‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 120 sur 553 · M. de Jouhert au même · texte numérisé non relu

M. de Jouhert au même

A Montpellier, le 3'' mars 1755. — Mon révérend Père, à propos de M. Buache tout le monde se plaint de sa lenteur à travailler à nos cartes. 11 m'avoit promis d'envoyer pendant les Etats celles du diocèse de Narbonne, mais il n'en a rien fait. Il devoit aussi m'adresser un mémoire contenant des observations sur plusieurs articles qui l'empêchoient de continuer son travail sans avoir reçu des éclaircissemens & j'attends encore ce mémoire. 11 seroit bon cependant, autant que vôtre santé vous le permettra, que vous pussiés travailler au dernier volume qui doit encore paroître pour rendre nôtre Histoire complette; car s'il faut attendre que toutes les cartes paroissent, je ne sais qui peut se promettre de voir cet ouvrage. Comme je suppose que vous avés maintenant fini vôtre Géographie, vous serés plus libre pour travailler au sixième & dernier volume de l'Histoire. 11 ne me reste qu'à vous assurer de l'attachement sincère & du vray respect avec lequel je suis, &c. (Fonds de Languedoc, t. 184, fol. 421.)

' C.-J.-B. d'Agneaux Devienne, bénédictin de 5 volumes in-8" , & de Y Histoire Ac Bordeaux , Saint-Maiir, auteur de VHistoire Je l'Artois, in-4".

i63. — Le P. dom Devienne au même.

Mon révérend Père, de tous les articles dont j'ai eu occasion de parler dans mon Projet, celui qui regarde M. le président de Montesquieu m'a paru le plus difficile à toucher. Je ne pouvois m'empècher de parler de cet illustre sçavant dans l'article des Belles-Lettres. Je sçavois que son livre de l'Esprit des Loix a été fort critiqué; il ne me convenoit pas cependant de le blâmer. Pour me tirer de ce pas, vous avez vu le biais que j'ai pris ; j'ai loué dans l'Esprit des Loix ce qu'on ne peut s'empêcher d'y admirer, quelque parti que l'on prenne sur le fond de ce livre, & par ce correctif que j'y ai mis à travers quelques défauts que la critique n'a point épargnés, j'ai insinué assez clairement qu'en me déclarant admirateur de cet ouvrage, j'étois fort éloigné d'en adopter tous les principes. J'ai cru que la mort de M. de M. m'autorisoit à ajouter le Supplément que j'ai envoyé à dom Goudard. Quant au correctif que vous me proposés, voici quelques réflexions qu'on m'a fait faire à ce sujet.

Il n'est pas constant que M de M. soit mort de la manière que le suppose ce correctif. J'ai entendu parler bien différemment de la façon dont il avoit passé ses derniers momeiis. M"" la duchesse d'Aiguillon, qui ne l'a point quitté pendant toute sa maladie, a écrit à Bordeaux qu'il n'avoit point été question de rétractation de la part de M. de M. & c'est ici le bruit le plus accrédité. D'ailleurs, on assure que M. de Secondât son fils met actuellement sous la presse quelque ouvrage que M. de M. auroit certainement jette au feu, s'il étoit mort dans les sentimens que suppose le correctif. (Fonds de Languedoc, t. 184, fol. 3o.)

164. — Dom Vaissete à M. le chevalier de Comhettes Caumon, lieutenant réformé de cavalerie, à Gaillac, en Albigeois , par Toulouse.

A Paris, 28' février 1736. — J'ay reçu, mon cher neveu, vôtre lettre du 16 de ce mois avec la copie de celle que M. de Fumel vôtre colonel vous a écrite, au sujet de vôtre remplacement & de la réponse que vous lui avés faite. Il est certain que vous rachèteriés une seconde fois la lieutenance, eu accordant à M. de Vissac ce qu'il demande & vous [sériés] en droit de vous plaindre. Mais avant de faire par mes amis quelque démarche en vôtre faveur au Bureau de la guerre, j'ay voulu auparavant consulter quelques anciens militaires, qui fussent au fait de ces sortes de marchés. J'ay consulté entre autres M. le marquis d'Eldemout, ancien colonel du régiment du roy cavalerie. Voici ce quils m'ont répondu.

Il est certain quil y a un concordat dans tous les corps militaires, infanterie, cavalerie & dragons, suivant lequel celui qui doit faire démission de sa place traite auparavant avec celui qui doit lui succéder & de proche en proche, & qu'il tire de lui tout ce quil peut pour vendre de condition meilleure; & vous en fériés autant, si vous étiés à la même place. C'est ainsi que la Volvene tira dix mille livres de sa majorité du régiment de Bourgogne, & tous les colonels favorisent ce concordat pour faire plaisir aux officiers qui quittent & dont ils sont contens. La Cour & le Bureau de la guerre ne l'ignorent pas; mais ils ne font pas semblant de le sçavoir & passent par dessus, surtout pour ceux qui sont en crédit auprès du ministre. Ainsi à moins que vous ne traitiés de cette façon avec les lieutenans qui voudront quitter, vous ne pouvés espérer d'être replacé gratis & sans qu'il vous en coilte rien que par mort ou en cas de guerre. Mais il n'y a aucune apparence pour cette dernière surtout, & par conséquent, il n'y aura pas d'augmentation parmi les officiers de la cavalerie.

D'ailleurs quand je réussirois au Bureau de la guerre, ce qui est fort douteux, & si vous étiés replacé malgré votre colonel, vous vous brouilleriés avec lui & vous sériés regardé de très mauvais œil par tous les officiers du régiment, qui espèrent à leur tour un pareil avantage, quand ils quitteront & feront démission de leur charge. L'argent qu'on donne n'est proprement rien qu'un dépôt; parce que [quand] l'on est remplacé & qu'on quitte dans la suite, on tâche de retirer ce qu'il en a coûté. Voila, mon cher neveu, les réflexions que j'ay faites & que vous pourrés faire à votre tour. Il y a. des événemens dans la vie q\ii sont dans l'ordre de la Providence & auxquels il faut se soumettre. Cependant vous ne ferez pas mal de continuer d'avoir des relations avec M. le marquis de Hautpoul pour sçavoir ce qui se passe au régiment. Salués le de ma part la première fois que vous lui écrirés.

J'embrasse ma sœur, vos frères, vôtre sœur & tout le reste de la famille. Ma santé est toujours languissante & je serai obligé de faire gras en carême, à mon grand regret.

Je vous embrasse aussi & suis toujours avec une parfaite amitié vôtre très affectionné oncle. (Communication de M. Louis de Combettes Labourelie.)

i65. — Le même au même, à Gaillac.

A Paris, i5' mars lySô. — J'ay reçu, mon cher neveu, vôtre lettre du i5 de ce mois. Je n'en ferai pas usage auprès de vôtre colonel, parce qu'il ne propose pas d'alternative, mais que vous donniés à M. de Vissac pour avoir sa démission 5o louis une fois payés avec i5o fr. de pension viagère. Or, comme il vous est impossible de remplir ces engagemens, je ne lui en dirai rien, à moins qu'il ne m'en parle & je lui proposerai alors vôtre alternative quil n'acceptera pas sans doute. Ainsi demeurés comme vous êtes & attendes les événemens. D'ailleurs il paroit que le régiment campera cette année ; écrives néantmoins à M. de Hautpoul, quand il y sera.

Ma santé se dérange de plus en plus; j'ay le foye gonflé, engorgé de fiel & endurci, avec un dégoût universel; je ne cesse de faire des remèdes qui jusqu'ici ont fort peu réussi; je me soumets aux ordres de la Providence.

Il y a environ un mois que M. l'abbé d'Héliot m'a dit que M. de May, que nous avons pris pour arbitre, avoit tout arrangé pour la succession de feu l'abbé de Gaillac, & qu'il m'en feroit part; mais je n'ay pas entendu parler de lui. Comme je ne puis sortir qu'en carrosse, j'écrirai à M. l'abbé d'Héliot pour qu'il termine bientôt cette affaire.

Salués toutes nos familles & croyés moi toujours votre très affectionné oncle.

P. S, J'abrège parce qu'on m'a défendu toute sorte d'application.

J'ay fait un effort & j'ay été ce matin 26 de mars chez M. l'abbé d'Héliot qui ne demeure pas loin de l'Abbaye. Il m'a dit que M. de May, commis aux parties casuelles, que nous avons pris pour arbitre, avoit dressé la transaction entre toutes les parties qui prétendent à la succession du feu abbé de Gaillac; mais que pour plus grande sûreté, il en avoit envoyé une copie par la messagerie à M. l'abbé de Gaillac pour la leur communiquer, & voir si elles en étoient contentes; que M. l'abbé de Gaillac renvoyerait la transaction à M. l'abbé d'Héliot, & qu'alors nous la signerions, comme chargés de procuration. Ainsi M. le curé de S. Michel n'a qu'à s'adresser à M. l'abbé de Gaillac pour en avoir des nouvelles". (Communication de M. Louis de Combettes Labourelie.)

' Cette lettre, qui termine la correspondance de frances & un travail incessant avaient réduit à D. Vaissete, est surtout remarquable en ce qu'elle cette époque notre illustre historien ; elle précéda de nous apprend le triste état auquel de longues souf- dix-huit jours sa mort, arrivée le 12 avril suivant.

i66. — Dom Bourotte à l'archevêque de Narbonne.

A l'abbaye de S. Germain des Prez, le i''' de l'an lySS. — Monseigneur, la circonstance du jour m'autorise à présenter à vôtre Grandeur les assurances de mon respect & mes vœux pour sa plus parfaite satisfaction.

Vous voudrez bien, Monseigneur, recevoir en même tems le mémoire que j'ay eu l'honneur de vous promettre sur le sixième volume de l'Histoire de Languedoc ; il est un peu long ; mais. Monseigneur, j'ai cru devoir vous exposer en détail l'état ou j'ai trouvé cet ouvrage, le travail qu'il me paroist exiger indispensablement & les besoins que ce travail occasionne au premier coup d'œil, indépendamment de ceux qu'il occasionnera parla suite. D'ailleurs comme plusieurs de ces besoins ne peuvent être remplis que dans la Province même & que pour cet effet ils doivent y être connus, j'ai imaginé que vôtre Grandeur jugeroit peut être à propos de communiquer mon mémoire aux Etats qui peuvent m'aider beaucoup ; & dans cette supposition, il m'a paru nécessaire de luy donner assez d'étendue & de clarté pour que ceux qui auroient le mieux de connoissance de cet objet n'y trouvassent point d'embarras. Vous en jugerez. Monseigneur, & vous en ferez l'usage qu'il vous plaira d'en faire.

Je ne dissimulerai pas à votre Grandeur qu'en me chargeant de ce travail, je le croyois plus avancé & ne comptois pas entrer dans une carrière aussi longue & aussi laborieuse- Mais j'y suis, je m'y attache même & je m'encourage par l'espérance que vôtre Grandeur voudra bien m'honorer de ses bontés & de sa protection. Je prens la liberté de vous les demander. Monseigneur, en vous priant d'agréer le profond respect avec lequel je suis. Monseigneur, de votre Grandeur, le très humble & très obéissant serviteur. (Archives nationales, 290

167. — M. de Jouhert à dom Bourotte, à l'abbaye Saint-Germain des Pre-r,

à Paris.

A Montpellier, le 10' février 1738. — Mon révérend Père, comme les Etats ont été extrêmement occupés par des affaires importantes on n'a pu parler de ce qui regarde la continuation du travail de l'Histoire de la Province que dans les dernières séances. M. l'archevêque de Narbonne a proposé de vous nommer pour continuer le sixième volume que dom Vaissete s'étoit proposé de donner. Cette proposition a été acceptée 8f les Etats ont en même temps délibéré de vous accorder cent pistoles par année. Je n'ai pu chercher encore le mémoire de dom Vaissette dont vous me parlez, & dès que j'aurai pu le trouver, je ne manquerai pas de vous l'envoyer. En attendant il me paroît que celui que vous m'avés envoyé fait connoître combien vous vous êtes déjà mis au fait de l'ouvrage qui vous est confié. Je serai charmé de vous procurer toutes les notions & renseignemens dont vous pourrés avoir besoin & de me trouver par là dans une relation plus particulière avec vous. (Fonds de Languedoc, t. 188, fol. i23.)

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