X PRÉFACE DE L'ÉDITION ORIGINALE
premier volume en contient dix, & s'étend depuis le second siècle de la République romaine jusques à la mort de Charles le Chauve. Nous l'avons terminé à cette dernière époque, parce que l'histoire de la Province change alors tout à fait de face, par l'usurpation des droits régaliens que les ducs & les comtes, dont les dignités étoient déjà devenues héréditaires, commencèrent à faire dès ce temps-là.
■ Le premier livre est employé principalement à décrire l'histoire de la transmigration & des expéditions de nos Tectosages, & de leur établissement dans la Galatie. Nous avons cru devoir suivre ces peuples tant qu'ils conservèrent leur liberté, & jusqu'à ce que leur pays fût réduit en province romaine; parce que, outre que leur histoire n'a été traitée jusqu'ici que superficiellement, en donnant une idée de leurs moeurs, nous avons cru faire connoître celles de leurs anciens compatriotes des Gaules, sur lesquels nous avons peu de chose, en comparaison de ce que les historiens grecs & romains ont dit des autres.
Le second & le troisième contiennent les révolutions arrivées dans la Province, tandis qu'elle fut entièrement soumise à la République romaine ou qu'elle fit partie de l'Empire.
L'entrée & l'établissement des Visigoths dans les Gaules, la fondation de leur royaume de Toulouse, & la conquête qu'ils firent enfin de toute la Narbonnoise première, font la principale matière du quatrième.
Ces peuples demeurèrent maîtres de presque tout le Languedoc jusques au commencement du sixième siècle, que les François leur enlevèrent une partie de cette province, avec tout ce qu'ils possédoient en Aquitaine. Ils transférèrent quelque temps après le siège de leur royaume au delà des Pyrénées. C'est ce qu'on voit dans le cinquième livre qui finit à l'élection de Liuva, lequel établit le siège royal dans la Narbonnoise ou Septimanie, en fixant sa résidence à Narbonne.
Le sixième & le septième renferment les divers événemens arrivés dans le Languedoc pendant le temps que cette province étoit partagée entre les François & les Visigoths, jusqu'à la destruction du royaume de ces derniers par l'invasion des Sarrasins.
Le huitième contient l'histoire de la Province sous le règne de ces infidèles qui s'en rendirent maîtres pour la plus grande partie; leurs différentes incursions dans les Gaules, leur expulsion de ces provinces par Charles Martel & Pépin le Bref, l'union que fit ce dernier de la Septimanie à la couronne, & enfin la réunion du reste du Languedoc, après que ce prince eut dépouillé de ses États Waifre, dernier duc héréditaire d'Aquitaine ou de Toulouse de la race d'Eudes, de l'origine duquel nous avons parlé dans le livre précédent.
Le neuvième commence par l'érection que fit le roi Charlemagne de l'Aquitaine en royaume. Comme Toulouse en fut la capitale, & que la Septimanie en fit longtemps partie, nous avons cru que les événemens qui s'y sont passés ne sont pas étrangers à notre sujet. Ce royaume fut réuni au reste de la monarchie & cessa d'être gouverné par un roi particulier après la mort de Charles le Chauve; ce qui termine le dixième livre. Tel est le plan de cet ouvrage, & en particulier celui de ce volume.
Quant à la méthode que nous avons suivie, nous nous sommes fait une loi d'appuyer
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la vérité des faits sur l'autorité des historiens, ou des monumens du temps, qu'on a eu soin de citer h la marge. Nous avons aussi consulté les modernes, mais sans adopter leurs sentimens, que lorsqu'ils ne sont pas contraires à ceux des anciens, & que par leurs recherches ils ont répandu la clarté sur les faits ou obscurs ou peu développés. Selon ce plan on a rejeté tout ce qu'on a trouvé sans fondement & sans preuve, ou appuyé seulement sur de vaines conjectures & sur des traditions incertaines ou fabuleuses.
Nous n'avons que deux auteurs qui aient écrit sur l'histoire générale de Languedoc. Le premier est Guillaume Catel, conseiller au parlement de Toulouse, qui, outre l'histoire des comtes de cette ville, imprimée de son vivant en 1623, a laissé des mémoires pour servir à l'histoire de la Province, lesquels ne parurent que dix ans après, lorsqu'il étoit déjà mort. Quoique ces mémoires soient très-imparfaits, & qu'ils ne soient pas exempts de fautes, non plus que l'histoire des comtes de Toulouse, ces deux ouvrages sont pourtant fort estimables, & on ne peut refuser à leur auteur la gloire d'avoir été le premier des modernes qui a montré aux historiens particuliers la méthode d'appuyer la vérité des faits sur l'autorité des anciens titres, & de rapporter ces monumens en preuve.
L'autre est Pierre Andoque, conseiller au présidial de Béziers, qui en 1648 donna au public un volume in-folio sous ce titre : Histoire du Languedoc avec l'état des provinces voisines; mais on peut dire que cet auteur, faute de secours & de recherches, n'a fait qu'effleurer la matière. Il a mêlé sans choix & sans discernement le vrai avec le faux.
Nous passons sous silence divers autres modernes qui ont écrit sur des matières qui ont du rapport à l'histoire de la Province, ou qui ont donné celle de quelques-uns de ses diocèses ou de ses villes, parce que la plupart ne méritent pas beaucoup d'attention. On peut voir le catalogue de leurs ouvrages dans la bibliothèc(ue historique du P. le Long. Les plus considérables de ces ouvrages sont les Annales de Toulouse depuis sa réunion à la couronne, composées par Germain la Faille, avec un abrégé de l'ancienne histoire de cette ville ; l'histoire des évêques de Maguelonne & de Montpellier, par Pierre Gariel ; celle des évêques de Lodève, par Plautavit de la Pause, évéque de cette dernière ville; & enfin divers traités de Caseneuve, qui a défendu les privilèges de la Province avec autant de zèle que d'érudition. Le public est encore redevable à l'illustre M. de Marca, & à M. Baluze, de plusieurs excellens ouvrages, entre autres du Marca Hispanica, où on trouve un grand nombre de monumens intéressans pour notre histoire.
Dans la narration des faits on a suivi, autant qu'on a pu, l'ordre chronologique comme le plus simple & le plus naturel. Lorsque leurs dates ne sont pas marquées dans les auteurs, ou qu'il y a de la difficulté, pour ne pas interrompre le fil du discours, on en a renvoyé ordinairement la discussion à des Notes que nous avons placées entre le corps de l'ouvrage & les pièces justificatives. On traite aussi dans les Notes plusieurs autres points obscurs ou difficiles. Nous n'avons pas fait difficulté d'en soumettre plusieurs à un nouvel examen, quoiqu'ils eussent été déjà discutés par nos plus habiles critiques.
Parmi un grand nombre de monumens qu'on a recueillis, on a fait imprimer tous
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ceux qu'on a jugés intéressans. On a cru entrer en cela dans le dessein qu'ont toujours eu Nosseigneurs des Etats de rassembler en un seul corps les titres qui concernent le gouvernement, les droits & les privilèges de la Province, ou chacun de ses ordres en particulier. C'est ce qui nous a engagés à donner aussi quelques pièces importantes, quoiqu'elles fussent déjà imprimées, surtout lorsque les livres où elles se trouvent sont rares, & que nous avons eu occasion de les faire paroître ou plus entières ou plus correctes, après les avoir collationnées sur les originaux, ou du moins sur des copies authentiques. On a jugé à propos pour la commodité des lecteurs de distribuer ces pièces justificatives à la fin de chaque volume à qui ils servent de preuves. Quant aux autres titres qui sont ou moins importans ou plus communs, on s'est contenté d'en rapporter les extraits essentiels dans les Preuves, ou de les citer seulement à la marge dans le corps de l'ouvrage, en indiquant les archives où ils sont conservés. Nous mettons à la tête de ces pièces quelques chroniques qui intéressent la Province : les unes n'avoient pas encore paru; & les autres, que nous avons collationnées sur les manuscrits, seront beaucoup plus correctes.
Ces différens monumens sont précédés dans le premier volume de plusieurs anciennes inscriptions qu'on a découvertes dans la Province. Nous avons choisi les plus instructives, que nous avons tirées la plupart de deux recueils manuscrits ; l'un, qui comprend les inscriptions de Narbonne, a passé de la bibliothèque de feu M. Foucault, conseiller d'Etat, dans celle de M. l'abbé de Rothelin ; l'autre, qui renferme celles de Nimes & des environs, se trouve parmi les mémoires qu'a laissés Anne Rulman, assesseur criminel en la prévôté générale de Languedoc, dont M. le marquis d'Aubays conserve une copie dans sa bibliothèque. Il paroît qu'il s'est glissé quelques fautes dans ce dernier recueil, & qu'il y a des inscriptions répétées, comme la quarante-neuvième de nos preuves qui paroît la même que la soixante-septième.
On trouvera dans le même volume une carte géographique de l'ancienne Narbonnoise, avec les plans des anciens édifices les plus considérables de la Province qui s'y sont conservés depuis le temps des Romains. Nous donnerons trois autres cartes géographiques dans les volumes suivans : l'une représentera le Languedoc divisé en duchés & comtés; l'autre en sénéchaussées & vigueries; & la troisième en diocèses, suivant son état présent. Nous joindrons cette dernière à la description de la Province, que nous avions eu d'abord dessein de mettre à la tête de ce volume; mais pour ne pas le grossir, on l'a renvoyée au dernier, où l'on donnera aussi la suite des gouverneurs, commandans, capitaines & lieutenans généraux de la Province; des premiers présidens des cours supérieures, des sénéchaux, baillis, viguiers, châtelains ou gouverneurs des places, & autres principaux officiers civils & militaires; à quoi on pourra ajouter une table chronologique de tout l'ouvrage. Nous avons recueilli un grand nombre de sceaux de l'ancienne noblesse du pays, & divers autres morceaux que nous placerons dans les volumes suivans.
Il ne nous reste qu'à faire connoître en peu de mots les différentes sources où nous avons puisé les titres & les monumens qui servent de fondement à cette histoire, & à marquer notre reconnoissance envers ceux qui ont bien voulu nous les communiquer.
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Une des principales est le trésor des chartes du Roi, riche & précieux dépôt des titres originaux de la couronne, dans lequel un grand nombre de ceux de Languedoc furent transportés après sa réunion au domaine de nos rois. A la faveur d'une lettre de cachet du Roi, M. JoLY DE Fleury, procureur général au parlement, chargé de la garde de ce trésor, nous en a donné communication avec une bonté que nous ne saurions ni assez louer, ni assez reconnoître.
On conserve dans le même endroit les anciens registres de la chancellerie depuis S. Louis jusqu'à Charles IX, entre autres celui qui a pour titre : Registrum curiae Franclae. Ce dernier renferme un grand nombre de pièces concernant le Languedoc & le domaine des derniers comtes de Toulouse, avec les actes de la réunion des différentes parties de cette province à la couronne, depuis la guerre des albigeois jusques au règne de Philippe le Bel. On en trouve une copie originale dans la bibliothèque Colbert, dont nous nous sommes servis. Quant aux autres registres, nous nous sommes contentés de prendre communication d'un recueil des principales pièces que feu M. Colbert fit faire de son temps, & dont feu M. le Nain, doyen du parlement, qui en avoit une copie dans sa bibliothèque, nous permit d'en faire des extraits.
Nous avons trouvé un accès facile dans la bibliothèque du Roi, sous les auspices de feu M. l'abbé DE Louvois, bibliothécaire de Sa Majesté, & de M. l'abbé BiGNON, son illustre successeur. Feu M. BoiviN, MM. DE Targny & Saluer, gardes de cette riche & nombreuse bibliothèque, nous ont communiqué, avec toute la politesse possible, plusieurs manuscrits intéressans pour notre histoire, & en particulier ceux de fei* M. Baluze, & les titres scellés recueillis par feu M. de Gagnières qui y sont conservés. M. GuiBLET, qui est chargé de la garde de ces titres, en a agi aussi très-poliment avec nous.
Les chambres des comptes de Paris & de Montpellier nous ont été d'un grand secours, soit par les comptes du domaine des trois anciennes sénéchaussées de la Province, depuis le milieu du quatorzième siècle jusqu'à la fin du seizième, que nous avons extraits, soit par un grand nombre de titres & de registres originaux qui se trouvent dans la dernière, & qui forment un dépôt des plus considérables. Nous ne pouvons que nous louer de feu M. Saunier, procureur général de la cour des comptes, aides & finances de Montpellier, à la charge duquel est attachée la principale garde de ce dépôt.
Nous avons recueilli dans les divers manuscrits de la célèbre bibliothèque de feu M. Colbert une abondante moisson. On y trouve entre autres un ample recueil de titres conservés dans les différentes archives d'une grande partie de la Guyenne & du Languedoc, dont ce ministre fit prendre des copies il y a environ soixante ans. M. le comte de Seignelai, aujourd'hui maître de cette bibliothèque, seigneur également affable & obligeant, est allé au-devant d,' nos souhaits. Feu M. DU Chesne, garde de sa bibliothèque, & M. MiLHET qui lui a sii;cédé, nous ont communiqué par ses ordres tout ce que nous avons pu désirer.
Les autres bibliothèques de Paris qui ont fourni divers manuscrits sont celles de feu M. le chancelier SÉGUIER, aujourd'hui de M. le duc DE CoASLIN, évéque de Metz, que cet illustre prélat a mis en dépôt dans cette abbaye de Saint-Germain des Prés ; celles de
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M. le chancelier d'Aguesseau, de M. Chauvelin, garde des sceaux de France; de feu M. JoLY DE Fleury, procureur général; de feu M. Foucault, conseiller d'État, aujourd'hui de M. l'abbé DE RoTHELiN, & enfin celle de cette abbaye. Nous ne saurions oublier encore ce que nous devons à feu M. GoDEFROY, à M. de Clairambault, généalogiste des ordres du roi, & à M. Lancelot, de l'Académie des belles-lettres, qui nous ont communiqué plusieurs pièces de leurs cabinets.
Outre les différentes archives de la Province, entre autres celles des États où nous avons travaillé, nous avons tiré encore divers secours de plusieurs manuscrits de la bibliothèque de M. DE Croissy, évêque de Montpellier, & surtout de celle de M. le marquis d'Aubays. Ce dernier, qui n'est pas moins distingué par son goût pour les lettres que par sa politesse, a recueilli un très-grand nombre de mémoires & de volumes manuscrits sur le Languedoc , qu'il conserve dans la riche bibliothèque qu'il a formée dans son château d'Aubays, situé entre Nimes & Montpellier. Il a acquis entre autres ceux qui avoient appartenu autrefois à M. de Rignac, conseiller en la cour des aides de Montpellier, & s'est fait un plaisir de nous les communiquer. Nous devons témoigner aussi notre reconnoissance envers M. le Mazuyer, procureur général au parlement de Toulouse; M. de Mazaugues, président au parlement de Provence, héritier de l'érudition & des manuscrits de feu M. de Peyresc ; M. DE MuRAT, juge-mage de Carcassonne ; M. Fourel, procureur du roi au bailliage du haut Vivarais, & M. le FouRNiER, religieux de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, qui nous ont fourni .divers mémoires ou manuscrits.
Nous sommes enfin très-redevables aux lumières de feu M. JoUBERT, syndic général de la Province, & au zèle qu'il a témoigné pour le succès de nos travaux. M. JoUBERT, son fils & son digne successeur, nous a communiqué un recueil considérable qu'il avoit fait des principales pièces qui se trouvent dans les vieux registres des trois anciennes sénéchaussées de Languedoc. Nous n'avons pas moins d'obligation aux deux autres syndics généraux, MM. DE MoNTFERRiER & Favier. Ils ont tous concouru, avec les autres officiers de la Province, à favoriser les recherches & à contribuer à la perfection & à l'ornement de cet ouvrage.