicains. Quelques-uns d'entre eux ayant été pris à Vézelai, en 1167, les archevêques de Lyon 8c de Narbonne, l'évêque de Nevers Se plusieurs abbés s'assemblèrent dans cette abbaye 8c les convainquirent de n'admettre que la seule essence divine ; c'est de là sans doute que divers anciens les appellent ariens. Ils furent convaincus aussi de rejeter le baptême des enfans, l'eucharistie 8c le jnariage, 8c de plusieurs autres erreurs : les uns se convertirent, les autres refusèrent de faire abjuration 8c furent brûlés 5 vifs.

On assure<5, sur l'autorité d'un monument qu'on prétend ancien, que les hérétiques s'étant accrus extrêmement dans le Toulousain ils tinrent en 1167 un conciliabule général de leur secte à Saint-Félix de Caraman, à cinq lieues de Toulouse, que leur prétendu pape, appelé Niquinta, présida à l'assemblée

' Voyez tome vu , Kote XllI , p. 33. — Re- e'iîegSum, t. 3, p. 644. — Diicliesne, Hlstônac Franc.

marquons pourtant que le sommaire du concile de SS, t. 4, p. 720.

Tours de 1162 (Voyez plus haut, n. i) porte les ^ Le P. Labbc, BlbUothcci nova monuscnftorum,

hérétiques albigeois. Il est vrai que dom Vaissete t. i, p. Sny.

dit que ce sommaire a été rédigé postérieurement. « Besse, Histoire des ducs, marquis & comtes de

Nous ignorons sur quoi il se fonde pour parler Narhonne, pp. 042 & 4S3. — Percin, Notae in

ainsi. [A. M.] haereScm Aliigcnsium, part. I. — Voyez tome VII,

' Voyez tome VII, Note XIII, p. 33. Note I, n. 4. —Voyez la remarque que nous avons

3 rt ■ j . , * ^

•"'"'• ajoutée à ce que dom Vaissete dit de ce concile,

' D'Achéry, Historii Fir^ehcensis, dans le Spi- tome VII, p. 4, c. 2.

An Ii6j

à laquelle se trouvèrent les députés des hérétiques de France, de Loinbardie, de l'Albigeois, du Toulousain, de Carcassonne 8<. de la vallée d'Aran, en Gascogne; que ce prétendu pontife consacra alors un évêque, nommé Bernard- Raimond, pour ceux du Tioulousain ; qu'il en ordonna d'autres pour les églises de Carcassonne, d'Aran, d'Albigeois, de France & de Lombardie, & qu'il déclara que ces évêques seroient indépendans les uns des autres. Ensuite les églises de Toulouse 8c de Carcassonne choisirent, dit-on, chacune huit commissaires pour régler les limites de leurs diocèses; celui de Toulouse eut la même étendue que le diocèse catholique de cette ville, qui comprenoit alors tout ce qui est renfermé aujourd'hui dans la province ecclésiastique de ûâ. oiigin. Toulouse, 8c on assigna au diocèse de Carcassonne tout le reste de la province de Narbonne.

V. — Raîmond, comte de Toulouse, se sépare de Constance, sa femme.

Constance fit un voyage k la cour du roi Louis le Jeune, son frère, peu de temps après avoir assisté au concile de Lombers. Il paroît' qu'elle se sépara alors entièrement de Raimond V, comte de Toulouse, son mari, de qui elle avoit reçu divers sujets de mécontentement Se qui ctoit alors en Provence, 8c qu'elle ne le rejoignit plus le reste de ses jours. Elle se plaignoit de ce que ce prince n'avoit pas pour elle tous les égards qui lui étoient dus 8c de ce qu'il avoit des maîtresses. C'est ce que nous voyons par divers monumens, entre autres par les lettres qu'elle écrivit au roi Louis le Jeune, son frère. Dans l'une*, elle le prie très-î'nstammcnt de la secourir au plus tôt, ne pouvant plus supporter son malheur; elle lui recommande un chevalier, nommé Gui, « qui est parfaitement instruit, ajoute-t-elle, de tous mes secrets 8c qui (( vous fera part de la nécessité où je me trouve. » Dans une autre ^ lettre elle se réjouit d'en avoir reçu une de ce prince. « Si vos promesses, lui ditti elle, sont bientôt accomplies, elles me rendront heureuse, de malheureuse <| que je suis depuis longtemps. J'appréhende cependant que vos envoyés 8c « les miens ne me trompent, 8<, pour dissiper entièrement ma crainte, je « vous supplie de ne pas oublier votre infortunée sœur. » Enfin elle lui écrivit la lettre suivante* : « A son très-cher père 8c vénérable seigneur, Se « son très-cher frère Louis, par la grâce de Dieu roi des François, Cons- « tance, comtesse de Saint-Gilles, salut, mais surtout affection. Je vous fais « savoir, comme à celui en qui je mets toute mon espérance après Dieu, que « le même jour que Simon, notre domestique, est parti d'auprès de moi, j'ai « quitté l'hôtel 8c me suis rendue dans un village, en la maison d'un certain « chevalier, car je n'avois ni de quoi manger, ni de quoi donner à mes ser- « viteurs. Le comte n'a aucun soin de moi 8c ne me fournit rien de son K domaine pour mes besoins. C'est pourquoi je supplie votre altesse, si les

' Voyez tome Vil, Vole II, p. 5. • Diichesrte, Hiit. Franc, f. 4, p, jiô, ep. ^5o.

' Duchcsn», fiistoriac Franc, t. 4, p. 712. * IbiA. ep. 44'j.

An 1 165

« ambassadeurs qui vont à la Cour vous disent que je suis ijien, de n'y pas

« ajouter foi; la chose est telle que je vous la mande, 8t si j'avois osé vous

« écrire, je vous aurois fait un plus long récit de mes malheurs; adieu. »

Constance alla peut-être joindre le roi, son frère, en Auvergne, dans le temps

que ce prince fut occupé, en' ii65, dans cette province, à une expédition

contre les comtes du pays 8i le vicomte de Polignac.

VI. — Expédition du roi Louis le Jeune en Auvergne contre les comtes d'Auvergne i- du Puy, 6- le vicomte de Polignac,

Guillaume VI, comte d'Auvergne, descendoit des^ anciens vicomtes de Clermont, à qui les comtes de Toulouse, ducs d'Aquitaine, avoient inféodé les comtés d'Auvergne & de Vêlai, & qui depuis avoient pris le titre de comte. Il eut deux fils, Robert III, qui lui succéda dans le comté d'Auvergne, & Guillaume VHP. Pvobert III fut père de Guillaume VII, qui devoit naturellement lui succéder; mais Guillaume VIII, oncle paternel de ce dernier, lui disputa la succession, s'empara de l'Auvergne, prit le titre de comte du pays, & ne laissa qu'une partie du domaine de sa maison à Guillaume VII, qui la posséda sous le nom de comte du Puy^^ parce que les biens qui lui furent laissés étoient situés en partie dans le Vêlai, qui étoit encore alors uni avec le comté d'Auvergne.

Guillaume VII Si Guillaume VIII, qui sont qualifiés assez souvent tous deux ensemble comtes d'Auvergne dans les monumens^ du temps, s'étant unis, après avoir pacifié leurs querelles domestkjues, commirent une infinité de brigandages'' dans les domaines des églises de l'Auvergne & du Vêlai; tandis que d'un autre côté Pons, vicomte de Polignac, ayant enfreint'' la paix qu'il avoit conclue en 1162, à Souvigni, en présence du roi, avec l'évêque du Puy, vexoit ce prélat^, l'abbaye de la Chaise-Dieu Si les autres églises du pays. Si continuoit d'exiger les péages à la levée desquels lui Si son père avoient si souvent Si si solennellement renoncé.

La crainte des foudres de l'Eglise avoit engagé Guillaume VIII, lorsque le pape Alexandre III passa à Clermont', de s'accommoder avec l'évêque de cette ville. Le pape confirma alors cet accord par une bulle datée de la même ville, le 19 d'août; ainsi cette bulle appartient à l'an 1162 81 non pas à î'\n"o'"6 ''^^ 'i65, comme un moderne '° l'a avancé. Alexandre n'eut pas plutôt quitté l'Auvergne que Guillaume VIII, son fils Robert Si le comte du Puy, son neveu, recommencèrent leurs courses. Ils ravagèrent entre autres la ville de

' Voyez tome VII, Note III, p. 8. " Duchesne, ffislori.:e Franc, t. 4, pp. 417, rtop,

* Voyez tome II, ?/ote XVII, p. 42. 631,671,631,689.

^ Baluze, Histoire généalogique lie Ici maison d'Au- ' IhiJ. p. 417. — B.nluze, Histoire généalogique

fergne, t. 1, p. 59 & suiv. rfe la maison d'Auvergne, t. 2, p. 66.

* Duchesne, Historiae Franï. t. 4, p. 417. — * Duchesne, Historiac Franc, p. 682.

Voyez tome II, Note XVII, p. 42. » Baliize, Histoire généalogique de la maison d'Ju-

' Duchesne, Historiae Franc, t. 4, pp, 608, 63 1, vergne, t. 2, p. 65. 675 & suiy. '" Ibid.t. \, ip. 60.

Brioude 8c les domaines' de l'abbaye de ce nom avec Pons, vicomte de Polignac, le comte de Rodez & divers autres seigneurs 8c chevaliers qu'ils s'étoient associés 8c dont ils avoient formé une petite armée. Ces nouveaux désordres excitèrent de nouvelles plaintes de la part de l'évêque de Clermont &c de l'église de Brioude; 5c s'étant adressés au pape, le pontife excommunia^ les deux comtes d'Auvergne 8c le vicomte de Polignac par une bulle datée de Paris, le 20 de mars de l'an ii63. Guillaume VIII chercha alors à faire sa paix, £c, étant allé trouver le pape Alexandre III à Tours, il fit tant par ses promesses qu'il obtint son absolution^, vers le commencement du mois de juin suivant. Comme sa pénitence n'étoit que feinte, il renouvela bientôt après avec le comte du Puy, son neveu, 8c Pons, vicomte de Polignac, leurs anciens brigandages dans les domaines des évêques de Clermont 8c du Puy, Se des abbes du pays qui, ne trouvanf* aucun remède à leurs maux, firent un voyage à la Cour pour exposer au roi Louis le Jeune leur triste situation. Ils sollicitèrent ce prince avec tant d'instance de venir à leur secours que Louis, se laissant toucher par leurs prières, les prit sous sa protection, se mit à la tête d'une armée, s'avança vers l'Auvergne 8c arriva enfin à Biioudc''.

Les deux comtes 8c le vicomte de Polignac eurent la témérité de prendre les'^ armes 8c de résister au roi; mais ce prince les eut bientôt défaits, ' 8c, après les avoir fait prisonniers, il les emmena avec lui Se les tint en prison.

Les comtes d'Auvergne, pour en sortir, eurent recours k Henri II, roi d'Angleterre, dont ils se prétendoient vassaux Se qui les réclama' en cette qualité; mais Louis les retint toujours jusqu'à ce qu'ayant donné des marques suffisantes de repentir, Se promis solennellement de ne plus vexer les églises du pays, il leur rendit la liberté^. Les deux comtes Se le vicomte de Polignac, leur associé, gardèrent fort mal leurs promesses Se ne demeurèrent pas longtemps sans commettre de nouvelles hostilités contre les églises de l'Auvergne Se du Vêlai.

VII. — Union du comté de Vêlai au domaine des évêques du Puy.

Guillaume VIII se brouilla cependant de nouveau avec Guillaume Vil, son neveu, au sujet du comté d'Auvergne qu'il avoit usurpé sur lui. Leur querelle engagea le roi d'Angleterre' à venir en Auvergne, en 1167, à la tête d'une armée, pour les mettre d'accord comme leur suzerain; mais Guillaume VIII manqua de se trouver au rendez-vous qu'on lui avoit marqué 8c se mit sous la protection du roi Louis le Jeune, tandis que le comte du Puy, son

' Duchesne, Hlstorlae Franc, p. tfo8 & seq., • Diichesne, Hiitcrtete Franc, p. 653.

p 58i. ^ liid. p. 417,

' nu. p. 608. ' liid. p. 731.

' liij. p. 619. • tbiJ. pp. 671, 675 & suiv.

* Ihid. p. 415. ^ Robcrtus de Monte, Chronicon, p. j66.

An 1 166

neveu, demeura sous celle du roi d'Angleterre '. Le premier se maintint par là dans la paisible possession du comté d'Auvergne qu'il transmit à ses descendants; il paroît que le roi confisqua alors le comté du Puy ou de Vêlai sur l'autre & l'unit^ au domaine des évêques du Puy. Ces deux comtes s'accommodèrent3 dans la suite, 6< Guillaume VIII céda enfin à Guillaume VII, son neveu, une partie de l'Auvergne, que ses successeurs possédèrent sous le nom de dauphiné d'Auvergne ou de comté de Clermont.

VIII. — Origine de l'abbaye de Douhe, en Velal, b de celle de la Capelle,

au diocèse de Toulouse.

Pierre, évêque du Puy, profita de la prison des comtes d'Auvergne 8c du vicomte de Polignac pour travailler à la réformation des églises de son diocèse. L'abbaye de Saint-Jacques de Douhe, qui étoit alors habitée par des chanoines réguliers & dont on rapporte "* l'origine à l'an ii38, en avoit entre autres un extrême besoin. Pierre voulant y établir la réforme de Saint-Victor de Paris l'offrit^, vers l'an 1 165, à Etienne, abbé de Saint-Euverte d'Orléans, connu sous le nom d'Etienne de Tournay, parce qu'il fut évêque de cette ville. On ne voit pas que ce dessein ait été exécuté; mais cela prouve que l'ordre de Prémontré n'étoit pas encore alors établi dans l'abbaye de Douhe. Il V fut introduit bientôt après par le même évêque du Puy, & on prétend que le pape Alexandre III confirma"^ cette introduction par une bulle datée de Viterhe au mois de janvier de la quatrième année de son pontificat ; on n'a pas fait attention que ce pape passa toute la quatrième année de son pontificat en France, Se que les lettres d'Etienne de Tournay, où il est parlé du projet de cette réforme dans l'abbaye de Douhe, sont postérieures à cette ncj.origin. tiate. H paroît donc que les Prémontrés ne furent introduits dans l'abbaye de Douhe qu'après l'an ii65, & que ce fut seulement le i5 de juillet de l'an 1167, car on voit'' que Pierre, évêque du Puy, établit, cette dernière année, les chanoines réguliers dans cette abbaye. Au reste, c'est une des plus anciennes de l'ordre de Prémontré en Languedoc; elle est encore gouvernée par un abbé régulier. Si située sur une éminence qui domine le bord de la Loire, à une lieue du Puy, vers le sud-est. Elle a cinq pj'ieurés en Vêlai ou en Vivarais sous sa dépendance, 8t l'abbé, entre autres privilèges, a celui de siéger dans la cathédrale du Puy, après les quatre premières dignités.

L'abbaye de la Capelle, au diocèse de^ Toulouse, du même ordre de Prémontré, qui fut fondée en 1143 par Bernard Jourdain, seigneur de l'Isle, est par conséquent plus ancienne que celle de Douhe. Jourdain de l'Isle, fils du

' EaUize, Histoire généalogique Je la maison tl'Aù- ' Stepliamis Torilacensis, ep. 19 & îo, p. 287.

vergne, t. 1, p. 66 & siiiv. — . Mnrténe, Veterum SS. amplissima colhclio, t. 6,

' Voyez tome IV, Note XVII, pp. 89, 90. p. 237.

' Baluze, Histoire généalogique de la maison il'Ju- ^ Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, p. 770;

vergne, t. i, p. 66 & siiiv. ' Ibid. p. 706.

< GMia Christiana, ilOY. cd, t. 2, p, 769 & suiv. » Archives de l'abbaye de la Capellej

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX. ii

fondateur, y fit beaucoup de bien en it6i & ii63; elle subsiste sur la Garonne, à la gauche de ce fleuve, à une lieue au-dessus de Grenade, dans le domaine des anciens seigneurs de l'Isle-Jourdain.

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