XXVII. — Siège de Bé-^iers par le roi d'Aragon
Enfin Roger, vicomte de Béziers, ayant disposé toutes choses pour venger sur les habitans de cette ville la mort de son père, alla à la rencontre"* d'Alphonse, roi d'Aragon, qui, dans le dessein de l'aider à tirer cette vengeance, s'avança dans le pays en 1168 à la tête d'une armée. Après leur jonction ils mirent le siège devant Béziers. Les habitans, dans la juste crainte qu'on ne leur fit subir tôt ou tard la peine de leur crime, avoient eu soin de se fortifier 8c ils ne négligèrent rien pour faire une vigoureuse défense; en sorte que le siège traînant en longueur, le roi d'Aragon Se le vicomte Roger, qui désespéroient de prendre la place, furent enfin obligés de composer avec eux. Suivant le traité, le vicomte leur pardonna à certaines conditions qu'il leur imposa. Cela fait, le roi d'Aragon leva le siège Se se retira^.
' Bouche, Li chorographie ou description ie la 1. 2, c. ii. — Gaufritlus, prior Vosiensis, Chro-
Provence, X. 2, p. 161. nicon, p, jd5.
' Ruffi, Dissertations historiques sur l'origine îles ' Bouche, La chorographie ou description de la
comtes de Forcalquier, &c. Provence, t. 2, p. Io56 & suiv. — Ge:ta comilur.i
' Archives de l'abbaye de Grandselve. Barcinonensiutn, c. 22.
* GuillelinuJ Neubrigensis, Rerum Anglicarum,
XXVIII. — Le roi d'Aragon cède la Provence à Pierre, son frère, qui prend le nom de Raimond-Bèrenger £■ qni lui cède à son tour le comté de Car~ cassonnCf (/c
Le roi d'Aragon voulant retourner dans ses Etats pourvut, avant son départ, au mois de décembre de la même année, au gouvernement de Provence, qu'il confia à R.aimond-Bérenger, son frère, auquel il donna le comté de ce pays en commende pour le tenir sous ses ordres, à son service, 8v sous sa fidélité, tant qu'il jugeroit à propos, & à condition de le lui rendre lorsqu'il en seroit requis. II ajouta dans l'acte que si Raimond-Bérenger se trouvoit forcé de faire hommage de ce comté à l'empereur Frédéric, il ne le possédcroit pas néanmoins héréditairement & qu'après sa mort il lui reviendroit ou à celui de ses fils qui auroit le comté de Barcelone. Alphonse se réserva en même temps le domaine direct des châteaux de Tarascon S<. d'Albaron, Se la moitié de la monnoie de Provence, avec le pouvoir 8i l'autorité, lorsqu'il seroit en personne dans la province, d'y commander absolument comme seigneur. 11 donna sous les mêmes conditions au même Raimond-Bérenger, son frère, les comtés de Rode-{ (y de Cévaudan pour les posséder & les tenir de lui pendant sa vie, supposé que ce prince fît hommage à l'empereur pour le comté de Provence; en ce cas il se réserve la ville de Millau 8c la même autorité, lorsqu'il seroit présent, qu'il s'étoit réservée sur la Provence. Raimond-Bérenger fît ensuite hommage S< prêta serment de fidélité au roi, son frère, pour tous ces domaines, 6- lui céda en échange, tant qu'il posséderait le comté de Provence, tout son héritage 6- tous les biens qui lui étaient échus en partage, quelque part qu'ils fussent situés.
On pourroit objecter contre cet acte qu'il ne paroît pas que Raimond- Bérenger quatrième du nom, comte de Barcelone, & père d'Alphonse, roi d'Aragon, ait eu un fîls nommé Raimond-Bérenger, car il ne fait mention dans sa dernière disposition ' que de Pierre Se de Sanche, ses fils puînés, dont le premier eut en partage le comté de Carcassonne &. les autres domaines qu'il prétendoit en Languedoc. Mais on ne sauroit douter qu'Alphonse*, roi Éd. nrigin. d'Aragon, n'ait eu un frère appelé Raimond-Bérenger, qui se qualifia comte ou marquis de Provence jusqu'à sa mort, arrivée en ii8i. Ainsi Pierre, fils puîné de Pvaimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, aura changé^ son nom Se pris celui de Raimond-Bérenger, après la mort de Raimond-Bérenger, son cousin, comte de Provence, à l'exemple du^ roi, son frère, qui quitta le nom de Raimond qu'il avoit reçu au baptême pour prendre celui d'Alphonse. Il s'ensuit de là : i" Que Pierre ou Raimond-Bérenger céda, en ii68, au roi Alphonse, son frère, en échange du comté de Provence, ceux de Cerdagne
■ Voy«z tome III, I.XVIII, n. LUI, p. 828 & suiv. 'Bouche, La chorograpltic ou Hecriptloa Je la
' Marca Hiipanica, c. 5l5. — Ruffi, Comtes Je Provence, pp. |3| & 149. Provence, p. 5z. — Bouche, La chorégraphie ou ' Voyez tome III, I, XVIII, n. lui, p. 8:8 Si
Hes.riflion .le If. Provence, p. iSl, juiv.
An 11 53
& de Carcassonne &t les autres domaines de Languedoc que le comte, leur père, lui avoit donnés en partage. 2° Que le même Alphonse acquit par cet échange la suzeraineté que sa maison prétendoit sur les pays de Carcassonne & de Razès, & non par la mort de Pierre, son frère, ainsi que le suppose un historien' d'Aragon, qui a ignoré que Pierre, frère d'Alphonse, est le même que Raimond-Bérenger, à qui ce prince céda le comté de Provence en échange de ces domaines.
XXIX. — Le vicomte Roger, paisible possesseur de ses domaines sous l'autorité
du roi d'Aragon.
Alphonse, roi d'Aragon, fut depuis étroitement uni avec Pv.oger, vicomte de Béziers 5c de Carcassonne, qui, sous sa protection, jouit paisiblement des domaines qui avoient appartenu au vicomte Raimond-Trencavel, son père, nonobstant la donation que Raimond V, comte de Toulouse, en avoit faite à Roger-Bernard, comte de Foix, Le vicomte de Béziers^ reçut en effet, au mois de mars de l'an 1168, l'hommage du seigneur du château de Vinassan, au diocèse de Narbonne, Jk l'année suivante celui des seigneurs de Clermont, dans le Lauragais. Il possédoit vers le même temps avec Pierre, vicomte de Minerve, le château de Peyriac, dans le Minervois. L'on voit encore une charte 3 du 17 de novembre de l'an 1168, dans la date de laquelle il est marqué que Roger de Bé-^lers dominoit sur la ville de Carcassonne, Roger Pelapoul, qui étoit malade, se donna par cette charte pour frère vivant 6* mort à l'abbaye de Fontfroide, avec la moitié des biens dont il avoit hérité de Guillaume, son frère.
XXX. — Négociations avec le roi d'Angleterre touchant le comté de Toulouse,
Pendant la trêve qui avoit été conclue entre les rois de France 8c d'Anoleterre, 8c dont le terme devoit expirer à la fête de Pâques de l'an 1 168, Henri"*, comte de Champagne 8c Philippe, comte de Flandres, négocièrent la paix à Soissons entre ces deux princes. Il fut arrêté que le roi d'Angleterre donneroit le duché de Guienne à Richard, son second fils, 8c que ce jeune prince épouseroit une fille du roi de France; mais on ne fit aucune mention ^ du comté de Toulouse. Peut-être que le roi d'Angleterre fit traiter séparément sa paix avec le comte Raimond par Jean de Salisbery, qui fit un vovao-e à Saint-Gilles, à la mi-carême de l'an 1168. Quoi qu'il en soit, ce projet n'eut pas lieu, parce que le roi d'Angleterre ayant recommencé les hostilités avant l'expiration de la trêve, celui de France ne voulut plus entendre parler de paix. Les comtes de Champagne &c de Flandres renouèrent cependant la négociation pendant l'octave de Pâques; 8c Henri II, roi d'Angleterre, offrit d'ac-
■ Zurita, jinales delà corona de jinigon,!. 2, c. 25. ^ Joliannes Saiis'uerier.sis, EpUtoUe, n. 284.
' Cartulaire du château de Foix. Robortus de Monte, Chronlcon, ad ann. 1 iC3.
' Archives de l'abinyo de Fontfroide, » Joh.innes Sarisb»r!cn«is, ut supra.
An 1 169
An I io3
cepter les articles arrêtés à Soissons. Les grands du royaume de France lui déclarèrent alors que le roi ne vouloir plus consentir au mariage proposé entre sa fille & le prince Richard 8c que si ce dernier, à qui le roi Henri, son père, devoit donner le duché de Guienne en partage, vouloit faire valoir ses prétentions sur le comté de Toulouse, le roi de France en seroit le juge avec sa cour. On convint que les deux rois auroient là-dessus une entrevue le dimanche d'après l'Ascension; mais Henri ayant continué les hostilités, il n'y eut encore rien de fait. Ces deux princes convinrent ensuite d'une trêve jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste, & ils eurent ce jour-là une conférence à la Ferté- Bernard j mais ils se séparèrent de nouveau sans rien conclure, & on reprit les armes de part 8c d'autre. Les négociations recommencèrent pendant l'Avent 8c on convint enfin de la paix à l'Epiphanie ' de l'année suivante. Richard fit alors hommage au roi pour le duché de Guienne.
XXXL — Nouvelle expédition du roi Louis le Jeune contre le vicomte
de Polignac.
Après la conclusion de cette paix, le roi Louis le Jeune retourna en Auvergne 8c en Vêlai ^, afin de punir la témérité de quelques seigneurs, entre autres de Pons, vicomte de Polignac qui, malgré les promesses les plus solennelles, vexoit toujours l'église du Puy 8c les autres églises de l'Auvergne 8c
du Vêlai. Louis assiéçrea d'abord sur ce vicomte le château de Nonnette, place i^d-orifiin. • 1 T • ¥1 • • • t. m, p. 2 2,
forte située aux environs de Brioude. Il poussoit vivement le siège de ce château lorsque Pons, se voyant hors d'état de résister, vint se jeter ^ à ses pieds avec son fils Héracle, 8c lui déclarer qu'ils s'en rapportoient entièrement à sa décision 8c à celle de sa cour touchant leurs différends avec l'évêque du Puy, avec offre pour la sûreté de leurs promesses de se remettre prisonniers entre ses mains. Ce prélat, nommé Pierre, qui étoit présent, ayant consenti de son côté à la médiation du roi, ce prince leva le siège 8c alla au"* Puy, où il fit ses dévotions dans l'église de Notre-Dame. Il passa à son retour par Montbrison, en Forez, avec Pons, vicomte de Polignac, 8c Héracle, son fils, qu'il emmena prisonniers à Paris.
XXXII. — Ce vicomte termine ses différends avec l'évêque du Puy,
Pierre, évêque du Puy, s'étant rendu ensuite à la Cour, se présenta devant le roi, 8c là, en présence du vicomte de Polignac qui fut appelé au conseil, il proposa '' au nom de son église tous les griefs qu'il avoit contre ce vicomte, 8c en demanda la réparation. Pons n'osa nier les faits, 8c le roi ayant pris l'avis de son conseil, Thibaud, comte de Blois, prononça la sentence. Il condamna
' Robertiis de Monte, Chronicon, ad ann i iû8. * Pérard, Recueil d'actes^ p. 586. — Voyez t. VII,
' Voyez tome VII, Note III, p. 8. Note III, p. 8.
' Baluze, Histoire généalogique Je U maison i'Au- '' Baluze, Histoire généalogique Je la maison J'Au-
vergn-, t. 2, p. 6'). vergne, t. 2, p. 66.
An I ^(l)
le vicomte à réparer tous les dommages qu'il avoit causés à l'église du Puy 8< à subir les peines auxquelles il s'étoit soumis par les dittérens traités que lui 8< son père avoient conclus auparavant avec les èvêques du Puy, en cas qu'il vînt à les violer & dont il n'avoit gardé aucun. 11 le condamna de plus à restituera l'évêque tout ce que lui 8c ses gens avoient levé du péage depuis l'accord qu'ils avoient fait à Souvigni, en présence & par la médiation du roi. L'évêque fut chargé de son coté de dédommager tous les particuliers qui avoient payé injustement le péage. Quant à l'oftense que le vicomte avoit faite au roi par sa conduite, il tut dit que tous ses fiets demeureroient confisqués au profit de ce prince. Enfin on donna ordre au vicomte Pons de demeurer au pouvoir du roi jusqu'à ce qu'il eût satisfait à tous ces articles. Il paroît que ce prince lui accorda quelque temps après la liberté pour lui donner moyen de remplir ses engagemens, car nous avons une lettre' de Pons, vicomte de Polignac, au roi Louis le Jeune, qu'il appelle son père & son seigneur, dans laquelle il lui marque qu'il avoit fait tout son possible pour satisfaire aux articles qu'il lui avoit promis d'exécuter, de même qu'au comte Raimond S<. au comte Thibaud, qu'il avoit remis sept chevaliers en otage entre les mains de l'abbé de Seguret, ainsi qu'il le lui avoit ordonné; mais qu'il ne lui avoit pas été possible de remettre les six fils de gentilshommes, parce qu'ils avoient été nommés par le conseil de ses ennemis; que lieux d'entre eux, qui étoient ses parens, n'étoient pas ses vassaux; que deux autres étoient au berceau Se que les deux derniers étant prêts à partir, les ecclésiastiques du Puy, ses ennemis, avoient détourné leurs parens de les laisser aller, sous prétexte qu'ils ne les reverroient plus. Enfin le vicomte Pons prie le roi de l'excuser là-dessus, avec promesse cependant de se représenter au jour marqué & d'amener avec lui tous ces jeunes gentilshommes ou d'autres en leur place. Il paroît par cette lettre que Pvaimond, comte de Toulouse, étoit alors à la cour du roi Louis le Jeune & qu'il fut un des juges du différend entre l'évêque du Puy & le vicomte de Polignac.
Ce vicomte- n'ayant pu satisfaire à tous ses engagemens se remit en prison 8c y demeura longtemps avec son fils Héracle; ils ne recouvrèrent en effet leur liberté qu'en 1171, après être convenus à Paris d'un nouvel accord avec l'évêque du Puy, par la médiation de Thibaud, comte de Blois, & de Maurice, évêque de Paris. Par ce traité l'évêque du Puy se désista d'une partie des articles qui lui avoient été adjugés par la sentence définitive de l'an 1169. Le vicomte & son fils promirent de leur côté de ne plus exiger aucun péage sur les grands chemins Si remirent à l'évêque l(5ut le droit qu'ils avoient sur ki monnoie du Puy, la leitde S<. les autres droits qu'ils levoient dans cette ville. Ils lui remirent de plus tout le domaine qu'ils avoient à Saint-Paulhan avec permission à ce prélat d'en rebâtir le château, de même que ceux de Castelnau 81 de Chamel, qui avoient été détruits durant la guerre. Ms cédèrent
' Diichesne, Tl'tstoriae Frtincortim Script, t. 4, ' ia]uzf. Histoire généalogique i!el.t maison J'Aa-
p. 716. vcrgne, t. 2, p. 67 & Siiiv,
encore à l'évêque les quatre châteaux de Ceissac, d'Ainac, de Saint-Quentin S< de Senculh, Sv quelques autres domaines. Ils promirent de ne faire jamais (''',''i-,'"''^'r3 aucune acquisition dans les domaines de l'église du Puy, de ne plus rien exio-er que de juste Se de légitime sur les terres de cette église & de taire observer dans le diocèse la paix que l'évêque y établiroit. Ils renoncèrent à l'hommage qu'ils avoient exigé des vassaux de l'église du Puy, entre autres de Guillaume-Jourdain & de Guillaume de Saint-Didier, & s'engagèrent k réparer les dommages que le prévôt de Brioude, le frère du vicomte, Pons de Arlenc, son neveu, & leurs associés avoient causés à l'évêque. Le vicomte Pons fit serment sur les saintes reliques d'observer ces articles, & son fils Héracle fit un pareil serment devant le roi, qui voulut bien se rendre garant envers l'évêque. Il s'engagea enfin de faire approuver ce traité par le pape 8<. de donner pour ses cautions le comte de Saint-Gilles ou de Toulouse, les comtes d'Auvergne, l'évêque de Clermont Se ses chevaliers 8c vassaux.
Pons, se voyant dépouillé de la plupart de ses domaines par ce traité, en traîna l'exécution en longueur; en sorte que Pierre, évêque du Puy, prévovant qu'il n'auroit jamais la paix avec lui s'il ne se relâchoit d'une partie de ses prétentions, consentit à une nouvelle transaction qui tut moyennée par Robert, évêque de Viviers, élu archevêque de Vienne, & Pierre, évêque de Clermont. Ces deux prélats rendirent, en iiyS, une sentence arbitrale' qui contient les articles suivans ; 1° L'évêque du Puy est condamné à rendre {k à donner en fief à Pons, vicomte de Polignac, la moitié de la monnoie, de l.i leude Se des autres domaines de la ville du Puy, qu'il avoit obtenus par la sentence précédente de l'an 1171, l'autre moitié doit demeurer à l'évêque. 2° Ce dernier est aussi condamné à rendre au vicomte S<. à lui donner en fiet deux des quatre châteaux qui lui avoient été adjugés par la même sentence, savoir : ceux de Ceissac 8< d'.Ainac, & de lui rendre les deux autres châteaux de Saint-Quentin S< de Seneulh, sans aucune condition. 3° 11 est dit t|ue le vicomte restituera tout ce qu'il avoit acquis dans le domaine de Beaumont. 40 Que l'évêque S<. le vicomte ne pourront acquérir dans la suite aucune seigneurie dans les châteaux, dont chacun d'eux possédoit déjà une partie; qu'ils ne pourront non plus bâtir aucune forteresse, ni exiger aucuns droits dans les domaines l'un de l'autre; il leur est permis cependant de rebâtir le château de Saint-Paulhan S< les autres qui avoient été détruits durant la guerre. 5° Enfin il est ordonné que sur treize deniers de péage qu'on levoit par {de trosello) trousseau dans la ville du Puy, l'évêque en auroit cinq, son chapitre trois. Se que le vicomte tiendroit les autres cinq en fief de l'évêque. On régla ensuite la manière de lever ce péage, dont les bourgeois du Puy étoient exempts, Si on fit défense d'en lever d'autres dans les limites prescrites dans l'acte. Le vicomte Pons^ jura l'observation de ce nouvel accord avec ses trois fils, Héracle, Etienne de Pvochesavine 8< Hugues, chanoine de Brioude, Se
' Voyez tome VIII, Chartes, n. XVI, c. 296. ' Baliize, Hntoire ginéaU^iiluc AcU mai.'vn d'Aw
vcrgne, t, 2, p. 63.
An ) i6p ^
un grand nombre de chevaliers; & le roi Louis le Jeune l'autorisa la même année iiyS par une charte datée de Fontainebleau : ainsi la tranquillité fut enfin rendue au Vêlai après une longue suite de guerres qui l'avoient entièrement désolé.
XXXÎII. — Nouvelle conférence du comte de Toulouse avec le roi d'Angleterre.
La paix qui avoit été conclue entre le roi Louis le Jeune Si Henri, roi d'Angleterre, ne termina pas les différends de ce dernier avec Raimond, comte de Toulouse. Mais les deux rois ayant eu' une nouvelle conférence à Saint-Denis, le i6 de novembre de l'an 1169, Henri, qui avoit besoin de Louis pour sa réconciliation avec Thomas, archevêque de Cantorbéri, promit à ce prince, qui prenoit beaucoup de part à ces différends, de lui donner son fils Riclïard pour le faire élever à sa cour, & d'entrer incessamment en conférence à Tours avec Raimond pour moyenner la paix de ce comte avec Richard, nouveau duc d'Aquitaine, au sujet du comté de Toulouse. Ceci est rapportédans une lettre qui fut écrite alors à l'archevêque de Cantorbéri, où l'on marque à ce prélat que, comme il n'y avoit aucun fond à faire sur les promesses du roi d'Angleterre, il étoit fort douteux si cette conférence de Tours se tiendroit. Nous n'avons d'ailleurs aucune preuve qu'elle ait été tenue; mais quoique la paix entre le roi d'Angleterre & le comte de Toulouse n'ait été conclue que quelques années après, il paroît qu'ils suspendirent jusqu'alors les hostilités de part & d'autre. ^Ed.orighi. Raimond fit cependant un voyage dans le bas Languedoc en 1169 8v reçut alors, à Uzès^, l'hommage de Galburge &. de Hugues d'Ussel, son fils, pour les châteaux d'Ussel, de Saint-Laurent 8c de la Roche, en présence de Raimond, évêque d'Uzès 6- de Bermond d'U-^ès, son frère. 11 profita de la suspension d'armes avec l'Angleterre pour punir la félonie de Roger, vicomte de Carcassonne & de Béziers, son vassal, à qui il déclara la guerre, comme il paroît par le récit qu'un ancien historien'* nous a laissé, de la manière dont ce vicomte se vengea sur les habitans de Béziers de la mort de Trencavel, son père.
XXXIV. — Surprise de Bé-^ïcrs par les troupes du roï d'Aragon. — Massacre
des hahitans de cette ville,
Roger fui excité à tirer vengeance de cette mort par le reproche que lui fit un jour un de ses courtisans d'avoir vendu le sang de son père à ces habitans. Il résolut aussitôt de les punir d'ime manière éclatante Se, quoi qu'il leur eût déjà pardonné, il crut n'être pas obligé de garder sa parole à des
' Epist. S, Thomae Cantuarlcnsis, 1. 3, cp'ist. J. 3i4) origin. Voir Teiilet, Layettes, t. i, p. çd <Ji. L'acte est de janvier i 170 (v. st.).]
thU. ■• GiiilIeliTius Neubrigentis, Rerum Angllc.:rum,
^ Trésor desChartes; Toulouse, sac 7, n. 6. [Auj. 1. 2, c.
niSTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX. 3ç, ^^^^^
perfides. Il eut recours au roi d'Aragon qui lui fournit un corps considérable
de troupes, sous prétexte de la guerre que le vicomte avoït à soutenir contre
le comte de Toulouse. Pour ne pas donner toutefois de l'ombrage aux habi-
tans de Béziers, Roger fit courir le bruit qu'étant informé que ce comte médi-
toit une prochaine irruption dans ses domaines, il étoit obligé de s'appuyer
de la protection du roi d'Aragon. Il se rendit ensuite à Béziers vers la fin ' de
l'an 1169 5c pria les habitans de loger en passant les Aragonois qui^venoient
à son service & de leur fournir des vivres. Les Aragonois de leur côté, pour
ôtcr tout soupçon, se partagèrent par bandes S< arrivèrent ainsi successivement
à Béziers, où ils logèrent chez les bourgeois. Dès qu'ils se virent assez forts
dans la ville, ils prennent tous les armes à un certain signal dont ils étoient
convenus, font main basse sur une partie des habitans, pendent les autres à
des potences, & leur font payer ainsi la juste peine de leur crime. On ne fit
quartier qu'aux juifs, qui apparemment n'avoient pas trempé leurs mains
dans le sang de Trencavel, aux femmes Si aux filles, que les soldats du roi
d'.\ragon épousèrent ensuite pour repeupler la ville. Il est fait mention de
cet événement tragique dans un^ acte de l'an 11 70, suivant lequel « le i^n\\-jo
« vicomte Roger, peu de temps après qu'il eut recouvré par le secours du
« roi d'Aragon la ville de Béziers, que les meurtriers de son père avoient
« occupée pendant longtemps, 8t qu'il y eut fait son entrée avec Bernard qui
« en étoit évêque, imposa avec ce prélat sur tous les nouveaux habitans, une
« redevance annuelle de trois livres de poivre par famille pour se dédom-
« mager des grandes dépenses qu'ils avoient faite-s pour la recouvrer.
XXX.V. — Évêques de Bé-^iers. — Templiers i- hospitaliers de cette ville.
Bernard, évêque de Béziers, assembla ■♦ quelque temps après le vicomte Roger 8c les chevaliers du pays. Pour concourir, autant qu'il étoit en lui, ?.u rétablissement de la tranquillité publique, après les guerres &» les périls qu'on venoit d'essuyét, il leur fit jurer d'olîserver la paix, surtout à l'égard des religieux, des clercs, des paysans, des pêcheurs, des chasseurs, des malades, des voyageurs, de ceux qui marclioient sans armes, 8cc. jusques au prochain dimanche avant l'Ascension. Il enjoignit à son archidiacre de faire publier cette ordonnance &c défendit de célébrer l'office divin dans les paroisses des seigneurs qui refuseroient de s'y soumettre. Il confirma enfin la trêve de Dieu en faveur de tous ceux qui scroicnt trouvés sans armes depuis le jeudi au soleil couchant, jusqu'au soleil levant du lundi suivant. Ce prélat^, qu'on dit de la maison de Lunel 8c fils d'une Guillelmette de Montpellier, avoit succédé, dès l'an 1167, à Guillaume. Il fut arbitre'' en 1170, avec Gaucclin,
' Rotertiis de Monte, Chron'uon. p. 6S & suiv. — GalUd Ch/nùsnii, t. 2, p. -|i'^.
' GuilUlmus Neubrigensis, Rcrum Anglicarum, '' Voyez tome VIIT, Chartes, n. VI, c. a/fj.
1.2, cil. — Gaiifridus, prier Vosicnsis, C/ironi- 'Andoqiie, Calcxlcç^us des cyèijucs du Ili\i:rs,
con, p. 3i5. • p. 63 & suiv. — Gallia Chr'istiana, t. 2, p. 416.
' Andoque, Catalogue des évi^ucs de Béi'icrs, « Archives du château de Foix, caisse 12.
An
évêque de Lodève, Guillaume de Poitiers, Bernard-Rainiond de Capendu 8i Piene-Raiinond de Montpeyroux, des différends qui s'étoient élevés entre Pierre-Raimond, fils de Bérenger de Béziers, & Ermessinde de Vias, sa mère, touchant les châteaux de Vias au diocèse d'Agde, Si de Villeneuve au diocèse de Béziers.
Il est fait mention du même Bernard, évcque de Béziers, en divers monumens de son église, dans laquelle il établit' un trentin pour tous les chanoines qui viendroient à décéder. Arnaud^ de Maureillan engagea au mois d'avril de l'an 1174 entre ses mains, pour mille sols melgoriens, dont quarante-huit valoient un marc, à Bernard de Narbonne, camérier de la cathédrale de Béziers, en présence de Guillaume-Bernard, abbé de Saint-Jacques, t.''ui?nf"\ '•''^ Bérenger de Béziers, Sic, tous les droits qu'il avoit au faubourg de cette ville, 81 qu'il tenoit en fief du même camérier : « à la réserve du loyer 81 de « l'acapte des maisons qui lui étoient échues par la trahison de Béziers. » On voit encore par une autre charte^ de la même année que les biens de ceux qui avoient pris part au meurtre du vicomte Trencavel avoient été confisqués par un décret du vicomte Roger, son fils. Ce prélat 81 les chanoines de son église s'accordèrent '* en 1180 avec Guillaume-Raimond, prieur de l'hôpital de Jérusalem de Béziers, Pierre-Bernard, Jean de Rossignol Si. les autres frères du même hôpital, par l'entremise de Raimond-l'Écrivain, prieur de l'hôpital de Capestang, 81 de Bernard de Calvet, prieur de l'hôpital de Goudargues, en présence d'Alfaric de Saint-Nazaire 81 de Jarenton de Balfre, frères de l'hôpital de Jérusalem, Il donna'' la même année, avec ses chanoines, aux frères de la milice du temple de Jérusalem, de la maison de Sainte-pAilalie de Béziers, 81 k frère Bernard d'Escafré, procureur de cette milice, l'église paroissiale de Saint-Martin de Ubertas, en présence de Guiraud de Salivo, commandeur de Pézénas, d'Artaud de l'Espinace, commandeur de Peyriès, au diocèse de Narbonne, de Pierre de Firac, d'Etienne 81 de Pierre de Rodez, S< de quelques autres frères de la même milice. Enfin il vécut en bonne intelligence avec le vicomte Roger, 81 ils donnèrent de concert en fief, en 1170*^, 1174^ 81 1180, le tabellionage de Béziers, avec pouvoir à celui qui le prit d'écrire tous les actes publics.
' Cartulnire de la cathédrale de Béziers.
' Martènc, Tkaanrus anecdolorum, t. i , p. otj.
'Andoque, Catalogue des crépues ,{c Bè:^'tcrs , p. 69.
■• Cartulaire de la cathédrale de Béziers.
' Ibii. [Voir t. V, c. i^lo, n"- 82, 8?..]
" Andoque, Catalogue des évé(jues de Béliers, p. r>8. — Voyez toms VIII, Chartes, n. XXXIII, c. 348.
' On peut voir cette charte au to:r,e VITI de la présente cdiiion, c. jci, n. 18. La charge de notaire de Béziers y est traitée coinme une censivcj le tenancier paye un acapte de cent sous & doit donner annuellement à l'évéque six livres de poi-
vre à la Noël. Cette inféodation tut .ipprouvé» par le vicomte Roger qui servit de témoin. Remarquons en passant que l'évéque de Béziers Bernard & le vicomte Roger II ne vécurent pas toujours en aussi bonne intelligence que le suppose dom Vaissete. En avril 1 180 ce dernier renonça à toutes les prétentions qu'il élevait sur le notariat de cette ville (t. A'III, n. .Ip, c. 347); il reconnut qu'il ne pouvait seul disposer de cet office & que le consentement de l'évéque lui était nécessaire. Quant à la seconde concession du tabellionat faite en 1180 à Bernard Cota, & rapportée par dom Vaisseie (t. VIII, n. 40, ce. 348 à 3.5o}, elle fut un résultat de la grande révolte de 1167;
' An I I y O
XXXVI. — Voyage dit roi d'Angleterre en Qtiercî. — Evêques de Viviers.
Quoique Raimond, comte de Toulouse, & Henri, roi d'Angleterre, eussent suspendu les hostilités, ils se tenoient cependant en garde l'un contre l'autre. En effet, le dernier ayant entrepris, vers la fin de l'an 1170, un voyage h Notre-Dame de Rocamadour, en Querci, dans le domaine de l'autre, il fit ce pèlerinage en corps d'armée & prêt à combattre, parce qu'il étoit au voisinage du pays de ses ennemis , suivant le témoignage d'un historien ' du temps. Cet auteur ajoute qu'Henri ne causa cependant aucun dommage dans le Querci; qu'il témoigna au contraire beaucoup de bienveillance aux habita ns, & qu'il distribua de grandes aumônes aux pauvres.
Raimond, étant toujours uni avec l'empereur Frédéric, l'alla joindre en II 70 aux environs du Rhône, & ce fut en sa présence que ce prince confirma*, par un diplôme, une donation qui avoit été faite à l'hôpital de Saint- Jean de Jérusalem, du consentement de Raimond, évêque de Viviers. Cc^ prélat, qui éioit de la maison d'Uzès, mourut peu de temps après; car Robert, surnommé d'Albert, son successeur, étoit dans la première année de son épiscopat, le 2 de novembre de l'an 1171. Robert passa bientôt après à l'arche- "71717-7 vêché devienne, dont il étoit déjà"* élu archevêque en 1173. Nicolas lui succéda dans l'évêchc de Viviers.
XXXVn. — Légation du cardinal Hyacinthe dans la Province. — Démêlés du vicomte Roger avec l'abhaye de Saint-Pons.
L'union du comte de Toulouse avec l'empereur est une preuve que le premier étoit toujours favorable à l'antipape 8c au schisme. Ce fut peut-être pour le ramener à son obédience que le pape Alexandre HI envoya le cardinal Hvacinthe, son légat, dans la Province. Nous savons du moins que ce cardinal exerçoit cettP '^-gation à Montpellier en 1171 Se qu'il"' fut présent avec Raimond des Arènes, aussi cardinal, Pons, archevêque de Narbonnc, Bernard, évê([ue de Béziers, 8< Guillaume, abbé de Saint-Thibéry, à la décision d'un différend qu'avoit alors Bernard, abbé de Saint-Guillcm du Désert. 11 est encore fait mention dans un autre monument'' du cardinal Hvacinthe
soupçonné de trahison, le not.iire a perdu sa ' Baluze, portefeuille de Viviers, n. 3. [-^rnio;Vir/,
ch.irge qui .1 fté donné» à un .lutre; elle lui est v. 19.]
rendue, & la concession de 1174, faite à Bernard ' Columbi, Vivariemes cplscopi, p. 2ir & se^.
de Canssinojouls, est annulée. Seulement cette * B;i\\ize, Histoire généalogique dr la maison J'Àu-
restitution coûte à Bernard Cota mille sous de vergne, t. 2, p. 68. — Voyez tome VIII, Chartes,
Melgi:eil, que le vicomte reçoit à cause de ses be- n. XVI, c. 297.
soins d'argent, mais qui ne lui sont point dus ' Gallia Chriitiana, nov. ei.t, 6, Imtrum. p. i83.
(c. 349). Cette concession nouvelle fut approuvée ' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXV, c. 435.
à son tour par l'évéque, qui scella l'acte en même — C'est un acte de 1 19,5 par lequel les seigneurs
temps que le vicomte. [A. M.] de Sallèles réclament un jardin engagé par eux à
' Robertus de Monte, Chronicon, p. 790 & seq. l'église de ce village. [A. M.]
An 1171 '
qui, étant à Naibonne, avoit fait un décret pour défendre aux églises d'engager leurs biens à des étrangers.
L'archevêque de Narbonne, l'évêque de Béziers, Guillaume', évèque d'Albi, les archidiacres de Narbonne 8<. de Carcassonne, & huit chevaliers ou seigneurs séculiers, terminèrent en qualité d'arbitres, au commencement de l'an 1171, un autre différend qui s'étoit élevé entre Roger, vicomte de Béziers Si de Carcassonne, & Raimond, abbé de Saint-Pons de Thomières. Cet abbé se plaignoit de ce que le vicomte avoit détruit & pillé son monastère durant la guerre, 8<. de ce qu'il en avoit exigé la somme de trente mille sols m^elgoriens. Le vicomte se plaignoit de son côté de ce que l'abbé avoit fait construire le château de la Salvetat au voisinage de ses terres, sans son consenteuiiup!"'6. ment & contre la volonté de son père. Suivant la sentence arbitrale, ils se pardonnèrent réciproquement, &i le vicomte consentit que l'abbaye de Saint- Pons jouît à l'avenir sans contradiction du château de la Salvetat, qu'il promit de prendre sous sa protection, à condition que l'abbé lui feroit tous les ans, 8< à ses successeurs, une albergue de cinquante chevaliers, ou lui donneroit à son choix cinquante sols melgoriens. L'abbé donna de plus au vicomte la somme de deux mille sols melgoriens & lui céda les autres fiefs qu'il possédoit dans le domaine de l'abbaye. Enfin le vicomte consentit qu'on rétablît le monastère de Saint-Pons^ & qu'on l'enfermât de murailles. On trouve ici l'origine de la ville de Saint-Pons &; de celle de la Salvetat, située aujourd'hui dans le même, diocèse, sur la rivière d'Agout, vers les frontières du diocèse de Castres. L'acte est daté du lundi quatrième de janvier de l'an 1171, & prouve qu'on ne comptoit pas toujours alors également le commencement de l'année depuis Pâques.
XXXVIIT. — Raimond, comte de Toulouse, confirme les privilèges des églises de Cavaillon C" d'Àlhi. — Sceau de ce prince.
Le comte de Toulouse passa une grande partie de cette année aux environs du Pvhône, peut-être pour y continuer la guerre contre le roi d'Aragon. Il confirma à Cavaillon'', au mois de mai, par son autorité présidiale ou comtale, k l'évêque & à l'église de cette ville, la possession des moulins qu'ils avoient sur la Durance, avec permission d'en construire de nouveaux St de détourner même cette rivière par divers canaux, depuis le château de la Roche jusques au territoire de Caumont; il leur donna de plus le péage sur la Durance. Géraud d'Ami, Pierre de Caderousse & plusieurs autres seigneurs provençaux, ses vassaux, furent présens à cette concession, qui fut traduite par Raoul, avocat &• chancelier du comte, & scellée d'un sceau de plomb où on voyoit
' Gallia Christiana, nov; éd. t. 6, tnstrum. p. 283. peut dire c'est que l'atte de 1 171 est l'un des prc-
' L'expression de dom Vaissete est trop affir- iniers qui prouvent que cette localité eût déjà une
tiative. La ville de Saint-Pons a existé dès l'épo- certaine importance. [A. M.]
que où le monastère de ce nom a groupe autour ' Bouche, La chorographie ou description Je la
de ses bâtiments quelques maisons. Tout ce qu'on Provence, t. 2, p. loCtç Sa suiv.
d'un' coté une croix, & de l'autre le comte à cheval avec ces mots tout autour : S. Raymundi comitis. C'est là le plus ancien sceau que nous connoissions où l'on voie les armes du comte de Toulouse.
XXXIX. — Paix entre le comte de Toulouse i- le v'icoTnte Roger, à qui
il donne sa fille en mariage.
Le comte se rendit ensuite à Saint-Gilles où il conclut, au mois de novembre suivant, la paix avec le vicomte Roger auquel il fit serment^ de conserver la vie, les membres 8c les domaines envers tous &. contre tous. Pons, archevêque de Narbonne, Guillaume, évêque d'Albi, Ermengardc, vicomtesse de Narbonne, Odon, vicomte de Lomagne, Alphonse, frère du comte de Toulouse, Guillaume de Sabran, son connétable, Raoul, son chancelier, Géraud d'Ami, Eléazar d'Uzès 8c plusieurs autres seigneurs de marque furent présens à cette paix, après laquelle R.aimond conclut le mariage d'Adélaïde, sa fille, qu'il avoit eue de Constance de France, avec Roger. Le comte donna en dot à Adélaïde cinq cents marcs d'argent fin, 8c Roger lui assigna pour douaire le château 6" tout le comté de Ra-^ès, le château de Balaguier, le bourg de Limoux avec leurs dépendances, le château de Coufoulens, dans le comté de Carcassonne, Stc. L'archevêque 8c la vicomtesse de Narbonne furent aussi présens à cet acte avec Bernard, évêque de Béziers, Guillaume, abbé de Saint-Thibéry, Guillaume de Sabran, 8cc. Le roi Louis le Jeune, oncle d'Adélaïtle , prit part à cette alliance. Il écrivit^ une lettre pleine d'amitié à Roger Se lui donna, en considération de son mariage avec sa nièce, le château de Minerve avec ordre à ceux qui le posséderoient d'en faire hommage à ce vicomte. « Vous le tiendrez, ajoute-t-il, de nous, 81 quand « nous irons dans vos quartiers, vous nous en ferez hommage j soyez assuré « que nous faisons aujourd'hui pour vous ce que nous n'avons jamais voulu « faire pour aucun de vos prédécesseurs. » Ainsi Roger fut le premier vicomte de Béziers 8c de Carcassonne vassal immédiat de la couronne. Au reste, ce vicomte ne put faire sa paix avec le comte de Toulouse sans se brouiller avec Alphonse, roi d'Aragon, qu'il avoit reconnu pour son seigneur. Aussi Alphonse lui déclara-t-il'* bientôt après la guerre 8c, pour soutenir ses prétentions sur les domaines de Roger, il fit faire ' vers le même temps une recherche des actes qui pouvoient lui être favorables*^.
' Bouche, La chorographie ou description Je la une sorte de mémoire sur la manière dont leâ
Provence, t. 2, p. io5p & suiv. comtés de Carcassonne & de Razés furent acquis
' Voyez tome VIII, Chartes, n. VII, c. 276. par la maison de Barcelone. L'acte du reste abonde
' liiJ. n. IX, c. 279. en noms estropiés ou changés, en erreurs de faits
* Marca Hispanica, c. 1371. & de dates. On ne peut guère s'y fier pour les dé-
' Voyez tome V, Chartes, n. VI, c. 3i. tails. [A. M.J ' Voir tome V de cette édition, ce. 3i à 33. C'est
An 1171
An I 171
XL. — Paix entre le vicomte Roger (5^ la vicomtesse de Narhonne.
Ermengarcle, vicomtesse de Narbonne, c[ui s'ctoit liguée avec le comte de Toulouse contre Roger, ht bientôt après sa paix avec ce vicomte : l'acte en fut signé à Lésignan ', à la fin de l'an 1 17 i, & ils se firent un serment réciproque de s'aider envers tous & contre tous, excepté le comte de Toulouse. Ils êîn'l^'l'-î. s'accordèrent dans la suite toucbant le château de Villcmagne qu'ils convinrent de démolir. Roger vécut depuis en bonne intelligence avec le comte de Toulouse, son beau-père. Il tint sa cour^ à Limoux, au mois de juillet de l'année suivante, Si y reçut le serment de quatre gentilshommes qui jurèrent de garder fidèlement le château de Coustausa jusqu'à ce que Pierre de Vilar fut fait chevalier. Il donna en fief, au mois d'août suivant, une maison du faubourg de Saint-Vincent de Carcassonne, située dans le domaine comtal, en présence de Mo'ise Cnravite, haile de ce domaine. Il reçut en 1172 l'hommage pour le château de P'erens, en Albigeois, Si confirma^ au mois de mars de l'année suivante les donations que le vicomte R.oger, son oncle, S<. le vicomte Raimond-Trencavel, son père, avoient faites à l'abbaye de Salvanez, en R.ouergue. Les seigneurs de Fournès, de Cueil, de PU)laurens Si d'Alagnan lui firenf* hommage quelque temps après pour ces châteaux. Le dernier, situé dans le Razès, appartenoit à Guillaume d'Alagnan, vicomte de Sault, qui. au mois de mai de l'an iiyS, reconnut le tenir de Roger par un acte daté de Fanjaux, en présence du comte de Foix. Ce comte £< le vicomte Roger, son beau-frère, étoient donc alors réconciliés : ainsi le comte Raimond, en faisant la paix avec ce dernier, avoit révoqué la donation (|u'il avoit faite à l'autre des domaines de ce vicomte.
XLI. — Mort de Bernard Pelet, seigneur d'Àlais, mari de Béatrix, comtesse de Melgueil. — Bertrand, leur fils, prétend à ce'comté,
Raimond fit valoir ses prétentions sur le comté de Melgueil après la mort de Bernard Pelet, seigneur d'Alais, arrivée vers la fin de l'année 1170 ou au commencement de la suivante. Bernard avoit pris la qualité de comte de Melgueil, depuis son mariage avec Béatrix, héritière de ce comté, dont il eut un fils nommé Bertrand, Si une fille appelée Ermessinde, qui avoit épousé Pierre-Bermond de Sauve, de la maison d'Anduze. Bertrand Pelet prit aussi le titre de comte de Melgueil, aussitôt après la mort de Bernard, son père; il prétendit à ce comté, quoique Béatrix, sa mère, à qui il appartenoit, vécût encore alors Si que Douce, sa nièce, petite-fille de la même Béatrix par Raimond-Bérenger, comte de Provence, qui avoit été promise en mariage au fils du comte de Toulouse, eût des prétentions sur le même comté. Bertrand,
' Voyez tome VIII, Chartes, n. XI, ce. 281 à 184. ' Archives de l'abbaye de Salvanez.
' Cartulaire du châtsau de Foix. — Tome VIII, < Cartulaire du château de Foix.
^ An 1171
pour s'assurer de cette succession, malgré Béatrix, sa mère, s'unit étroitement avec Guillaume VII, seigneur de Montpellier, qui avoit beaucoup d'autorité dans le pays, Si, pour obtenir son secours, il lui donna par un acte' du mois de juin de l'an 1171, le village de Grabels. Il donna^ en même temps en fief à Gui, frère de Guillaume, L' fils de feu Guillaume, seigneur de Montpellier, i^ ensuite religieux, tout ce que le comte Bernard, son aïeul, Se Béatrix, sa mère, possédoient à Castclnau, à Subsiantion, à Saint-Martin de Crez S<. dans plusieurs autres dépendances du comté de Melgueil. Bertrand se qualifie-' encore par la grâce de Dieu comte de Melgueil, dans une exemption de péao'e qu'il accorda, au mois de décembre de la même année, aux religieux de l'abbaye de Franc[ucvaux, pour la ville d'Alais dont il étoit seigneur S; qu'il tenoit de la succession de son père. Enfin il se dit Bertrand, comte, fils de Béatrix, comtesse de Melgueil, dans une donation qu'il fit à l'abbaye de Bonneval, en Rouergue; donation qu'on a datée"* mal à propos de l'an ii6j, mais qui doit être postérieure à l'an 1170.
XLII. — Béatrix dispose du comté de Melgueil enfiiveur du comte de Toulouse.
Béatrix, mécontente de la conduite de son fils Bertrand, le déshérita^, le y;„ i,,^ I" d'avril de l'an 1171, S<. déclara en même temps pour ses héritières Ermessijide, sa fille, 6" Douce, sa petite-fille, fille de feu Raimond, comte de Provence, son fils, qui étoient présentes. Elle leur donna entre-vifs le château S<. le comté de Melgueil avec toutes leurs dépendances, spécialement la monnoie de Melgueil, Se les investit de ce comté. Elle en céda généralement tous les droits tant à Raimond, comte de Toulouse, au nom de Douce, sa petite-fille, que le comte de Provence , père de cette dernière, avoit destinée pour épouse au fils du même comte de Toulouse, qu'à Pierre- Bermond de Sauve, son gendre, comme mari d'Ermessinde, sa fille, pour en jouir par égales portions; à condition cependant qu'Ermessinde Si son mari tiendroient leur part en fief du comte de Toulouse. Ce prince S< Picrre-Bermond de Sauve, (|ui étoient aussi présens, acceptèrent la donation qui fut passée au palais de Melgueil, en présence de Guillaume, comte de Forcal([uier, de Raimond de Baux, Guillaume de Sabran, Géraud d'Ami, Bermond de Sauve, Sec. Cet acte
nous donne occasion d'ajouter ici deux réflexions. La première, que Douce M;,°"^'"i, ^ ' ^ 1 ' 1 t. m, p. 20.
de Provence devoit s'être retirée, après la mort de son père, auprès de Béatrix, comtesse de Melgueil, son aïeule. Se que son mariage avec le fils du comte de Toulouse, quoiqu'il ne fût encore que projeté, n'étoit pas rompu. La seconde, que les seigneurs de la maison de Baux étoient alors partagés d'intérêts; que les uns, comme Raimond, suivoient le parti du comte de Toulouse; Si les autres, savoir : Hugues 6<. Bertrand, celui du roi d'Aragon. Les deux derniers accordèrent, au mois de juin de l'an 1171, à Bertrand, abbé
' Voyez tome VIII, Chnrtcs, n. X, ce. 179, 280. ' Voyez tome VIII, Chnrtcs, n. X, c. 18a.
' G:iT\'i\, Séries pradulum Magalo!icnS:Um . p. 2 I j ^ GjUia Christiana, n. cd. t. 1 , p. î'iS.
Çi sî:j. ' Voyez tome VIII, Chartes, n. XV, ce. Kj'i à 296.
An 1 172
46 rnSTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX.
de Francjuevaux, 8c à son monastère, l'exemption ' de péage aux ports de Saint-Gilles, du Pvhône 6c de Trinquetaille.
XLIII. — Testament ô- lyiort de Guillaume VII, seigneur de Montpellier, Guillaume VIII, son fils, lui succède.
Guillaume VII, seigneur de -Montpellier, abandonna bientôt les intérêts de Bertrand Pelet, 8c se raccommoda avec le comte de Toulouse qu'il reconnut^ pour comte de Melgueil par un acte du mois de juin de l'an 1172; il avoua en même temps tenir de lui, à cause de ce comté, trois deniers par livre sur le profit de la monnoie de Melgueil, conformément aux conventions faites entre ses ancêtres 8c les anciens comtes de Melgueil. Il lui en fit hommage ainsi que des autres droits 8c domaines qu'il tenoit de ces comtes. Guillaume changea néanmoins peu de temps après Se se déclara de nouveau, en faveur du roi d'Aragon, ennemi du comte de Toulouse, comme il paroît par son testament^ daté du dernier de septembre de la même année. Par cet acte il choisit sa sépulture dans le monastère de Grandselve, où son père étoit mort l'eligieux, 8c veut que son fils Raimond y embrasse l'état religieux avec mille sols melgoriens. Entre les legs pieux il fonde un anniversaire dans la cathédrale de Maguelonne; il ordonne qu'on paye les dettes de feue Mathilde de Bourgogne, sa femme. Se fait son héritier Guillaume, son fils aîné, avec ordre de pourvoir à l'entretien de Guillaume, son second fils, 8c de lui donner pour son partage une pension annuelle 8c viagère de vingt marcs d'argent ou mille sols melgoriens. Il veut que Gui, son troisième fils, soit élevé pendant six ans parmi les chevaliers du Temple 8c qu'il prenne leur habit, si dans cet intervalle l'un ou l'autre de ses deux aînés n'étoit pas décédé. Il confirme la donation qu'il avoit faite à Sibylle, sa fille, en la mariant à Raimond Gaucehn, savoir : de cent marcs, de deux tasses d'argent du poids de six marcs chacune, des habits nuptiaux, 5cc. Il lègue les mêmes choses à Guillelmette, Adélaïde Se Marie, ses autres filles. Il fait mention d'une cinquième de ses filles, qui étoit religieuse Se à laquelle il avoit donné vingt marcs d'argent. Il veut que ces filles se marient par le conseil de Gui, son frère, 8c substitue ses fils l'un à l'autre. A leur défaut, il appelle Gui, son frère, à sa succession, 8c ensuite l'aînée de ses filles. Se successivement Guillelmette, sa sœur, Bernard-Aton, vicomte de Nimes, fils de cette dernière, Adélaïde, son autre sœur, Se en dernier lieu Etienne-de Servian, son neveu, à condition que la ville de Montpellier ne seroit jamais partagée Se qu'elle appartiendroit toujours à un seul seigneur. Il met tous ses enfans sous la garde 8c le gouvernement, de Jean, évêque de Maguelonne, qu'il fait son exécuteur testamentaire, 8c de Gui, son frère, auxquels il laisse l'administration de ses biens, jusqu'à ce que son fils aîné ait atteint l'âge de vingt ans,
■ Mis. d'Auhays, n. 77. ' Voyez tome VIII, Chartes, n. XIV, ce. 287
' Gnriel, liée de la viUc de MonlpclVicr, p. 117, :i 252.
An 1 172
avec défense qu'aucun juif soit jamais haile de Montpellier ou de son domaine.
Enfin il met l'évêque de Maguelonne, Gui, son frère, ses vassaux 8t tous ses ;
domaines sous la garde 8c la protection à' Alphonse, roi d'Aragon, son seigneur. ^ Tel est le testament de Guillaume VII, seigneur de Montpellier, d'où nous . \
apprenons qu'il laissa de Mathilde de Bourgogne, sa femme, quatre fils 6c \
cinq filles, dont il n'y avoit que l'aînée, nommée Sibylle, qui fût alors mariée. \
Elle.avoit épousé, comme on vient de le voir, Raimond Gaucelin, seigneur 1
de Lunel, au diocèse de Maguelonne. Guillaume' avoit promis en mariage, 1
au mois de novembre de l'an 1169, Guillelmette la seconde, avec cent marcs ^
d'argent fin de dot, à Raimond, fils de Bertrand d'Anduze, Se d'Adélaïde de i R.oquefeuil , sa femme, héritière de sa maison. Raimond l'épousa dans la suite, & prit le surnom de Roquefeuil. Bertrand d'Anduze & Adélaïde, sa femme, promirent de donner, en contemplation de ce mariage, tous leurs
domaines au même Raimond, leur filsj ils assignèrent à Guillelmette, pour = la sûreté de sa dot, le château de Breissac, au diocèse de Maguelonne, avec t^r"^!"'"" toutes leurs terres situées depuis l'église de Sainte-Marie de Sumène jusqu'à
la mer, 8c pour son douaire, tout ce qu'ils possédoient à Valeraugues 6c dans '
diverses autres paroisses, avec promesse de donner vingt chevaliers de leurs '
terres pour cautions. Ils fournirent seize otages pour la sûreté de cette pro- ' messe, entre lesquels étoieut Raimond de Mandagot, Bermond de Sauve,
Bernard de Sauve, Hugues de R.abastens, Pons de Montlaur, Pierre de Ber- -i
mond, 6cc. Guillaume VII, seigneur de Montpellier, donna de son côté neuf {
otages pour caution du payement de la dot, entre autres Pierre de Bermond, 1
Raimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, Pons-Gaucelin de Lunel, 8cc. L'acte i
fut passé à Montpellier, dans la maison de la milice du Temple, en présence : de Jean, évêque de Maguelonne. Marie, quatrième fille de Guillaume VII,
épousa, au mois de novembre- de l'an 1 182, Aymeri, seigneur de Clerniont, )
au diocèse de Lodève. Guillaume VIII, son frère, qui la maria avec ce sei- ]
gneur, lui donna alors cent marcs à' argent fin en dot. Aimeri lui assigna de '■
son côté, pour son douaire, le château de Puylacher, celui de Saint-Pierre de \
Amelariis, Sec. Enfin nous apprenons d'ailleurs que Guillaume VII laissa \
une autre fille, nommée Clémence, qui épousa en^ 1199 Rostaing de Sabran, '
8c à laquelle Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, sonfière, donna cinq \
mille sols melgoriens en dot. Cette Clémence n'est peut-être pas différente '
d'une des cinq filles de Guillaume VII, dont il fait mention dans son testa- \ ment. Se elle peut avoir changé de nom. C'est ainsi que Guillelmette, fille
du même Guillaume VII Se femme de Raimond de Roquefeuil, prit le nom \ de Marquise, comme il paroît par la quittance que ce dernier 8c la même Guillelmette firenf* en 1200 à Guillaume VIII de la somme de cinq mille
sols melgoriens qu'elle avoit reçus en dot. i
■ D'Achéry, Spicileglum, t. 8, p. i65 & seq. — » Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXII, c. 4^0.
Voyez tome IV, ?/o/e XXVII, n. IX, p. 143. ^ liU. c. 281. ■ ■ i
' Archives du domaine de Carcassonne transférées à Montpellier. \
An 1 172 ~
On prétend ' que Guillaume VII, seigneur de Montpellier, vécut encore quelques années après avoir fait ce testament; mais il est certain qu'il mourut peu de temps après Si, à ce qu'il paroît, avant la fin de la même année 1 172. Il étoit du moins décédé en 11 78 lorsque Guillaume^ VIII, seigneur de Montpellier, jî/j de Mathilde, & Gui, son oncle paternel & son tuteur, déc\a.~ rèrent que le mont Saint-Bausile appartenoit aux chanoines de Maguelonne. On assure^ que le corps de Guillaume VII, après avoir été embaumé, fut apporté par les principaux de Montpellier dans l'abbaye de Grandselve où il fut inhumé auprès de son père, dans un tombeau que les consuls de Montpellier firent construire. On'* prétend encore que Raimond, son fils, après avoir professé la vie monastique dans cette abbaye, devint dans la suite évêque de Lodève; mais on se trompe : Raimond ^ de Montpellier, fils de Guillaume VII &t religieux de Cîteaux, fut évêque d'Agde Sv non de Lodèvc. Quant à Gui, quatrième fils de Guillaume VII, il prit le surnom de Burgundion, à cause de Mathilde de Bourgogne, sa mère, pour se distinguer de Gui, son oncle, qui de son coté avoit pris celui de Guerrejat.
Ce dernier étoit'' au mois d'octobre de l'année suivante à Lérida, à la cour du roi d'Aragon, comme on voit par la charte que ce prince donna alors en faveur du monastère de Sainte-Croix de Volvestre de l'ordre de Fontevrault, dans le Toulousain, & de Marie de Béarn, qui en étoit prieure. Gui Guerrejat fit, en 1174, une donation'' à l'abbaye de Valmagne, en qualité de seigneur du château de Paulham, dans le diocèse de Béziers.
XLIV. — Mariage de Raimond, fils du comte de Toulouse, avec Ermessinde
de Felet, comtesse de Melgueil,
Après la mort de Guillaume VII, la comtesse Béatrix projeta de faire passer entièrement le comté de Melgueil dans la maison de Toulouse, en mariant Ermessinde, sa fille, qui étoit devenue veuve vers le même temps de Pierre- Bermond de Sauve, dont elle avoit un fils, avec le jeune Raimond, fils du comte de Toulouse. L'exécution de ce projet suivit de près, & Béatrix confirma, le 12 de décembre de l'an 1172^, en faveur de Raimond, comte de Toulouse, la donation qu'elle lui avoit déjà faite de tout le comté de Melgueil, « avec ordre à tous ceux qui le posséderoient dans la suite, de le tenir « en fief de ce comte ou de son successeur qui auroit le comté de Saint- « Gilles, » Par là elle rendit son comté mouvant de celui de Saint-Gilles, sans aucun égard à la donation que ses prédécesseurs en avoient faite à l'Eglise lid.origin. romaine. Béatrix donna en même temps en mariage Ermessinde, sa fille, avec
t. lil, p. iO. I 1 M
le comté de Melgueil pour dot, au fils du comte de Toulouse, avec clause
' Gariel, Séries praesuîum Magalonensiuni, -p. ii6. ' Esùennot, AntijuUates BeneJiciinae Vasconiae,
' liiJ. p. 226 & seq. t. 2, p. 421.
> nid. . ' Voyez tome VIII, Chartes, n. XIX, c. 3o3.
< nid. ' » Jiid. n. XV, c. 293 & siav.
' Ç(iUi.-i Cliri:li,ii;<ij nov. éd. t. 6,
expresse que, quand même Ermessinde viendioit à décéder sans enfans de ce mariage, la moitié du comté demeureroit au coitite de Toulouse pour les dépenses qu'il y avoit taites ou qu'il y feroit dans la suite, & l'autre moitié seroit à la disposition de sa fille, qui pourrait la donner ou au fils qu'elle avoit de Pierre-Bermond de Sauve ou à ceux qu'elle auroit du fils du comte de Toulouse. « Que si, ajoute Béatrix, le fils de Pierre-Bermond de Sauve « étoit alors décédé, elle ne pourra en disposer qu'en faveur des enfans de (i son second mariage. En tout événement, dit-elle ensuite, adressant la parole i( au comte de Toulouse, vous retiendrez toujours la moitié du comté de « Melgueil pour vos frais; à moins que Douce, ma petite-fille, fille de feu Il mon fils Raimond, comte de Provence, ne survive & qu'elle ne vous épouse i< ou votre fils; car je veux qu'elle ait alors la moitié du comté de Melgueil. « Mais supposé qu'elle meure avant son mariage ou qu'elle épouse quelque « autre, elle n'aura rien sur ce comté. C'est ainsi que je révoque, de votre « consentement, la donation que j'avois faite à ma petite-fille. » Dans la suite de l'acte, Ermessinde de Pelet prend le fils du comte de Toulouse pour son mari 8c lui fait donation de tous les droits qu'elle avoit sur la succession du comte Bernard Pelet, son père, pour en disposer quand môme elle mourroit sans enfans. Le comte de Toulouse assigna de son côté, au nom de Raimond, son fils, pour le douaire d'Ermessinde, le comté d'U-^ès, dont il excepte la moitié du péage de Valiiguière & de Saint-Saturnin du Port. Cet accord fut passé en présence de Bermond de Sauve, de Raimond de Vézénobre, d'Éizéar d'Uzès, de son frère Rainon, Sec; il fut dicté par Raoul, jurisconsulte £<. chancelier du comte de Toulouse. Le mariage d'Ermessinde avec Pv.aimond, fils de ce comte, âgé alors de dix-sept ans, s'accomplit dans peu : ainsi celui qui avoit été projeté en ii65, entre ce jeune prince 8c Douce de Provence, fut rompu par Béatrix, aïeule de cette dernière, qui lui préféra sa fille. Au reste, comme il n'est plus parlé de Douce, il est probable qu'elle mourut bientôt après 8c qu'elle fit Béatrix, son aïeule, ou Ermessinde, sa tante, ou enfin le comte de Toulouse ses héritiers, puisque ce comte fit valoir dans la suite ses prétentions sur la Provence, comme étant aux droits de Douce. Ce prince se qualifia depuis comte de Melgueil, comme il paroît entre autres par une de ses chartes' de l'an 1174, suivant laquelle il restitua à l'église de Maguelonne la dîme du sel qui se recueilloit entre l'étang 8c la mer, depuis le lieu appelé Porcherïa jusqu'à Maguelonne, avec réserve de ses droits.
XLV. — Bertrand Pelet se met sous la protection du roi d'Aragon,
Ce mariage 8c l'union de Raimond, comte de Toulouse, avec la comtesse Béatrix firent ombrage à Alphonse, roi d'Aragon, qui tâcha de les traverser, 8c qui étoit actuellement à Montpellier, dont le seigneur lui étoit entièrement dévoué^. Alphonse, pour faire de la peine à Raimond, se déclara le
' Cax\t\,Scr\cs praesulum Magalonensium, p. 217. ' Marca Hispaniea, c. |358 & seq.