‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 15 sur 553 · Séance des Estats du 2^^ janvier lyot · texte numérisé non relu

Séance des Estats du 2^^ janvier lyot

Monseigneur l'archevêque de Narbonne président a dit ensuite qu'en exécution de la délibération des Estats de l'année dernière, & pour seconder le désir qu'avoit cette assemblée de faire travailler à VHîstoire de Languedoc, il avoit cru ne pouvoir mieux s'adresser qu'au Père général des Bénédictins de la congrégation de S. Maur, qui ont travaillé avec beaucoup de succès à l'Histoire de Bretagne & qui sont versez dans la connoissance des anciens titres, pour lui demander des religieux capables d'exécuter ce dessein, & que le Père général luy avoit promis d'en choisir un certain nombre des plus propres pour travailler à cette histoire, & que ces religieux seroient envoyés au plus tost dans la Province; sur quoy Monseigneur l'archevêque d'Alby a remercié Monseigneur le président au nom de l'assemblée des soins qu'il a bien voulu prendre

' L'un des deux secrétaires-greffiers.

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dans cette occasion & l'a supplié de les continuer. — CRecueil des procès-verbaux des séances des Etats généraux de Languedoc , aux archives de la Haute-Garonne.)

3. — Ordonnance de Monseigneur l'archevêque de Narbonne pour faire ouvrir aux Bénédictins les diverses archives de la Province. [i5 mars 1712.]

Nous Charles, archevêque & primat de Narbonne, conseiller du roy en tous ses conseils, en exécution de la délibération des Etats prise le 24 janvier 1708, par laquelle il est délibéré qu'il sera fait une recherche exacte de tous les titres des églises, des actes & des généalogies des maisons & familles, des anciennes chartes, privilèges & concessions des roys & généralement de tous les mémoires, titres & documens qui pourront se trouver dans les archives des églises, hôtels de ville, maisons des communautés séculières & régulières, châteaux & maisons des particuliers qui peuvent fournir quelques connoissances de ce qui peut appartenir à l'histoire de Languedoc, prions & requérons tous nos seigneurs les archevêques & évèques de la Province, semblablement les chapitres métropolitains, cathédraux & autres, abbés, prieurs & monastères, tous les seigneurs spirituels & temporels, & tous les maires, consuls & magistrats des villes de communiquer aux religieux bénédictains, porteurs de ces présentes lettres, les actes, titres & documens qui sont en leur pouvoir. Les dits religieux sont chargés du soin de ramasser les copies de tous les sus dits actes, pour continuer de travailler à V Histoire du Languedoc , à laquelle ils s'appl,iquent depuis trois ans avec beaucoup de succès, dans le désir de finir le plus tôt quil sera possible un ouvrage également avantageux & honorable a la Province & aux églises, maisons & familles & communautés qui la composent. Fait à Narbonne ce quinziesme mars mil sept cent douze. — ={= Charles, archev. de Narbonne. — Par Monseigneur, Henry Mètre. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 3i.)

4. — Idée du travail qu'a fait fr. Pierre Au-^ières, pour set-vir à composer

l'Histoire du Languedoc.

Premièrement afin qu'on lust cette histoire avec plus de curiosité & d'attention, j'ay fait dans le premier livre préliminaire la relation de l'état où se trouve à présent le Languedoc & après en avoir établi une carte bien exacte, je décris : i" sa situation, sa figure, son étendue, ses différentes divisions, ses villes episcopales, avec ce qu'elles ont de considérable, ses montagnes, ses fleuves, étangs, canaux navigables & les ports sur la mer; 2" la température & la bonté de l'air & du climat, le génie, les mœurs, les inclinations, les qualités, & les coutumes des Languedociens en toutes leurs occupations; 3° de sa fertilité, de l'industrie & habileté des habitans, de leur commerce & de leurs richesses, des denrées qu'ils fournissent aux étrangers, où on fait voir que le Languedoc envoie dehors au double 8c au delà des marchandises qu'il n'en reçoit & qu'ainsi la Province est très opulente. On marque en détail les denrées dont on fait commerce & les lieux, ports, canaux, foires où on les débite; 4" on y marque quelle est l'administration de la justice & de la police de la Province & on y fait une énumération de tous les différens tribunaux, de leur établissement & de leurs usages & des villes où ils sont placés; 5" des forces & gouvernement militaires du Languedoc, où on fait voir le nombre des villes & places de deffense & le nombre & courage des habitans, la situation avantageuse du païs, l'abondance des munitions & des vivres, la multitude de la noblesse, le nombre & les noms des gouverneurs, lieutenai\s & sous-lieutenansgénéraux, des plus nobles familles, anciennes & modernes; 6" de l'état présent de l'église

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du Languedoc, de sa foy, de sa police, de ses trois archevêques & vingt évéques, des cathédrales & collégiales & du nombre 8c situation des abbayes, des autres maisons religieuses, des séminaires, commanderies, collèges, hôpitaux, &c.j 7° des Etats, où je parle de leur origine, de leur convocation, des commissaires du roy & de leur employ, des vingt-trois prélats, vingt- trois barons & plus de quarante-huit personnes du tiers-ordre qui y assistent, de leur ouverture, de leurs séances, rang des suffrages, authorité, délibérations, affaires qui les regardent, de leurs officiers, des commissions ou comités, de leurs pensions & dépenses, des députés en cour, des impositions, de la manière de les imposer, de les lever & autres choses; 8° les privilèges des Etats & des peuples de la Province, tant de ceux qui subsistent, que de ceux qui ont été abolis. Cet article est tout pris des registres des Etats.

Après avoir donné une idée du Languedoc, je viens à l'histoire de ce qui est arrivé de plus mémorable & j'y ai observé plusieurs choses. La première a été d'y suivre la chronologie la plus exacte & de marquer à toutes les pages, le temps des évenemens; la seconde, de citer à la marge les autheurs dont je tirois les faits, principalement ceux qui écrivoient les choses passées de leur temps ou peu avant arrivées, & ceux dont l'authorité est la plus grande, & où j'ay pu les archives de la Province & toujours les registres des Etats du Languedoc, car on me les a confiés; la troisième, qu'a l'imitation de Mézeray, à la fin de chaque siècle, j'ay traité ce qui regarde l'Eglise du Languedoc, pour la foy, les conciles, la police, les papes, les évéques de chaque ville, les cathédrales, abbayes & autres ordres & maisons religieuses; leur fondation, leur observance, leurs études, & j'y ajoute ensuite un catalogue des maisons nobles du dit siècle & un autre des hommes illustres, de leurs faits & ouvrages; ce qui n'a pas empêché que je n'aye parlé de ces trois différentes choses, église, noblesse & personnes notables, dans le cours de l'histoire lorsqu'il a été à propos d'en traiter; la quatrième, que j'ay fait mes mémoires & les ay escrit en forme d'histoire & d'un stile plus clair & concis que j'ay pu, mais aussi sans m'etudier à écrire aussy correctement que j'aurois pu faire; ce que j'ay fait dans la persuasion où je suis que je perdrois beaucoup de temps, si je m'étudiois à écrire plus poliment : 1" parce que je n'ay pas assés d'habileté pour mettre la dernière main à cette histoire; 2" parce que c'est une nécessité indispensable de la récrire, a cause qu'il faudra ajouter ce qui m'a échappé & que mon associé le R. P. dom Gabriel Marcland aura peutêtre remarqué, & de plus ce qu'on colligera des archives qui sont dans les villes & châteaux & dans d'autres ouvrages manuscripts ou imprimés qu'on pourra trouver; la cinquième chose que j'ay observé est de m'attacher principalement au seul Languedoc, ce qui est cause que j'ay cessé de parler des affaires de Roussillon, de l'Armagnac, du pays de Foix, du Roiiergue & du Quercy, dès que ces provinces ont été pour toujours séparées du Languedoc, selon qu'il est rapporté dans les registres de nos Etats; car les peuples de Foix s'étant une fois addressez à eux, dans quelque grande affaire, les Etats leur dirent pour toute réponse : Quid ad patriam? En tout cas le P. dom Gabriel Marcland a cru en devoir écrire l'histoire.

J'ay commencé mon histoire par les plus anciens mémoires que j'ay pu trouver sur le Languedoc, c'est-à-dire, cinq ou six cens ans avant J. Ch., & en la continuant par ordre des temps, je suis arrivé jusques à la fin du seizième siècle, de sorte qu'il ne reste plus qu'à ramasser des mémoires pour le dix-septième siècle.

Il y a quantité de grands evénemens dans cette histoire, comme les conquêtes des Celtes en Espagne, des Volsques en Italie, des Tectosages en Allemagne, en Grèce & en Asie. I,e passage d'Annibal, les guerres des Romains, l'arrivée des Cimbres & Teutons, les conquêtes faites par Fabius & autres capitaines romains, plusieurs faits de César & des empereurs romains, les colonies & privilèges qu'ils ont établi dans la

Province, les capitoles & amphithéâtres qu'ils y ont bâti, l'établissement du christianisme, la fondation des villes & des évêchés, la veniie des Vandales, des Suèves & des Alains & principalement des Visigoths, le royaume qu'ils y établirent, leurs longues guerres, & leur destruction par les Sarazins & les Maures qui envahirent ce pa'is, les sanglantes guerres qu'Eudes, Charles Martel, Pépin firent aux Sarazins pour les chasser du Languedoc, l'établissement des comtes & des ducs de Gothic, l'élévation de ces seigneurs & leur règne, les croisades pour la Palestine, les guerres des Albigeois, leur destruction, & l'extinction des comtes; la réunion du Languedoc à la Couronne, la part que cette Province a pris aux guerres des Anglois, de l'Italie & contre les Espagnols, & enfin les guerres civiles entre les catholiques & les huguenots, qui ont duré près d'un siècle & demy, & plusieurs autres grands évenemens qu'il seroit trop long de rapporter & que vous sçavez assés.

En parlant de tous ces peuples étrangers, j'ay traité de leur origine; j'ay taché aussi de faire le portrait de tous les roys, généraux, comtes, gouverneurs, premiers présidens & autres personnages illustres qui ont paru en Languedoc. J'ay aussi décrit ce qu'il y a de plus beau & Je grand dans les villes & dans tout le pa'is; enfin de mes seules collections on pourroit déjà faire deux volumes in-folio, sans y comprendre les preuves. Je crois qu'il est absolument nécessaire de parcourir toutes les villes pour en visiter les archives & découvrir ce qui s'est passé dans les seize & dix-septième siècles : je ne sache pas que personne ait ramassé celles du dix-septième siècle. Je ne sçaurois guères plus avancer avec succez & plaisir, sans ce secours & surtout sans avoir vu les archives de Thoulouze, de Montauban, Albi , Narboune, Béziers, Montpellier, Nismes, le Puy, Mende & Viviers.

Il faudroit aussi commencer à faire les estampes, qu'on doit insérer dans l'Histoire, comme il a été ordonné par les Etats, & enfin commencer à composer le premier volume de l'Histoire, depuis la première connoissance des peuples du Languedoc, jusques à l'extinction des Albigeois ou à la réunion de la Province à la couronne. Ce qui restera à dire jusques en 1700 fera un plus gros volume & peut-être deux.

Pour visiter les archives des hôtels de ville, des cours de justice & des seigneurs, il faudroit un religieux, qui non seulement fust sage & fist partout honneur à la religion, mais encore qui sceust lire toutes les écritures, qui sceust bien l'histoire du Languedoc & qui sceust choysir précisément ce qui est nécessaire.

L'expérience m'a fait connoitre que celuy qui travaillera à l'histoire du Languedoc doit préférer la demeure de Toulouze à toute autre, parce que dans cette ville on trouve plus de livres, plus de mémoires, plus de secours que danS toutes les autres villes de cette Province. — Fait au monastère de S' Guilhem du Désert le 18' mars 1714. Fr. Pierre Auzières, M. B. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 32 & 33.)

[Cet exposé est suivi de deux mémoires très-développés sur le même sujet & intitulés : Projet de l'Histoire du Languedoc, Ibid., fol. 34-61.]

'). — Projet de l'Histoire du Languedoc \^pctr le P. Gabriel Marcland' .]

Il y a quelque tems que feu Monseigneur leGoux de la Berchere, archevêque de Narboune, ayant représenté à Messeigneurs tenans les Etats du Languedoc, qu'il seroit de leur dignité de procurer au public l'Histoire générale de cette Province; la compagnie

' 11 existe dans le volume i8i du fonds de Lan- définitive. A la suite de la première de ces deux

guedoc, fol. 5r, deux copies de ce Projet dont la copies, on lit, écrit de la main de l'auteur : Ré~

première est une transcription raturée & annotée ponses aux doutes île Monsieur N. sur le projet Je

par le P. Marcland, & la seconde, une mise au net l'Histoire générale Je Languedoc.

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après l'avoir remercié de sa remontrance qui ne pouvoil que leur être honorable, & supplié de faire lui-même le choix des personnes pour la composition de cet ouvrage, cet illustre prélat dont la mémoire sera toujours en odeur de bénédiction dans les deux Narbonnoises , voulut bien en déférer l'honneur aux Bénédictins de la congrégation de S. Maur.

Comme l'entreprise est nouvelle, n'y ayant point encore d'histoire qu'on puisse appeller générale, & qu'un petit nombre de particulières qui regardent quelques-unes de ses parties, il a fallu ramasser dans les anciens historiens les faits qui doivent y entrer, & puiser ceux des tems moyens & bas, dans les bibliothèques & archives publiques & particulières, & dans les cabinets des curieux où ils étoient ensevelis, & qui avoient échappé aux laborieuses recherches du sçavant M . Catel.

La recherche & découverte de ces matériaux dispersez en ces lieux-là, n'est pas une chose aussi aisée que l'on pourroit s'imaginer, non plus que le choix ik l'arrangement, sur tout quand il s'agit, comme ici, d'une histoire, qui a mille ans d'antiquité sur celle de France; d'un peuple qui successivement sous divers maîtres a porté ses armes victorieuses dans les trois parties de l'ancien monde, & d'une province qu'il y en a peu d'autres où l'on ait vu de si grandes révolutions. On n'ignore pas combien les goûts sont differens, soit pour les choses, soit pour la disposition & pour l'ordre : à l'égard des choses, il y en aura une si grande variété, qu'on a lieu d'espérer que chacun trouvera de quoi se satisfaire, à moins qu'il n'aime la fable : car on se fait une loy de ne rien avancer qui le ressente. On n'ose pas se promettre la même chose touchant l'arrangement; cependant après y avoir meurement pensé, il nous a semblé que l'ordre chronologique étoit le plus convenable, 8c même le seul que l'on doive suivre à raison des divers maîtres qui ont gouverné les peuples de cette province.

Les Celtes ou 'Volces divisez en Tectosages, & Arecomiques en étoient les originaires; ils passèrent premièrement sous la don]ination des Romains, ensuite sous celle des Visigoths, ausquels à quelques intervales près succédèrent les comtes, & à ceux-ci les rois de France. Ces cinq changcmens c[ui feront chacun son époque partageront cette Histoire en autant de parties, lesquelles quoi qu'illégales (jic) pour le nombre des évenèmens ne le seront pas pour la durée qui sera d'environ cinq cens ans pour chacune, ni pour la singularité des faits, ils sont tous remarquables. Les Celtes & les Tectosages paroîtront les premiers sur la scène, & s'y feront admirer par leur valeur & par leurs conquêtes. Les Romains devenus les maîtres du pays ouvriront la seconde, & s'y feront haïr par leur orgueil & par leurs extorsions. L'entrée des Visigoths commencera la troisième; ils s'y feront aimer par la douceur de leur gouvernement, & regretter, quand après un règne de trois cens ans, ils feront place aux Sarrasins, lesquels en seront chassez par les quatre premiers rois de la seconde race, qui comme les Visigoths feront les délices de la Province, ce qui nous conduira aux comtes, lesquels rempliront la quatrième, qui finira sous le règne de Philippe le Hardi, par la rèiini^i immédiate de presque toutes ces comtez en sa main, qu'il a transmis avec sa couronne aux rois successeurs, & à Louis XV heureusement régnant.

Première époque. — La première époque, que nous appelions le Languedoc, sous les Celtes & Volces-Tectosages, commencera environ six cens ans avant la naissance de Jesus-Christ. L'histoire nous fournit peu de faits sur tous ces tems-là, mais k-ur éclat nous dédomage du nombre. Elle nous apprendra que pour décharger le pays il en sortit par différentes routes, & en divers tems, trois armées composées de jeunes avanturiers, ik que leurs expéditions furent si heureuses, qu'il est difficile de marquer celle des trois qui s'acquit le plus de gloire. L'une, sous le nom des Celtes, après avoir franchi le col des Pyrénées, & donné plusieurs batailles à ces peuples d'Espagne, qu'on nommoit alors

Iberiens, les obligea enfin de faire la paix, de s'allier avec eux par des mariages, des deux nations n'en faire qu'une; & que pour en éterniser la mémoire, le pays à l'avenir seroit appelle Celtiberie, & les habitans Celtiberiens. L'autre, qui sous le nom de Tectosages se joignit à celle du prince Sigovese, après avoir forcé le passage du Rhin, & conquis la plus fertile contrée de la Germanie, s'y maintint avec tant de valeur contre ses ennemis, tant d'équité & de justice avec ses voisins, que César, qui n'est pas prodigue de loUanges, n'a pu s'empêcher de faire leur éloge. Et la troisième, soijs le même nom de Tectosages, après avoir forcé le Pas des Termopyles, défendu par quatre-vingts mille Grecs, & s'être enrichis des dépouilles du temple de Delphes, alla se faire un pareil établissement & avec la même réputation dans la Bythinie. On y voit encore d'augustes monumens de leur puissance dans les villes de Tabia, de Pessim, d'Angoury & de Siuves, dont ils sont fondateurs. Les deux dernières sont aujourd'huy métropoles, une ecclésiastique & l'autre civile; & si l'on veut se former une idée de leur courage & de l'étendue des Etats qu'ils y possedoient, il ne faut que se souvenir que les Romains décernèrent l'honneur du triomphe au proconsul, qui rendit leurs rois tributaires de la République.

Pendant que nos Tectosages batissoient des villes dans l'Asie, on construisoit dans leur pays natal & en Languedoc, celles de Vindomagus, de Rhode, d'Heraclée, de Magueloue, d'Elne, de Cesseron, d'Agde, d'Illiberis & de Ruscino. Les trois premières ne sont plus, il ne reste de Maguelone & d'Elne qu'une église, elles étoient autrefois épiscopales comme l'est aujourd'huy Agde ; mais il semble que les deux dernières étoient alors les plus célèbres, elles le furent du moins par rapport à ce qu'il s'y fit. Ce fut dans Ruscino que nos rois, qui y étoient assemblez, donnèrent audience aux ambassadeurs d'Annibal & à ceux des Romains. Les premiers vinrent les prier modestement d'accorder, à telles conditions qu'il leur plairoit, le passage par le Languedoc, pour l'armée des Carthaginois, composée de plus cent mille hommes; elles furent réglées ces conditions à lUiberis par Annibal, à qui nos rois, par une noble émulation, en déférèrent l'honneur, & applaudies, parce qu'elles sont dignes de la générosité & de la politesse de ce gênerai, & de nos princes. Il n'y eut que les Romains qui ne les trouvèrent pas de bon goût, ils étoient venus dans l'espérance d'obtenir qu'on lui refuseroit le passage. Nos rois, après leur avoir remontré en des termes un peu durs, le ridicule de leur demande, les renvoyèrent avec une sage leçon pour leur sénat. Mais ces vindicatifs républicains oubliant la leçon, ne se souviendront que du refus qu'ils feront payer bien chèrement à nos Tectosages, quand ils les auront soumis à leur empire; on le verra dans la seconde époque.

Deuxième époque. — On expliquera d'abord la manière que le Languedoc passa sous la domination romaine; on la croit très-différente de celles des provinces voisines qui se virent forcées de subir le joug, mais il n'en fut pas mieux traitté. A peine il se sera mis sous la protection de la République, qu'elle oublira les conventions & le laissera en proie aux avanies de ses proconsuls. Il deviendra peu après le théâtre des formidables guerres, qu'elle eut à soiltenir contre les Cymbres & les Ambrons; contre Sertorius & contre les Gaulois. Il ne faut pas douter que la douleur de se voir foulé d'un côté par cinq à six cens mille barbares, & d'autre par J.ux à trois cens mille Romains, qui ne valoient pas mieux, fut un peu adoucie par le plairlr de les voir s'entre-tuër, & de servir de tombeau une fois à quatre-vingts mille Romains, de prison à quarante mille, & puis de cimetière à tout le reste des barbares. Il ne joiiit pas long-tems de ce triste plaisir, la guerre de Sertorius vint l'interrompre & fut suivie de celle des Gaulois, qui conservoient toujours le désir de secouer le joug. L'absence de César leur parut favorable, ils ouvrirent la campagne par le ravage du Vivarez & du reste du bas Languedoc, dont Ver-

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cingentorix n'avoit pu ébranler la fidélité, comme il avoit fait celle du Quercy, du Kouergue, de l'Auvergne & même du Givaudan , & cette guerre finira dans le même Languedoc. S'il est vrai (ainsi qu'un sçavant moderne croit l'avoir démontré) que ce prince avec tout ce qu'il put rallier de ses troupes, alla se renfermer dans Alais, château dos Cevennes, où il fut assiégé & fait prisonnier; c'est ce que nous examinerons.

Ce sera seulement sous les empereurs que nous verrons le Languedoc recompensé de sa constante fidélité. César lui ouvrira l'entrée du sénat, Auguste choisira Narbonne pour y tenir en personne les Etats généraux des Gaules; il y fera le partage de ces vastes provinces; donnera à la quatrième le nom de Narbonnoise, & couronnera tous ces honneurs par un magnifique temple qu'il y fit bâtir. Antonin le Pieux deviendra le second fondateur de cette ville, qu'un incendie avoit presque toute réduite en cendres; & Adrien ajoutera à l'amphithéâtre, au temple de Diane, à la Tour-Magne & aux autres embellissemens de Nîmes, la superbe basilique de Plotine. Mais on fera remarquer que le Languedoc repondit parfaitement à tous ces honneurs, donnant au sénat de sages magistrats & d'éloquens orateurs, Si fournissant aux armées de César de vaillants soldats & de braves officiers; instituant de pompeux sacrifices pour la prospérité d'Auguste, & donnant en la personne d'Antonin le Pieux, de Carus & de Numerian son fils, des empereurs qui ont honoré l'Empire.

On n'oubliera pas le plus heureux de tous les évenemens, sçavoir la naissance de Jesu3-Christ, & la prédication de son saint Evangile. Il est étonnant que ces deux faits étant les plus augustes & les plus intéressants que l'on puisse examiner, l'année du premier, soit si inconnue, & le siècle du second par rapport aux Gaules si contesté. Sur le premier nous suivrons le tradition de l'Eglise romaine : sur le second, celle de nos églises du Languedoc, qui remonte cette prédication vers la fin du premier siècle de l'Incarnation, & qui donne pour premiers évoques, Paul à Narbonne; George au Puy; Flours à Lodève; Aphrodise à Beziers; Saturnin à Toulouse, tous saints & disciples des apôtres. Quoiqu'il (sic) en soit, il est certain que le progrès du saint Evangile y futretardé moins par la crainte des édits , que par l'entêtement du peuple pour ses anciennes superstitions; mais la pureté de la foy, ainsi que celle des mœurs & du culte extérieur, y fut étrangement altérée durant le quatrième siècle, une par l'hérésie d'Arius, l'autre parles rêveries de Vigilance. On y verra l'arianisme présider au concile de Beziers en la personne de l'impie Saturnin d'Arles, & monter ensuite sur le thrône & devenir la religion dominante en la personne des treize premiers rois visigoths, comme nous le dirons dans l'époque qui suit.

Troisième époque. — L'irruption des Vandales dans les Gaules fut cause que le Languedoc changea de maître. L'empereur Honorius, trop foible pour se maintenir dans ces vastes provinces, de l'avis du sénat les céda avec l'Espagne à Alaric & ses successeurs rois des Visigoths. Après donc avoir expliqué l'étendue, les motifs & les conditions de la cession, l'origine, les mœurs, & la forme du gouvernement de ces nouveaux habitans du Languedoc (car ce fut la première province dont ils prirent possession, & la dernière dont ils furent dépouillez); on s'étendra sur tout ce qui s'y est passé de mémorable sous les trente rois de cette nation, qui l'ont gouverné pendant trois siècles, ce qui renferme les plus beaux morceaux des histoires, de l'Empire, de Rome, de l'Italie, de l'Affrique, de l'Espagne & de France.

On verra Rome assiégée par notre Alaric, se racheter premièrement par une grosse rançon; assiégée une seconde fois par ce roy h qui elle ouvrit ses portes & qui y créa un empereur; rassiegée par le même Alaric, prise & abandonnée durant trois jours au pillage à l'exception des églises, & cela pour punir la perfidie d'Honorius, dont elle n'étoit pas cause. C'est ici le quiJquiJ délirant Reges, comme il y avoit encore beaucoup

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à glaner ùans cette malheureuse ville, elle fut pour la quatrième fois la victime de la vengeance de nos Visigoths. Ataulphe, successeur d'Alaric, mais moins religieux, la fit saccager sans exception & sans mesure; il trouva dans les seules églises des richesses immenses, que la pieté des fidèles y avoient (sic) consacrées, ou que les Romains y avoient réfugiées comme dans un azile; il y trouva aussi la belle & sage Placidie, sœur de l'empereur; il en devint d'abord l'esclave & peu de tems après l'époux : la soleninité des noces & le couronnement de cette première reine du Languedoc se firent à Narbonne, avec une magnificence dont on auroit peine de trouver d'exemples dans l'histoire. Cet agréable & nouveau spectacle fit oublier la triste scène qu'il avoit donnée quelque tems auparavant dans la même ville, en faisant trancher la tête aux empereurs Jovin & Sebastien, frères, à l'un pour avoir contre sa défense associé l'autre à l'empire, & à celui-ci pour l'avoir accepté sans sa permission. Les rois qui après lui firent leur résidence en Languedoc, ne furent pas moins fiers; on les verra sur leur thrône donner audience aux ambassadeurs d'Attila, & les éconduire; à ceux de Valentinian, & de cinq ou six autres empereurs, qui demandoient les uns du secours, les autres la paix, & ceux-ci ne l'obtenir qu'à des conditions bien dures. On les verra au milieu de leur cour dans Toulouse créer un empereur, & enfin à la tête de leurs armées, après avoir battu deux fois Attila, battre encore Valentinien; les rois des Sueves, des Bretons, des François, & joindre la Provence, les trois Aquitaines & toute l'Espagne comme simples provinces, à leur royaume de Toulouse, le siège de leur empire.

Ces rois étoient encore ariens, mais plus jaloux d'étendre leurs Etats que leurs erreurs; ils laissoient aux catholiejues une honnête liberté de conscience, & aux évêqucs celle de s'assembler en concile, & téjnoignant beaucoup de respect & de confiance pour ceux de ces derniers qui étoient estimez de sainte vie. Toutes ces condescendances n'empêchèrent pas Clovis de leur déclarer la guerre; la diversité de religion en sera le prétexte ou le motif; comme il n'y a rien de plus saint, rien aussi ne lui fut si glorieux que le succez de la bataille de Voiiillé près de Poictiers. La mort d'Alaric leur roy, qu'il tua de sa main, fut suivie de la conquête de quelques-unes de ses provinces; mais le mariage de sa fille, !k de deux de ses petites filles avec les rois visigoths, & de trois princesses visigothes avec les rois françois, loin d'être les liens de la paix, furent une source de guerres entre ces princes, & de malheurs infinis pour toutes ces malheureuses princesses.

La conversion de notre roy Recarede, suivie de l'extinction de l'arianisme, nous fournira une matière plus agréable, ainsi que le concile d'Agde, celui de Narbonne 8c les dix-sept derniers de Tolède tenus sous les rois visigoths. Nos évêques seront soigneux de s'y rendre, & ils auront l'honneur de présider au sixième qui passe pour un des plus savans.

La révolte du comte de Nîmes contre Vuamba nous occupera quelque tems, le détail est curieux par ses circonstances, mais très desagréable par ses suites. Les juifs que ce pieux roy avoit proscrits , & que le comte protegeoit, en étoient ou l'occasion ou la cause; mais les suites furent des plus tragiques pour le Languedoc, qui à la reserve de deux évoques, s'étoit laissé entraîner dans la révolte, & avoit applaudi la création d'un nouveau roy.

Ces playes seront à peine fermées, qu'on les verra rouvrir & de plus profondes par l'invasion de trois princes, qui se disputoient la possession de la Province comme un bien vaquant depuis la mort du malheureux Roderic dernier roy visigoth. Zema, roy des Sarrasins, après un long siège prendra Narbonne, passera au fil de l'épée tous les hommes, & envoyera en Espagne les femmes & les enfans. Eudes, duc d'Aquitaine, s'étoit emparé de Toulouse avant qu'elle fût assiégée par ce même roy, & arriva assez à

tenis pour le chasser, le battre, & le laisser au nombre des morts. Charles Martel, prince des François viendra après eux, brûlera Avignon, Nîmes, Agde, Beziers, & s'en retournera bien fâché de n'avoir pu chasser de Narbonne les Sarrasins, qu'il tenoit assiégé (sic) depuis quatre ou cinq ans.

Le ciel réservoit à la pieté de nos évéques & au courage de nos comtes la gloire de s'affranchir eux-mêmes du joug des infidèles, & de se donner un roy très-chrétien en la personne de Pépin à qui ils ouvrirent les portes de leurs villes sous les conditions réciproques de protection îk de fidélité, de conserver leurs privilèges, & les laisser vivre selon leurs loix (c'étoit les gothiques); conditions qui marquent non pas un peuple conquis & qui reçoit la loy, mais qui la prescrit en quelque manière à celui qu'il se choisit pour maître. Et en effet le Languedoc ne s'appercevra d'avoir passé sous l'empire des rois de France, que par l'honneur que lui feront les trois premiers empereurs françois de le différencier de leurs autres provinces, en le rétablissant dans son ancienne prérogative de royaume sous les noms de Gothie & de Septimanie, du reste fidèles aux conventions stipulées avec leur père & ayeul. Il ne se parlera point d'impôts ni de partages de terres : on confirmera les loix gothiques : il ne sera rien changé dans la forme du gouvernement j les rois, comme il étoit d'usage, envoyèrent dans les principales villes pour y administrer la justice, les armes 84 les finances, certains officiers qu'alors on appelloit comtes. Mais il arriva que ces comtes se prévalant tantôt de la confiance des rois, tantôt des guerres qu'ils avoient sur les bras, & toujours de la foiblesse du gouvernement, de simples commissionnaires qu'il étoient, s'érigèrent peu-à-peu en souverains chacun dans l'étendue d'une ou de plusieurs comtez, & y en exerçoient tous les droits. On sera surpris que dans un pays long d'environ quatre-vingt lieues, sur trente-cinq à quarante de large, il s'en soit élevé dix à douze, & qu'ils se soient maintenus dans cette indépendance durant plus de quatre cens ans; & nous voici à la quatrième époque que nous appellerons le Languedoc sous les comtes.

Quatrième époque. — Il est aisé d'imaginer que cette multitude de petits souverains ne pouvoit être, comme elle fut, qu'une source de jalousies; & c'est aussi ce qui tiendra la Province dans une perpétuelle agitation, ou dans son tout, ou dans quelq\ies-unes de ses parties. Mais au milieu de ses troubles, il s'y passera des choses très-considérables pour la religion & pour l'état politique. Telles sont pour la religion la convocation de vingt conciles provinciaux , l'institution de quelques nouveaux ordres religieux hospitaliers, militaires & mixtes, & la fondation de plus de cent abbayes: telles sont encore les élections des évéques faites par les chapitres, rarement par les papes, jamais parles rois, & presque toujours unanimes; ce qui marque d'un côté la droiture des électeurs, & d'autre le mérite personnel des élus qu'on prenoit ordinairement de gremio du corps du chapitre, ou des originaires du pays, ou de quelques abbayes de la Province. Quelle ample & riche matière fourniront à l'histoire tant d'évêques, abbez & ecclésiastiques du second ordre; les uns par les refus de ces dignitez, les autres par la démission volontaire; quelques-uns par l'expulsion ou dégradation, un grand nombre par leur zèle pour la pureté de la foy contre les hérétiques, pour l'intégrité des mœurs contre les déréglemens du peuple, & pour le maintien de la discipline contre le relâchement des clercs & des moines; enfin pour la défense des droits de leurs églises contre les usurpateurs, plusieurs ayant souffert pour un ou deux, ou pour tous ces sujets-là les persécutions, l'exil, la perte des biens, la prison, & même la mort.

Comme les archevêques de Narbonne étoient à la tête de ce clergé, ils se trouveront dans fous ces cas plus souvent que les autres; & de plus ils auront à défendre le patronage de leur église contre les vicomtes de Narbonne, la qualité des ducs de Gothie ou Narbonne contre les comtes de Toulouse, leur indépendance contre les archevêques

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de Bourges, d'Arles, de Tolède & de Vienne, leur primatie contre ceux de Tarragone & d'Aix, & enfin la présidence aux Etats contre leurs suffragans. Le détail de ces petites guerres sera d'autant plus agréable, que la discussion du droit est intéressante.

Le reste de cette époque qui regarde presque tout l'Etat politique, n'offrira presque rien que de triste; ce sera une bigarrure de séditions réitérées dans plusieurs villes, d'autant plus cruelles, qu'elles se faisoient de citoyen à citoyen, d'ami à ami, de frère à frère, de père à fils, que le malheur ou l'intérêt trouvoit engagés dans des partis opposés de mariages, de divorces, de polygamies célèbres par la qualité des personnes, & par la singularité des circonstances; de fondation de quatre nouvelles villes, qui après Toulouse sont aujourd'hui les plus peuplées & les plus riches, & que nous verrons durant de certains temps les plus révoltées contre la religion & contre l'Etat; de révoltes de villes contre les comtes, dont ils chasseront les uns, massacreront les autres, & à leur tour seront elles-mêmes massacrées par les comtes. Ce sera enfin un mélange de batailles, de sièges & de guerres des comtes de Toulouse contre les rois d'Angleterre, d'Espagne & de France, contre les comtes de Provence, de Barcelone, de Poitiers, de Melguail, de Beziers, de Rhodes. Le Languedoc en étoit le théâtre; mais celles que nous y verrons les plus communes durant plus de deux cens ans, ce seront les guerres de religion. Rien de si glorieux pour la Province, que celles qu'elle a faites au dehors & dans les pays étrangers par ses comtes, seigneurs & évêques, ni rien de si funeste que celles que ses mêmes comtes fauteurs des Albigeois lui ont attirées dans son sein. Ces comtes & évêques, après avoir mené en différens temps, de nombreuses croisades, soit en la Terre-Sainte contre les Turcs, soit en Espagne contre les Sarrasins, verront leurs Etats inondez d'un million de croisez & étrangers qui y exerceront durant vingtcinq à trente ans toutes les hostilitez qu'un zèle de religion trop ardent a coutume d'inspirer; ce qui sera cause du dépeuplement du Languedoc. Les croisez d'une part, les inquisiteurs de l'autre, feront périr par le feu, par le fer, ou par l'exil, la plus grande partie des habitans, & avec eux presque toute l'ancienne noblesse; leurs châteaux seront rasez, leurs terres confisquées: il sera même défendu à leurs veuves & filles de se marier pendant dix ans à d'autres qu'à des étrangers; cela fera un nouveau monde, & sera cause que la Province passera immédiatement sous les rois françois, c'est la cinquième & dernière époque.

Cinquième époque. — Cette époque, ainsi que la précédente, quoyque mélangée de choses qui n'ont que peu ou point de liaison, sera bien plus intéressante, en ce que l'on verra de plus près, & comme sous les yeux, les faits qui seront rapportez, & que les plus considérables familles y trouveront avec leur nom, la part que leurs ancêtres y ont eue, & la gloire ou le blâme (car on ne déguisera rien) qu'ils se sont acquis dans le clergé, dans l'épée, dans la robe, dans la science ou dans les beaux-arts.

Le clergé séculier y verra avec plaisir l'érection de deux nouveaux archevêchez, d'onze évêchez, & du double des collégiales. Le régulier, la fondation de trois cens monastères de divers ordres; tous les deux, la création de trois papes pris de l'un & de l'autre clergé, & que le mérite plus que la naissance a élevés à cette sublime dignité. La noblesse n'aura pas moins de plaisir d'y voir la fondation des grands prieurs de S. Giles, de Toulouse, & des soixante & dix commanderies qui en dépendent; la création de quatre grands-maîtres de Rhodes & de Malthe, celle de cinq maréchaux de France, de plusieurs généraux d'armée, & gouverneurs de provinces, de villes ou de châteaux.

Ceux qui aiment le barreau, y apprendront le temps de l'érection & fixation du parlement, & des autres cours supérieures & subalternes, les causes de leur division, réunion ou translation, & l'étendue de la juridiction, soit pour les lieux, pour les per-

tntroi. 8

sonnes & pour les choses; & les sçavans ne seront peut-être pas fâchez qu'on les fasse souvenir quand & comment furent fondées les universitez de Montpellier & de Toulouse, & que cinq d'entre les professeurs qui y ont enseigné l'un & l'autre droit, ont été faits papes. On leur rappellera aussi la mémoire des Jeux-Fleuraux, de la fondation de vingt collèges publics, & de la création des Académies des sciences & des beaux-arts. On aura soin enfin de marquer le nom, & s'il se peut, le pays & la famille, avec les actions de ceux qui d'entre ces cinq différens ordres, se seront les plus distinguez dans l'église, dans les armes, dans la magistrature, dans les sciences, & dans le gouvernement politique. Mais comme ce gouvernement regarde spécialement messeigiieurs les Etats généraux, qui sont les pères de la Province, on n'en parlera qu'incidemment & par occasion. Cette auguste assemblée, son objet & les affaires qui s'y traitent, sont un corps séparé qui ne peut entrer dans celui de l'histoire générale : ni comme partie, elle seroit presque aussi grande que le tout : ni par épisodes, elles (,sic) seroient trop fréquentes; on en donnera une histoire particulière qui ne sera gueres moins étendue que la générale, & sera bien plus intéressante.

On ne pourra pas se dispenser d'entrer dans le détail des différends d'entre le pape Boniface S: Philippe le Bel, & ceux de ce roy avec l'évêque de Pamiers & avec les Templiers. Ces trois choses qui ont fait tant d'éclat dans le monde , font partie de notre histoire, en ce que je ne sçai par quelle fatalité tous les principaux acteurs de ces trois tragédies se trouvent appartenir au Languedoc à titre ou de naissance, ou de gros bénéfices, ou de belles seigneuries, & plusieurs à ces trois titres. Dans l'affaire de Boniface, les évèques de Viviers & de Pamiers avec l'archidiacre de Narbonne, furent porteurs de paroles ou de brefs peu dignes de leur ministère, & moins encore de la gravité d'un pape. Le sieur de Nogaret, le vicomte de Narbonne, & Sciarra Colomna son beau-frère, le firent prisonnier; & le même Nogaret avec le sieur Duplessis marquis deVezenobre ses accusateurs, en poursuivirent la déposition jusqu'au tombeau, & la condamnation même après sa mort. Dans celle de l'évêque de Pamiers, ce prélat eut pour dénonciateur \e sieur [blanc par suite d'omission^ '; pour témoins des chefs d'accusation les évèques de Beziers, de Maguelone, avec l'abbé de S. Papoul, & le comte de Cominges; & pour juges son métropolitain, avec deux de ses suffragans. Pour ce qui est des Templiers, le commandeur de Montfaucon fut le premier délateur, celui de la Nogarede un des premiers témoins. Le pape envoya l'abbé de Cruas pour informer, & nomma l'archevêque de Narbonne & l'évêque de Tolède, avec l'archidiacre de Maguelone pour instruire avec trois autres, & juger définitivement le procès. Enfin le même évêque de Mandes fut chargé par les Pères du concile de Vienne de donner son avis par écrit; & son avis qui concluoit à l'extinction de cet ordre, fut approuvé & exécuté.

Il semblera au reste que pendant cent à six-vingt ans les papes, les princes françois & les anglois, eussent conspiré la ruine de la Province, qu'ils en avoieat fait le partage, & convenu que chacun désoleroit le lot qui lui étoit échu.

On verra les églises & les titulaires abandonnées (^ic) au pillage de la cour de Rome par l'érection de nouveaux bénéfices, par les translations, par les pensions, & par les réserves durant le schisme & la résidence des papes à Avignon; les villes & la bourgeoisie au pillage du Dauphin, des ducs de Berry & d'Armagnac, des comtes de Foix & des princes d'Orange, qui s'en disputoient le gouvernement pendant la maladie de Charles VI, les châteaux, vilh'^es, & toute la campagne en proye à la fureur des Anglois

Dans l'exemplaire qui fait partie du tome i 8c nale, exemplaire corrigé & annoté de la main de du fonds de Languedoc, à la bibliothèque natio- l'auteur, ce blanc est rempli par le nom de Feotti.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SERIE. ii5*

durant & après la prison du roy Jean; mais ces maux q\ioyque grands, paroîtrout légers, si on les compare à ceux que la Province se causera à elle-même, en armant durant quarante à cinquante ans ses propres enfans, lesquels au sujet de la religion lui feront une guerre dans laquelle on n'épargnera ni églises, ni évéques, ni magistrats, ni parens, ni amis, ni villes, ni bourgades. L'édit de Nantes en suspendra un peu le cours; mais il n'éteindra pas tout le feu. Louis XIII se verra obligé d'y venir, & de faire en personne les sièges de Privas, de Montpellier, qui lui réussiront mieux que celui de Montauban. La révocation de cet édit rallumera le feu sur lequel on jettera durant quelques années les cendres d'une fausse conversion, & à la faveur de ce manteau on conclura des traitez avec les ennemis de l'Etat; & alors l'on verra tout à coup sortir des Sevenes comme d'un Vésuve les fiâmes de la révolte, & retracer dans ces affreuses montagnes & dans les lieux voisins, les barbaries que les Albigeois leurs pères & les calvinistes leurs ayeuls y avoient exercées. On sçait l'inquiétude que cette révolte donna à la cour, & que le feu roy d'heureuse mémoire crut ne pouvoir l'étouffer dans le canton que par le brûlement des habitations & l'exil des habitans. Afin de mettre dans tout son jour l'histoire politique du Languedoc, dont nous venons de faire le plan , & d'en rendre la lecture plus agréable & plus instructive, elle sera précédée comme d'un flambeau de l'histoire naturelle & artificielle, c'est-à-dire, de ce que Dieu y a mis dans la création, & de ce que l'industrie des hommes y a ajoiité. Une carte géographique en fera connoître la situation, la figure & l'étendue; sa division en évèchez & gouvernemens; ses villes, ses forteresses; ses édifices publics; ses montagnes; les cinquante-six rivières qui l'arrosent; ses ponts, ses aqueducs; ses bassins, le canal royal; ses ports, & ses côtes maritimes. On fera remarquer tout ce qu'il y a de curieux dans chacune de ces choses; & pour la satisfaction des étrangers, on accompagnera de plans, de vues & de figures gravées celles qui en seront susceptibles.

Il seroit difficile au reste de marquer ce qui manque à cette belle Province pour le soîitien & pour les agrémens de la vie. Le peuple naturellement industrieux & œconome, y trouve abondamment de quoi fournir à ses besoins, à ses plaisirs, & à son commerce qui est des plus opulens; il semble même que la nature qui est assez avare de ses merveilles, les ait prodiguées au Languedoc, ou du moins qu'elle a pris plaisir d'y réunir celles qu'elle a dispersées dans le reste du monde. Outre les végétaux & les marcassites qui s'y trouvent en grand nombre, & dont quelques-uns lui sont particuliers, on y voit des Pactoles charrier avec leur sable les paillettes d'or & d'argent, & quelquefois les diamans & les perles; des pétroles découler l'huile & le bytume; des rochers, l'un du milieu d'une campagne s'élever en pyramide régulière à la hauteur de quatre cens quarante huit pieds, & l'autre, comme celui de Harpaso, s'ébranler sensiblement lorsqu'on le pousse du bout du doigt, & devenir immobile si l'on y employé toute sa force, digito mobilis, toto corpore immobiUs. On y voit des lacs sur le sommet des montagnes hautes de sept à huit cens toises, des puits qui regorgent d'eau en été, & sont à sec durant l'hyver. Mais on ne croit pas qu'il se voye dans tout le monde rien d'aussi merveilleux que la fontaine de Belesta au diocèse de Mirepoix; pendant cinq mois elle croît régulièrement de demie heure en demie heure vingt quatre fois chaque jour naturel & si sensiblement, que par ses réciprocations elle fait enfler & désenfler la petite rivière de Lers dans laquelle elle se décharge, & où il semble que se noyent avec elle tous les systèmes que les philosophes ont imaginés sur les causes du flux & reflux.

Ce nouveau projet d'histoire, comme l'on peut voir par cette ébauche des principales matières, montre l'étendue & les difficultez de l'entreprise : mais quoyque l'on ait rien à se reprocher touchant l'obligation de s'employer uniquement à la recherche de tout ce que l'on a crû pouvoir l'enrichir, & c|ue iiiéme l'on ait lieu d'être assez content des

découvertes & de la moisson que l'on a faite, le champ est si vaste, que Ton n'ose se flatter de n'y avoir rien laissé à glaner; & d'ailleurs il a été jusqu'à présent si peu défriché, qu'il est impossible que bien des évenemens considérables n'ayant échappé à nos veilles; c'est ce qui nous oblige d'inviter toutes les personnes de lettres, & particulièrement ceux qui sont plus versés dans la connoissance du Languedoc, à vouloir nous communiquer les mémoires qui peuvent contribuer à la perfection de cet ouvrage, Se d'assurer ceux qui nous les communiqueront, ou qui se donneront la peine de composer eux-mêmes des morceaux d'ouvrages entiers, dissertations, descriptions, ou quelqu'autres pièces, d'en recevoir tout l'honneur qu'ils peuvent raisonnablement désirer, 8c qu'on ne prétend point s'attribuer la gloire qui leur est dûë.

Les personnes qui auront quelques mémoires à donner touchant cette histoire, auront la bonté de les adresser au R. Père général de la congrégation de S. Maur, dans l'abbaye de S. Germain des Pre^, à Paris. 1720. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 62.)

6. — Premier projet de l'Histoire générale de Languedoc, par dom Devic £• ^ dom Vaissete. [Autographe de dom Vaissete. — Vers 17 18 ou le commencement de 17 19.]

TAémoire des veiles que Von se propose & du dessein que Von s'est formé dans la recherche des

titres & autres pièces qui peuvent servir à VHistoire du Languedoc £■ dans la com.position

de cet ouvrage dont les Estais de cette Province nous ont fait Vhonneur de nous charger

depuis quelques années.

La Province de Languedoc , telle qu'elle est aujourdhui, comprend dans son étendue presque toute l'ancienne Province Narbonnoise Première, avec la partie de l'Aquitaine Première, conteniie dans les diocèses de Montauban, Alby, Mende, le Puy & Viviers, ou partie d'iceux. Tous les différens pays qui composent cette Province s'assemblent tous les ans par leurs députez & font ce qu'on appelle les Etats généraux de la Province,

Ce corps illustre & distingué par bien des endroits, nous fit l'honneur il y a quelques années de nous charger de travailler à l'histoire de la Province & d'en faire les recherches; il envioit avec raison à plusieurs autres provinces du royaume la gloire d'avoir travaillé avec succès à l'histoire de leur patrie, tandis que celle qui par le nombre, la variété & l'importance des évenemens, méritoit le mieux l'attention d'un bon écrivain, en étoit pourtant la plus négligée.

Pour tirer donc de l'obscurité ce qui étoit caché dans les ténèbres de l'oubli, & pour donner un nouveau jour à ce qui a été publié, on nous honora de cet important & laborieux employ, que l'envie d'être de quelque utilité au public, & surtout les engageantes sollicitations d'un des premiers prélats du royaume' ne nous permirent pas de refuser. C'est aussi à ce sçavant prélat que la gloire d'un dessein si avantageux à la province dont il est à la tête, & la reconnoissance des soins de son exécution sont entièrement deiies.

Pour travailler avec méthode, deux de nos Pères furent premièrement chargés de faire des mémoires & des extraits de tous les auteurs imprimez qui ont traité de l'histoire de la Province ou de ses villes, & ils l'ont heureusement exécuté en partie. On a commencé ensuite de fouiller dans les archives du pays & autres, pour en tirer les pièces qui peuvent servir à notre dessein; on continue à présent ce travail avec succez;

' M. de la Berchère, archevêque de Narbonne, du présent mémoire, antérieurement à cet événeprésident des Etats; sa mort étant survenue le ment, vers 1718, ou au plus tard vers les premiers 2 Juin 1719, nous pouvons donc fixer la rédaction mois de 1719.

quelque long & pénible qu'il soit, on le supporte avec plaisir, dans la vue d'y faire des découvertes qui jointes aux mémoires sur les imprimez, puissent servir au corps de l'histoire dont on va donner le dessein qu'on s'en est formé, en proposant les veiies qu'on a elles & les mesures qu'on a prises, ou qui restent à prendre pour conduire cet ouvrage à la perfection qu'il est capable de recevoir & pour demander en même tems les avis & les secours des sçavans & du public.

Cet ouvrage aura deux principales parties, sans les figures & les ornemens qui l'embelliront : 1° la première comprendra le corps de l'histoire qu'on faira d'un stile suivi & uniforme autant qu'on pourra, on y traitera ensemble & de suite ce qui regarde les matières ecclésiastiques, civiles, politiques, militaires, &c. On ne l'appuiera que sur des fondemens solides, c'est-à-dire, sur l'authorité des plus célèbres écrivains ou sur les pièces authentiques imprimées dans divers recueils, ou qui n'ont pas encore paru & qu'on rapportera dans les Preuves. On évitera autant qu'il est possible un stile trop diffus ou trop laconique, & on prendra l'origine de cette histoire dans ce que nous avons de plus ancien, c'est-à-dire depuis les Gaulois, Volsques, Tectosages & Arécomiques qui habitèrent cette province avant qu'elle fut soumise aux Romains, jusqu'à nos jours; & on rapportera dans un ou plusieurs volumes tout ce qui mérite l'attention ou la curiosité du lecteur.

Les plus célèbres époques & les divers événemens qui sont arrivez dans le Languedoc serviront de division aux livres qui fairont le corps de l'ouvrage, & pour les rendre à peu près égaux ; le premier pourroit, par exemple, traiter tout ce qui s'est passé sous les Gaulois & les Romains, jusqu'à ce que les Wisigoths se rendirent les maîtres de cette Province au commencement du cinquième siècle; le second depuis le règne des Wisigoths jusqu'à l'invasion & irruption des Sarrazins, au commencement du huitième; le troisième, depuis l'invasion des Sarrazins & les guerres de Pépin & de Charlemagne dans cette Province jusqu'au commencement des comtes héréditaires, vers le milieu du neuvième siècle; le quatrième depuis les comtes héréditaires jusques à la guerre des Albigeois, au commencement du treizième; le cinquième depuis la guerre des Albigeois jusqu'à la réunion de la comté de Toulouse à la couronne l'an 1270; ces cinq livres feroient environ la moitié de la matière; le sixième, depuis cette réunion jusqu'au rétablissement du parlement de Languedoc à Toulouse, l'an 1444; le septième, depuis le rétablissement du parlement jusques à l'hérésie & aux guerres des calvinistes, au seizième siècle; le huitième, depuis les calvinistes jusques aux troubles qui arrivèrent dans la Province, sous le gouvernement de Montmorency; le neuvième, depuis ces troubles, jusques à ceux qui sont arrivez au commencement de ce siècle dans les Cévennes; & le dixième, depuis les troubles des Cévennes jusqu'à nous. On pourroit changer la division de ces livres, sous d'autres époques, selon que l'abondance ou la stérilité de la matière le demanderoit, &c.

Pour se renfermer dans son sujet, on s'attachera principalement à traiter tout ce qui intéresse le pals & les villes qui font aujourd'hui le corps de la Province, ou qui en composent les Estats généraux ; on n'y parlera des provinces voisines, qu'autant qu'elles ont fait corps avec le Languedoc & que la connexion des matières le demandera.

2" Dans la seconde partie qui comprendra les Preuves, on ne donnera que les pièces qui mériteront de paroître & qui peuvent servir à l'éclaircissement des faits ou à donner des mémoires pour les familles nobles ou anciennes de la Province, dont on s'attachera à rapporter tout ce qui pourra les intéresser. Pour ne pas charger inutilement le public, on évitera de donner les pièces qui ont déjà paru & dont le nombre est assez grand & qui sont principalement dans les recueils de M. Baluze, du P. d'Achery, dans les ouvrages de M" Catel, Caseneuve, La Faille, &c.; mais on ne s'y assujettira pas tellement qu'on

ii8* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIEME SERIE.

ne fasse réimprimer, avec choix, certaines pièces essentielles & fondamentales comme quelques testamens des comtes de Toulouse, & afin d'avoir dans un même recueil tout ce qui peut intéresser la gloire & les privilèges de la Province. On sera pourtant bien aise d'avoir là-dessus comme sur tout le reste le sentiment & le goût des habiles gens.

On pourra partager ce recueil de pièces en plusieurs sections en mettant par exemple dans la première toutes les pièces qui sont dans leur entier rapportées selon l'ordre chronologique; dans la 2'' sous le même ordre chronologique, tous les extraits de pièces qui servent de preuves ou de mémoires, mais qu'on n'a pas jugé à propos de donner en entier à cause du peu d'usage qu'on en pourroit faire, se contentant d'indiquer les sources ; dans la 3" les différentes chroniques ou histoires originales, poëmes, épitaphes ou éloges historiques qu'on trouvera & qui mériteront de voir le jour, auxquelles on pourra joindre des dissertations sur les points les plus difficiles de l'Histoire ; par exemple, sur l'origine & l'antiquité des villes de la Province, sur l'origine & la généalogie des anciens comtes de Toulouse & autres seigneurs souverains du pays, sur leur maison, justice, police, finances, &c.; sur l'origine des Etats, &c., les privilèges de la Province.

On pourra faire précéder ces Preuves ou même l'ouvrage par une description chorégraphique de la Province, qui soit succincte, mais exacte & les faire suivre par des catalogues chronologiques des gouverneurs de Province, lieutenans-genéraux, seneschaux, premiers-présidens, conseillers des cours souveraines, avec plusieurs tables bien détaillées, &c.

3" Pour ce qui regarde les ornemens & les estampes, ils comprendront les arbres généalogiques des comtes de Toulouse, vicomtes de Narbonne, Béziers, &c., & autres seigneurs qui ont été maîtres des différens pays qui composent la Province. Plusieurs cartes géographiques qu'on pourra faire graver : i° de l'estat de la Province sous les Gaulois & les Romains; 2" sous les comtes & autres souverains, qu'on pourra sousdiviser en plusieurs autres cartes particulières, dans chacune desquelles on comprendra l'étendue du pays que possédoit chaque seigneur particulier; 3" une troisième de Testât présent de la Province. On faira graver aussi les sceaux des comtes & autres seigneurs de marque, qu'on aura soin de placer à la fin de chaque charte, selon leur ordre chronologique; enfin on donnera diverses estampes des principaux monumens anciens & modernes qui subsistent encore & qui embellissent la Province; on n'oubliera pas les portraits des anciens comtes, quand on trouvera occasion de les donner.

Tout ce travail demande de la dépense, du tems, de la patience, de l'exactitude, la libéralité. Nos seigneurs les Estais ont pourvu à la première. On tâchera de fournir au reste, surtout avec le secours que l'on se promet de tous les ordres de la Province ik des autres personnes curieuses, par la communication des pièces & mémoires, dont la participation & l'examen nous est nécessaire, on espère de conduire heureusement à sa fin un ouvrage si glorieux à une des premières provinces du royaume. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 81-84.)

y. — Mémoire pour Nosseigneurs des Estais du Languedoc touchant le travail qu'ont fait les PP. Bénédictins chargés de l'Histoire de la Province. [Autographe de dom Vaissete. — Fin de 17 19 ou commencement de 1720.]

Nosseigneurs, la mort de l'illustre prélat (M. de la Berchère) qui, depuis quelques années, nous avoit chargés par vos ordres du soin de recueillir les matériaux qui doivent servir à la composition de l'histoire de la Province, nous privant de l'honneur de continuer à lui rendre compte du progrès de nos travaux, nous croions qu'il est de notre

devoir de vous instruire de Testât des recherches que nous avons faites sous sa direction, & ce qui nous reste à faire pour les accomplir'.

Nous n'entreprendrons pas icy de vous faire remarquer les soins & le temps que demande une histoire aussi vaste que la nôtre, faite sur les titres & auteurs originaux, & le nombre prodigieux de pièces & de registres manuscrits qu'il faut parcourir, pour tirer de l'obscurité une multitude de faits aussi peu connus que considérables. Le siècle désabusé de ces anciennes & maigres histoires, fondées le plus souvent sur la seule imagination des auteurs paresseux, qui ne pouvoient ou ne vouloient pas se donner la peine d'en faire les recherches nécessaires, est un assez bon garant du zèle que vous témoignez pour une entreprise qui par des recherches assidues mette la vérité dans tout son jour & dans toute son étendue.

Nous ne nous arrêterons pas non plus à former le plan détaillé de tout ce que contiendra de nouveau & d'intéressant la nouvelle histoire à laquelle on travaille depuis huit à dix ans', on se réserve à vous en donner une juste idée, lorsque tous les matériaux estant rassemblés & digérés, on aura pu les mettre en œuvre. Nos principaux soins se bornent présentement à recueillir une infinité de précieux monumens qui avoient échapé à ceux qui ont écrit sur l'histoire de la Province, & qui luy donnant une nouvelle forme, fourniront la matière d'un des plus beaux morceaux qu'aucune autre province puisse donner. L'espace de plus de vingt siècles est le temps qui fait l'objet de nos recherches. Il est vray que tout celuy qui s'est écoulé avant le neuvième siècle de l'ère chrétienne, ne nous fournit guères de mémoires que dans les auteurs contemporains, déjà imprimez; mais les siècles suivans sont si abondans en pièces anecdotes, que du seul recueil que nous en avons déjà fait, sans compter ce qui nous reste à ramasser, on pourroit en faire plusieurs gros volumes.

Nous nous y sommes attachés à ne rien omettre de ce qui peut intéresser le général & le particulier de la Province ; le clergé, la noblesse & les villes du Languedoc y trouveront de nouveaux monumens qui les regardent & les intéressent également ; nous allons en indiquer quelque chose.

On peut considérer l'histoire de la Province sous cinq grandes époques, qui sousdivisées en plusieurs livres à peu près égaux, composeront, dans un ordre chronologique, le corps de notre ouvrage. La première époque traitera l'histoire du temps des Gaulois; la deuxième, sous les Romains; la troisième, sous les Wisigots; la quatrième, sous les comtes, pendant les règnes des rois de la deuxième race & de partie de la troisième; la cinquième, depuis la réunion de la Province à la Couronne.

Les secours qu'on peut tirer pour tous ces temps là d'une infinité d'auteurs imprimés, originaux ou postérieurs qui ont traité de l'histoire de France ou des royaumes & provinces voisines de la nôtre sont très considérables. Deux de nos Pères chargés depuis longtems d'en extraire & d'en ranger les faits, ont presque déjà fourni leur carrière; nous nous arrêtons aux lumières que nous donnent là dessus les archives & les manuscrits.

Quoique les trois premières époques, à cause de l'éloignement des temps, ne nous fournissent que ce que l'on trouve dans les histoires romaines & autres auteurs du temps, nous ne laissons pas cependant d'avoir recueilli plusieurs inscriptions & autres monumens anciens qui répandront de nouvelles lumières sur ce qu'on sait déjà de ces

' On voit par ces mots que ce mémoire a dû être ' C'est-à-dire depuis 1709, en comprenant dans

composé & présenté pendant la vacance du siège, ces huit à dix années écoulées le temps que les

c'est-à-dire vers la fin de 1719 ou le commencement PP. Auzières & Marcland avaient employé à leurs

de 1720, avant que M. de Beauvau, successeur de recherches. M. de la Berchère, fût intronisé.

temps là. Les trois époques ensemble ne fairont pas la moitié de ce qu'une seule des deux dernières peuvent nous fournir.

Celle de nos comtes, sous les rois de la seconde & partie de la troisième race, sera très remplie de nouveaux monumens échapés aux recherches de ceux qui nous ont précédés dans ce genre de travail. Aussi avons nous eu le soin de recueillir tout ce qui peut fixer le commencement & la fin du règne de chaque prince & tout ce qui peut servir à éclairer & à faire connoître ses actions, ses mœurs, sa succession, &c. Nous avons ramassé leurs contracta de mariage, donations, testamens, traités de partage, de paix, d'alliance & de confédération, les hommages 8c dénombremens qu'ils ont rendus à nos rois ou qu'ils se sont rendus entre eux, & ceux qu'ils ont reçus de leurs principaux vassaux; nous y avons ajouté toutes les chartes de nos rois, données en leur faveur, de la Province, des églises & des villes principales, dont on s'est attaché à remarquer les privilèges, & quantité d'autres monumens semblables, dont la suite assés complette nous découvre une infinité de faits nouveaux.

Ces pièces nous servent à débrouiller & à estendre la succession des comtes de Toulouse assés embarrassée dans Catel, depuis le commencement du X' siècle jusques à la fin du XI''. Elles nous font connoître plusieurs comtes ignorés jusqu'à présent & qui ont commandé dans diverses villes de la Province; elles nous procurent des découvertes considérables sur leur origine, leur famille & leurs actions. Tels sont les ducs ou marquis de Gothie, les comtes de Narbonne, Carcassonne, Razès, Agde, Alby, Melgueil, Nismes, Rodez, Gévaudan, Velay, Vivarais, Forez, Foix, Comminges, &c.; les vicomtes de Narbonne, Bésiers, Agde, Carcassonne, Alby, Nismes, Toulouse, Razès, Lautrec, Minerve, &c. Ces pièces originales nous servent encore à corriger plusieurs beuveiies très grossières des historiens qui ont écrit de ces pays, comme Olagharai, historien des comtes de Foix', qui nous donne une histoire assez longue d'un comte qui n'a jamais subsisté que dans son idée & qui ne dit pas un mot d'un vicomte de Castelbon, très illustre, cadet des comtes de Foix & souche des derniers comtes de Foix, de la maison de Carcassonne'.

Nous trouvons encore dans cette quatrième époque la tenue de plusieurs conciles, dont nous avons fait les premières découvertes, les assemblées des notables de la Province, la fondation de plusieurs villes & bourgs considérables, celles des anciennes abbayes & monastères du pays, des mémoires très singuliers sur les usages, coutumes & libertés de la Province & de ses villes principales, l'origine de la plupart de nos anciennes familles ; monumens dont nous n'avons pas négligé de grossir nos portefeuilles.

Les affaires & les guerres des hérétiques albigeois, si funestes au Languedoc, se sont passées dans cet intervalle & ont occasionné l'érection du terrible tribunal de l'Inquisition. Nous avons sur tout cela de quoy particulariser & estendre très considérablement ce que les mémoires publiés nous en apprennent & que la négligence du temps nous avoit laissé échapper.

La dernière époque, au sentiment des personnes peu instruites de notre histoire, semble n'offrir rien de très considérable depuis son commencement, qui est le temps de la réunion de l'entière Province à la couronne, jusques aux guerres des calvinistes; & en effet les auteurs de la Province qui ont écrit de ces temps là, semblent favoriser ce préjugé par la stérilité de leurs mémoires; mais s'ils s'estoient donné la peine de fouiller dans les archives, on en jugeroit tout autrement.

En effet les services que le Languedoc a rendus à nos rois, dès après sa réunion, la

' P. Olhagaray, Histoire de Foix, Béarn & Na— ' Roger-Bernard, vicomte de Castelbon, mary de

varre. 1609, in-4". Gérarde de Noailhes, père deMathieu, comte de Foix.

part que la noblesse de cette province a eue dans les guerres des Anglois, les secours que le roi Philippe le Bel & ses successeurs ont tirés des peuples de la même province, dans les mêmes guerres, celuy que les Estats du Languedoc accordèrent au roi Jean pour son rachat & pour le rétablissement de ses affaires, les grands mouvemens qui s'y sont passés pendant le gouvernement des ducs d'Anjou & de Berry, frères du roi Charles V', & des comtes de Foix & d'Armagnac, les fameux différends de ces deux illustres familles; l'entier rétablissement du ^roy Charles VII sur le thrône, auquel le Languedoc a eu la meilleure part; les services rendus au roy Louis XI, avant & après son avènement à la couronne, la part que toute nôtre noblesse & surtout nos Estats généraux de la Province ont eiie dans tous les événemens, sont des époques trop signalées pour n'estre pas traitées au long par un historien qui se donnera la peine de les déterrer dans les monumens qui nous restent de ces siècles; & quoyque les guerres des calvinistes & les fureurs de la Ligue dont la Province fut un des principaux théâtres, soient traitées plus au long dans les historiens modernes, il reste encore bien des mémoires particuliers qui formeront un détail plus circonstancié de tous ces mouvemens.

Mais ce qui doit intéresser davantage la Province dans les temps de cette époque, c'est qu'elle y trouvera une histoire suivie de ses Estats généraux. On n'a rien négligé de ce qui pouvoit servir à en donner une connoissance parfaite & on a été assez heureux pour y faire des découvertes considérables, dont nous sommes bien aises de vous donner une légère ébauche. Vos archives ne nous fournissent point des procès-verbaux de vos assemblées avant l'année i5oo. On n'a presque point ou peu de connoissance de celles qui ont été tenues avant ce temps là; nous avons trouvé de quoy remplir ces vuides.

Il est certain que les affaires les plus considérables de la Province ont toujours été délibérées dans les assemblées des plus notables du pays ou de chaque canton. Nous en avons des monumens asseurés dans tous les temps; mais sans nous arrêtera ceux qui ont précédé la réunion de la Province à la Couronne, nous croions que vous remarquerés avec plaisir que, dès après cette réunion, elle fut mainteniie par le roy S. Louis dans ses privilèges.

Nous avons les chartes que ce saint roy accorda en 1234 aux habitans de Nismes & de Beaucaire, dans lesc|uelles après avoir confirmé le pays dans l'usage où il estoit du droit écrit, ce roy marque que lorsqu'il s'agira de permettre ou de refuser la sortie des grains hors de la Province, les séneschaux de Beaucaire & de Carcassonne (Toulouse n'estoit pas encore réunie à la Couronne) doivent convoquer chacun les Estats de leur séneschaussée , sçavoir les prélats, barons, chevaliers & depputés des bonnes villes, pour délibérer là-dessus. Nous avons en conséquence trois procès-verbaux de pareilles assemblées, faites dans la séneschaussée de Carcassonne en 1269, 1271 & 1272, dans lesquelles les députés donnèrent leur avis avec toute la liberté qui leur convenoit.

Dans la suite il s'est tenu plusieurs autres assemblées dedans & dehors la Province, où les députés des trois Estats de Languedoc ont délibéré sur des matières très importantes; comme dans les Estats tenus à Montpellier en juillet i3o3, où ils adhérèrent à l'appel au futur concile interjette par le roy Philippe le Bel au sujet de ses différens avec le pape Boniface VIII'; à l'assemblée tenue, à Toulouse, en i3o3, où les gens des Estats demandèrent & obtinrent du même roy l'érection du parlement du Languedoc; aux Estats généraux du royaume tenus à Bourges, sous le roy Philippe le Long, en i3i6 & i3i7; à ceux de Poitiers, de l'an i320; à ceux de Paris, en i35o, sous le roy Philippe de Valois.

Pour ce qui est du consentement que les Estats de la Province ont donné à la levée des subsides extraordinaires que les nécessités du royaume ont souvent obligé nos rois de leur demander, nous nen avons guères d'exemple avant le roy Philippe le Bel; les rois ses prédécesseurs se contentant ordinairement des revenus de leur domaine & des

services personnels que la noblesse & la plupart des communes étoient obligées de leur faire dans le temps des guerres. Les bonnes villes du Languedoc accordèrent un don gratuit en 1270 au roy S. Louis pour le secours de la Terre Sainte; & ce roy, dans ses lettres accordées là dessus, déclare que ce secours extraordinaire estoit une libéralité gratuite. Alphonse son frère, comte de Toulouse, en avoit fait de même lors du subside extraordinaire qui luy fut accordé en 1267 pour le même sujet par des villes de la comté. Les guerres de Flandres ayant obligé le roy Philippe le Bel d'imposer dans tout son royaume divers foiiages, le Languedoc n'en fut pas exempt. Nous trouvons cependant qu'en 1297 les villes de la temporalité de l'évêché d'AIby consentirent & s'accordèrent avec les commissaires du roy pour la levée de six sols par feu dans leur district; à quoy le subside beaucoup plus considérable fut réduit.

Les premiers mémoires que nous ayons d'un consentement à un don gratuit, fait par l'assemblée générale des Estats du Languedoc, est celuy qui fut accordé à Toulouse l'an i3o3, au mois de décembre, où on donna vingt mille francs au roy. En i3i8, les mêmes Estats tenus à Toulouse & où le roy devoit les tenir en personne, consentirent un subside pour la guerre de Flandres. Depuis ces Estats généraux de i3i8 jusques à ceux qui furent tenus à la fin de l'année i355, la plus part des subsides accordés au roy ont été délibérés dans les assemblées particulières des séneschaussées ou des vigueries. Nous en avons plusieurs mémoires ou procès-verbaux; mais depuis l'an i355 jusques en 1419, nous avons une suite assez remplie des Estats généraux de la Province, où il y a des choses très remarquables; & depuis l'an 141 9 jusques en i5oo, il n'y a presque point d'année où nous ne sachions le temps & le lieu de ces assemblées, les sommes accordées au roy & pour les frais des Estats, les personnes qui y ont assisté & plusieurs autres faits singuliers.

L'érection, la translation, la suppression & rétablissement des cours souveraines & subalternes qui sont à présent & qui ont été autrefois dans la Province, & les principaux événemens qui les regardent, nous fournissent sous cette époque, quantité de mémoires que nous avons recueillis.

Nous n'avons pas négligé ce qui peut regarder l'établissement des différens ordres religieux qui habitent la Province, la construction des monumens, édifices & ouvrages publics, l'histoire des principales familles, l'érection des grandes seigneuries, les mœurs, coutumes & usages de ces temps là, & tout ce qui peut intéresser les vies des grands hommes, que le Languedoc a donnés dans tous les temps, & qui se sont distingués dans l'église, l'épée, la robbe, les lettres & les beaux-arts, sans omettre l'histoire des universités & des collèges qui en ont produit la pluspart.

Nous pourrons y ajouter des suites complettes des gouverneurs, capitaines-généraux, commandans, lieutenans-généraux, des gouverneurs de la Province, des premiers présidens des cours souveraines, des refformateurs, intendans, séneschaux, &c., que nous avons exactement dressées sur cette multitude de titres & mémoires que nous avons parcourus.

Nous devons ces mémoires à l'accès favorable que nous avons trouvé dans les principales archives & bibliothèques de Paris; nous fairons connoître en détail dans le temps le secours que nous avons tiré de chacun de ces endroits; nous nous contentons pour le présent d'indiquer les sources où nous avons puisé. Ce sont le Thrésor des Chartres du roy & sa nombreuse Bibliothèque, la Chambre des comptes de Paris, les bibliothèques de M. Colbert & de M. le duc de Coaslin, évêque de Mets, & qui appartenoit autrefois à M. le chancelier Séguier, celles de M. Foucauld , conseiller d'Etat, de M. Lenain, de Tillemont, de l'abbaye S. Germain des Prés, & de plusieurs particuliers qui se sont fait un plaisir de concourir à la gloire de la Province & à la perfection de son Histoire. Nous espérons encore de nouveaux mémoires de plusieurs de ces endroits où nous n'avons pas entièrement fini notre travail.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SÉRIE. i iS*

Il ne nous restera plus, après cela, que de tirer le secours que nous attendons de la Chambre des comptes de Montpellier & de la pluspart des archives de l'ancienne séneschaussée de Nismes & surtout des maisons consulaires dont nos mémoires ne sont pas encore assés remplis, afin d'accomplir notre travail & de nous en servir pour mettre au jour une histoire, qui dans trois volumes in-folio qu'elle contiendra avec les Preuves, nous donnera occasion de vous témoigner qu'il n'est pas de travail pénible que nous n'embrassions pour la gloire de la patrie, & vous persuader les sentimens de zèle & do vénération avec lesquels nous serons toujours, &c. (F. Lang., i8i, fol. 87-90.)

8. — Mémoire à Nosseigneurs des Estais de Languedoc' . [Autographe de dom Vaissete. — 1722.]

Nosseigneurs, il y a déjà six ans que feu M. l'archevêque de Narbonne nous chargea, sous ses ordres, du soin de travailler à l'histoire de la Province & d'en recueillir les matériaux. Cet illustre prélat, dans le dessein que vous aviez formé d'une entreprise qui vous est si glorieuse, y avoit déjà emploie, quelques années auparavant, deux de nos religieux; mais leur âge & leurs infirmités ne leur permettant pas de se donner tous les soins nécessaires pour la recherche laborieuse des archives & des manuscrits, cet habile prélat voyant l'importance de ce travail, pour parvenir à l'exécution du plan qu'il s'étoit formé de donner une histoire sur les auteurs & les titres originaux, demanda

' Ce mémoire est à très-peu près la répétition d'un autre travail de même genre que dom Vaissete rédigea collectivement avec dom Devic, & qui contient de plus l'énumération des diverses catégories de titres & documents qu'ils avaient recueillis.

Cette seconde rédaction est datée de l'abbaye Saint-Germain des Prés, 3o novembre 1721, & signée des deux religieux. Elle fut présentée aux Etats & lue dans la séance du 24 janvier 1722, Se annexée in extenso au procès-verbal de cette séance. Elle se trouve dans l'exemplaire des registres des procès-verbaux de l'assemblée conservé à Montpellier, exemplaire d'après lequel M. Eug. Thomas l'a publiée dans son Introduction bi^îiographitjue à V Histoire générale Je Languedoc (Pièces justificatives^

Elle existe aussi dans la copie de ces mêmes registres que possèdent les archives de la Haute-Garonne (année 1711 his, 88 C), où on lit quelques variantes dans le texte & celle-ci dans la date : « 3i au lieu de 3o novembre 1721. »

Dans le tome 181 du Fonds de Languedoc de la Bibliothèque Nationale (fol. 91-95), le mémoire que nous donnons ici est suivi d'un autre mémoire pareillement autographe sur le même sujet & sans doute aussi de la même époque, adressé à M. de Beauvau, encore archevêque de Toulouse & déjà nommé au siège de Narbonne. Comme dans le début de cette pièce il y a quelques particularités intéressantes à noter, nous avons cru devoir le transcrire :

Mémoire pour Monseigneur l'archevêijue de Toulouse sur 2'Histoire de Languedoc.

" Monseigneur, il y a quelques années que feu Monseigneur l'archevêque de Narbonne ayant formé le dessein de faire travailler à l'histoire de la Province de Languedoc, sur le modelle de celle de Bretagne, jeta les yeux sur notre congrégation & fit l'honneur à notre très-révérend Père général de luy demander des religieux pour la recherche des mémoires nécessaires à la composition de cet ouvrage.

« Les deux religieux qui furent choisis & qui eurent l'honneur d'être présentez à ce prélat, il y a quatre ans (i7i5), pour s'accommoder à son goût, entrer dans ses viles & obéir exactement à ses ordres, commencèrent leur travail par la recherche des titres & des actes manuscrits; & pour distinguer plus aisément ceux qui étoient déjà imprimez d'avec ceux qui ne l'étoient pas, ils parcoururent avec soin tous les historiens de la Province, avec un grand nombre d'autres auteurs dont ils notèrent les pièces & en dressèrent un catalogue le plus exact qu'il leur fut possible.

« A ce travail, qui les occupa quelque temps, succéda la visite des archives, des bibliothèques & des cabinets particuliers. Comme Paris est la ville du royaume où on trouve des manuscrits en plus grand nombre, où on les communique avec plus de facilité & où on en connoit mieux le mérite, nous nous y sommes arrêtez par l'ordre exprès de feu Monseigneur rarchïvcijue de Narbonne. a

des religieux à nos supérieurs, qui eussent assés de santé & de patience pour en supporter les fatigues & qui faussent assés jeunes pour en voir la fin. Nos supérieurs nous firent l'honneur de nous présenter à luy & il nous fit celuy d'agréer nos services.

Nous avons donc commencé à travailler sous ses auspices & nous avons continué de même sous la protection de l'illustre successeur, qui remplit aujourdhuy si dignement sa place. Aidés de vos libéralités & de vos faveurs, nous sommes assés heureux pour être en estât de venir vous rendre compte de l'abondante moisson que nous avons déjà faite par l'assiduité de nos recherches, pour illustrer l'histoire de notre province.

Nous n'entrerons pas icy dans le détail des secours que nous fournissent un nombre infini d'auteurs & de recueils de pièces, déjà imprimés & dont la pluspart sont à la portée d'un chacun, & que nous trouvons heureusement ramassés dans la bibliothèque de cette abbaye de S. Germain des Prés. Nous nous bornons à vous faire part de ce qui est anecdote & à vous raconter en peu de mots le progrès de nos recherches, la multitude des précieux monumens que les archives & les bibliothèques manuscrites nous ont fournis & l'utilité que nous nous en promettons pour l'histoire que nous avons entreprise.

La ville de Paris seule nous a procuré presque tous nos matériaux, ayant trouvé icy rassemblés en original ou sur des copies authentiques la pluspart des titres, qui doivent fournir la matière de l'Histoire de Languedoc'; nous les avons puisés ces titres & ces mémoires dans le Thrésor des chartes du Roy, dans sa Bibliothèque, dans la Chambre des Comptes & dans les autres bibliothèques & cabinets de Paris.

Le Thrésor des chartes du Roy nous a été également utile dans ses deux principales parties, sçavoir les registres des chartes ou de la chancelerie qui commencent au règne de S. Louis & finissent à celuy du roy Charles IX, & les titres originaux qui regardent la Province. La communication des uns & des autres nous a été accordée, des premiers, par la bonté de feu M. Lenain, doyen du parlement, qui a bien voulu nous permettre d'extraire soixante ou tant de volumes manuscrits, qu'il avoit d'un recueil de pièces choisies de ces registres, où nous en avons trouvé quantité d'intéressantes pour la Province. M. le procureur-général, sur une lettre de cachet du roy, nous a fait la grâce de nous communiquer tous les titres du même Thrésor dont il a la garde, qui regardent le Languedoc. Le nombre en est si considérable que l'inventaire seul fait un volume in-folio.

Le secours que nous avons retiré & que nous espérons encore de la Bibliothèque du Roy n'est pas moindre; car outre ses anciens manuscrits, ceux de feu M. Baluze', qui y sont passés, après sa mort, avec ses mémoires originaux & portefeuilles, aussi bien que le précieux & nombreux cabinet de titres scellez, recueillis par feu M. de Ganières', qui y est conservé, nous ont infiniment servi dans nos recherches. Nous devons surtout beaucoup aux mémoires de M. Baluze, qui par le séjour qu'il avoit fait dans la Province, aidé des lumières de M. de Marca, avoit eu l'occasion & le loisir de connoître & de recueillir quantité de monumens de son histoire.

Mais rien ne nous a été plus avantageux que le libre & facile accès, que M. le comte

' Cf. l'énumération des sources auxquelles nos ' M. de Gaignières avait fait don au roi de sa

deux auteurs ont eu accès dans la préface de leur collection de livres, manuscrits, estampes, cartes

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