‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 16 sur 553 · tome I. géographiques, tableaux, Stc, par acte passé en · texte numérisé non relu

tome I. géographiques, tableaux, Stc, par acte passé en

' Les manuscrits de Baluze, au nombre de mille, présence de M. le marquis de Torcy, acceptant

achetés par ordre du duc d'Orléans, régent, furent pour Sa Majesté & par son ordre. Après la mort

remis à la bibliothèque du roi le 19 septembre de M. de Gaignières, en 1716, cette collection fut

1719. transportée à la bibliothèque du roi.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SERIE. iiS*

de Seignelay nous a donné dans sa fameuse bibliothèque' & l'entière liberté qu'il nous a gracieusement accordée d'en faire l'usage que nous avons jugé à propos. Ses anciens manuscrits & divers cartulaires nous ont fourni beaucoup & nous y avons trouvé un recueil immense de copies collationnées de presque tous les titres de la Province'; nous le devons, ce recueil, aux soins de feu M. Colbert & à l'amour qu'il avoit pour les lettres; ce grand administrateur, à qui rien ne coutoit pour la gloire de l'Etat, ayant envoyé, de son temps, des gens habiles parcourir toutes les archives de la Guienne & du Languedoc, pour en copier tous les principaux titres, ce qui fait un recueil de plus de deux cens gros volumes in-folio, que nous avons tous parcourus.

La Chambre des Comptes de Paris nous a procuré aussi d'excellens mémoires dans des registres où jusqu'icy les historiens ne s'étoient guères avisés d'en aller chercher, c'est-à-dire, dans les anciens comptes du domaine des séneschaussées. Nous avons eu la patience d'en extraire quatre ou cinq cens des trois anciennes séneschaussées de la Province, depuis le commencement du XIV siècle, jusques vers la fin du XVI'; & le détail curieux de la dépense des comptables, qui étoient obligés de prouver & de donner les motifs de leur employ, nous a souvent été très heureux.

Nous avons encore profité à loisir de la bibliothèque manuscrite de feu M. le chancelier Séguier, aujourdhuy à l'évèque de Mets, qui nous a fait cet honneur de la mettre en dépôt dans cette abbaye'; elle contient plus de 2,000 manuscrits qui regardent l'histoire. Celle de notre Province a de quoy s'enrichir dans plusieurs, surtout pour le temps des troubles des religionnaires; la bibliothèque de la même abbaye ne nous a pas été non plus inutile par quantité de recueils de différentes pièces que le feu P. Estiennot avoit autrefois copiées dans les provinces.

Nous finirons icy. Nosseigneurs, ce détail des sources qui nous ont fourni nos matériaux, pour ne pas nous rendre ennuyeux, & nous passerons sous silence les autres secours que nous avons retirés des bibliothèques de divers particuliers & de leurs manuscrits, pour vous donner une idée légère des nouvelles découvertes qui nous ont procuré tant de titres, & de l'utilité qui en reviendra à la Province dans toutes les parties de son histoire. Celle des comtes & des vicomtes qui l'ont gouvernée pendant un très long temps avec une authorité presque souveraine sera extrêmement éclairée par une infinité de titres qui débrouillent leur origine, leur généalogie & leur succession; ils nous instruisent de quantité de faits qui les regardent, jusqu'icy ignorés, & ils nous font connoître plusieurs de ces seigneurs dont on ne sçavoit pas même auparavant le nom. Ainsi pour ce qui les regarde nous avons recueilli en entier & nous donnerons, dans les Preuves, leurs contracts de mariage, testamens, fondations, donations, traités de partage, de paix, d'alliance & de confédération, négociations & ambassades*, &c.

Voila, Nosseigneurs, les secours que nous nous promettons de la moisson que nous avons déjà faite, par l'application assidue au travail des archives & des manuscrits, pendant l'espace de six ans que nous y avons passés. Ce temps pourroit paroître court à tout homme qui verroit l'étendue de nos recueils & de la matière qui en fait le sujet, & qui seroit informé des peines qu'il faut se donner pour déterrer dans une foule de

' La bibliothèque de Colbert fut vendue en 1 728 trouva dans le Béarn, le Languedoc, le pays de

parson petit-fils le marquis de Seignelay. Louis XV Foix & la province de Guyenne, prit les manuscrits pour la bibliothèque du roi & ' A Saint-Germain des Prés, d'où cette biblio-

fit compter à M. de Seignelay cent mille écus. thèque est passée, à la Révolution, dans la biblio-

' C'est le recueil de Doat en 258 volumes in-folio. thèque du roi. Président de la chambre des comptes de Navarre, ' Ce qui suit est une reproduction des détails d'exé-

Doat parcourut le Midi, par ordre de Colbert, à cution contenus dans le mémoire précédent (n. 7),

partir de 1667 & recueillit les anciens titres qu'il & dans le mémoire publié par M. Eug. Thomas,

titres & de manuscrits, dont la communication n'est pas aisée, de quoy illustrer l'histoire d'une province, confondue souvent dans la pluspart, avec celles des autres provinces du royaume. Enfin, nous espérons bientôt terminer nos recherches, & après avoir fini ce qui nous reste de travail dans la Bibliothèque du Roy, nous n'aurons plus qu'à prendre communication en province des titres de la Chambre des Comptes de Montpellier, dont nous avons déjà veu l'inventaire; car pour la plupart des autres archives, nous avons eu déjà l'honneur de vous dire que nous avons trouvé icy par extrait ce qu'elles contiennent de plus essentiel.

Après cela, il ne nous restera plus qu'à digérer nos matériaux & à les mettre en œuvre, ce que nous avons déjà commencé; en sorte que nous espérons dans la suite être en état de donner quatre volumes in-folio de l'Histoire de la Province, y compris les Preuves qui en fairont une bonne partie.

Nous ne manquerons point de faire graver un grand nombre de sceaux de nos comtes & des anciens seigneurs du pays que nous avons fait dessiner, & nous y joindrons trois cartes du Languedoc, dressées sur les mémoires que nous fournifrons], l'une pour l'ancien temps, depuis les Romains jusques à la fin du règne des Wisigoths; une autre pour le moyen âge, depuis la seconde race de nos rois jusques à la fin du XIII'' siècle; & une troisième qui en représentera l'état présent. Appuyés de votre protection & de vos bontés, nous espérons être en état de faire paroître au public un ouvrage qui l'intéressera, autant qu'il sera glorieux pour vous, dont nous serons toujours. Nosseigneurs, &c. (Fonds de Languedoc, t. i8i, fol. 96-98.)

ç. — Délibération des Etats-généraux du lundi 21^ février 1724.

Président Monseigneur l'archevèque-primat de Narbonne, le sieur de Montferrier syndic-général a dit que les RR. PP. dom Vaissete & Devic, religieux bénédictins de la congrégation de S. Maur qui travaillent à ramasser des mémoires pour l'histoire de la Province ayant fini ce quils pourront faire à Paris, avoient été obligés de partir pour venir en Languedoc pour y visiter les titres qui sont dans les archives de la Chambre des Comptes & ceux qui se peuvent trouver dans les archives des particuliers; à quoi ils travaillent avec succès, & qu'au delà de cinq cens livres que les Etats donnent par année à chacun de ces religieux, il avoit fallu fournir aux frais de leur voyage de Paris à Montpellier, & que Monseigneur l'archevêque de Narbonne leur avoit fait compter une somme de mil livres, qui a été avancée par M. le trésorier de la bourse' & que l'assemblée jugera sans doute à propos de leur accorder une pareille somme pour leur retour à Paris; que le sieur Carouge, garde des archives, & le sieur Daché, substitut de M. le procureur général, ont utilement travaillé avec les dits religieux à la recherche des titres & quil pourroit leur être accordé une gratification; sur quoy il a été délibéré que la somme de mil livres avancée par le sieur Bornier sur l'ordre de Monseigneur l'archevêque de Narbonne aux PP. Bénédictins sera employée dans le comptereau & qu'au delà de mil livres accordées aux religieux pour leur travail à l'Histoire de la Province, il leur sera payé encore une somme de mil livres pour leur retour à Paris, & les Etats ont accordé aux sieurs Daché & Carouge la somme de trois cens livres à chacun

' M. Bornier, dont on lit le nom plus bas & point, à proprement parler, un officier des Etats,

qui exerçait l'emploi de trésorier des Etats depuis mais un traitant qui, moyennant un abonnement

l'année 1711. Il eut pour successeur M. Lamou- annuel, avançait toutes les sommes à payer & opé-

roux, en 1744; M. Mazade, en 1704; en 1777, rait tous les mouvements de fonds de la Province à

M. Joubert, qui fut le dernier. Ce trésorier n'était Paris & réciproquement.

qui sera employée dans le comptereau. (.Registres des délibérations des Etats de Languedoc, aux Archives du département de la Haute-Garonne.)

10. — Mémoire à Nosseigneurs des Etats de Languedoc '. [Autographe de dom Vaissete. — 1726.]

Nous avons eu déjà l'honneur de vous rendre compte du succès de nos recherches pour l'Histoire de la Province, dont vous nous avez chargés. Depuis ce temps, nous les avons continuées & elles ont été heureusement terminées, à notre dernier voyage de Languedoc'. Nous venons aujourd'hui vous faire part de l'usage de tous les matériaux & de la disposition du premier volume de notre Histoire & qui pourra être prêt pour l'impression au mois de juin prochain, si vous jugez à propos de la commencer, avant de pousser plus loin ce travail.

A en juger par la quantité de mémoires que nous avons recueillis & par l'abbondance de la matière, l'Histoire de la Province contiendra au moins cinq gros volumes in-folio, en y comprenant les Preuves dont on fera un choix. Comme cette Histoire est un assemblage de différens morceaux de toute espèce, nous tâcherons cependant de les lier ensemble autant qu'il sera possible & d'en faire un corps suivi, tel à peu près qu'est VHistoire ecclésiastique de M. l'abbé Fleury & les ouvrages semblables que plusieurs modernes ont donnés de nos jours.

[Ici les auteurs décrivent le plan qu'ils ont suivi dans ce premier volume, à peu de chose près, comme dans la Préface de leur tome I"; ils énumèrent les sujets historiques que ce volume comprend, ils parlent ensuite des estampes & des gravures.]

Il nous seroit difficile de vous donner un plan aussi détaillé des volumes suivans qui ne sont pas encore prêts; mais nous pouvons dire en général & autant qu'on en peut juger que le second volume renfermera l'histoire de nos comtes héréditaires, depuis qu'ils s'emparèrent des droits régaliens, à la fin du IX' siècle jusques à la guerre des Albigeois, au commencement du XIII'; & que cet intervalle fournira assés de matières pour remplir ce second volume; que le troisième pourra finir au commencement de la guerre des Anglois, au milieu du XIV siècle; que le quatrième nous conduira jusques aux guerres de la religion & aux troubles de la ligue, & qu'enfin nous tâcherons de pousser le dernier jusques au milieu du dernier siècle '.

Pour ce qui est des monumens qui doivent entrer dans ces quatre derniers volumes, sans parler des gravures qui en feront une principale partie, nous nous proposons de faire graver deux cartes géographiques du moyen âge, l'une de l'état de la Province sous les comtes, qui en contiendra la division par comtés & vicomtes & qui appartiendra au deuxième volume; l'autre qui paroîtra dans le troisième, représentera l'état de la même Province, après son entière réunion à la Couronne, suivant sa division par séneschaussées & vigueries & suivant leurs anciennes limites. Nous avons déjà fait dessiner plusieurs sceaux des anciens prélats, barons & communautés du pays, tirés du Thrésor des chartes du Roy, & nous devons encore en faire dessiner d'autres, pour les donner tous dans leur temps. Nous y ajouterions volontiers les tombeaux & les por-

' Il est fait mention de ce mémoire dans le pro- nologiques de ses dignitaires ecclésiastiques, poli-

cès-verbal des Etats de 1 726. liqucj ou civils, & de ses hommes illustres. Le cin-

* En 1723 & 1724. quième volume ayant été rempli par le récit de la

' Le cinquième volume devait contenir, d'après période écoulée de 1474a 1643, dom Vaissete songea

le projet primitif & qui n'avait pas encore été mo- à en donner un sixième qu'il commença, auquel ses

difié, la description chorographique de la Province, continuateurs travaillèrent pendant trente-sept à

l'histoire de ses villes principales & les suites chro- trente-huit ans, & qui n'a jamais été achevé.

traits de nos anciens comtes; mais comme ils sont très rares, tant à cause des ravages auxquels la Province a été exposée en divers temps, que parce qu'elle a été réunie à la Couronne trop anciennement pour pouvoir espérer de tels monumens, on y suppléera en quelque sorte, en donnant, sous votre bon plaisir, les portraits de nos anciens gouverneurs les plus illustres, tels que les ducs d'Anjou & de Berry & quelques autres de la maison de France, les Montmorency, les Joyeuse, &c., dont il ne nous sera pas difficile de recouvrer d'originaux fidelles.

Nous avons jette les yeux sur un imprimeur habile & entendu & dont la réputation est très bien établie pour l'impression de notre ouvrage. Nous aurions pu trouver des compagnies de libraires qui s'en seroient chargés. Mais comme nous connoissons l'inconvénient qu'il y a d'avoir à faire à plusieurs, nous nous sommes fixés à un seul, qui est en état de faire cette entreprise. Comme les frais de cette impression peuvent aller loin, nous avons cru, avant de nous engager entièrement avec luy, vous devoir envoyer les propositions qu'il vous fait, pour se charger de cette impression. Vous aurés la bonté de les examiner & de donner pouvoir à messieurs vos députés & à monsieur votre sindic qui viendront en Cour l'année prochaine, afin de régler entièrement toutes choses là dessus. Pour nous, nous tâcherons d'être prêts pour l'impression du premier volume, à moins que vous n'aimiés mieux la différer jusqu'à ce qu'il y en ait deux de prêts à être mis sous la presse j sur quoy nous attendrons vos ordres.

Le libraire compte. Nosseigneurs, que vous luy prendrés un certain nombre d'exemplaires par forme de souscription. Ce sera un avantage réciproque, parce qu'il vous donnera les exemplaires à meilleur marché qu'au public, & que d'un autre côté la moitié des avances qu'il espère que vous lui ferés pour le nombre des exemplaires qu'il vous fournira de chaque volume, le mettra en état de fournir luy même à une partie de la dépense. Mais comme les planches en feront une partie considérable, & quil y en aura un plus grand nombre que dans les volumes ordinaires, il demande que la Province se charge des frais des dessins & des graveures, & il offre de fournira ceux du papier & du tirage de toutes les planches. C'est sur ce pied quil sera en état de donner l'ouvrage à meilleur marché à la Province, &, à proportion, au public.

[Les auteurs s'occupent ensuite des vignettes en taille douce, destinées à être placées en tête de chaque livre, ou qui seront gravées sur bois, pour les chapitres autres que le premier; ils parlent des lettres grises, fleurons & culs-de-lampe. J

Les autres graveures en taille douce du premier volume consisteront dans de\ix cartes géographiques dont la dépense ne peut pas aller loin & à quatre ou cinq planches de nos anciens monumens.

Comme le grand & le petit papier font une différence pour le prix, cette diversité causera peut être quelque inconvénient pour la distribution ; on pourroit y remédier en faisant toute l'impression de l'ouvrage sur un papier uniforme d'une grandeur raisonnable. C'est ainsi qu'on en a usé dans la dernière Histoire de Bretagne ; vous prendrés là dessus le parti que vous jugerés le plus convenable. (Fonds de Languedoc, t. i8i, fol. 1 1 i-i 14.)

II. — Observations sur le Projet de la nouvelle Histoire de Languedoc, rédigé b imprimé par dom Gabriel Marcland. [Autographe de dom Vaissete, 1725 ou 1726.]

Mémoire présenté par dom Vaissete au chapitre de l'Ordre'. — On peut remarquer dans le nouveau projet de l'Histoire du Languedoc le plan général de l'auteur, son stile & sa

' Ce Mémoire est un travail personnel de dom Vaissete avec les quelques notes qui l'accompagnent.

fidélité clans les faits historiques qu'il rapporte. Le plan ou sistènie général que l'auteur nous donne de son histoire est informe & irrégulier, son stile n'est point supportable & la plupart des faits rapportez sont ou faux ou altérez; c'est ce quil est aussi fâcheux de rechercher dans l'ouvrage d'un de nos confrères qu'il est aisé de l'y découvrir.

I. Le plan général de l'auteur pour la nouvelle histoire quil nous promet consiste dans la division quil fait de l'ouvrage en cinq parties & dans le choix des matériaux qui doivent les remplir. La division quoyque naturelle ne peut subsister, sans choquer toutes les personnes raisonnables. Car un ouvrage qui doit contenir deux ou trois volumes in folio peut-il raisonnablement être divisé en cinq parties ou époques dont une centaine de pages pour contenir les trois premières, tandis que les deux dernières ont de quoy fournir plusieurs volumes ?

Il est vray que le secours des matières étrangères que le nouvel historien va chercher hors de son sujet pourra allonger les trois premières époques; en effet l'auteur nous promet de parler Je la naissance de J. Ch.', de la prédication de son évangile", de l'histoire de trente rois fVisigots, ce qui renferme, dit-il, les plus beaux morceaux des histoires de l'empire de Rome, de l'Italie, de VAffrique, de l'Espagne &■ de France ' ; il doit faire voir Rome trots fois assiégée par Alaric\ & (malgré le silence des historiens), une quatrième fois par le roi Ataulphe '; à cette occasion il doit nous dire les richesses immenses quil y prit & que les chrétiens avoient réfugiées dans les églises; à tout cela il joindra dans la suite l'histoire des différens d'entre le pape Boniface & le roy Philippe le BeP ; l'histoire de la destruction des Templiers' , &c. Tout le monde sera-t-il persuadé que ces sujets conviennent à l'histoire particulière d'une province }

En revanche & pour nous dédommager de la longueur de ces épisodes, l'auteur ne parlera qu'incidemment &■ par occasion des Etats-généraux de la Province'. En vain cette auguste assemblée & les affaires qui s'y traitent tous les ans donnent elles le branle à tout ce qui se passe de considérable dans le pais; c'est un corps séparé, dit l'auteur, qui ne peut entrer dans celuy de l'histoire générale, ni comme partie, ni par épisodes^; il aime mieux en promettre une histoire particulière aussi grande que la générale & parler en attendant & à la place de la fondation de trois cens couvens de divers ordres ; l'histoire du couvent des capucins, des cordeliers, &c., tiendra lieu de tout cela & sans doute des preuves de l'histoire dont l'auteur ne promet rien, quoyque le goût du public pour ces sortes de recherches, les fasse attendre avec plus d'empressement que l'histoire même.

II. On pourroit faire de longues & fâcheuses reflexions sur le stile de l'auteur du projet & sur le nombre prodigieux de fautes qui lui sont échappées contre la grammaire, & l'usage de la langue dans un écrit d'une douzaine de pages; mais comme chaque lecteur est en état d'en juger par lui même & qu'on veut même croire qu'il y en a quelques unes qui peuvent passer pour fautes d'impression, on se contentera de remarquer, en passant, quelques constructions de phrases ou expressions singulières. Lorsquil s'agit d'une province, qu'il y en a peu d'autres, &c. ; une armée de Celtes obligea

(les Ibériens) de faire la paix & que pour en éterniser la mémoire, &c.; des richesses

réfugiées; applaudir la création d'un nouveau roy des villes massacrées à leur tour

par des comtes les Romains ne trouvèrent pas les conditions de bon goût mais ces

vindicatifs républicains oubliant la leçon, &c.; c'est ici le quiquid délirant reges des

porteurs de paroles les églises & titulaires abandonnées au pillage'", &c. On passe les

' Page 3 du Projet. " Page 8 du Projet.

' nu. ■ nu.'

' nu. p. 4. » nu.

* nu. ' nu. p. 3.

' nu. •" nu. p. I à 8.

Introd. 0

i3o* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SERIE.

noms propres estropiés, du Catel pour Catèîe. Valenûnian pour Valentinien, Jeux Pleuraux pour Jeux Floraux, Melguail pour Melgueil. Mais passera-t-on à l'auteur de donner à des choses des noms qui ne leur conviennent pas, de se servir dans tous les tems du nom de Languedoc, pour signifier une province qui n'a été ainsi nommée qu'au commencement du XIV siècle, comme si l'on donnoit les noms de Normandie & de Lorraine à la Neustrie & à l'Austrasie sous les rois de la première race; d'appeler vers i3o4 le seigneur de Vezenobre du nom de marquis & les comtes d'Armagnac de celuy de duc qui ne le feurent jamais, l'archevêque de Tolède du nom d'evèque.

On pardonnera peut être plus facilement une partie de ces fautes en faveur du stile enjoué & fleuri qui ne coûte rien a l'auteur, même dans les moindres choses. Quoy de plus pompeux que la manière dont il s'exprime dans la division de son ouvrage : les Celtes £■ les Tectosages, nous dit-il, paraîtront les premiers sur la scène ', les Romains ouvriront la seconde, l'entrée des FFisigots commencera la troisième, ce qui nous conduira aux comtes, lesquels rempliront la quatrième. Ne diroit on pas que l'auteur va faire représenter une comédie & quil a disposé ses acteurs pour jouer chacun son personnage? Mais sans nous arrêter davantage à ces minuties, passons à des matières plus essentielles & ^lus sérieuses.

III. L'exactitude & la fidélité surtout dans un siècle aussi éclairé que le nôtre font sans doute les parties les plus essentielles d'un historien; sans examiner si ces qualités conviennent a celuy du Languedoc, on ne peut se dispenser d'entrer dans quelques détails & de discuter, les uns après les autres, la plus part des faits qu'il a choisis pour orner son projet. Le lecteur par cet essay pourra juger de ce qu'on doit attendre de l'histoire même.

« Il y a quelque tems, commence l'auteur, que monseigneur le Goux de la Ber- « chère, &c., cet illustre prélat dont la mémoire sera toujours en odeur de bénédiction, « dans les deux Narbonnoises, voulant bien, &c.'. »

On est surpris que l'auteur semble ignorer que l'odeur de bénédiction que M. de la Berchere a répandue dans la métropole d'Aix' (dont il n'a été archevêque nommé que quinze mois) ne se soit fait sentir dans celle d'Alby* pendant dix sept ans d'archiépiscopat qu'il a été à la tête de cette province ecclésiastique & quil ait préféré la première à la dernière.

« La recherche & découverte de ces matériaux dispersez n'est pas une chose aussi

« aisée que l'on pourroit s'imaginer, non plus que le choix & l'arrangement surtout « comme icy, d'une histoire qui a mille ans d'antiquité sur celle de France, d'un peuple « qui successivement, sous divers maistres a porté ses armes victorieuses dans les trois « parties de l'ancien monde, &c. >>

Ne diroit-on pas, parce que l'histoire du Languedoc a mille ans d'antiquité sur celle de France, que l'auteur accablé des nombreux matériaux quil trouve dans les archives & cabinets pour illustrer des tems si reculez, est embarrassé du choix & de l'arrangement de la multitude des faits, dans des tems si obscurs? Cependant à une douzaine près d'auteurs anciens qui parlent tous fort peu de ce qui peut intéresser la Province qu'on appelle aujourd'hui le Languedoc, à peine trouve-t-on quelques monumens qui puissent nous fournir de simples conjectures sur des époques si éloignées. L'historien plus heureux nous fournira des anecdotes pour faire porter les armes victorieuses des Languedociens en Affrique où on avoit cru jusqu'icy qu'ils n'avoient jamais pénétré.

' Pag» 2 du projet, ^ Cette province ecclésiastique est dans l'Aqui-

* liij. p. I . taine.

' Deuxième Narbonnoise.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SÉRIE. i3i*

a Les Celtes ou Volces... en estoient originaires. Ils passèrent premièrement sous la I' domination des Romains, ensuite sous celle des Visigoths, ausquels, à quelques inter- « valles près, succédèrent les comtes, & à ceux-ci, les rois de France... Les Visigoths <( s'y feront aimer par la douceur du gouvernement & regretter, &c., ils feront place « aux Sarrazins, lesquels en seront chassés par les quatre premiers rois de la seconde « race, qui comme les Visigoths feront les délices de la Province, &c., sous le règne <i de Philippe le Hardy, par la réunion de tous les comtés en sa main, &c. »

On verra plus bas que c'est mal à propos que l'auteur du Projet appelle Celtes les anciens habitans du Languedoc & que les auteurs n'ont donné ce nom qu'aux Gaulois en général ou aux anciens habitans de la Gaule Celtique ou Lyonnoise en particulier; niais à quel titre l'historien ne fait-il les rois de France maîtres du Languedoc qu'après la domination des comtes } Que deviendront les conquêtes de Clovis, de Charles Martel & de Pépin dans cette Province } Il est vray que quelques lignes après l'auteur fait chasser les Sarrazins de la Province par les quatre premiers rois de la seconde race, sans songer que sous les règnes de Charlemagne, Louis le Débonnaire & Charles le Chauve, il n'en restoit plus en Languedoc. Le rois catholiques firent sans doute bien plus les délices de la Province que les Wisigots; ces derniers hérétiques ariens ayant fait plusieurs martyrs' & suscité diverses persécutions aux catholiques de la Septimanie aujourd'huy Languedoc, dont la pluspart des comtés furent réunis à la couronne sous le règne de S' Louis & non pas sous celuy de Philippe le Hardy qui n'y réunit que la comté de Toulouse plus de quarante ans après.

« La première époque que nous appellerons le Languedoc sous les Celtes ou Volces « Tectosages, commencera, &c.; l'histoire... nous apprendra que pour décharger le Il pays il en sortit' par différentes routes & en divers temps trois armées composées Il de jeunes avanturiers... l'une sous le nom de Celtes après avoir franchi le col des « Pyrénées & donné plusieurs batailles à ces peuples d'Espagne qu'on nommoit alors « Ibériens, les obligea enfin de faire la paix, &c. »

Qui croiroit que les trois armées sorties du Languedoc en différens tems & composées de jeunes ou vieux avanturiers se réduisissent à une seule?

Pour le prouver il n'y a qu'à rapporter ce que les anciens nous apprennent des colonies gauloises qui ont été s'établir dans les pays étrangers. Nous verrons si les circonstances singulières de ces trois transmigrations dont l'auteur du Projet embellit son discours, se trouveront bien fondées.

Sous le règne de Tarquin l'Ancien, roy de Rome' & vers le milieu du second siècle de sa fondation, Ambigat Biturige (c'est-à-dire du Berry), roi des Celtes ou de cette partie des Gaules qu'on appela la Gaule celtique (rex Celtarum quae pars Gallîae tertia est'), voulant décharger ses Etats qui étoient extrêmement peuplés, envoya en même tems ses deux neveux Sigovèse & Bellovèse, fils de sa sœur, chacun à la tète d'une nombreuse colonie, s'établir dans les royaumes voisins; Sigovèse prit la route de la Germanie & de la foret Hercynie; c'est tout ce qu'on sait de luy. Bellovèse avec la troupe composée, comme le remarque expressément l'historien romain, des gens du Berry, de l'Auvergne, de Sens, d'Autun, de Chàlons sur Saône, du pays Chartrain, & du Maine, après avoir passé les Alpes, occupa cette partie de l'Italie appelée depuis Gaule citérieure ou cisalpine. Le même Tite Live décrit son expédition fort au long.

Il y en a qui croient que l'armée de Bellovèse, lors de son départ, se divisa en deux & qu'une partie prit la route des Pyrénées pour aller s'établir ensuite en Ibérie aujour-

' Greg. Turon. &c. ' Tite-LIve, Hist. 1. 5.

' Tite-Live, Hist. 1. 5.

i32* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SERIE.

dhuy Espagne, à laquelle les Celtes mêlez avec les Ibérieiis ou anciens habitans donnèrent le nom de Celtibérie. Ce sentiment de quelques modernes peut tout au plus passer pour une conjecture vraisemblable prise du nom de Celtibérie ; mais il est d'ailleurs destitué de preuves, les anciens ne nous ayant rien laissé touchant l'établissement des Celtes en Ibérie.

De la il est aisé de conclure que cette armée de Celtes ou Volces que l'historien fait partir du Languedoc pour aller donner plusieurs batailles aux Ibériens d'Espagne, les obliger de faire la paix & s'allier avec eux par des mariages, pour des deux nations n'en faire qu'une £• que pour en éterniser la mémoire le pays à l'avenir seroit appelé Celtibérie; que cette armée, dis-je, partie du Languedoc avec les circonstances qui l'accompagnent sont entièrement fabuleuses, car quand il seroit vray que les Celtes auroient été s'établir en Ibérie, je demanderois à l'auteur du projet où est-ce quil a trouvé que les Celtes feussent des peuples du Languedoc & que leur départ ait précédé celuy de la colonie de Sigovèse, comme il le prétend? Je luy demanderois dans quel auteur il a trouvé ces batailles, cette paix, les mariages des Celtes avec les Ibériens.

Il est vray qu'on n'ignore pas que les anciens auteurs grecs ont appelé la Gaule en général du nom de Celtique & les Gaulois du nom de Celtes'; mais doit-on en conclure, quand même les Celtes ou Gaulois en général auroient envoyé une colonie en Ibérie, qu'elle étoit composée de peuples du Languedoc, plustôt que de toute autre Province? Ce seroit un fait, pour l'histoire générale de la nation, qui n'intéresseroit pas plus une province qu'une autre. D'ailleurs si les conjectures des modernes doivent avoir lieu pour l'établissement des Celtes en Ibérie, c'est selon eux une partie de la colonie de Bellovèse, qui pénétra dans ce pays, & on vient de voir par l'énumération que fait Tite Live' des peuples qui suivirent ce prince, quil n'y en avoit pas du Languedoc, qui, outre cela, n'étoit pas de la domination d'Ambigat, selon le même historien.

On voit bien que Strabon peut avoir donné occasion à l'auteur de se tromper sur le nom de Celtes. Ce géographe' par une erreur manifeste que le savant Casaubon a fort bien relevée dans ses Notes sur cet endroit donne le nom de Celtique a la Province romaine ou Gaule Narbonnoise & en appelle les habitans Celtes. Mais comme cet auteur donne là-dessus pour son garant César dans ses Commentaires & que César dit tout le contraire de ce que Strabon luy fait dire, on ne doit pas ajouter plus de foy à ce géographe lorsqu'il appelle la Gaule Narbonnoise du nom de Celtique, qu'à ce qu'il dit au même endroit que la Gaule Belgique s'estend jusques aux Alpes. César qui connoissoit le terrain & qui avoit été longtems sur les lieux est sans doute plus croyable que cet Asiatique qui ne parloit que sur les mémoires d'autruy d'un pays aussi éloigné du sien. Aussi César, ainsi que les autres auteurs latins que nous avons, n'ont donné le nom de Celtique qu'à cette troisième partie de la Gaule, depuis appelée Lyonnoise, où sans doute le Languedoc n'estoit pas compris : « Gallia est omnis divisa in partes très, « quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae « nostra Galli appellantur'', » où il faut remarquer que César ne comprenoit pas la Province romaine ou Gaule Narbonnoise, qui faisoit la quatrième partie des Gaules, dans cette division.

« L'autre (armée) qui sous le nom de Tectosages se joignit à celle du prince Sigovèse, « après avoir forcé le passage du Rhin & conquis la plus fertile contrée de la Ger- « manie, &c. »

Les circonstances dont l'historien du Languedoc revêt la sortie de la deuxième armée

' Pausanias, m Atticis, &c. ' Geogr. 1. 4.

' Histor. 1. S. ^ César, Comment. 1. 1.

des peuples de cette Province ne sont guères moins incertaines. Il fait joindre cette seconde armée de Languedociens à celle du prince Sigovèse, pour aller ensemble forcer le passage du Rhin & s'établir dans la Germanie; mais sous quelle authorité? Je n'en connois aucune. Je sais bien que sur le témoignage de César", il est certain que les Gaulois Tectosages sortirent anciennement de leur patrie pour s'aller cantonner dans la foret Hercynie, dans une contrée très fertile (fertilissima loca) & non pas la plus fertile de la Germanie; & qu'ils y vivoient encore dans le tems quil écrivoit ses Commentaires; mais que ces Tectosages se fussent joints à l'armée de Sigovèse pour forcer ensemble les passages du Rhin, que Sigovèse luy-méme ayt pris des habitations auprès de la foret Hercynie, c'est ce que ny César ny aucun autre historien n'asseurent. Tite Live' dit à la vérité que Sigovèse prit sa route du coté de la Germanie, mais il n'asseure nulle part qu'il s'y soit établi; & quand cela seroit, rien n'empêche de croire que différens peuples des Gaules n'en soient sortis en divers tems pour aller s'établir bien loin les uns des autres, & tous cependant auprès de la forêt Hercynie, forêt immense par sa grandeur, s'étendant depuis le Rhin & le Danube jusques en Transylvanie & sur les côtes du nord '.

« La troisième armée sous le même nom de Tectosages, après avoir forcé le pas des « Thermopyles, deffendu par 80,000 Grecs, & s'estre enrichie des dépouilles du temple (I de Delphes, alla se faire un pareil establissement & avec la même réputation en « Bithynie. »

C'est des habitations que nos Gaulois & Tectosages avoient en Germanie & Pannonie, quils sortirent, au cinquième siècle de la fondation de Rome, 3oo ans après y avoir fixé leur demeure pour aller faire des courses dans la Grèce, & leur nouvel établissement en Asie*, & non pas immédiatement du Languedoc, comme le prétend le nouvel historien, qui ajoute à leurs victoires des circonstances toutes neuves; il fait deffendre les Thermopyles par 80,000 Grecs, tandis quil n'y en avoit pas 3o,ooo'; il fait forcer le pas des Thermopyles par les mesmes Gaulois, tandis que après avoir été battus par les Grecs, ce ne fut qu'à la faveur d'un brouillard qu'ils montèrent le mont (Eeta a l'insceu des mesmes Grecs qui ne s'en aperceurent qu'après leur passage'; il enrichit les mesmes Gaulois du pillage du temple de Delphes, tandis que tous les anciens', qui ont parlé du siège de cette place, conviennent que la ville ne fut point prise, ny le temple pillé, & que même l'armée des Gaulois y périt misérablement par la vengeance des Dieux. Le seul Strabon' rapporte, comme une tradition populaire, que le fameux or de Toulouse étoit provenu du pillage de ce temple par les Tectosages; mais en même tems, il réfute cette opinion, & sur l'autorité de Posidonius donne une autre origine à ce fameux thrésor. Après cela notre historien envoyé les Tectosages s'établir en Bithynie, sans prendre garde que ce fut dans une partie de la Phrygie, appelée ensuite du nom de Galatie ou Gallogrèce & non en Bithynie que les Tolemiens, Tolistoboges & Tectosages allèrent s'établir & y fonder ou pour mieux dire réédiffier les villes d'Ancyre, Pessinunte & Tabia, après avoir donné secours à Nicomède roy de Bithynie qui les avoit appelés contre Zibœa, usurpateur d'une partie de son royaume'.

« Pendant que nos Tectosages bâtissoient des villes dans l'Asie, on construisoit dans I' leur pays natal, en Languedoc, celles de Vindomagus, de Rhode, d'Héraclée, de n Maguelonne, d'Elne, de Cesseron, d'Agde, d'Illiberis & de Ruscino. Il ne reste de

■ De Bell. Gall.X. 6.

' Ubi supra.

' César, 1. 6, supra.

* Justin, I. 24.

' Pausanias, in Phocicis.

* Pausanias, in Phocicis.

' Pausanias, iiiJ. — Justin, 1. 24 & i5. — Polybe, &c,

* Géogr. 1. 4.

' Tite-Live, Hist. 1. 28.

l34* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SÉRIE.

« Maguelonne & d'Elne qu'une église; elles étoieiit autrefois épiscopales mais il me

« semble que les deux dernières étoient alors les plus célèbres, &c. "

L'auteur du projet nous donne ici l'époque assurée de la fondation de la pluspart des anciennes villes de la Province. C'est donc, selon luy, après que les Tectosages se furent établis en Asie; ce qui répond au cinquième siècle de la fondation de Rome. iMais ne pouvoit-il pas sçavoir que les deux villes de Rhode & d'Agde, estans colonies des Phocéens' establis à Marseille dès le second siècle de la même fondation de Rome, il n'y a aucune raison de faire les Tectosages fondateurs de ces villes 3oo ans après. Pouvoit-il ignorer que les villes de Maguelonne & d'Elne ne sont connues que depuis le quatrième siècle de l'ère chrestienne, que cette dernière fut bastie par l'empereur Constantin sur les ruines de l'ancienne Illiberis, à laquelle il donna le nom d'Hélène, sa mère, comme le prouve fort bien le sçavant M. de Marca" & quil en reste encore plus d'une église, puisque c'est une ville du Roussillon qui subsiste; qu'il y avoit bien plus de raison de donner une origine aussi ancienne aux villes de Nismes, Bésiers, Carcassonne, Lodève, &c., dont il ne dit rien & qui sont cependant connues par les plus anciens auteurs. Ne pouvoit-il pas faire attention au sentiment de deux habiles critiques (MM. de Valois & de Tillemont) qui croient que la ville d'Usez est l'ancienne Vindomagus & celle de Saint-Gilles l'ancienne Heraclée & que par conséquent elles paroissent subsister encore. D'ailleurs les deux villes d'Illiberis & de Ruscino étant aussi célèbres quil l'asseure, du tems d'Annibal, est-il vraisemblable qu'elles n'aient été basties qu'une cinquantaine d'années auparavant, auquel tems les Gaulois s'établissoient en Asie.

ic Ce fut dans Ruscino que nos rois qui y estoient assemblés donneront audience aux Il ambassadeurs d'Annibal & à ceux des Romains. Les premiers vinrent les prier modes- « tement d'accorder, à telles conditions qu'il leur plairoit, le passage par le Languedoc

Cl pour l'armée des Carthaginois elles furent réglées, ces conditions à Illiberis par

» Annibal, à qui nos rois, par une noble émulation en déférèrent l'honneur, & applau- « dies, parcequ'elles sont dignes de la générosité & de la politesse de ce gênerai & de « nos princes. Il n'y eut que les Romains qui ne les trouvèrent pas de bon goût, &c. Nos « rois, après leur avoir remontré en termes un peu durs le ridicule de leur demande, (( les renvoyèrent avec une sage leçon pour leur Sénat; mais les vindicatifs républicains (I oubliant la leçon, &c. »

Si notre historien avoit fait plus d'attention aux paroles de Tite Live, il n'auroit pas fait trouver en même tems dans la ville de Ruscino les ambassadeurs d'Annibal & ceux des Romains, les uns pour demander le passage par les Pyrénées, les autres pour empêcher quil ne fut accordé. Il y auroit vu' que les envoyés des Romains, sur le bruit qu'Annibal vouloit porter la guerre en Italie, prévinrent d'une année ceux d'Annibal, pour détourner les Gaulois d'accorder le passage sur leurs terres à ce général carthaginois; il y auroit vu que ce ne fut ni dans Ruscino ni aux Tectosages en particulier que les Romains s'adressèrent pour cela, mais aux Gaulois en général qui étoient sur le passage d'Annibal d'Espagne en Italie; ce qui ne désigne pas plus les peuples du Languedoc que ceux de Provence, Daufiné & Savoye; il n'y auroit pas trouvé les conditions chimériques qu'il fait régler par Annibal à qui nos rois, dit il, par une noble émulation en déférèrent l'honneur; & applaudies, parcequ'elles sont dignes de la générosité & de la politesse de ce gênerai &■ de nos princes ; il y auroit lu au contraire que ce fut par terreur & par argent, tsù? [ihi /pr|ij.ï3t -ïîiaç, tîIi; Zï Ij'.wiïijiv;;^. « Moram magis quam bellum metuens Annibal, caeteris metu aut pretio paratis, dum in Volcarum pervenerat agros', » qu'An-

' Macianus Heracleota. — Strabon, &c. '' Polybe, 1. 3.

' Marca Hispanica, p. 2^. ' Tite-Live, 1. 21.

' Tite-Live, 1. 2 i .

PIECES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SÉRIE. i35*

nibal, impatient de porter la guerre en Italie, obligea nos Gaulois & leurs roitelets ou magistrats à le laisser passer librement, appréhendant bien moins d'être attaqué que d'être retardé dans la vengeance qu'il vouloit prendre des Romains. C'est ce qu'asseure Tite Live après Polybe. Le premier fait l'éloge de la politesse des Gaulois en cet endroit en les appelant ferocia & indomita ingénia'. Sans doute si Annibal eut la politesse de promettre des conditions aussi généreuses, il ne persévéra pas longtems dans de si nobles sentimens, puisqu'à son approche du Rhône, les habitans du Bas Languedoc s'enfuirent au-delà de la rivière, avec ce qu'ils purent emporter & lui en disputèrent le passage. Ainsi sans doute les prétendues conditions réglées par Annibal ne furent pas trouvées de bon goût par les Romains. C'étoit pour eux un fruit trop amer pour l'y trouver.

Du reste le nouvel historien du Languedoc pourroit bien avoir été trompé par la fausse vie d'Annibal, attribuée à Plutarque, où il est parlé de quelques conditions grotesques, faites entre ce général & les Gaulois. Mais qui ignore que cette vie d'Annibal par Plutarque est une pièce nouvelle & supposée au seizième siècle par Donat Acciaioli, florentin, comme l'a démontré Rualdus dans la vie de Plutarque?

Passons à la seconde époque. « On expliquera dabord la manière que le Languedoc " passa sous la domination romaine; on la croit très-différente de celle des Provinces « voisines, qui se virent forcées de subir le joug... il deviendra peu après le théâtre des « formidables guerres qu'elle eut à soutenir contre les Cymbres & les Ambrons, contre Il Sertorius & les Gaulois... La douleur de se voir foulé... fut un peu adoucie par le Il plaisir... de servir de tombeau une fois à 80,000 Romains, de prison à 40,000 & puis Il de cimetière a tout le reste des Barbares... Cette guerre (des Gaulois) finira dans le « mesme Languedoc, s'il est vray, ainsi qu'un sçavant moderne croit l'avoir démontré, I' que ce prince (Vercingetorix) avec tout ce quil peut rallier de ses troupes, alla se (I renfermer dans Alais, &c. »

Quoyque les auteurs de l'histoire romaine que nous avons ne nous donnent pas un long détail des conquêtes des Romains dans cette partie de la Gaule qui fut depuis appelée Narbonnoise, ils en disent pourtant assés pour ne pas nous laisser ignorer que ce fut par la force des armes qu'ils se rendirent maîtres de ce pays, qu'ils réduisirent en province romaine, & qui en effet n'eut rien de singulier qui le distinguât des autres provinces subjuguées. On peut voir dans ces auteurs' les batailles que les Romains furent obligés de livrer pour soumettre les Allobroges, les Salyens, les Voconciens, & autres peuples des pays appelez aujourdhuy Provence, Daufiné & Savoye, qui avec le Languedoc composèrent la Province romaine. Aussi Ammien Marcellin ' parlant de Fabius Maximus qui fut le dernier qui acheva de réduire la Province par la prise de Narbonne, se sert de ces termes : « Gallorum regiones praecipuae Italicis confines, primo tentatae per Fulvium, quassatae per Sextium & ad ultimum per Fabium domitae. » Ce qui se rapporte aux paroles de Florus* qui dit en parlant des Allobroges, peuples de la Province romaine, domtés par le même Fabius : « Allobroges in deditionem accepti. » Tout cela marque bien plustost une province conquise que seulement mise sous la protection de la Republique, comme le prétend l'auteur du Projet, qui fait bientôt oublier aux Romains ces conditions imaginaires, qu'ils auroient été religieux de garder sans doute, s'ils les avoient stipulées & dont le Languedoc n'eut pas besoin pour mériter les faveurs des Romains.

Cette Province devint, selon notre auteur, le théâtre des guerres quil prétend qu'elle

' Tite-Live, 1. 21. ' Amm. Marcell. I. i5.

' Epit. Flori, 1. 60 8c seq. — Strabon, 1. 4. — ' Epitome, 1. 61.

Eutrope, 1. 4, 8cc.

soutint contre les Cymbres, les Ambrons, Sertorius & les Gaulois; pour ce qui est des Cynibres & des Ambrons, il est vray qu'ils la désolèrent, mais leur servit-elle de cimetière!' Si l'historien eût consulté les auteurs, il auroit vu que ce fut à Aix en Provence que Caius Marins" tailla en pièces 100,000 de ces Cymbres ou Teutons & que les environs de cette ville leur servirent de cimetière & même à un plus grand nombre, selon Florus'; il auroit vu que ce fut sur la rivière de l'Adige en Italie' que le même Marius avec son collègue Catulus y défirent plus de 200,000 de ces Cymbres, dont i6o,coo restèrent sur la place & le reste fut fait prisonnier; quil ne paroit aucune part qu'ils ayent été deffaits en Languedoc & qu'au contraire ils sortirent victorieux de cette province, après l'avoir ravagée. Pour la guerre de Sertorius, comment le Languedoc pourroit-il avoir été le théâtre d'une guerre qui se passa uniquement en Espagne? est-ce parce que les troupes romaines qui y alloient servir traversoient la Province? A ce prix là, sous Louis XIV la Champagne & la Bourgogne auroient été le théâtre des guerres de Flandres & d'Alsace.

Enfin le Languedoc n'a pas été davantage le théâtre des guerres que César fit aux Gaulois. On sait que pendant tout le tems quil employa à subjuguer les Gaules, la Province romaine dont le Languedoc faisoit partie demeura paisible, tandis que ce premier empereur romain portoit ailleurs ses armes victorieuses. A la vérité, il n'en seroit pas ainsi, si le siège d'Alais, aux Cévennes, au lieu d'Alise en Bourgogne, avoit fini cette fameuse guerre, comme l'insinue notre auteur, après un moderne* qui a hazardé un sentiment si singulier contre toute authorité & contre César même. D'ailleurs il seroit faux que ce siège eut fini la guerre des Gaules, puisque César fit le siège d'Uxellodunum après celuy d'Alesia '.

« Ce sera seulement sous les empereurs que nous verrons le Languedoc recompensé i( de sa constante fidélité... Auguste choisira Narbonne pour y tenir en personne les « Etats généraux des Gaules, il y fera le partage de ces vastes provinces. »

On sait bien qu'Auguste tint une assemblée à Narbonne appelée dans les auteurs du nom de Conventus''. Qu'on doive luy donner le nom des Etats généraux des Gaules, c'est ce qu'on ne sçauroit prouver. Si ce fut une assemblée d'Etats elle ne fut guères libre, puisqu'Auguste y ordonna l'imposition onéreuse du cens, jusqu'alors inconnue & très désagréable aux peuples des Gaules, déjà divisées en quatre parties du tems de César, partage qu'Auguste ne fit que confirmer & régler & non introduire.

« On n'oubliera pas le plus heureux de tous les événemens, savoir la naissance de « J. Ch. & la prédication de son saint Evangile... Nous suivrons la tradition de nos (( Eglises de Languedoc qui remonte cette prédication vers la fin du premier siècle « de l'incarnation, & qui donne pour premiers evêques, Paul à Narbonne, George au •I Puy, Flours à Lodève, Aphrodise à Beziers, Saturnin à Toulouse, tous saints & dis- « ciples des apôtres. »

L'écrivain a eu soin d'avertir plus haut quil se faisoit une loy de ne rien avancer qui ressentit la fable' . On peut juger par cet endroit de sa fidélité a tenir sa promesse & si les traditions fabuleuses ne luy sont pas plus chères que les véritez les mieux éclaircies. En effet personne ne s'avisoit plus de douter, sur l'authenticité des actes du martyre de S' Saturnin' que ce premier évêque de Toulouse n'ait été envoyé dans les Gaules, sous l'empire de Dèce, au troisième siècle de l'ère chrétienne, sur l'authorité de ces

' Plutarque, tn Mario.

' Epit. 1. 68.

' Pliitaraiie & Florus, ihid.

' M. de Mandajors.

^ Hirtius, de Bell. Gall.

^ Florus, 1. 1 34.

" Page I du Projet.

' Ruinart, Acta sincera.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIÈME SÉRIE. i?>f

actes & sur le témoignage de Sulpice Sévère, de Fortuiiat, de Sidoine Apollinaire, de Grégoire de Tours, &c., on étoit persuadé que Paul de Narbonne & les autres premiers évêques des principaux sièges n'etoient pas plus anciens. Les traditions fabuleuses des autres églises doivent-elles être préférées à des témoignages si certains?

<■ L'irruption des Vandales dans les Gaules fut cause que le Languedoc changea de « niaitre. L'empereur Honorius trop foible pour se maintenir dans ces vastes provinces, « de l'avis du sénat, les céda avec l'Espagne à Alaric & ses successeurs, rois des Visi- « goths... aprez avoir donc expliqué l'étendue, les motifs & les conditions de la cession... Cl car ce fut la première province (le Languedoc) dont ils prirent possession... on 'I s'étendra sur tout ce qui s'y est passé de mémorable sous les trente rois de cette (I nation. »

L'auteur devoit compter trente trois rois Wisigoths au lieu de trente, & plus bas dix sept qui ont été ariens, au lieu de treize, mais ce petit mécompte est peu de chose par rapport à la cession des Gaules quil fait faire par Honorius à Alaric, de l'avis du sénat. Cette prétendue cession est non seulement ignorée de tous les historiens contemporains, mais elle est même contraire aux monumens qui nous restent de ces tems-là'. Passons à une autre anecdote, elle regarde la prise de possession du Languedoc par les Wisigots que notre historien dit être la première province des Gaules dont ils prirent possession. Mais cela est faux, comme l'a fait voir un des plus habiles critiques' qui a prouvé que les Wisigots étant entrés dans les Gaules l'an 412, comme alliez des Romains, après avoir désolé la Provence & le Languedoc s'établirent à Bourdeaux, qu'ils furent contraints d'abandonner en 414, pour se retirer en Espagne, qu'ensuite leur roy Wallia ayant fait un traité avec l'empereur Honoré par lequel la deuxième Aquitaine depuis Toulouse jusques à Bourdeaux leur étoit cédée, ce fut la première province dont ce roy prit possession en 418 ou 419, d'où ils ne s'étendirent dans le Languedoc que dans la suite; les Romains en étant toujours restés les maîtres, ayant conservé la ville de Narbonne, jusques à l'an 462, qu'Agrippin, gouverneur romain, la livra aux Wisigots'.

« On verra Rome assiégée par notre Alaric... cette malheureuse ville fut pour la qua- (I trième fois la victime de la vengeance de nos Visigoths... Ataulphe successeur d'Alaric " la fit saccager sans exception; il trouva dans les seules églises des richesses immenses... « il y trouva aussi la belle & sage Placidie... la solennité des noces & le couronnement « de cette princesse, reine du Languedoc, se firent à Narbonne... Cet agréable & nou- « veau spectacle fit oublier la triste scène quil avoit donnée quelque tems auparavant " dans la même ville en faisant trancher la tête aux empereurs Jovin & Sébastien. »

A quel titre le roi Alaric est il appelé ici notre Alaric, seroit-ce à cause de la cession imaginaire que luy fait faire notre historien de la province du Languedoc par l'empereur Honorius, car d'ailleurs il est constant que ce roi Visigot ne mit jamais le pied dans les Gaules', encore moins dans le Languedoc & qu'il mourut en Calabre en 410''.

Le quatrième siège de Rome fait par Ataulphe n'est pas moins fabuleux dans sa substance que dans ses circonstances % Jornandès, le seul qui en fasse mention, étant abandonné de tous les auteurs contemporains qui ne disent rien d'un événement si remarquable & qui le contredisent par rapport à Placidie qui fut trouvée à Rome & emmenée par Alaric après le dernier siège & non par Ataulphe. Que si l'auteur du Projet préfère l'authorité de Jornandès auteur du milieu du sixième siècle à celle des auteurs originaux, il devoit faire célébrer les épousailles de cette princesse à Forli & non à

' Tillemont, iur Honorius. ' Tillemont, sur Honorius.

' Id. ihii. '■ Id. ihid.

' Idnce, m Chron.

i38* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — DEUXIEME SERIE.

Narbonne où il est vray qu'elles se firent. Pour celles du couronnement de cette prétendue reine de Languedoc, elles sont de l'invention de l'historien qui altère les circonstances de la mort des tyrans Jovin & Sébastien. Ce fut Dardane, préfet des Gaules pour les Romains, & non Ataulphe qui fit couper la tête au premier'.

« Ces rois étoient encore ariens, mais plus jaloux d'étendre leurs Etats que leurs « erreurs, ils laissoient aux catholiques une honnête liberté. »

L'historien a oublié sans doute la cruelle persécution qu'Evaric, roi des Wisigots', suscita contre les catholiques de ses Etats, surtout de la Septimanie & qui coûta la vie ou l'exil à tant d'évêques & ce qu'ils eurent à souffrir de la part du roy Alaric second, &c.

« Ces playes seront à peine fermées qu'on les verra rouvrir & des plus profondes... « Zéma, roy des Sarrazins, après un long siège, prendra Narbonne... Charles Martel... « s'en retournera bien fâché de n'avoir pil chasser de Narbonne les Sarrazins, quil tenoit « assiégé depuis quatre ou cinq ans. »

Les historiens' nous asseurent que Zama, lieutenant-général & gouverneur d'Espagne pour le calife Gesid , le véritable roy des Sarrazins & non Zama luy-mème, surprit la ville de Narbonne dont il s'empara : que c'ait été après un long siège, c'est ce qu'on avoit ignoré jusqu'icy, aussi bien que les quatre ou cinq années employées par Charles Martel au siège de la même ville; on savoit seulement qu'il n'y avoit mis que cinq à six mois, à diverses reprises \

« Le ciel réservoit à la pieté de nos evèques & au courage de nos comtes la gloire de « s'affranchir eux-mêmes du joug des infidèles & de se donner au roy très chrétien en « la personne de Pépin, à qui ils ouvrirent les portes de leurs villes, sous les conditions « réciproques de protection & de fidélité, &c., conditions qui marquent non pas un « peuple conquis & qui reçoit la loy, mais qui la prescrit en quelque manière à celuy « qu'il se choisit pour maître... l'honneur que luy feront les trois premiers empereurs « françois en la rétablissant dans son ancienne prérogative de royaume sous le nom de « Gothie & de Septimanie, du reste, fidèles aux conventions stipullées avec leur père « & ayeul. Il ne se parlera point d'impôts, ni de partage des terres... il ne sera rien « changé dans la forme du gouvernement... On sera surpris que dans un pays long « d'environ quatre-vingt lieues... il s'en soit élevé dix à douze (comtes), &c. envoyés « pour y administrer les finances, &c. »

Voicy des faits tout nouveaux & des circonstances singulières. On avoit cru jusqu'icy sur la foy des historiens que Charles Martel s'estant rendu le maître de presque tout le Languedoc sur les Sarrazins, le roy Pépin, son fils, n'avoit fait qu'entrer dans les droits de son père sur cette province, en s'y faisant reconnoitre. On verra icy au contraire des évêques & des comtes (on ne sçait quels) ouvrir les portes de leurs villes à ce dernier roy sous des conditions extraordinaires; des su]ets prescrire la loy à leur souverain & luy promettre leur protection & celui-cy réciproquement leur promettre yîJéZifé. On y verra le Languedoc érigé en royaume sous les noms de Gothie & de Septimanie, comme si c'estoit seulement dès ce tems-là que la Province eut porté ces deux noms, & malgré tous les monumens historiques de ces siècles qui nous asseurent que ce fut sous le nom d'Aquitaine que Charlemagne érigea ce royaume pour le roy Louis, son fils; les provinces de delà la Loire, du nombre desquelles étoit la Septimanie ou Gothie. Mais si dans ce nouveau royaume il ne fut point parlé d'impôts ni de partage des terres, en quoy consistèrent les finances & le domaine du prince? & à quoy bon y envoyer des comtes pour les administrer? Que deviendront ces fréquentes donations de fiefs & terres, faites par

' TiUemont, 5urHonorius. ^ Annales Metlenses & alii.

' Gregor. Turon. 1. 2, c. 25. ■• liid.

les premiers rois de la deuxième race aux églises, aux monastères, &c. ? S'il ne fut rien changé dans le gouvernement, à quoy bon les assemblées & les capitulaires qu'on y faisoit pour le règlement & la réformation de l'Etat? cela surprendra plus sans doute que devoir dix ou douze comtes dans un pays qui comprenoit une quinzaine de diocèses, tandis qu'on sçait que suivant l'usage de ce tems-là, chaque diocèse étoit gouverné par un de ces comtes.

On s'arrêtera moins à discuter les deux dernières époques; les faits rapportés dans le Projet étant énoncés d'une manière trop générale, on se contentera de remarquer, en finissant ce mémoire déjà assés long, pour donner une idée du travail de l'auteur, quil est vray quil y a eu de grands différens entre les archevêques & les vicomtes de Narbonne, mais cela n'a jamais été à cause du patronage de cette église, prétendu par les vicomtes, comme il l'asseure, mais plustost à cause de l'hommage prétendu par les archevêques, qui n'ont jamais disputé aux comtes de Toulouse le titre de duc de Narbonne, à moins que l'auteur ne mette de ce nombre Simon de Montfort qui véritablement fut en dispute là dessus avec l'archevêque Arnaud, dans le tems que l'armée des croisés s'estoit emparée des états du comte Raymond, mais dont la querelle fut bientôt terminée à l'avantage de Simon. Au reste les guerres de religion que l'auteur fait durer plus de 200 ans dans la Province, sous l'époque des comtes, furent terminées en moins de trente.

L'historien a encore eu tort de mettre Charles Dauphin, qui fut ensuite roy sous le nom de Charles VII, au nombre des gouverneurs qui ont pillé les villes & la bourgeoisie de la Province. Il est vray que le Languedoc fit de grands efforts pour le rétablir entièrement sur le thrône de ses ancestres & quil y réussit. Mais aussi il n'est point de roy de France auquel la Province doive plus de reconnoissance pour la conservation de ses privilèges & de ses' libertés & pour plusieurs autres bienfaits qu'elle en receust.

Pour ce qui est du différend d'entre le pape Boniface & le roy Philippe le Bel, dans lequel l'auteur ne peut se dispenser d'entrer, on voudroit sçavoir d'où il a tiré que le vicomte de Narbonne fut un de ceux qui firent ce pape prisonnier à Anagnie. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 71-78.)

12. — Arrangement à faire pour l'impression de l'Histoire de Languedoc. [Autographe de dom Vaissete. — 1726 ou 1727.]

Sçavoir de Nosseigneurs les Estats, s'ils souhaitent des vignettes & des fleurons en taille-douce à tous les livres qui composent l'ouvrage, aussi bien que la lettre qui doit commencer la matière de chaque livre. C'est une dépense extraordinaire & qui ne peut regarder que les Estats; car outre les gravures de toutes ces planches, il y aura encore le tirage tant des vignettes que des fleurons & lettres qu'il faudra tirer séparément.

Pour faire quelque chose de propre, on pourroit mettre seulement à la tête de chaque volume une vignette qui contiendroit le sujet le plus marqué dudit volume, & mettre aux autres livres du même volume qui commenceront en page, des vignettes gravées exprès en buys, aussi bien que les fleurons & lettres qui doivent commencer la matière de chaque livre; & en ce cas, le libraire pourra se charger de ces ornemens, fournir de beau papier fin d'Auvergne & les caractères neufs & beaux, moyennant la somme de i5 livres chaque volume en blanc, pourvu que les Estats en prennent jusqu'au nombre de 400 ou 5oo exemplaires, que nos dits seigneurs des Estats seront suppliez de payer d'avance, lorsque chaque volume commencera; & à condition encore qu'ils voudront bien se charger des cartes du pays, plans des villes, monumens & autres singularitez, s'il y en a, & le libraire se chargera du tirage d'iceux, pourvu que les dites planches luy restent en propre, après l'ouvrage. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. I23.)

i3. — Traité passé entre M. de Montferrier £.- Jacques Vincent, imprimeurlibraire, pour l'impression de l'Histoire générale de Languedoc, le g octobre 17275 sanctionné par les États le iZ janvier 1728.

1° h'Histoire Je Languedoc doit être imprimée in folio, sur papier carré fin d'Auvergne le plus beau, conforme à l'échantillon paraphé, en caractère saint-augusdn, tel qu'il a été employé à l'édition de saint Cyrille '. On ne se servira que de papier de même grandeur, pour éviter toute jalousie de préférence dans la distribution des exemplaires qui sera faite par les Etats.

2° Le caractère destiné aux preuves sera du cicéro, tel quil est employé dans l'impression des additions dudit ouvrage.

3" Le sieur Vincent fera tous les frais de la dite impression, moyennant la cession du privilège de la Province', lequel lui a été cédé à l'instant.

4" Les Etats feront les frais des gravures pour les vignettes, cartes & autres monumens de toute espèce; on en remettra les planches au sieur Vincent qui se chargera du papier & du tirage & les planches lui resteront.

5" La Province prendra deux cents exemplaires que le sieur Vincent s'oblige à lui fournir en blanc, à raison de 14 livres le volume, dont la moitié sera payée d'avance & le reste en retirant les exemplaires.

6" Le sieur Vincent sera obligé de travailler à l'impression du premier volume sans aucune discontinuation, dès que les Pères Devic & Vaissete lui remettront le manuscrit.

7° Il sera fourni par les Etats au sieur Vincent huit culs de lampe ou fleurons de différentes manières, en buis, pour servir pendant tout l'ouvrage.

[Enfin, comme dernier article, ces conventions faites pour le premier volume, devaient servir pour tous les autres.]

(Archives départementales de l'Hérault; transcrit à la suite de la délibération des Etats du l3 janvier 1728; reproduit dans V Introduction bibliographique à VHistoire générale de Languedoc, par M. Thomas, dans les Publications de la Société archéologique de Montpellier, n. 21, pag. 387-388.)

14. — Êpitre dédicatoire de l'Histoire générale de Languedoc aux Etats de la Province, par les auteurs. [Décembre 1727-ianvier 1728.]

Il existe dans le manuscrit 181, fonds de Languedoc, une première ébauche de cette Epitre, de la main de dom Vaissete; puis une seconde rédaction développée, & chargée de corrections, & en troisième lieu une mise au net, toujours de la même main & portant seulement trois ou quatre ratures. (Fol. i ig-i 20.) Nous donnons ici cette mise au net (A), en l'accompagnant de la transcription définitive (B) par un copiste calligraphe (Ibid., fol. 121-122), la même qui fut présentée aux États de Languedoc par les auteurs, ainsi qu'il résulte de la note ajoutée au bas par M. de Montferrier, syndic-général de la Province. En comparant cette dernière rédaction avec le texte imprimé placé en tète du premier volume de VHistoire de Languedoc, on peut voir les quelques remaniements

' C'est l'édition de S. Cyrille de Jérusalem, pré- ' Le privilège du roi pour l'impression de VHis-

parée par dom Touttée, & publiée après sa mort tolre de Languedoc avait été accordé aux Etats le

par dom Prud. Maran ; Paris, imprimerie de Jac- 25 septembre 1727. (jues Vincent. 1720, in-folio.

qu'y fit M. de Montferrier & dont il parle dans une lettre à dom Devic, du 20 janvier 1728 '.

A. Rédaction de dom Vaissete, (Autographe.)

Nosseigneurs, l'ouvrage que nous avons l'honneur de vous présenter, vous appartient par toute sorte de titres. Nous l'avons entrepris par vos ordres; un grand prélat, président de votre assemblée, en a conceu & favorisé le dessein; c'est aux soins & à la protection de son illustre successeur qu'on eu doit l'exécution, & vous en faites le principal objet.

Ce sont en effet les trois Ordres de la Province, qui, séparément ou en commun, fournissent la matière la plus abbondante de cette histoire; on y parle d'un grand nombre de prélats qui ont illustré leur patrie par leur sainteté, leur science & leurs éminentes qualités; on y fait revivre cette ancienne noblesse, qui s'est toujours distinguée par sa valeur & par ses services; & on y traite en détail les fréquentes révolutions qui sont arrivées soit dans le gouvernement politique des villes de la Province, soit parmi les peuples des differens diocèses qui la composent.

Ce qui s'est passé de plus mémorable dans vos assemblées depuis un temps très reculé fournit encore un champ vaste & fécond; il nous donne occasion de faire connoître le zèle de vos devanciers pour la religion, les services qu'ils ont rendus à l'Etat, les dépenses immenses auxquelles ils se sont livrés pour les besoins & le soutien de la couronne, la protection dont ils ont honoré les sciences & les beaux arts, leur attention à faire fleurir le commerce, leurs soins pour procurer l'abbondance dans le pays, pour y entretenir la paix & la tranquillité & pour veiller à sa seureté & à sa conservation, de même qu'à celle du reste du royaume, & enfin leur application pour la construction ou l'entretien de ces ouvrages publics qui font la gloire & l'ornement de la Province, & qui rappellent le souvenir des Romains, ses anciens maîtres, qui ont pris soin de l'embellir par tant de monumens célèbres.

Dignes héritiers de tels ancêtres, vous marchés sur leurs traces & vous êtes animés du même esprit; comme eux, vous n'avés a cœur que le bien commun, la gloire de la nation, & l'amour de la patrie. C'est dans cette veiie que vous vous appliqués sans cesse à procurer au pays tout ce qui peut luy être honorable ou avantageux & que vous donnés toute votre attention pour le maintenir dans les privilèges singuliers, dans lesquels ses peuples ont mérité d'être conservés jusqu'à nos jours par leur fidélité & par leurs services.

Vous imités en cela. Nosseigneurs, la sage conduite de vos prédécesseurs, & comme vous vous réglés sur leurs démarches, vous exécutés aujourd'hui ce qu'ils ont voulu tenter autrefois; les procès-verbaux de vos assemblées font foy du dessein qu'ils avoient de faire rassembler en un corps tous les titres dispersés qui pouvoient regarder les intérêts de la Province ou de chacun de ses Ordres. En procurant cette histoire, vous accomplisses leurs désirs, puisque nous avons mis notre principal soin à ramasser tous les anciens monumens que nous avons pu déterrer, & qui peuvent intéresser le Languedoc en général ou chacun de ses membres eu particulier.

Nos recherches ont été heureuses & nous pouvons espérer par nos découvertes de donner une face toute nouvelle à l'Histoire de la Province. Nous souhaiterions seulement par l'exécution être en état de justifier le choix qu'on a fait de nous pour un

' CorreSponJance, rt. ^!i. Cf. la lettre du même celle de M. de Joubert à dom Vaissete, du 8 janau même, du 24 décembre 1-127, •l'iJ- n. ^'i, & »'«■■ '7^8> '*"'• "• 44-

travail si important & si considérable; nous osons du moins nous flater que personne ne l'auroit entrepris avec plus d'ardeur & de désintéressement, avec un amour plus sincère de la vérité & avec une passion plus forte de vous persuader que nous sommes, &c.

B. Rédaction collective de dom Devic & dom Vaissete.

A Nosseigneurs des Etats de Languedoc, — L'ouvrage que nous avons l'honneur de vous présenter vous appartient par toute sorte de titres. Nous l'avons entrepris par vos ordres. Un grand prélat, président de vos assemblées & passionné pour l'honneur & les intérêts de la Province en a conceu & proposé le dessein; son illustre successeur également respectable par sa naissance & par ses éminentes qualités l'a soutenu & en a favorisé l'exécution; ce sont enfin les trois Ordres de vos Etats qui en font le principal objet.

Tous ces motifs nous ont engagés. Nosseigneurs, à le mettre sous votre protection, le sujet semble la mériter par luy-même; c'est l'histoire de votre Province, l'une des plus belles portions du royaume & la plus féconde en événemens célèbres; c'est le riche thrésor de vos chartes, & le recueil précieux des titres sur lesquels sont fondés les droits & les prérogatives qui distinguent si glorieusement le Languedoc des autres provinces de France & qui ne sont pas moins des marques de l'affection de ses souverains à son égard que des récompenses honorables de la fidélité inviolable de ses peuples. Ce sont les annales de vos assemblées, que nous avons recueillies avec toute l'exactitude & la précision que demande un sujet si important.

C'est dans ces actes publics que vous trouvères. Nosseigneurs, les services éclatans que vos illustres & respectables prédécesseurs ont rendus à nos rois, au royaume & à l'église; les secours extraordinaires, toujours proportionnés à l'affection & à l'amour des peuples, qu'ils ont fournis pour le soutien de la couronne & pour les besoins de l'Etat; leur attention à faire fleurir dans la Province la religion, les sciences, les arts & le commerce; à faire régner la paix & la police dans les villes, à réprimer le désordre & récompenser le mérite; à rendre les chemins publics, commodes & aisés, à conserver & réparer les édifices anciens, dignes monumens de la grandeur & de la magnificence romaine, leur fermeté à soutenir leurs droits, sans blesser ceux du prince, leur application à observer les règles de la justice & de la charité dans les impositions publiques, leur étude à soulager les peuples, à les occuper utilement pour eux & pour l'Etat, en un mot, à ne rien oublier pour les rendre heureux & tranquilles.

Illustres descendans de tels ancêtres, vous êtes animés du même esprit; comme eux, vous n'avés d'autre objet que le bien commun, la gloire de la nation & l'amour de la patrie. C'est en marchant sur leurs traces que vous avés porté vos veiies à exécuter le dessein qu'ils avoient eu autresfois de faire rassembler en un corps tous les titres dispersés qui pouvoient regarder les intérêts de la Province ou de chacun de ses ordres. En procurant cette histoire, vous remplisses leur intention. Trop heureux si notre ouvrage pouvoit mériter votre approbation, & si nos recherches & nos découvertes pouvoient justifier le choix que vous avés fait de nous pour un travail aussi important. Nous osons du moins assurer que personne ne l'auroit entrepris avec plus d'ardeur & de desintéressement, avec un amour plus sincère de la vérité qui est le caractère propre de l'histoire, & avec une passion plus forte de vous persuader que nous sommes avec un profond respect. Nosseigneurs, vos très humbles & très obéissans serviteurs. (Pas de signatures.)

Cette épitre a esté liie aux Etats au mois de janvier 1728 & unanimement aprouvée. MONTFERRIEH.

l5. — Traité particulier entre dom Devic £,• dom Vaissete if Jacques Vincent,

[28 avril 1728.]

Nous soussignez, frère Claude Devic & frère Joseph Vaissete, prêtres religieux bénédictins de la congrégation de S' Maur en l'abbaye S' Germain des Prez, d'une part, & Jacques Vincent, imprimeur libraire, demeurant à Paris, vis à vis l'église de S. Séverin d'autre part, sommes convenus entre nous des articles suivans, par forme de police, sous seing-privé.

1° Nous dits religieux promettons de fournir au dit Jacques Vincent la copie approuvée par un censeur royal de l'Histoire manuscrite de la Province de Languedoc, que nous avons composée; & moy, dit Jacques Vincent, m'engage d'imprimer la dite Histoire, volume par volume, jusqu'à la fin, suivant les conditions portées dans les conventions que j'en ay faites avec monsieur de Montferrier, syndic général de la Province de Languedoc, stipulant au nom des Etats-genéraux de la dite Province.

2" Moy dit Jacques Vincent promets en conséquence aux dits religieux de leur donner, après l'impression de chaque volume, le nombre de quatre vingts exemplaires, dont moitié en blanc ou en feuilles & l'autre moitié, reliés.

3° Moy dit Jacques Vincent promets de plus de payer comptant aux dits religieux, pendant le cours de l'impression de chaque volume & à leur volonté, la somme de trois cens livres pour chacun des dits volumes, & il sera libre à nous dits religieux de prendre la dite somme en argent ou en livres, à notre choix.

4° Moy dit Jacques Vincent m'engage d'accélérer l'impression de chaque volume & sans interruption, d'imprimer au moins un cahier par semaine, de fournir aux dits religieux toutes les épreuves qu'ils demanderont pour la correction de leur ouvrage & de ne tirer que lorsque j'en auray la permission par une feuille signée & paraphée par les dits religieux, leur promettant de leur fournir, outre les dits quatre-vingts exemplaires, deux exemplaires des bonnes feuilles, à mesure qu'on les tirera.

5° Il est convenu entre nous, que le présent marché n'aura lieu que pour la présente & première édition, & que moy dit Vincent n'en pourrai faire une seconde édition sans le consentement des dits religieux, avec lesquels je concluerai alors un nouveau traité.

6° Que supposé que les dits religieux aient besoin de quelques exemplaires de la dite histoire, moy dit Vincent, promets leur en fournir jusqu'au nombre de vingt cinq au prix de la Province.

Fait double entre nous, à Paris, le 23 avril 1728. Fr. Joseph VaiîSETE. Fr. Claude Devic. Vincent. (F. Lang., 181, fol. 124.)

16. — Mémoire des frais des desseins (sic) &< gravures de THistoire

de Languedoc.

A. — Frais des gravures du i" volume. Report. . . 2,000'

Recette. Reçu âi\ mêine, le i" décembre 1728, i,5oo

A. Reçu de M. Bonnier, le i^décem- Somme totale. . . 3,5oo'

bre 1727, la somme de millelivres, cy 1,000' n j 1 i. r

' '. . . / . Reçu de plus, en octobre 1720, 5oo

Reçu du même, le i5 juin 1728, i,ooo

A reporter. . . . 2,000'

Total 4,000'

Vé,

epe

Au sieur Jachson, pour avoir gravé en bois une vignette & trois culs-delampe, dudit jour \" décembre, suivant sa quittance,

Au sieur Humblot, graveur, pour quatre planches en cuivre d'anciennes inscriptions, suivant sa quittance dudit jour.

Au sieur Tardieu, pour la vignette des Preuves ,

Au sieur Jachson, pour deux autres culs-de-lampe,

A M. Humblot, pour un dessein de vignette & lettre grise,

A M. Jachson, pour un grand fleuron,

A M. Gazes, pour sept desseins de vignettes & autant de lettres grises, & un fleuron,

A M. Humblot, pour un dessein de vignette & lettre grise,

A M. Cochin, pour la gravure de deux vignettes & lettres grises du i''' & 4'" livres,

A M. Jachson, pour deux culs-de-lampe

A M. Tardieu, pour deux vignettes 8c lettres grises.

Le 8 septembre, au sieur Cochin, pour une vignette & sa lettre grise.

Le 26 septembre, au sieur Evespy, pour quatre planches du pont du Gard & antiquités de Nismes,

Au sieur Nolin , pour le dessein de la

carte de la Gaule Narbonnoise, Au sieur Cochin, pour la vignette du

VI<^ livre 8c la deffaite du duc Didier

(il a 10 livres d'avance).

Au sieur Rigaud , pour le dessein 8c

gravure de la vignette 8c lettre grise

des Notes, A M. Tardieu, pour deux vignettes 8c

lettres grises, A M. Delond, pour un dessein de vignette 8c lettre grise.

Au sieur Cochin, pour une vignette 8c

lettre grise, A M. de Bercy, pour la gravure de la

carte de la Gaule Narbonnoise, Au compositeur, pour étrennes.

Au sieur Cochin, pour la vignette 8c

lettre grise du VU' livre.

Au sieur Rigaud, pour avoir retouché

la vignette du port de Cette,

A reporter. . .

DEUXIEME SERIE

Report. . . 3,012'

Au sieur Nolin, pour l'enluminure de

la carte, à 2' 10* le cent, 3i

Au sieur Cochin, pour la vignette des Ktats 8c sa lettre grise, 8c la Minerve du frontispice, 200

Le 24 décembre 1729, au sieur Lucas, pour la planche de la Maison-Quarrée de Nismes, 9°

Étrennes aux imprimeurs.

Au sieur Lucas, le 3 mars, pour l'amphithéâtre de Nismes,

Au même, pour le temple de Diane, le 21 mars i73o.

Au même, pour le pont du Gard, le 23 août 1 730,

Total" 3,628

Compte arrêté avec M. de Montferrier, syndic général de la Province, à qui nous avons fourni notre Mémoire des fraix 8c resté quitte, le.... novembre 1730.

Fr. Jos. Vaissete.

B. — Fraix des graveures du 2' volume. Recette,

Reçu le 27 juin i73o, 1000'

Le 22 décembre 1731, par mandement

de Mgr l'Archevêque de Narbonne,

du 3i dudit mois, 1000

Le 2 juin 1732, par mandement dudit

seigneur, 100

Le 3 juillet 1 732, par mandement dudit

seigneur, 1000

Total 3,100'

Dépense,

Au sieur Nolin, pour la carte du royaume

de Septimanie, le 19 juin i73i, 78'

Port du paquet du Portail de Saint-

Sernin de Toulouse, 1 9'

Pour le dessein de ce portail, 1 3 11

Port de lettres, 1 4

Au sieur Cochin, pour la vignette 8c la

graveure des Preuves, i 20

Au sieur Gazes, pour cincj desseins d;

vignettes 8c lettres crises, 200

Au sieur Nolin, pour la carte de la

Terre Sainte, 48

Port de lettres, r I

A reporter.

' Ce total esl erroné; il faut 3,668' 5',

Report. . . 436' 5'

Avancé au sieur Cochin, ce 27 janvier 1732, 240

Aux héritiers du sieur Bercy, 3o

Au sieur Cochin, pour le reste des quatre premières vignettes & lettres grises, le 27 février, 32o

Au sieur Parmantier, pour la graveure de la lettre du tombeau des comtes de Toulouse, 24

Au même, pour la carte de la Terre

Sainte, 5o

Au sieur Cochin, pour la vignette &

lettre grise du XV' livre, 140

Au sieur Parmantier, pour la carte du

royaume de Septimanie, 100

Au sieur Cochin, le 3* septembre, pour

une vignette & lettre grise, 149

Au sieur Nolin, pour l'enluminure de

la carte du royaume de Septimanie, 3i ;V

Etrennes aux imprimeurs, 11

A M. Cazes, pour le reste des desseins,

le 4 janvier 1733, 100

Au sieur Cochin, pour une vignette &

lettre grise, le 16 janvier, 140

Au même, pour deux planches des monumens du tombeau des comtes & du mausolée de Saint Sernin, ledit jour, 140

Au même, le |3 mars 1733, pour les deux dernières vignettes & lettres grises du 2' volume, 28^

Au sieur Nolin, pour l'enluminure de

la carte de la Terre Sainte, |5'

Mémoire [récapitulatif]' des fraix ijui ont été fait< pour les desseins £* graveures du 2*" volume de rHistoire de Languedoc & autres dépenses.

Au sieur Cazes, peintre, professeur de l'Académie & dessinateur, la somme de 400', payée pour les desseins de 10 vignettes & d'autant de lettres grises, suivant ses deux quittances du 27 août 1731 & 4 janvier 1733, cottées n"* i & 2, cy 400

Au sieur Cochin, graveur, la somme de 1400', pour la graveure des dites 10 vignettes 8c lettres grises, suivant six de ses quittances cottées 3, 4, 5, 6, 7 8 , du 18 août i73r, 27 janvier, 9 juillet & 3 septembre 1732 8c des 16' janvier 8c 3' mars I733, cy 1,400

A reporter. . . i ,800'

' Total 2,3i8' lo'.

* Ceci est, comme on le voit, la répétition par groupes & Avec quelques additions du compte précédent des frais faits pour le 3' volume.

P..eport. . . I ,800'

Au même, la somme de 140' pour avoir gravé les deux planches des tombeaux des comtes de Toulouse Se du mausolée de Saint Sernin, suivant sa quittance du 16 janvier 1733, cottée n°9, cy i.-^o

Au sieur Nolin, géographe, la somme de 126', pour avoir dessiné les deux cartes du royaume de Septimanie & de la Terre-Sainte, suivant ses deux quittances, cottées n°' 1 o & 11, du 19 juin 1731 81 4 janvier 1732, cy 126

Au même, pour l'enluminure de la carte de Septimanie 8c pour l'enluminurede la carte de la Terre Sainte, suivant ses quittances cottées n'" 12 8c 1 3, 46

Aux héritiers du sieur Bercy, graveur en lettres, & au sieur Leparmiintier, aussi graveur en lettres, la somme de 190', pour avoir gravé les dites deux cartes, suivant leurs quittances cottées n"' 14, i5, 16 81 17, des 17 février, i"mars, 20 may & 2'' aoust •732, cy ipo

Au dit sieur Leparmantier, la sommede 24', pour avoir gravé la lettre de la planche des tombeaux des comtes de Toulouse, suivant sa quittance du 27 mars 1732, cottée n" 18, cy 24

Report, 23o2' i3" 6'l

Pour le dessein du portail de la façade

de l'église de Saint Sernin deToulouse 20

Ktrennesaux épruvistes 8(auK garçons

d'imprimerie, 24

Pour port des paquets & de lettres, pour nous fournir de livres qui nous étoient nécessaires 8c autres dépenses 400

Total 2.77°' '7'

Sur quoy nous avons receu, le 27 novembre 1 73o, le 22 décembre 1731 , le 21 juin 8i le 3' juillet 1732, par quatre difTérens mandemens, la somme de 3ioo'.

Partant, il nous reste entre les mains la somme de 329' 2' ô"*, dont nous tiendrons compte sur les frais des graveurcs du 3* volume, cy 329' 2*6**

A Pans, le 28 octobre 1733.

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