‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 91 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

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'~. 5o HISTOIRE GÉNÉrxALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX.

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protecteur de Bertrand Pelet qui, de son côté, lui fit donation du comté de Melgueil, & aux comtes de Barcelone, ses successeurs. Alphonse donna ensuite ce comté en fief à Bertrand, sauf les domaines du seigneur de Montpellier, avec tous les droits qu'il y avoit, tant pour raison des dépenses que son père &; son oncle paternel y avoient faites que pour tout autre titre. Raimond-Gaucelin de Lunel, beau-frère du seigneur de Montpellier & plusieurs autres seigneurs, la plupart Catalans, furent présens à cet acte; mais, malgré la protection du roi d'Aragon, Bertrand Pelet fut obligé bientôt après d'abandonner ses prétentions sur le comté de Melgueil.

11 paroît qu'Alphonse chercha en même temps à étendre sa domination sur la vicomte de Narbonne, car nous avons une de ses chartes", datée du 21 de juillet de l'an 1172, régnant Louis, roi de France, par laquelle il prend sous sa protection l'abbaye de Fontfroide, au diocèse de cette ville, lui confirme tous ses domaines, entre autres ce qu'elle possédoit par la donation d'Aymeri, vicomte de Narbonne, £- d'Ermengarde, sa fille, St lui accorde divers privilèges avec l'exemption de leude & de péage dans ses Etats ^.

XLVI. — Union du Roussillon au domaine des comtes de Barcelone &• rois

d'Aragon.

Alphonse se qualifie dans cet acte roi d'Aragon, comte de Barcelone, marquis de Provence &• comte de Roussillon : preuve que Guinard ou Gérard, ^Éd.^origm. [lernier comte de ce pays, étoit alors décédé, 8<. que son testament est du 4 de juillet de l'an 11 72, ainsi qu'il est daté dans une édition^ qui en a été donnée, 8c non pas de l'an iiyS, comme le suppose un moderne"* qui, sans aucune autorité, ne fait mourir^ ce comte qu'au mois de juin de l'an 11 78, tandis qu'il rapporte lui-môme une charte^ datée de Perpignan, le 12 mai de l'an 11 73, dans laquelle Alphonse, roi d'Aragon, se qualifie comte de Roussillon.

Guinard, par ce testament'^, se donne pendant sa vie & après sa mort à l'abbaye de Fontfroide, dans le diocèse de Narbonne, avec promesse, s'il venoit à quitter le siècle, de s'y faire religieux 0 pauvre chevalier de Jésus-Christ. Il y choisit sa sépulture, supposé qu'il vienne à décéder en deçà de la mer, & lègue onze cens marabotins d'or à ce monastère pour lequel il avoit toujours eu beaucoup d'affection; il lui avoit accordé^ le droit de pacage dans toutes ses terres en 1166, 8< y avoit fondé une lampe. Il fait par son testament' divers

■ Voyez tome VIII, Chartes, n. XIII, c. 285. ' Caseneuve, Catalonia Fran. p. 202.

' Cette charte ne prouve pas que le roi d'Aragon * Baluze, Marca Hispan'tca, c. |362.

se soit attribué un pouvoir quelconque sur le ^ liid. e. 5i3.

Narbonnais. Il ne faut pas oublier que depuis ^ lild. c. iSâp.

fort longtemps les vicomtes de Narbonne possé- ' Caseneuve, Catalonia Fran. p. 20J. — Marca

daient des terres dans la Marche d'Espagne. C'est Hispanica, c. i3rto & seq.

sans doute de l'une de ces terres, données à l'ab- * Archives de l'abbaye de Fontfroide.

baye par le vicomte Aimeri & sa fille Ermengaide, 'Caseneuve, Catalonia Fran. p. 203. Marca

que le roi Alfonse aura voulu parler. [A. M.] Hispanica, c. i36o & seq.

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autres legs pieux, & laisse à Béatrix, sa cousine, le château de Mèze en alleu. Cette Béatrix est la même que la sœur de Roger, vicomte de Béziers & de Carcassonne, qui épousa dans la suite Raimond VI, comte de Toulouse. Enfin Guinard, supposé qu'il mourût sans enfans légitimes, donne tout son domaine, savoir : le comté de Roussillon 8c le droit qu'il avoit sur ceux de Pierrelate & d'Ampurias, par les conventions qu'il avoit faites avec le comte d'Ampurias, au roi d'Aragon, son seigneur, & à ses successeurs, & le charge par l'amitié qu'il lui témoignoit par cette donation, à laquelle ce prince n'avoit aucun droit, de prendre soin de ses amis. Vital, abbé de Fontfroide, Raimond de Canet, Se Raimond de la Redorte furent témoins à ce testament. Guinard mourut sans enfans peu de jours après, Se on a déjà vu que le roi d'Aragon lui avoit succédé le 21 du même mois. Au reste, si ce comte eût choisi son plus proche parent pour lui succéder, Roger, vicomte de Béziers 8t de Carcassonne, son cousin germain, auroit recueilli sa succession.

Guinard fut le dernier comte de Roussillon de sa race. Après sa mort, Alphonse, roi d'Aragon, Se ses successeurs unirent ce comté à leur domaine 8c le possédèrent, sous la souveraineté' de nos rois, jusques au milieu du treizième siècle, qu'ils se tirèrent de cette dépendance par un traité^ dont on parlera dans la suite. L'évêché d'Elne continua cependant d'être toujours soumis à la métropole de Narbonne, même après ce traité; car c'est contre toute vérité qu'un moderne^ a avancé « que l'évêque d'Elne ou de Perpignan « est naturellement suffragant de l'archevêché de Tarragone; mais que depuis K l'union du Roussillon à la France, il a été Uni par raison de politique 8c « par emprunt seulernent à l'archevêché de Narbonne. »

XLVII. — La guerre se renouvelle entre le roi d'Angleterre ô* le comte

de Toulouse.

Suivant l'auteur'* d'une chronique écrite vers le commencement du treizième siècle, la guerre se renouvela en 1172 entre Henri II, roi d'Angleterre, 6c Raimond V, comte de Toulouse. Cet auteur rapporte « que Henri, en « qualité de duc d'Aquitaine, a}ant dernandé cette année l'hommage pour le « comté de Toulouse k Raimond, qui le refusa, vint mettre le siège devant « cette ville ; qu'il défendit cependant à ses troupes de causer aucun dom- « mage aux habitans Se leur donna ordre de payer comptant tout ce dont ils « auroient besoin. Le comte Raimond 8c les Toulousains, ajoute cet auteur,

■ Duchesne, Histortae Francorum SS., t. 4, Nous croyons que les deux opinions de Catel &

pp. 648, 780, &c. de dom Vaissete se peuvent concilier. L'auteur

' Voyez dans ce volume, 1. XXVI, n. XLV. écrivant longtettips après les événements aura

' Boulainvilliers, £fat rfc îa /"rance, t. 1, p. 3o5. confondu le siège de Toulouse de iiSp, levé

* Caxe\, ffistolre des comtes de Tolose, p. 2o5. — grâce à l'intervention du roi Louis Vil & l'al-

Nous n'avons pu retrouver à quelle chronique ap- liance de 1168-70, qui fit momentanément de

partenait le passage latin cité par Catel. Il dit Raimond V U vassal & l'allié de Henri II : le»

seulement qu'elle lui a été envoyée par un con- autres circonstances de son récit semblent controu-

seiller de France & qu'elle va jusqu'à l'an 1220. vées. [A. M.]

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« eurent alors recours au roi Louis le Jeune pour obliger l'Anglois à lever le « siège. Enfin l'affaire fut terminée par négociation ; il fut convenu que le « roi d'Angleterre feroit arborer son étendard sur la tour du cbâteau Narbon- « nois, & que le comte lui prêteroit serment de fidélité, sauf celle qu'il devoit « au roi de France; après quoi le siège ayant été levé, le roi de France s'en K retourna chez lui. » L'on doit conclure de là que Henri II, roi d'Angleterre, assiégea de nouveau la ville de Toulouse en 1172, & que le roi Louis le Jeune marcha une seconde fois au secours de cette ville; mais cette dernière circonstance est rapportée un peu diftéremment dans un manuscrit de la même ' chronique, où il est marqué seulement que le siège de Toulouse ayant été levé après la négociation, le roi s'en retourna chez lui : ainsi cela doit s'entendre du roi d'Angleterre. Mais comme tous les auteurs contemporains gardent un profond silence sur ce nouveau siège de Toulouse entrepris t'ilTl^'^ P^' Henri II, roi d'Angleterre, l'auteur de la chronique pourroit bien avoir

voulu parler de celui que le même prince mit devant cette ville en iiSç, Ce

An 1173 qu'il y a de certain c'est que Henri II, en 1172, bornoit à la suzeraineté, en qualité de duc d'Aquitaine, toutes ses prétentions sur le comté de Toulouse, & que le comte Raimond ayant eu une entrevue avec lui, au commencement de l'année suivante, il le reconnut pour suzerain, & fit enfin la paix avec lui.

XLVIII. — Entrevue £,• païx entre ces deux princes. — Raimond se rend vassal de Henri pour le comté de Toulouse.

Divers historiens du temps parlent de cette entrevue 8c en rapportent les circonstances; mais pour les mieux entendre il faut reprendre la chose de plus haut. Henri II, roi d'Angleterre, avoit quatre fils d'Élèonor, héritière d'Aquitaine, sa femme : Henri, né en ii55, Richard, en iiSy, Geoffroy, en ii58, Se Jean, en 1168; il associa le prçmier au trône en 11 70, Se le maria en même temps avec Marguerite, fille du roi Louis le Jeune & de Constance de Castille. Le jeune Henri étoit un prince plein d'ambition qui, nonobstant son âge peu avancé, prètendoit avoir part au gouvernement. Mais ne trouvant pas le roi, son père, disposé à cela, il se retira à la cour du roi de F'rance, son beau-père, c(ui, cherchant une occasion d'abaisser la trop grande puissance de Henri II, lui donna retraite, fomenta son mécontentement Sv lui promit sa protection.

Durant ces brouilleries, le roi Henri & la reine, sa femme, ayant fait en 1172 un voyage à Limoges, ils^ y disposèrent du duché d'Aquitaine en faveur de Richard, leur fils puîné, & conclurent vers le même temps le mariage de Geohroy, leur troisième fils, avec Constance, fille 8<. héritière de Conan, duc ou comte de Bretagne. Ils firent ensuite un voyage en Anjou 8<

' Mss. de b bibliothèque Coislin. & seq. — Rogeriiis de Hoveden, Chron'icon, p. 3o5.

' Gaiifridus, prior Vosieiisis, Chron'icon, p. ji8 — Radiilphiis de Diceto, Ymtr/jines hittoriarum ,

&. Sîc[. — Kobçrtiij de Mo:KC, C/ironicon, p. cfii p. :>.') i . -, Jonnneô Bronipton, Ch'onicon, p. loji,

célébrèrent la tête de Noël à Chinon, où le jeune Henri, leur fils, vint les joindre. Ils se rendirent ensemble, à la Purification de l'année suivante, à Montferrand, en Auvergne, où ils eurent une entrevue, le 12 de février, comme ils en étoient convenus, avec Alphonse, roi d'Aragon, Raimond V, comte de Toulouse, Girard, comte de Vienne, & Humbert, comte de Maurienne. Les deux rois d'Angleterre régalèrent magnifiquement tous ces princes, St on conclut le mariage de Jean, quatrième fils de Henri H, âgé à peine alors de six ans, avec la fille unique du comte de Maurienne. Les princes se rendirent après cela médiateurs du différend de Henri & de Raimond, comte de Toulouse, dont ils renvoyèrent la discussion à Limoges où ils se rendirent tous. Enfin on y convint d'un traité, suivant lequel le comte Raimond : 1° Promit solennellement de faire hommage du comté de Toulouse au roi Henri S<. à Richard, son fils, comme ducs d'Aquitaine. 2° Il déclara, tant pour lui que pour les comtes de Toulouse, ses successeurs, que ce comté seroit à l'avenir mouvant du duché d'Aquitaine par droit de fief. 3° Il ^e soumit au service militaire à la tête de cent chevaliers pendant quarante jours, & à ses frais, lorsqu'il en seroit requis, & ensuite durant quarante autres jours aux dépens de Henri & de P».ichard quand ils le souhaiteroient. 4° Enfin il promit de leur donner tous les ans, en signe de redevance, dix chevaux de prix ou cent marcs d'argent, à leur choix. La plupart des anciens historiens ajoutent ([ue Pvaimond rendit en conséquence hommage de son comté de Toulouse à Henri II, le premier' dimanche de carême, iS fivrier. Un auteur du temps ^ assure, toutefois, « que le jeune Richard, duc d'Aquitaine, à qui le comte de « Toulouse devoit taire cet hommage, étant absent, on différa de terminer « entièrement cette affaire jusqu'à l'octave de la Pentecôte suivante. » Quoi qu'il en soit, Raimond vécut depuis en bonne intelligence avec le roi d'Angleterre; quelques historiens^ prétendent même que Henri moyenna alors la paix de ce prince avec le roi d'Aragon; mais il paroît que cette paix ne fut pas si tôt conclue. C'est ainsi que Raimond, obligé de céder au temps, reconnut enfin le roi d'Angleterre pour son suzerain, sauf cependant"^ la fidélité qu'il devoit à Louis, roi de France : vasselage qui ne fut pas de longue durée.

XLIX. — Le comte de Toulouse se ligue avec le roi d'Angleterre contre les fils

rebelles de ce prince.

Raimond, après s'être réconcilié avec le roi d'Angleterre, crut devoir lui révéler'', soit en qualité de vassal, soit pour s'insinuer davantage dans sa bienveillance, la conspiration que le jeune roi, son fils, avoit formée contre lui Si dont il étoit pleinement informé. Il lui en apprit le détail Si l'instruisit

' Gaiifridiis, prior Vosiensis, Chron'non, p. 3j8 * Rndulphiis de Diccto, Ymagines historiaram.

& seq. ' Gaufridus pfior Vosiertsis, Chroiikoii, p. 3i8

' Radiilphus de Diceto, Ymagincs historinrum, & seq. • Joannes Brompion, Chror.icon, p. ic8i.

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des engagemens que la reine Eléonore, sa femme, & les princes Richard 8c Éd.^OTigin^ Geoffroy, leurs fils, cjui étoient entrés dans le complot, avoient pris pour faire soulever ses sujets. Il conseilla à Henri de prendre ses sûretés, & ils sortirent ensemble de Limoges sous prétexte d'une partie de chasse 5 mais en effet pour donner ordre à la garde des places. Henri en renforça les garnisons, &, ayant pris toutes ses précautions, il revint à Limoges par l'abbaye de Vigeois, avec le comte de Toulouse, rejoindre les princes. Ils se séparèrent enfin, le mercredi 28 de février, après avoir demeuré ensemble à Limoges durant sept jours. Le comte de Toulouse retourna, à ce qu'il paroît, dans cette ville où il donna en fief, au mois d'août de la même' année, le château de Gemeil, en présence de Pierre de Toulouse, prieur Si maître de la maison du Temple, &c.

Henri II prit de son côté la route de Normandie avec la reine Eléonore, sa femme, 8c le jeune Henri, leur fils, qui, s'étant aperçu durant le voyage que le roi, son père, étoit averti de ses desseins, s'évada secrètement^ d'Argentan, la nuit du 23 de mars, se réfugia à la cour du roi de France, son beau-père, & leva l'étendard de la révolte. La reine Eléonore, sa mère, qui étoit d'intelligence avec lui, fit soulever en même temps les princes Richard & Geoffroy, ses fils, 8<. la plupart des seigneurs françois, sujets de l'Angleterre, que le jeune roi avoit déjà gagnés; ayant pris aussitôt les armes en sa faveur, il commença les hostilités après Pâques.

Le cointe de Toulouse demeura toujours uni avec Henri II durant cette guerre; il paroît même par la suite qu'il marcha à son secours ou qu'il permit du moins à ses sujets de le servir; d'un autre côté, le roi^ Louis le Jeune 8c le comte de Flandres, s'étant déclarés en faveur du jeune roi, le parti de ce dernier^fut en peu si puissant qu'il devint très-formidable. Henri II fit cependant tous ses efforts pour détourner le roi de France de protéger ses fils rebelles; mais les divers ambassadeurs qu'il'* lui envoya clans cette vue n'avancèrent rien. Louis leur déclara nettement qu'il ne reconnoissoit pour roi d'Angleterre que le jeune Henri, son gendre. Entre ces ambassadeurs furent Rotrou, archevêque^ de Rouen, 8c Arnoul, évêque de Lisieux. Le roi leur fit des plaintes amères de la mauvaise foi de Henri qui lui avoit souvent jnanqué de parole. Il ajouta qu'il avoit déjà résolu de lui déclarer la guerre avant que le jeune roi eût pris les armes : 1° Parce qu'il ne vouloit pas permettre à la reine d'Angleterre, sa bru, d'aller joindre le jeune roi, son mari, &c qu'il refusoit de lui rendre sa dot. 2° A cause qu'il soulevoit contre lui ses sujets depuis les montagnes d'Auvergne jusqu'au Rhône. 3° Parce qu'il avoit reçu l'hommage lige du comte de Toulouse au préjudice des droits de la couronne de France. Enfin Louis assura par serment aux deux prélats qu'il ne

' Trésor des chartes de Toulouse, sac 19, n. i. = Radulphus de Diceto, Chronkon.

[Auji J. 328; il y a ici une erreur matérielle corn- ' Robertus de Monte, Chronicon.

mise par don Vaissete. L'acte ne renferme pas le ■• Guillelmus Neubrigensis, 1. 2, c. 27.

nom de Limoges & paraît avoir été donné dans le = Petrus Blesensis, Epist. làî. tnidi. Voir Teulet, Layettes, t. 1, p. 104.]

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feroit jamais aucun traité avec Henri que du consentement de la reine Éléonore Si de ses fils.

On vient de voir que le roi d'Angleterre sollicita le secours des peuples depuis l'Auvergne jusqu'au Rhône. Il s'adressa par conséquent aux sujets du comte de Toulouse : c'est ce qui paroît d'ailleurs par les lettres' que Pons, archevêque de Narbonne, 8c Ermengarde, vicomtesse de cette ville, écrivirent vers le même temps au roi Louis le Jeune. Le premier implore la protection de ce prince au milieu des calamités dont il étoit environné, « entre les- (I quelles, dit-il, celle qui nous touche le plus est les grandes pertes que la c< foi catholique fait tous les jours dans notre diocèse où la nacelle de Saint- « Pierre est tellement agitée par les entreprises des hérétiques qu'elle est sur (I le point d'être submergée. Armez-vous donc du bouclier de la foi & des Il armes de la justice, 8i venez au nom du Seigneur extirper l'hérésie de ce (I pays. Nous avons encore, ajoute ce prélat, beaucoup d'inquiétude au sujet I' des mouvemens que le duc de Normandie (c'est ainsi qu'il appelle Henri H (I que Louis ne vouloit pas reconnoître pour roi d'Angleterre) se donne pour " S^S"^*^ '^^ peuples à force d'argent, & pour s'emparer des extrémités de I' votre royaume, sous prétexte de Toulouse ; espérant de conserver la tête par « le moyen de la queue. Nous vous supplions de ne pas vous endormir « là-dessus. Si vous venez dans le pavs, vous pourrez remédiera ces désordres, (I rendre la paix à l'Église St conserver votre royaume. » L'archevêque de Narbonne fait ensuite au roi des offres de service 8t lui donne des assurances de sa fidélité. Il le remet pour le reste à ce que lui diroit de sa part maître iJJorigin. Raoul « qui, ajoute-t-ii , a partaitement bien rempli les fonctions de votre « envoyé auprès de tous ceux avec lesquels il a eu à négocier. » Le roi avoit sans doute donné commission à Raoul de détourner les seigneurs 6c les peuples de la Province de se déclarer en faveur de Henri II.

La vicomtesse Ermengarde, par sa^ lettre, dans l'adresse de laquelle elle souhaite à Louis la magnanimité du roi Charles, remercie ce prince de celle qu'il lui avoit écrite par le même maître Raoul, qui avoit été la visiter de sa part. K Quant à ce que vous me marquez, dit-elle, de rompre tout commerce « avec vos ennemis £c de persévérer dans votre amitié, comme j'ai déjà com- (i mencé, vous pouvez être assuré que je n'ai fait aucun traité 8c que je n'en- (I tretiendrai aucune liaison avec eux, n'ayant rien tant à cœur que de vous (I donner dans toutes les occasions des preuves de mon obéissance. Je désire u de protéger l'affaire de Toulouse, 8c je ne manquerai pas de me rendre à « vos prières lorsqu'il sera nécessaire; mais si vous venez vous-même au B secours de cette ville, je marcherai plus volontiers sous vos ordres. J'ai une « grande douleur, 8c tous nos compatriotes sont également affligés de voir Il notre province, que les rois de France ont honorée de tant de marques de « leur bienveillance, Se à laquelle ils ont accordé tant de liberté, se soumettre

■ Duchesne, ffiîMriae fruncorjim 55i, t. 4, p. Ô74 ' Duchesnc, Historiae Fnncorum, t. 4, p. 574

Ei seq. & seq.

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« aujourd'hui à ui;e domination étrangère j & cela à votre défaut, pour ne « pas dire par votre faute. Que Votre Altesse ne se fâche pas si je lui parle si « hardiment, parce qu'autant que je suis attachée à votre couronne comme sa « vassale spéciale, autant j'ai de chagrin de la voir déchoir du faîte de sa V grandeur. Car vos ennemis ne prétendent pas seulement s'emparer de Tou- (( louse, mais encore, comme ils s'en vantent, de tous les pays situés depuis « la Garonne jusqu'au Rhône. Ils avancent dans leur dessein afin d'attaquer « plus facilement la tête après avoir subjugué les membres. Prenez donc les (c armes, Si venez au plus tôt dans nos cantons avec des forces suffisantes, tant « pour réprimer l'audace de vos adversaires que pour consoler vos amis. C'est « ainsi que nos prélats & nos princes, qui, s'ils osoient se déclarer, ne deman- « dent qu'à vous servir, défendront la ville de Toulouse avec vous, 8< sous « votre autorité, & s'efforceront de rétablir les choses dans l'ancien état. Je (i vous prie donc, 8c tous les autres en font de même, de ne pas vous arrêter « à la dépense que cela pourra vous causer ; pour un marc d'argent qu'il « vous en coûtera, vous en recouvrerez cent, 8(. vous exalterez par là votre « nom dont la gloire est obscurcie parmi nous. Nous omettons une partie « des choses que nous aurions à vous dire, mais maître Raoul, qui connoît « très-bien 8c nos intérêts 8c ceux du pays, aura soin de vous en informer. » C'est ainsi que la vicomtesse de Narbonne, après avoir reproché au roi la faute qu'il avoit faite de permettre que le comte de Toulouse devînt vassal du roi d'Angleterre, nous apprend les desseins qu'avoit alors ce dernier prince d'établir sous ce prétexte sa domination dans toute la Province Se de s'en servir pour faire diversion contre ses fils rebelles 8< le roi Louis le Jeune, leur protecteur. Du reste, nous ignorons quelles furent les suites des desseins du roi d'Angleterre sur le Languedoc; Se nous ne savons pas mieux quelle part (1 eut le comte de Toulouse dans toute cette affaire, quoi qu'il paroisse qu'il « fût toujours lié avec Henri II depuis le traité de Limoges.

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