‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 141 sur 553 · Dom Malherbe à l'archevêque de Narbonne · texte numérisé non relu

Dom Malherbe à l'archevêque de Narbonne

1785 ou 1786. — [Il lui annonce qu'il a commencé par faire un abrégé chronologique des annales générales de la Province, & qu'il l'a conduit jusqu'à Louis XV exclusivement. Il estime que cet abrégé peut former un gros volume in-8°. Il ajoute ;]

J'ai pensé qu'il valoit mieux le diviser en deux volumes. Pour les compléter j'y ai ajouté une notice historique 1° des Gaules, de leur étendue & de leurs divisions succescessives ; 2° de l'origine des Gaulois & de leurs mœurs, de leurs usages, de leur religion, de leur gouvernement, de leurs émigrations, de leurs établissemens dans l'Asie, la Grèce & l'Italie; j'ai suivi les Volces dans les différentes régions qu'ils ont parcourues, dans celles où ils se sont fixés & auxquelles ils ont donné leur nom; 3° j'ai recueilli à part les événemens les plus remarquables qui se sont passés dans les Gaules, hors le Languedoc, sous les empereurs depuis Jules César jusqu'à l'introduction des Francs.

J'ai remis mon manuscrit entre les mains de M. de Joubert, qui a bien voulu m'aider de sa bibliothèque, de ses lumières & de ses conseils; il a pris la peine de le lire & l'a honoré de son suffrage & opine pour l'impression; mais il désire, ainsi que moi, d'avoir préalablement l'avis & l'approbation de Vôtre Grandeur.

' Depuis 1764, M. le marquis de Montferrier était entré dans la famille par M. de Montferrier, avait cédé ses fonctions de syndic à son fils. Cet office grand-père de ce dernier. \'oir ci-dessus, p. 33*& 34*.

Les tables chronologiques étoient bien avancées par dom Bourotte; je me flatte que je pourrai les mettre en état de paroître, dans les premiers mois de l'année prochaine.

Dom Soulaire travaille à la continuation des Annales générales de la Province depuis 1643, époque où les a laissées dom Vaissete.

Après que j'aurai achevé ce dont je viens de vous faire mention, je compte entreprendre la Description topographique de la Province. Je suis avec un profond respect, Monseigneur, &c. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 219.)

96. — M. de Castillon, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences de Toulouse, à dom Malherbe.

[Il lui apprend que, sur la demande de lui dom Malherbe & de son collaborateur dom Soulaire, de puiser dans le Recueil des mémoires de l'Académie pour la partie littéraire de l'Histoire de Languedoc, cette compagnie savante lui accorde avec empressement ce qu'il désire & lui envoyé par la turgotine qui part cette nuit les volumes de ses mémoires parus jusqu'à présent, & que M. Darquier ' est chargé de les lui présenter. Toulouse, 6 décembre 1788.] (Fo)ids de Languedoc, t. 181, fol. 2i3.)

197. — Dom Malherbe au secrétaire-greffier de la commission des départemens formés de l'ancienne province de Languedoc.

Monsieur, je reçois le 28 octobre 1791 la lettre que vous avés pris la peine de m'écrire. Si vous aviés eu la complaisance de me faire passer, deux ou trois mois au plus après sa date, l'extrait de la délibération prise par MM. les commissaires le 4 décembre 1790, j'aurois été à même de leur faire mes représentations, avant qu'ils se fussent séparés. Ces messieurs attachent le paiement des 600 livres qui me sont dues annuellement à la remise pure & simple de mes manuscrits, fruits d'un travail de dix à onze heures par jour, depuis 1783; il faut qu'ils n'en fassent pas grand cas. Je les priois pour qu'ils pussent en porter un jugement de m'indiquer parmi MM. les députés ou quelques litérateurs à leur choix, tel nombre de censeurs qui leur eût paru convenable; alors ils eussent pu apprécier ce qui leur a paru sans doute fort peu important. Je devois d'ailleurs présumer que je ne serois pas autrement traité que mes prédécesseurs, auxquels on réservoit une part honnête dans le produit de l'impression de leurs ouvrages; ce dont la délibération de MM. les commissaires ne fait seulement pas entrevoir la perspective. D'après ces considérations que je crois fondées sur la justice & qui, faute de me connoître, passeront peut être pour inspirées par la vanité, je préfère, Monsieur, de perdre mon traitement depuis 1788 plutôt que de me désaisir de mes manuscrits, auxquels il manque encore bien des corrections qui ne peuvent être faites que par la combinaison de l'ensemble des divers ouvrages dont j'ai envoyé la note à ces messieurs. Cet ensemble & les différens rapports qui les concernent peuvent ils être mieux saisis que par leur propre rédacteur? Je ne le crois pas. Si néanmoins on veut m'avancer une somme suffisante pour conserver un double de mes manuscrits, je vous les ferai passer à mesure qu'ils seront transcrits. Voilà, Monsieur, tout ce que je puis faire, étant dénué de tous les secours que je tenois de ma congrégation. J'envoie à dom

' Le célèbre iistronome toulousain.

Soulaire copie de l'extrait que vous m'avés adressé. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 256.)

ig8. — Le même à

Je sollicitai de l'Assemblée nationale le paiement des années arriérées 1789 & 90; & par une erreur de bureau ces deux années restèrent en omission. Le décret qui fut rendu le 14 septembre 1792 portoit qu'il seroit payé tant à dom Soulaire qu'à moi une somme de 600 livres pour l'année 91, & pareille somme pour l'année 1792, sauf, avant de toucher pour l'an 1792, de justifier du progrès de notre ouvrage auprès du Directoire du département de Paris.

Je me présentai au département qui nomma deux commissaires pour vérifier nos travaux, portefeuilles & manuscrits. Le rapport de ces commissaires nous procura du département un certificat aussi honorable que flatteur' pour des hommes de lettres sensibles & laborieux. Nous fûmes payés de ces deux années arriérées.

Je présentai une nouvelle pétition pour le recouvrement des deux années 89 & 90, le 22 prairial dernier : il fut rendu par la Convention un décret dont voici la teneur : « Il sera payé par la Trésorerie nationale, &c. »

C'est cette obligation de justifier que nous n'avons pas été payés des années 89 & 90 qui nous engage à recourir à vous pour nous présenter ensuite à la Trésorerie. C'est le citoyen Castelan (plus bas ce nom est écrit Castellane), ci-devant caissier, privé maintenant de tous papiers concernant la Province, qui m'a dicté ma marche par écrit.

Certain de vôtre bonne volonté & de vôtre complaisance, il m'a tracé ce que j'avois à faire; c'est de vous demander, en exécution de la loi du 22 prairial, votre certificat justifiant que les citoyens Malherbe & Soulaire, ci-devant bénédictins, chargés de la continuation de l'Histoire du ci-devant Languedoc, ne sont point employés dans les états des dettes de la ci-devant Province de Languedoc pour les années 1789 & 90, pour aucuns traitemens, honoraires, gratifications, relatifs au travail dont ils avoient été chargés, par délibération des Etats de 1784. Vous voudrez bien faire légaliser votre signature par un officier public.

Nous vous serons très obligés d'accélérer votre réponse. Le citoyen Ramel-Nogaret s'intéresse à nous faire rendre justice & nous a chargés, ainsi que le citoyen Castelan de joindre leur salut fraternel à celui que nous vous offrons de bon cœur, Soulaire & moi. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 261.)

inn. — Ramel-Nogaret, représentant à la Convention nationale, rue S. Honoré, vis-à-vis celle de S. Florentin, n° Syy, au citoyen Malherbe.

A Paris, le i" may 1798, 2'' de la République. — Citoyen, je reprendrai avec le plus vif intérêt la suite des démarches qu'il conviendra de faire, pour que justice vous soif rendue. Pour cet effet je vous indiquerai sous peu de jours le local du Palais National, où nous pourrons nous réunir. Là nous reviendrons sur les faits, là je vous réitérerai mes remerciemens sur les notes que vous avez bien voulu me transmettre. — Au citoyen Malherbe, rue du Théâtre français, n° i5, à Paris. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 271.)

' Ce certificat, émané du Directoire du département de Paris, est du 3 janvier 1793. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 262.)

200. — M. d'Alphonse, préfet du Gard, à M. Malherbe, ci-devant bénédictin de la congrégation de S. Maur, 6* ci-devant l'un des bibliothécaires du Tribunat, au palais du Tribunat.

Nismes, ce 16 mars 1808. — Département du Gard, Division. Statistique.

[M. d'Alphonse écrit à dom Malherbe pour lui annoncer tout l'intérêt que le gouvernement attache à faire dresser la statistique de chaque département, & pour lui proposer de l'aider dans ce travail soit par la communication de documents manuscrits, soit en se chargeant de la rédaction de la partie historique, moyennant un prix qu'il laisse à sa discrétion de déterminer]. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 279-281.)

201. — Dom Malherbe à M. d'Alphonse, pré/et du Gard. [Brouillon autographe.]

Vous avez vu , Monsieur, qu'à la fin de cette même année les Etats généraux de Languedoc, de concert avec le Général de S. Maur, nous chargèrent, dom Soulaire & moi, de la continuation de la dite Histoire, & nous assignèrent à chacun une pension de 600 livres comme à nos prédécesseurs. Nous avons cessé d'en jouir en 1792. On nous allouoit également les frais & dépenses de correspondance & de copistes. Nous convînmes respectivement, mon collègue & moi, de la distribution de notre travail. Je ne pourrai ici vous parler que du mien, parce que je n'ai pu recouvrer ses écrits. Mais j'avois en dépôt les collections de nos prédécesseurs. Frustrés l'un & l'autre par les événemens majeurs dont vous avez connoissance des ressources inappréciables que nous tirions de notre Congrégation, & des communications actives & amicales du thrésoriergénéral & des sindics de la Province, nous fûmes obligés d'interrompre nos relations avec le Languedoc, de suspendre nos travaux historiques, & de pourvoir par d'autres occupations à notre subsistance.

La santé de dom Soulaire déclina sensiblement; comptant sur un meilleur sort, il s'embarqua pour S. Domingue où il n'a trouvé que son tombeau.

[Je suis] devenu par sa mort seul possesseur de tous les manuscrits & recueils & des collections de tous nos prédécesseurs, même ceux de DD. Marcland & Auzières, chargés en 1709 par les Etats de Languedoc, sur la proposition de M. l'archevêque de Narbonne (de la Berchère) , de parcourir les archives & les chartiers de la Province, &c., commission qu'ils exécutèrent jusqu'en 1715 & qu'ils abdiquèrent alors, soit à cause de leur grand âge, soit à cause d'autres emplois.

Revenons à votre objet, car je ne dois pas oublier que c'est une lettre & non pas un mémoire que j'ai à vous écrire. Que n'est il entré dans les viles des huit préfets de Languedoc de me faire collectivement les mêmes propositions dont vous m'honorez aujourd'hui. J'aurois préféré une pareille occupation à toute autre, & nous aurions derrière nous sept années de travail fait.

Je ne pourrois entreprendre aujourd'hui sans témérité de vous donner une notice historique complète, telle que vous la désirez, depuis 1643. Quant aux sources que vous m'invitez à vous indiquer & où l'on pourroit en puiser les connoissances, je pourrois vous en désigner quelques unes, mais je pense qu'il est bien difficile que la multitude de vos occupations administratives vous laisse le temps requis pour les consulter & les réunir.

Vous avez l'honnêteté de m'engager à vous marquer le prix que je croirois devoir mettre

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