LI. — Vicomtes de Fenouîllèdes, de Minerve, i-c
L'archevêque 8t la vicomtesse de Narbonne, loin d'imiter leurs prédécesseurs, dont les différends avoient causé tant de troubles dans le pays, vivoient alors de bonne amitié. Ils reçurent conjointement*, le i3 d'octobre de l'an 1173, la déposition de Bertrand d'Auriac, de Pierre- Olivier de Termes., son jrère, & des autres témoins qui avoient été présens au testament d'Arnaud, vicomte de Fenouillèdes, lequel étant malade à La Grasse y avoit fait ce testament, le matin du 29 septembre précédent, & y étoit mort l'après-midi. Suivant cet acte, Arnaud choisit sa sépulture dans l'abbaye de La Grasse 8<. fait divers legs pieux, tant à ce monastère qu'à celui de Fontfroide, aux hospitaliers Si aux templiers. II donne mille marabotins à sa femme, dont il ne dit pas le nom, sur les revenus du château de Fenouillet fit ses dépendances; &, supposé qu'elle fût enceinte, il fait héritier son fils ou sa fille posthume; sinon il donne à Bérenger de Pierrepertuse, son neveu, le château de Fenouillet avec ses dépendances, sauj la fidélité qu'il devait à la vicomtesse Ermengarde. Il donne au même Bérenger la moitié de plusieurs villages du pays de Fenouillèdes, la moitié du droit qu'il avoit sur le prieuré 5c le domaine de Saint-Paul de Fenouillèdes, Se la moitié de tous les chevaliers Si de leurs fiefs, qu'il avoit à cause du château de Fenouillet 61 de ses dépendances, 8< du château de Saint-Etienne de Balérac. Il laisse l'autre moitié, par égales portions, à Bertrand d'Auriac 8t à Pierre-Olivier de Termes, son frère, ses proches parens, en considération des services ([u'ils lui avoient rendus. Il donne enfin le reste de ses domaines, pour les partager également, à ses quatre sœurs. Aide, Brunissende, Deude Se Alamande. Arnaud mourut sans postérité masculine^ Si en lui finit la première race des vicomtes héréditaires de Fenouillèdes. Il eut une fille posthume, nommée Ave, qui lui succéda suivant son testament 8c qui porta la vicomte de Fenouillèdes dans la maison de Saissac.
Pierre Raynard de Béziers, l'un des principaux seigneurs de la Province, mourut aussi en 11 73. Il choisit sa sépulture par son testament'* dans le monastère deCassan, où il fonda un anniversaire de même que dans ceux de Salvanez Se de Valmagne. Il partagea ses biens à ses sœurs, en cas qu'il ne laissât pas d'en fans de sa femme. L'une de ces sœurs avoit épousé Bernard- Raimond de Capendu, S<. une autre Aymeri de Pont. 11 donna le château
■ Caniilaire de l'église d'Agde. — Gall'ia Chris- > Voyez tome VU, Not<- XXVII, ii. vil & se<l.
tiana, no», éd. t. 6, Instrum. c. 326 & seq. pp. 86, 87.
* Mnrtène, Thcmurus Anecdoiorum, t. 1, p. Ô74 ^ Cartiilaire du château de Foix, caisse i5.
& :en.
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d'Oveillaii a une troisième nommée Cécile, qui, étant veuve de Pierre-Ermengaud, avoit épousé Pierre de Minerve. Il déclara que Roger, vicomte de Carcassonne, lui devoit quatre mille sols melgoriens pour les dommages qu'il avoit causés au même château d'Oveillan durant la guerre Se à ses vassaux. Il donna à une quatrième sœur, femme de Guillaume de Poitiers, tout le domaine qu'il avoit dans la ville de Béziers, au château de Villeneuve & partout ailleurs, à condition de donner mille sols melgoriens à une autre de leurs sœurs, nommée Adélaïde, & autant à une sixième,' appelée Fine, pour être religieuses. Bernard, évêque de Béziers, fut témoin de ce testament dont l'ouverture fut faite dans l'église de Saint-Sernin de cette ville, en présence de l'archevêque de Narbonne. Pierre Raynard avoit pris le surnom de Béziers, soit parce qu'il descendoit des anciens vicomtes de cette ville, soit parce qu'il en possédoit une partie du domaine, à l'exemple de plusieurs autres anciennes familles de la Province qui prirent leur dénomination, lors de l'institution des noms propres, des villes où elles avoient des fiefs'. Pierre de Minerve, beau-frère de ce seigneur, ne lui survécut pas longtemps, comme il paroît par un^ acte de vente fait au mois de mars de l'an iiyô, à l'abbaye de Fontfroide, de la moitié de quelques terres situées à Védeillan, par Bernard de Minerve, du conseil de la vicomtesse Ermengarde, de qui il les tenoit en fief. Bernard marque dans cet acte que la moitié de ces biens appartenoit à ses cousins, fils de Pierre Minerve. Guillaume de Minerve, frère de Bernard, ratifia cette vente qui fut faite à Narbonne dans le palais d'Ermengarde, 81 avec l'approbation d'Aymeri de Narbonne, son neveu.
LU. — Traité entre les villes de Narbonne £• de Pise,
Éd. origin. La vicomtcssc Ermengarde^, Aymeri, son neveu, les consuls & les autres
t. m, p. 30. ti 7 ^ ' p
prud'hommes de Narbonne conclurent, le 4 de mars de la même année, indiction Vil, par leur ambassadeur, avec la ville de Pise, en Italie, un traité
' L'origine de ces seigneurs est en effet extrêmement obscure, bien que pendant tout le douzième siècle ils aient joué un grand rôle dans le Midi. C'est ainsi qu'en ilo5, un Arnaud de Béziers épouse Matheline, fille du vicomte Bernard- Aton (t. V, c. 794), & leur nom reparaît dans tous les actes un peu importants de l'époque. Un seul fait pourrait nous guider dans cette recherche; ce nom de Rainardj peu commun dans le pays & que portait le seigneur dont le testament est analysé par dom Vaissete. En io5âj l'évéque de Béziers, Bernard, inféoda le bourg de Béziers & la plus grande partie des droits & revenus qu'il possédait dans cette ville à un certain Raina rd Salomon (t. V, c. 486). Un peu plus tard, en 1 1 1 2 & 1122, nous trouvons un certain Pierre Rainard (t. V, ce. 827 & 9o3). On pourrait faire d'Elisiarius, père d'enfants déjà âgés en 1 io5, le fils de ce
Rainard Salomon de io55, son petit-fils tout au plus, & ce Pierre Rainard de 1112 serait le père de celui de 1 173. On pourrait donc dresser de cett« famille le petit tableau généalogique suivant :
[ Elisiarius Rainard Salomon ) épouse
vers 10 56
Pierre I Pierre
On pourrait rattacher à cette famille une bonne partie des individus qualifiés Je Biterri dans les textes du douzième siècle (Voir au tome V VIndex onomasticui). Parmi ces personnages, on peut remarquer ViW Guiîlelmus Arnaîdi de Biterri, qui possédait le hurgus vicecomitalis, vendu en 1122 au vicomte Bernard-Aton. Il était peut-être père d'Elisinrius. [A. M.]
" Tome VIII, Chartes, n. XXÏI, ce. 317, 3 18.
^ Archives de l'hôtel de ville de Narbonne.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX. 5q "~; 7
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dans lequel il est dit : 1° Que les Pisans jouiioient d'une entière sûreté dans les ports du territoire de Narbonne. 2° Que, sur les plaintes de la communauté de Pise, la vicomtesse feroit rendre justice dans l'espace de quarante jours après qu'elle en seroit avertie à tous les Pisans qui auroient reçu quelque dommage, soit à Narbonne, soit dans la vicomte. Enfin Ermengarde accorde aux Pisans les mêmes privilèges qu'elle avoit accordés aux Génois par le traité' qu^elle avoit fait en ii66 avec ces derniers.
LUI. — Suite du divorce entre le comte de Toulouse £■ Constance, sa femme.
Le divorce qui duroit toujours entre Raimond, comte de Toulouse, Si. Constance, sa femme, fut cause sans doute que ce prince se mit peu en peine de conserver son ancienne union avec le roi Louis le Jeune, son beau-frère, Se qu'il prit parti contre lui dans la guerre que les princes d'Angleterre firent au roi Henri II, leur père. Constance, après sa séparation avec Raimond, passa dans la Terre-Sainte 8<. s'établit dans une maison qu'elle avoit acquise dans la plaine d'Ascalon. Cette princesse s'étant ensuite rendue^, en 11 78, à Jérusalem, dans le chapitre des frères de l'Hôpital, elle leur fit donation de cette maison, se donna pour leur sœur, entre les mains de Raimond de Moulins, qui avoit alors la maîtrise de cet hôpital, 81 choisit sa sépulture dans leur cimetière : elle fit cette donation à condition que l'hôpital de Jérusalem lui payeroit tous les ans une pension viagère de cinq cents besans, tant qu'elle demeureroit en Orient, ou de soixante-deux marcs & demi d'argent si elle repassoit la mer.
Il paroît que Constance prit bientôt après ce dernier parti, par une lettre^ que le pape Alexandre III écrivit l'année suivante à Henri, archevêque de Reims, frère de cette princesse. « Notre chère fille en J.-C, dit le pape dans « cette lettre, la noble dame Constance, comtesse de Toulouse, votre sœur, « nous ayant représenté qu'elle étoit résolue de garder la chasteté, parce que K le comte de Toulouse, son mari, ne lui est pas fidèle Si qu'il entretient des u concubines, nous l'avons exhortée à retourner avec lui. Toutefois, comme (I elle refuse de se rendre à nos exhortations, jusqu'à ce que le comte ait (1 renoncé à ses débauches, nous lui avons écrit pour l'engager à changer de « conduite, 81 nous lui avons envoyé une ambassade solennelle pour le presser « de rappeler la comtesse, sa femme, comme il convient, après avoir donné « caution qu'il la traiteroit honnêtement 8t honorablement, St ainsi qu'il « convient à une si grande Se si noble dame. Nous avons aussi ordonné à nos <i vénérables frères l'archevêque de Narbonne & l'évêque de Nimes, 8; à notre « cher fils Raimond, cardinal-diacre du titre de Sainte-Marie in via lata, de « s'employer auprès du comte de Toulouse pour le porter à faire ce que nous « souhaitons de lui, St'de nous faire savoir, 8t à vous aussi, le succès de leur
' Voyez ci-dessus, n. xiii, p. 17 & suit. ' Martine, Veterum SS. amplissima collection t. i,
' Voyez tome VIII, Chartes, n. XVII, ce. 299 à c. ioo3. Soi.
An 1 174
An 1 174
» négociation. C'est pourquoi nous vous prions, supposé que le comte juge à « propos de rappeler honorablement la comtesse auprès de lui, d'exhorter « celle-ci à y retourner, parce qu'il ne convient pas à une femme de vivre « ainsi séparée de son mari; pourvu qu'il la traite avec honneur 8<. qu'elle « n'ait pas un juste sujet de s'en séparer. »
Cette lettre est datée d'Anagni, le Il\ de février, &c elle appartient par conséquent à l'an 1174, car Alexandre III demeuroit alors dans cette ville, & Henri, archevêque de Reims, mourut en iiyS. Elle prouve que le comte de Toulouse avoit abandonné en 1174 les intérêts de l'antipape St s'étoit remis sous l'obéissance d'Alexandre III. Quant à la réconciliation de ce comte avec Constance, nous ne voyons pas qu'elle ait été faite, malgré tous les soins du pontife, & il n'est plus fait mention de cette princesse dans la suite. On' croit qu'elle se retira dans le monastère de Notre-Dame de Soissons, auprès de Mathilde, sa fille, qui, dit-on, en étoit abbesse, qu'elle y prit l'habit religieux Se qu'elle y finit ses jours. Mais cela n'est fondé que sur la supposition que Mathilde^, abbesse de Notre-Dame de Soissons, étoit sa fille; ce qui est faux. Cette abbesse étoit fille d'une autre Constance, sœur du roi Louis le Gros & tante de Constance, comtesse de Toulouse ■>.
LIV. — Cour plénîère tenue à Beaucalre par le comte de Toulouse.
t'^nr'p"'"- La guerre continua en 1174 avec divers succès de part &. d'autre entre les princes d'Angleterre, soutenus par le roi Louis le Jeune, & le roi Henri II, leur père'*, jusques à la fin de septembre qu'ils firent la paix. Nous ne savons pas quelle fut la conduite de Raimond, comte de Toulouse, durant la suite de cette guerre, & si le roi d'Angleterre exécuta le projet qu'il avoit formé de faire soulever toute la Province en sa faveur. Ce qu'il y a de vrai, c'est que le roi Henri II 8t le comte Raimond demeurèrent toujours unis, & que le premier s'employa pour moyenner la paix entre Raimond & le roi d'Aragon. Elle devoit être traitée durant une grande assemblée ou cour plénière que Raimond tint cette année à Beaucaire, & dont un auteur du temps ^ nous a laissé les circonstances suivantes. « Les princes & les seigneurs provençaux, « dit cet historien, qui s'étoient rendus en grand nombre pendant l'été au « château de Beaucaire, y célébrèrent diverses têtes. Le roi d'Angleterre avoit « indiqué cette assemblée pour y négocier la réconciliation de Raimond, duc u de Narbonne, avec Alphonse, roi d'Aragon; mais les deux rois ne s'y trou-
' Mnrtène, Voyage littéraire ie deux religieux Sura suivi de trop près. Peut-être faut-il admettre
icnéAictinS, p. 23. deux Mathildes, abbesses de Notre-Dame de Sois»
' Voyez tome VII, Note II, n. v, pp. 6, 7. sons, dont la seconde serait en effet fille de Cons-
' On peut se reporter ;i la note do dom Vaissete tance, sœur de Louis VII. [A. M.] (t. VII, pp. 6, 7); mais il faut tenir compte de ^ Robertus de Monte, Chronicon. — Gervasius,
notre remarque [ibid. p. 7, col. 1, n. .'5). Le té- monachus Dorobernensis, Chronica rie temporc rc-
moignage de Suger nous paraît, à vrai dire, déci- gum Angliae Stcphani, Henrici II & Kicardi I. sif. Il doit y avoir là une erreur de Dormay dans ^ Gaufridus, prior Vosiensis, Chronicon, p. 3ii
sou Histoire de Soisson'^ que le Gallia C/irtstiana 8c seq.
« vèrent pas pour certaines raisons; en sorte que tout cet appareil ne servit u de rien. Le comte de Toulouse y donna cent mille sols' à Raimond « d'Agout, chevalier, qui, étant fort libéral, les distribua aussitôt à environ « dix mille chevaliers qui assistèrent à cette cour. Bertrand Raimbaud fit « labourer tous les environs du château St y fit semer jusques à trente mille « sols en deniers. On rapporte que Guillaume-Gros de Martel, qui avoit « trois cens chevaliers à sa suite, fit apprêter tous les mets dans sa cuisine « avec des flambeaux de cire. La comtesse d'Urgel y envoya une couronne « estimée quarante mille sols : on avoit résolu d'y établir pour roi de tous les « bateleurs un nommé Guillaume Mite, s'il ne se fût absenté. Raimond de « Venous fit brûler par ostentation trente de ses chevaux devant toute l'assem- K blée'. »
LV. — Entrevue entre le rot d'Aragon 0 le comte de Toulouse à Meuillon
Le roi d'Aragon eut cependant une entrevue cette année avec le comte de Toulouse, comme il paroît par une charte ^ de ce roi, donnée à Perpignan, au mois de novembre de l'an 1174, lorsqu'il étoit parti du pays d'Aragon pour se rendre à la confirence qu'il devoit avoir avec le comte Raimond. Il unit par cette charte l'hôpital de Larsac, situé en Rouergue, dans la vicomte de Millau, sur les frontières du Gévaudan, au monastère de Notre-Dame de Cassan, dans le diocèse de Béziers.
Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, souscrivit à cette charte avec plusieurs autres seigneurs. Or, comme il se trouva'* au mois de décembre suivant avec le comte de Toulouse k une assemblée qui fut tenue à Meuillon {ile Medullo)^, lieu situé alors dans le marquisat de Provence, & aujourd'hui
' cinquante sols raloient alors un marc d'argent fin. [Note ici Binii\ct.\. — Le texte de Geoffroi de Vigeois est altéré & aurait teUement besoin d'une révision attentive que nous n'admettrons que sous toutes réserves les chiffres véritablement fantastiques, pour l'époque, qu'il indique. Tous les manuscrits s'accorderaient pour les donner, qu'il faudrait encore compter avec la manie d'exagérer dont sont possédés la plupart des chroniqueurs de ce temps. [A. M.]
' A cette année i 174 se rapporte une chart» fort importante de Raimond V en faveur des Ggnois. (Voir M. Germain, Commerce de Montpellier, t. 1, p. 98 & suiv.). Par cette charte, renouvelant la concession de son oncle Bertrand de 1 109 (t. V, ce. 809, 810), il en étend singulièrement les termes j les Génois obtiennent entie autres un fonJego » Saint-Gilles, le monopole du commerce dans les ports de la Méditerranée soumis au comte; les salins de Bouc, le rocher de Monaco (pour y construire une forteresse), une partie de la ville de Nice, Marseille & Hyères. Le comte les exempte
encore de tout droit de péage dans ses domaines & de la justice ordinaire, sauf les crimes entraînant la peine capitale. Tous ces privilèges excessifs avaient pour objet de gagner à Raimond l'alliance de la puissante république contre son ennemi, Alfonse d'Ar.igon. (Voir pour ce dernier point l'ouvrage de M. Germain, plus haut cité.) L'acte a été publié dans les Historiae patriae monumcnla, Liier jurium reipuHicae Gcnuensis, t. I , p. 296.
' Voyez tome VIII, Chartes, n. XIII, c. î8d — Cet hôpital du Larzac n'appartint pas longtemps à Cassan; du moins dès 1202 on trouve an même lieu un hôpital de Saint-Michel qui dépendait de l'hôpital mage de Millau. En i3o4, on en rebâtissait les bâtiments, & l'évêque de Rodez faisait faire à cet effet une quête dans son diocèse. (De Gaujal, Etudes sur le Rouergue, t. 2, pp. 1^4 & 148.) [A. M.]
' Voyez tome VIII, Chartes, n. XVIII, c. 3o2.
' La présence à l'acte en question (t. VIII, c, 302) de plusieurs prélots 8( seignsu-: du baj
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dans le Dauphiné, auprès du mont Ventoux; nous inférons de là que la conférence entre le roi d'Aragon & le comte se tint en cet endroit; mais nous ignorons ce qui y fut conclu entre ces deux princes. Un historien de Provence' prétend qu'ils continuèrent à se faire la guerre jusqu'en 1176. II se fonde sur une charte dans laquelle le comte de Toulouse accorde aux Génois la liberté du commerce, l'exemption de toute sorte de droits 8c divers autres privilèges dans tous les ports situés depuis Arles jusques à la Turbie, près de Mourgues ou Monaco, & depuis la Turbie jusques à Narbonne : privilèges dont Guillaume de Sabran, connétable de ce prince, alla jurer en son nom l'observation à Gênes, au mois d'août de l'an 11 74. Cet auteur conclut de là que Raimond prétendoit dominer alors sur toute la Provence, au préjudice du roi d'Aragon; mais l'entrevue de ces deux princes à Meuillon étant postérieure, cela ne prouve rien; &. ils peuvent avoir fait quelque traité de paix ou de trêve dans cette assemblée à laquelle assistèrent le seigneur de Montpellier, Pons, archevêque de Narbonne^, Jean évêque de Maguelonne, Raimond-Guillaume de Montpellier, abbé d'Aniane, Bernard d'Anduze, Bermond d'Uzès, Raimond-Gaucelin de Lunel, Guillaume de Sabran, Raimond- Rascas d'Uzès, Bermond de Sommières, Guy Guerrejat de Montpellier, Guillaume d'Arses & plusieurs autres seigneurs de marque. Le comte de Toulouse promit alors par serment au seigneur de Montpellier de lui conserver la vie & les domaines. Aifisi^ ils firent sans doute la paix ensemble.
LVI. — Mariage de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, avec Eudoxe
Comnène,
ÉJ.origin. Guillaume VIII avoit épousé depuis peu Eudoxe, fille de Manuel Com-
«•ill,p.38. ^ - j /^ - • 1 T T • JM -£11
nene, empereur cie (^onstantinople.- Jacques J, roi ci Aragon, petit-nls de Guillaume & d'Eudoxe, rapporte les circonstances suivantes de leur mariage. « C'est une chose certaine, dit ce roi dans les mémoires"* qu'il nous a laissés « de sa vie en langue provençale, que le roi Alfonse, notre aïeul, fit de- « mander à Emmanuel, empereur de Constantinople, sa fille en mariage. « Pendant qu'on négocioit cette alliance, &, après qu'elle eut été arrêtée de « part Se d'autre, notre aïeul épousa Sancie, fille de l'empereur de Castille. « L'empereur de Constantinople, qui ignoroit le mariage d'Alfonse, envoya « sa fille à ce prince, qui étoit comte de Barcelone &C marquis de Provence, c( Se il la fit accompagner par un évêque & deux seigneurs de sa cour. Lors- « qu'ils furent arrivés à Montpellier, ils apprirent que le roi Alfonse avoit
Langiiecloc, prouve que ce Mft/u/Zam doit être cher- avait sans doute de ce côté une maison de plai-
ché du côté de Montpellier. Il s'agit évidemment sance. [A. M.]
de Mej^ottls, écart de la commune de Maiiguio ' Bouche, Z.a chorographlt: ou description de Ij.
(anc. Melgue'd), que les textes appellent Me^ol, Provence, t. i, ■p. |8.
Medol, Medullum. (Voir Thomas, Dictionnaire Je ' Voyez tome VIII, Chartes, n. XVIII, c. 3o2.
l'Hérault, p. I r4, c. 2.) Le comte de Toulouse, qui ^ Gariel, Séries praesulum Magulonensium, p. 227.
dès cette époque possédait le comté de Melgueil, ^ Chronica 0 commentari del rey Jacme, c. 1.
« épousé Sancie de Castille; cela les mit dans un grand embarras : ils deman- « dèrent conseil à Guillaume de Montpellier sur ce qu'ils avoient à faire. Ce K seigneur, avant que de répondre, consulta les principaux de son conseil, K qui furent tous d'avis qu'il épousât lui-même cette princesse. Il la demanda « en mariage aux envoyés de Constantinople : ces ambassadeurs firent « d'abord difficulté de la lui accorder, parce qu'il n'étoit ni roi, ni empe- « reur, & ils le prièrent instamment de leur permettre de s'en retourner, à « cause qu'ils avoient promis à l'empereur de lui ramener sa fille, si son « mariage avec le roi d'Aragon ne s'accomplissoit pas. Guillaume ne se rebuta « pas de ce refus, Se il fit de si grandes instances que les ambassadeurs de « l'empereur consentirent enfin k sa demande, à condition que l'enfant qui « naîtroit de ce mariage, soit mâle, soit femelle, hériteroit de la seigneurie « de Montpellier. Ils exigèrent en même temps que tous les habitans de « Montpellier au-dessus de dix ans fissent serment d'observer cette condi- « tion : cela fait, les noces furent célébrées. » Jacques I, roi d'Aragon, ne marque pas dans ce récit le nom de la princesse grecque, son aïeule; mais nous apprenons d'ailleurs' qu'elle s'appeloit Eudoxe, St qu'elle porta le titre iV impératrice après avoir épousé Guillaume. Quant à l'époque de ce mariage, on peut la fixer à peu près par celui d'Alfonse II, roi d'Aragon, avec Sancie, fille d'Alfonse VII, roi de Castille, qui fut célébré^ le 18 de janvier de l'an 1174.