pp. 1.^0, 1^1.) La charte est d'avril i I77. (A. M.J
' Carfulaire du château de Foix. — Cet acte ' D'AcUéry, Spicilcgium, p. i5i & scq.
a, été depuis publié d'après une copie moderne ^ Cinulairc de l'abb;iye de Vahn,ignc.
An 1 177 '
ce testament au mois de mais suivant, par un acte daté du château de Montpellier, en présence de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne, de Bernard d'Anduze & de Raimond, abbé d'Aniane. Ce dernier, qui fut ensuite évêque de Lodève, se qualifioit', au mois d'août suivant, oncle paternel de Guillaume, seigneur de Montpellier, & ayant l'administration de cette ville, dans un acte d'échange que le même seigneur de Montpellier ratifia au mois de novembre suivant.
LXVII. — Fondation de l'hôpital &• de l'ordre des hospitaliers du Saint-Esprit
de Montpellier.
Quelques auteurs^ ont avancé que Guy Guerrejat, dont nous venons de parler, & qui étoit fils de Guillaume VI, seigneur de Montpellier, & de Sibylle, est le même que Guy qui fonda, vers la fin du douzième siècle, l'hôpital 8c l'ordre des hospitaliers du Saint-Esprit de Montpellier; mais la date assurée de la mort de Guy Guerrejat fait assez voir qu'ils se trompent. 11 est certain d'ailleurs que cet instituteur n'étoit pas de la maison de Montpellier. Tout ce qu'on peut dire sur son origine, qu'on ne connoît pas, est ■qu'il paroît qu'il étoit de cette ville ou des environs^.
Frère Guy ou maître Guy, car c'est ainsi qu'il est nommé simplement dans tous les anciens monumens, fonda"* cet hôpital auprès de Montpellier, sous l'invocation du Saint-Esprit, hors la porte de Saint-Gilles, vers la fin du douzième siècle. Il en est en effet qualifié procureur ^fondateur dans une^ donation qui y fut faite en 1197. Il s'y dévoua au service des pauvres; 8t ayant associé avec lui diverses personnes de piété, il leur dressa des règles 8c établit un nouvel ordre d'hospitaliers dont il fut le premier chef £< le maître. Il fit peu de temps après des fondations semblables dans diverses villes de France, 8c il avoit déjà établi son iristitut dans deux hôpitaux de Rome, lorsque le pape Innocent III le confirma, le 23 d'avril de l'an 1198. Ce pontife fit venir Guy à Rome en 1204, avec quelques-uns de ses religieux, 8c leur donna l'administration de l'ancien hôpital de Sainte-Marie, en Saxe, qu'il utujf'll avoit fait rebâtir. Il unit cet hôpital à celui du Saint-Esprit de Montpellier pour être gouverné par un même maître, sans préjudice de la juridiction de V évêque de Maguelonne sur celui de Montpellier. Comme il n'y avoit encore que des frères laïques parmi les hospitaliers du Saint-Esprit, Innocent ordonna en même temps qu'il y auroit parmi eux un certain nombre de clercs. Les premiers, qui ne faisoient que des vœux simples, s'érigèrent dans
' Mis. dAuhays, n. 82. blisseinent était de la part d«s seigneurs de Mont-
* Voyez tome VII, Note VIIT, pp. 10, 21. pellier l'objet d'une faveur toute marquée. Peut-
' M. Germain dans ses études sur la Charité a être aussi frère Gui était-il bâtard de l'un des ;ei-
Montpcllier (p. ?-ï du tirage à part), sans se pro- gneurs de Montpellier au douzième siècle. [A. M.]
nonccr, penche pourtant pour l'affirmative; il ■• Innocent III, 1. 1, Epist. 9:) & 97. — Gariel,
fait remarquer ce fait d'un legs exceptionnel fait Séries prticsulum Magaloncnsium, p. 260. — Héliot,
à l'hôpital du Saint-Esprit par Guillaume VIII Histoire des ordres monasti<jues, t. 2, cii. 3o Siiuiy,
en 1202, ce qui semblerait indiquer que cet éta- ' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXV, c. ^Sû. ,
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX. vS . , „
la suite en chevaliers militaires 'j les autres firent des vœux solennels, 8c le pape Eugène IV ajouta, en 1446, à la règle que frère Guy, leur instituteur, leur avoit donnée, celle de Saint-Augustin 5 en sorte qu'ils se qualifièrent depuis chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin. Les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit de Montpellier furent entièrement supprimés en 1459 par le pape Pie II, & il n'y eut plus depuis que des religieux clercs dans l'ordre; car c'est sans aucun titre légitime qu'on a voulu rétablir dans la suite cette chevalerie.
Guy décéda^ à Rome en 1208. Après sa mort les religieux de l'hôpital du Saint-Esprit de Montpellier députèrent quelques-uns d'entre eux à Rome, & ces députés s'étant joints à ceux de l'hôpital du Saint-Esprit, en Saxe, ils allèrent ensemble trouver le pape Innocent III, à Anagni, pour faire, en sa présence Si de son consentement, l'élection d'un maître ou recteur de leur ordre. Le pape jugeant qu'il étoit plus convenable que le recteur de l'hôpital de Rome eût le gouvernement de tous les autres hôpitaux de l'ordre, lequel s'étoit déjà étendu en diverses provinces, engagea les députés de Montpellier à y consentir. Il fit ensuite élire en sa présence, le 6 de juin, un recteur pour l'hôpital de Rome, & ordonna que celui de l'hôpital de Montpellier seroit élu à l'avenir du consentement de celui-là. Honoré III changea^ ce règlement & ordonna, en 1217, que ces deux maisons n'auroient dans la suite rien de commun; que celle de Rome seroit chef de tous les hôpitaux de l'ordre du Saint-Esprit en Italie, en Sicile, en Hongrie 8v en Angleterre; & que l'hôpital de Montpellier auroit sous son autorité tous les hôpitaux du Saint-Esprit dans les autres provinces de la chrétienté, sans aucune dépendance l'un de l'autre. Grégoire X remit le maître de l'hôpital du Saint-Esprit de Montpellier sous l'obéissance de celui de Rome; mais, en 1617, Paul V rendit le généralat au commandeur de Montpellier, sous la dépendance cependant de celui de Rome, avec toute l'autorité que ses prédécesseurs avoicnt exercée sur les provinces qui leur avoient été anciennement soumises : Grégoire XV confirma ce décret en 162 1. Enfin Urbain VIII ôta cette dépendance en 1625. L'hôpital du Saint-Esprit de Montpellier, qui avoit été entièrement ruiné durant les guerres de la religion, ne subsistoit plus alors, Se cet ordre étoit presque anéanti en France. On travailla depuis à son rétablissement, & il fut déclaré en 1700, par un arrêt du conseil, purement religieux & hospitalier. Le roi confirma cet arrêt en 1708 & ordonna « que « l'hospitalité seroit rétablie & observée dans la commandcrie générale, grande « maîtrise régulière de l'ordre du Saint-Esprit de Montpellier, par le com- « mandeur général, grand-maître régulier, qui y seroit incessamment établi. » Le roi Louis XV a nommé en conséquence, le 3 de novembre de l'an 1716, Melchior, cardinal de Polignac, à la grande commanderïe générale & chej de l'ordre régulier hospitalier du Saint-Esprit de Montpellier de deçà les monts.
' Héliot, u( supra, t. 2, ch. 3o & sulv. ' Héliot, Histoire des ordres monasti<jue5, t. 2,
' Innocent III, I. i i, Epist. 104. — Gariîl, ch. jo & suiv. Séries praesulum Magatonemium, p. i'>'>.
An 1 177 ' T
Ce cardinal en exerce aujourd'hui les fonctions & emploie avec succès les talens supérieurs qu'on lui connoît pour le rétablissement de l'ordre du Saint- Esprit, tant au spirituel qu'au temporel; mais l'hôpital de Montpellier, qui en est le chef, est encore enseveli sous ses ruines.
LXVIII. — Le comte de Toulouse accorde divers privilèges aux hospitaliers
de Saint-Gilles,
Raimond, comte de Toulouse, s'étoit déjà assuré de Narbonne' sur la vicomtesse Ermengarde, au mois de décembre de l'an 1177, lorsqu'il donna aux hospitaliers de Saint-Gilles de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le droit de pacage Si l'exemption de péage dans toutes ses terres, avec divers autres privilèges, par une charte datée de Narbonne^. Il leur avoit accordé, au mois de novembre précédent, à peu près les mêmes prérogatives. Pons^, archevêque de Narbonne, fit donation la même année, à l'hôpital de Saint-Gilles, de diverses églises de son diocèse entre les mains de Pierre Galterii, commandeur, 8c de Bernard de Lac, procureur du même hôpital dans le Narbonnois i:d orî^in 5^ le Minervois. Raimond date l'une de ces deux chartes du règne de Louis
t. Ul, p. 4.-'. ...
de France, & de Frédéric, empereur des Romains. Il fait mention de ce dernier prince parce qu'il possédoit le marquisat de Provence 8c le Dauphiné dans l'étendue de sa domination.
LXIX. — L'empereur Frédéric accorde divers privilèges aux évêques (S" aux hahitans de Viviers.
Frédéric avoit fait sa paix au mois de juillet précédent avec le pape Alexandre III. Durant son séjour en Italie, il y donna un diplôme"*, le 16 de mars de l'an 1177, à la sollicitation de Nicolas, évêque de Viviers, qui lui avoit envoyé des députés pour le prier de renouveler en sa faveur la charte qu'il avoit accordée à Raimond, son prédécesseur. L'empereur déclare dans le nouveau diplôme que l'église de Viviers n'est soumise qu'à l'Empire, Se il la confirme dans la possession de ses domaines, entre autres de la monnoie, du péage, 8c des autres droits régaliens, sauf la justice impériale. Il ajoute qu'il prend sous sa protection l'évêque 8c les habitans de Viviers avec tout ce qu'ils possédoient au dedans 8c au dehors de la ville; en sorte qu'il semble par là s'arroger la souveraineté sur le Vivarais; entreprise manifestement contraire aux droits de nos rois, qui^ avoient dominé sur ce pays jusques au règne de l'empereur Conrad \\l^. Ce prince fut le premier, en eiiei., qui
' Tome VIII, Chartes, n. XXVI, ce. SzS, Szp. ^ Archives de l'église de Narhojine.
' Ces divers autres privilèges sont l'exemption ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. XXVII, ce. 33|
de toutes taxes à payer dans les foires & marchés & à .33.'?.
le droit d'acquérir & de recevoir; le comte excepte ' Voyez tome IV, IJotc I, p. i. — Columbi, De
pourtant de cette dernière concession les châteaux rchui geUis cphcoporum Dicnsiuni. forts (co^/ïa cnstcZ/oram) & les hautes justices; il ré- ^ Dom Vaissete raisonne ici, d'après cette hy-
serve aussi ses droits d'est & de chevauchée. [A. M.) pothèse, qti'au dixième siècle le \'ivarais serait
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' An 1 177
accorda', en 1140, un privilège en faveur de Guillaume, évêque de Viviers, son parent; mais il paroît que ce prélat se contenta d'abord d'un vain titre jusqu'à ce qu'enfin Raimond Se Nicolas, ses successeurs, ayant obtenu la confirmation de ce diplôme de l'empereur Frédéric I, le dernier tenta sous ce prétexte d'étendre son autorité sur tout le Vivarais. Il rencontra divers^ obstacles de la part des comtes de Toulouse, qui possédoient le comté de Vivarais sous l'autorité de nos rois 8c qui eurent avec lui ou avec ses successeurs de grands démêlés dont on parlera dans la suite. Au reste, ce prélat ^ donna, au mois de février de l'an 1186, l'église de Saint-Pierre de Bannes Se quelques autres de son diocèse à la commanderie de Jallès, dans le Vêlai, k laquelle Arnaud de Bannes 8c ses enfans avoient donné, au mois d'août de l'an 1181, tous les droits qu'ils avoient sur cette église. Hugues de Bannes lui donna, en i2o3, toutes les dîmes qu'il avoit droit de prendre dans la même paroisse"*.
LXX. — Princes d'Orange. — accord du comte de Toulouse avec l'archevêque d'Arles. — Comtes de Valentinoïs, i-c.
L'empereur Frédéric vint en 1178 à Arles, où il se fit couronner roi de "xiTiT^ Provence^, dans la cathédrale de cette ville, le dimanche 3o de juillet, avec l'impératrice, sa femme, 8c son fils Philippe. On prétend<5 qu'il accorda, vers ce temps-là, à Bertrand de Baux, qui fut présent à la cérémonie, le droit de se qualifier prince d'Orange avec la couronne de souveraineté. Il est vrai f[ue les comtes ou seigneurs d'Orange prirent le titre de prince depuis la fin du douzième siècle; mais il est certain aussi qu'ils ne cessèrent pas pour cela de reconnoître la suzeraineté des comtes de Toulouse, comme marquis de Provence. Tiburge de Montpellier-Orange, femme ^ de Bertrand de Baux, avoit hérité alors du comté d'Orange, par la mort de Raimbaud, son frère, décédé sans enfans. Le même Bertrand, qui résidoit, au mois de décembre de
passé sous la suzeraineté des comtes de Toulouse &, le diocèse de Béziers d'une coutume singulière : de
par conséquent, des rois de France. Cette affirma- temps immémorial, les seigneurs de Caux s'arro-
tion du savant historien a été mise en doute par geaient le droit de piller les eflets du curé de cette
plusieurs historiens modernes. Ceux-ci supposent paroisse, après sa mort. Déjà en 1172 (Voir t. V,
au contraire que vers «jSS le Vivarais fut cédé par c. 1428, n. 69) Bérenger de Caux avait fait une
Hugues de Provence a Rodolphe, roi de Eoiirgo- première renonciation. En 1177 (lilj. c. 1419,
gne; à ce compte ce pays aurait été véritablement n. 74) Bernard de Caux la renouvelle, en son nom
terre d'Empire, Si Conrad III, Frédéric I & Frédé- & au nom de ses successeurs & héritiers. Au cas
rie II n'auraient fait qu'y exercer des droits incon- où l'un d'eux oserait exercer cette coutume, U
tcstables. (Vo\r ffiitoin- liaVlvarais, par M. l'abbé chapitre de Saint-Nazaire pourrait s'approprier
Rouchier, & les positions d'une thèse manuscrite les dîmes de Sallèles. [A. M.]
présentée à l'EcoIedesCliartes en I 87Ô, parM. Pon- '' Pagi, ad ann. 1178, n. 5. — Gallia Christiana,
tal ; Paris, 1876, in-8'', p. 16. [A. M.] nov. éd. t. i, Instram. p. 99 & seq.
' Voyez tome III, 1. XVIIl, n. 11, p. 772. • La Pisc, Tailcau de l'histoire & de la princi^
' Columbi, De rehus gestis cpiscoporum Vivarien- pttuté des princes d'Orange, p. 70. • — Bouche, La
Stum. ckorographie ou dcscript. delà Provence, t. 2, p. 1(55.
' Archives de l'église de Viviers. " Voyez tome III, 1. XVIII, n. xxvii, p. 797;
^ A cette année 1 1 77 se rapporte l'abolition dans & tome IV, Note XXXVII, n. x, p. i83.
An 1 178 '
l'an 1 178', à Courtheson, dans la principauté d'Orange, y fit alors une donation, du consentement de Tihurge, sa femme, b de ses fils, à l'abbaye de Franquevaux, dans le diocèse de Nimes.
Il V a lieu de croire que Raimond, comte de Toulouse, se trouva à Arles au couronnement de Frédéric. Deux raisons nous le persuadent : la première est qu'il étoit dans cette ville au mois d'août de la même année, 8c qu'il reconnut^ alors tenir en fief le château de Beaucaire & la terre d'Argence de l'archevêque & de l'église d'Arles. Ce prélat, en reconnoissance, donna en fief au comte les châteaux de Mornas 8c de Montdragon ; la seconde raison est que l'empereur Frédéric fit expédier dans son palais, à Arles, le jour de son couronnejnent dans cette ville-', un diplôme suivant lequel « il accorda à « Guillaume de Pelteus, comte de Valentinois, Se au comte Dauphin le péage « qu'on exigeoit sur le chemin le long du Rhône, depuis Valence jusqu'à « Montélimar, à condition que tous les émolumens appartiendroient au comte « de Valentinois, qui le tiendroit en fief du comte Dauphin. « Or, comme ce dernier n'est pas différent* d'Albéric Taillefer, fils puîné de Raimond V, comte de Toulouse, il est fort vraisemblable que celui-ci étoit alors à Arles. Éd.OTig;ii. Nous avons parlé ailleurs ^ de l'origine de Guillaume de Poitiers, qui fut le premier comte de Valentinois de sa maison, par son mariage avec l'héritière de ce comté Se de celui de Diois, 8c qui possédoit divers domaines dans le diocèse de Narbonne. Il est encore fait mention de lui dans une donation^ faite à l'abbaye de Fontfroide, le 2 de mai de l'an 1 177, par Pons d'OIargues, « du consentement d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, Se en présence « de Guillaume de Peiteus, de Pierre-Raimond de Narbonne, de Guillaume « de la Pv.edorte, de Guillaume Faidit, 8cc. » On peut avoir remarqué ^ qu'il étoit actuellement marié, en 1173, avec une sœur de Pierre-Pvaynard de Béziers. Ainsi il aura épousé l'héritière de Valentinois en premières ou en secondes noces.