I. — Nom t» division de l'ancienne Gaule
LA Gaule, clans les temps les plus reculés, netoit connue des anciens que Éd. orîgin sous le nom général de Celtique', ou pavs des Celtes. Le commerce que les Phocéens, établis à Marseille, eurent avec les Grecs, leurs compatriotes, donna lieu à ces derniers d'en connoître les provinces méridionales; 8c comme les peuples qui les habitoient se donnoient eux-mêmes le nom de Celtes *, les Grecs le donnèrent aussi, non-seulement à tous les autres Gaulois, mais^ encore à tous les peuples qui occupoient cette partie de l'Europe qui s'étend jusques aux extrémités de l'Océan , Se qui leur étant inconnue étoit regardée"* parmi eux comme une contrée barbare'. Dans la suite, les Grecs ayant acquis une connoissance plus exacte de la Gaule, après que les Romains en eurent fait la conquête, nommèrent d'abord indifféremment Celtes ou
' Pausanias, tn Atticis^ p. 6. mcnts dignes de foi que nous ont laissés les anciens
' César, de Bello Gallico, 1. i, n. i & scq. sur les populations de race diverse qui auraient ha-
• Strabon , 1. i,p. 33. — Dion Cassius, 1. Sp, bité le Midi de la Gaule avant les invasions celti-
p. Il3&seq. — Cosmas ^gypt. p. P48. — Plutar- ques. Les textes sur lesquels reposent nos assenions
que, m Mario, &c. seront réunis & discutés àleiir tour dans la ?/otf CIV
' Polybe, 1. 3, p. 191. du tome II, qui complétera ainsi cette histoire des
' Les idées souvent inexactes des Bénédictins sur temps primitifs de la Gaule méridionale, antérieu-
l'ethnographie de la Gaule aux temps primitifs sont rement à l'apparition des Volkes ou Volces, comme
rectifiées & complétées dans la note 3 de la page 3, les Bénédictins les appellent, en adoucissant leur
où nous essayons de résumer le peu de renseigne- nom. [E. B.j
Galates ceux que les mêmes Romains appeloient Gaulois, & enfin, pour distinguer ceux-ci d'avec les peuples de la Germanie, ils conservèrent' le nom de Celtes à ces derniers 6< donnèrent aux autres celui de Galates.
La Gaule étoit^ bornée par l'Océan, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée Si les Pyrénées. Les Romains la distinguèrent d'abord en trois principales parties, 't'''i°p^j"' ^ cause des trois dift'érens peuples qui l'habitoient & dont chacun avoit sa langue, ses mœurs, ses lois, ses coutumes particulières. La première partie fut appelée Celtique, des peuples Celtes; la deuxième Belgique, des Belges, Si la troisième Aquitanique, des Aquitains, qui les occupoient. La Belgique étoit située entre la Seine, la Marne, le Rhin & l'Océan ; l'Aquitanique étoit bornée par la Garonne, les Pyrénées, qui la séparoient de l'Ibérie, St par la merOcéane. Enfin la Celtique comprenoit le reste des Gaules^ 8c s'étendoit entre la Garonne, la mer Méditerranée, les Alpes, le mont Jura, la Marne, la Seine & l'Océan.
Cette dernière partie étoit partagée en deux autres"*, dont l'une, qui étoit méridionale & séparée de l'autre par le haut Rhône , Se ensuite par les Cévennes jusque vers la Garonne, fut appelée Gallia Braccata, du nom bracca, sorte de vêtement dont les habitans se servoient. On donna à l'autre partie de la Celtique, de même qu'à la Belgique S<. à l'Aquitanique, le nom de Gallia Comata, Gaule Chevelue, de la chevelure que les peuples de ces provinces prenoient grand soin de laisser croître.
Ces trois différentes parties des Gaules formèrent ce que les Romains appeloient Gaule Transalpine, pour la distinguer de la Cisalpine, partie de l'Italie que les Gaulois conquirent après leur passage au delà des Alpes, & à laquelle les mêmes Romains donnèrent le nom de Gallia Togata, à cause de l'habit ou de la toge romaine que ces peuples portoient. César ne comprend pas, dans la division qu'il nous a laissée des Gaules, cette partie de la Celtique qui portoit le nom de Braccata, parce qu'elle étoit pour lors soumise à la République Si qu'elle étoit province romaine 5 ce ne fut que du temps d'Auguste qu'elle fit une quatrième partie des Gaules, sous le nom de Narbonnoise.
Il paroît, par ce qu'on vient de dire, que la province Narbonnoise étoit anciennement renfermée dans les limites de la Gaule Celtique proprement dite. Se que ses peuples portoient autrefois le nom de Celtes. Il semble même que Strabon^, pour n'avoir pas assez bien compris le texte de César, ait voulu borner la Celtique propre à cette seule province.
II. — Division des Volces en Tectosages 6- Arécomiques. — Histoire
fabuleuse de Pyrène.
Les différens peuples qui habitoient la Gaule appelée Braccata avoient chacun leur nom particulier. On donnoit celui de Volces^ à ceux qui s'éten-
' Dion Cassius, Procope, &c. ' Voyez tome II, Note I, n. 6.
" César, de Bello Gallico. — Pline, 1. 4 , c. 3i . <" Strabon, 1. i, p. 33. — Pline, 1. 4, c. 4 8c 3i .
' Voyez tome II, Note I. — T. Live, 1. 21. — Silius Italicus, 1. 3, p. 1 39.
^ Doujat, in Livium, 1. 5, c. 33, p. 5i5.
doient depuis la Garonne, le long de la Méditerranée ou mer Intérieure, jusqu'au Rhône. Ces peuples étoient divisés en Volces Tectosages 8t Volces Arécomiques. Ceux-ci occupoient la plus grande partie du pa\s à présent connu sous le nom de bas Languedoc, Se ceux-là , presque tout le haut. Les Bébryces' ou Bébryciens faisoient, à ce qu'on prétend, partie de ces derniers et s'étendoient vers les Pvrénées.
Ces montagnes, selon quelques auteurs, prirent leur nom de Pyrène, fille d'un roi de ces mêmes Bébryciens ; mais tout ce qu'ils rapportent de cette princesse & de ses amours avec Hercule, la gloire imaginaire qu'on donne à ce héros d'avoir terrassé des géans dans la campagne de la Crau en Provence, d'avoir fondé Alésia, ville capitale de la Celtique, & poli les mœurs des Celtes, nous paroissant également fabuleux, nous n'avons garde de nous y arrêter Se de nous écarter de la loi inviolable que nous nous sommes prescrite de ne rien avancer dans cette histoire qui ne porte des caractères de vérité. Nous passons donc sous silence tout ce que des siècles crédules ou ignorans ont inventé ou rapporté trop légèrement sur la foi d'autrui : ceux qui sont curieux de ces sortes de fables peuvent consulter Catel^ qui rapporte celles que différens peuples de la province avoient forgées pour en montrer le ridicule ^. Nous commençons donc
■ Silius Iialicus, 1. 3, p. 139. — Etienne de Byzance, de Vrh'ihus. — Dion, apud Valesium, p. 773.
' Catel, Mém. Je l'hist. Je Languedoc, 1. 3.
' Les Bénédictins, qui vont jusqu'à nier l'existence historique de ces Bébryces ou Bébryciens, comme ils les appellent, remarquent avec raison que leur histoire ne nous est connue que par des écrivains légendaires, de date récente pour la plupart, comme Silius Italicus, qui a' longuement chanté dans ses Punîca le séjour du divin Hercule dans le pays des Bébrykes & ses amours avec la vierge Pyrène, fille d'un de leurs rois'. Ibères selon les uns. Gaulois suivant les autres, ils n'ont laissé aucune trace de leur présence dans le pays, fort vague d'ailleurs, dont ils passaient pour avoir été les maîtres. Les géographes de l'époque classique, Strabon, Pline, Mêla, qui décrivent d'une manière si attentive & quelquefois si exacte la vallée de l'Atax & la ville séculaire de Narho , située à l'embouchure du fleuve, sur les bords d'une lagune en partie comblée aujourd'hui, ne font pas même allusion à ce fabuleux /oyaume des Bébrykes, dont elle passait pour avoir été la capitale. Mais ces objections, très-fondées à <T>up sur, ne s'appliqueraient-elles pas aussi légitimementâla plupart des autres peuples :'i''J-^r,, popult, nationes^, qui passent, à tort ou à raison, pour avoir habité ce coin légendaire de nos côtes méridionales, à commencer par le petit peuple des Kynètes (Kûvr,- «?, Ka-;)(3to!, Cynetae), dont Avienus a emprunté le
' Voyez la \ote X du second volunic, où ils ont riîuni & discute la plupart des tcctes relatif» à l'existence de ce peuple fabuleux.
nom à un texte d Hérodote qu'il traduit sans le comprendre, suivant son habitude!" [Voyez les preuves de ces assertions dans '^ Note CIV du tome II, où nous réunissons, en les discutant, les textes sur lesquels elles reposent.] — Les Sardes ou Sardons [SorJi, Sor- Jones; .Sar</i,5ariionfj), quementionnent à peine les historiens & les géographes anciens, nous seraient eux-mêmes complètement inconnus s'ils n'avaient pas, comme les Cérètes de la Cerdagne actuelle [Ceretes, Ceretan'i , Cerretani, KîcorjTavoî , Strad.], laissé des traces irrécusables de leur présence sur les côtes du golfe qui a porté leur nom (wapoûov, SaoSiûviov, — jfO'DV'./.fjv niÀotYOç), depuis le Roussillon & même la Catalogne, jusqu'à la grande île de Sardaigne, que les plus anciens géographes désignent sous le nom de ^ipoû.— Un autre peuple, celui des Elésyces ou Ëlésykes ('EXÎauxot, 'EXÉouxsç, Elésyces j, nous est connu, au contraire, par des témoignages très-anciens & très-dignes de foi. Mais n'est-il pas au moins singulier de les retrouver établis précisément dans le territoire des Bébrykes, avec une capitale qui n'est autre chose elle-même que la ville de Narto ou Nsi'.Suv , dont l'histoire devient ainsi de plus en plus embarrassante!*
Pour arriver à des notions à peu près historiques sur ces temps sans histoire, il faut faire abstraction de ces nationalités discutables, dont les traits s'altèrent ou s'effacent, tantôt dans la nuit du passé, tantôt dans le crépuscule de la légende, & remonter directement aux populations de race diverse auxquelles les rattachaient les anciens eux-mêmes, d'après des traditions indigènes suivant toute appa-
notre histoire par l'établissement des Volces Tectosages auprès de la forêt Hercynie, dans la Germanie ou dans la Pannonie, événemens les plus anciens Si
rence. [Voyez la Note CIV,] Disséminées cette fois sur de vastes territoires continentaux, ou sur de longues étendues de côtes qu'elles ont possédés souvent pendant des siècles, il est rare que ces grandes agrégations d'hommes en aient disparu (quand elles en disparaissent) sans y laisser des souvenirs ou des traces plus ou moins marquées que les sciences historiques, l'ethnographie, la linguistique, l'archéologie proprement dite recherchent aujourd'hui avec toute l'attention qu'elles méritent. Au dehors, elles se trouvaient en rapport ou en contact avec des populations plus civilisées qu'elles, dont les marchands fréquentaient en temps de paix leurs ports ou leurs marchés, dont l'histoire en temps de guerre se trouve mêlée à leur histoire, & l'on peut affirmer, en s'a utori- «ant de ces indications ou de ces témoignages contradictoires, que les côtes méridionales de la Gaule ont ixi primitivement habitées par deux populations de race diverse dont l'existence ne peut être sérieusement mise en doute, si leur histoire nous échappe encore, à quelques grands résultats près. Ces deux populations étaient celles des Lighues ou Lighycs dont les Grecs connaissaient le nom dès le temps d'Hésiode, & celle des Ibères qui habitaient, à des époques trèsanciennes aussi, les côtes orientales de la péninsule espagnole, depuis le détroit des Colonnes, où les Phéniciens avaient multiplié leurs établissements (A'.S'j- 0O'.v(/.£ç), jusqu'aux promontoires des Pyrénées.
Les Lighyes (AÎ-f'J'î, de AifuSi A;'fuoç; en latin Ligures) que nous allons trouver confinés aux époques historiques dans la Ligurie proprement dite, sur la côte montagneuse que resserrent les chaînes continues de l'Apennin &. des Alpes, entre la Macra & le Var, paraissent s'être étendus, à une époque plus ancienne, jusqu'aux bouches du Rhône,oii les Salyes & quelques autres de leurs tribus sont restées longtemps indépendantes. Ils dominaient même au delà de cette limite sur la côte tour à tour marécageuse & fertile qui s'étend du Rhône à Narbone & de Narbone jusqu'aux Pyrénées. Les marins grecs, qui la désignaient encore au quatrième siètle sous le nom traditionnel de côte Jes Lighyes [voyez la Note CIV], ne nous disent point, il est vrai, jusqu'où s'étendaient leurs tribus dans l'intérieur du pays. Mais on entrevoit par ces indications l'impression qu'avait produite sur les peuples civilisés de la Méditerranée cette race d'hommes alors puissante, dont les tribus agricoles & guerrières s'étendaient sans interruption, depuis lepaysde Tyrrhènes, à l'est, jusqu'au delà des promontoires pyrénéens, à l'ouest. Hésiode, chez lequel leur nom paraît pour la première fois, les regardait comme le grand peuple de 1 Occident, ou les Grecs ne connaissaient encore ni
les Ibères ni les Celtes, déjà maîtres de la Gaule centrale. [Voyez plus loin.] Il se les représentait & il nous les montre comme contigus d'une part aux iEthiopesde la Libye (l'Afrique australe & boréale depuis le Nil jusqu'aux Colonnes), de l'autre, aux Scythes ou Skythes des grandes plaines hypcrboréennes de l'Europe, connus, comme les itthiopes, des contemporains d'Homère, qui les appelle trayeurt de cavales &. buveurs de lait.
Les Ibères ("lôrips;, /ieri), que l'on trouve établis, de très-bonne heure aussi, sur la côte à laquelle les Ligures avaient donné leur nom, venaient, suivant toute apparence, de l'ibérie, c'est-à-dire de l'Espagne actuelle. On a conjecturé, non sans vraisemblance, qu'ils en avaient été chassés par les invasions des Celtes, qui paraissent avoir produit au centre & surtout à l'ouest de la Péninsule des révolutions politiques qui se traduisaient de loin en loin par des déplacements de populations. C'est du reste à ces vagues indications & à quelques noms de peuples donnés par les anciens comme Ibères d'origine (les Sicanes & les Sordons, par exemple^, que se réduit tout ce que nous savons de ces émigrations ibériennes sur nos côtes occidentales de la Méditerranée, où elles paraissent avoir eu pour résultat de refouler sur quelques points les populations liguriennes anciennement maîtresses du territoire; ailleurs, de les mêler aux envahisseurs, comme l'indiquent les appellations d'Hères mélangés & à'Iiéro-Ligures, sous lesquelles les géographes anciens désignaient à la fois le pays & ses habitants. A l'époque où s'arrêtent ces mouvements de race oubliés de l'histoire, le littoral se trouvait inégalement partagé par le cours du Rhône entre les Ibères mêlés de Ligures à l'ouest, & les Ligures mêlés de Celtes à l'est (Ctltoligures'j, comme le dit le poète Avienus dans un passage de son Ora maritima, emprunté évidemment à des documents antérieurs de sept ou huit siècles. (Voyez la Note CIV.]
Les Celtes (K£).ia(, KsX-ot, CeZtae), qui allaient donner à la côte le nom de pays ou de terre des Keltes (KcXTf/.T]), qu'elle a conservé jusqu'à la conquête romaine', venaient incontestablement de la Gaule centrale, où César les avait trouvés, un demi-siècleavant notre ère, désignés encore sous ce nom national chez eux, & occupant un territoire plus étendu que celui des autres confédérations gauloises avec lesquelles ils confinaient. Leurs invasions, tout aussi inconnues, historiquement parlant, que celles des Ibères, remon-
' Où la partie de la Cclàque rcduite en province romaine prendra le nom de Narboitemis ou de Gallia Sarbonemis^ à cause de la ville de Wirbo qui en éiait la capitale. (Vo)CZ, au tome 11 de celte édition, la \ole 1.)
les plus mémorables que nous ayons de ces peuples, & qui sonc appuyés sur le témoignage 5c l'autorité des auteurs les plus dignes de foi '.
Etablissement des Tectosages dans la Germanie 6" la Pannonie.
Sous le règne de Tarquin l'Ancien, roi de Rome, la Celtique, cette troisième ^ partie des Gaules dont on a déjà parlé, étoit occupée par ditférens peuples de Rome i63
teraient aussi à une époque relativement ancienne, car leurs populations les plus avancées atteignaient déjà les côtes de la mer au temps de l'historien Hécatée, qui désigne formellement la ville de Narbone sous le nom de ville & de marché celtique '. 11 y a même quelque raison de croire que c'est de ce point central qu'elles se seront répandues de proche en proche, au moins sur la plage, en refoulant ou en recouvrant, à droite &à gauche, les populations qui l'habitaient avant elles. Tout semble indiquer au moins que cette oeuvre de dépossession, commencée avant le sixième siècle, était entièrement consommée au temps de Polybe, qui désigne sous le nom générique de K;>t;/.i1 tout le rivage habité antérieurement par les Ligures & par les Ibères.
De la chaîne des Pyrénées, redevenue ainsi une ligne de démarcation politique, les Celtes avaient étendu leurs établissements ou leur domination jusqu'à la limite du Rhône, où les établissements ibériens s'étaient arrêtés. Au delà de cette limite, entre le Rhône & les Alpes, les Phocéens de Massalia, fondée au sixième siècle avant notre ère, avaient trouvé les plus avancées de leurs tribus mêlées sur la coteaux tribus liguriennes {Salyes, Décéatei, Oxyiies] qui l'habitaient seules à l'époque précédente. Mais l'histoire ne nous a conservé aucun détail sur les circonstances qui ont accompagne ou suivi ces révolutions oubliées. Quelques-unes des tribus dépossédées, en deçà comme au delà du Rh^ne, paraissent avoir été chercher fortune au delà des Alpes, dans les plaines fertiles de la Transpadane, oii les historiens romains nous les montrent établies pêle-mêle au milieu des populations celtiques dont quelques-unes les y avaient devancées. D'autres,en plus grand nombre, suivant toute apparence, durent se résigner à vivre de nouveau mêlées aux étrangers (u.\yioi^)^ dont il devient souvent difficile de les distinguer, & continuèrent de cultiver, à l'état de populations tributaires ou vassales, le territoire qu'elles possédaient jadis en toute indépendance.
Ceneserait pas ici le lieu d'examinersi lesVolces (Foîcac.Oi^/.zo'., OioXxït, ^'o/ie j),dont l'hisioire ouvre, chez les Bénédictins, l'histoire anciennede notre
' Voyez, au tome II de cette édition, la Xotc CIV pour les preuves & les développements de ce» assertions.
province , appartenaient ethnographiquement aux Celtes dont nous venons de parler, ou s'il faut les regarder eux-mêmes comme une population étrangère, quoique gauloise de race, amenée dans le Midi par quelqu'une de ces migrations de peuples qui se sont prolongées en Gaule jusqu'à la conquête romaine. Leur nom, complètement inconnu aux historiens & aux géographes grecs, ne se révèle à nous qu'au temps des guerres puniques, où Tite-Live les signalecomme la plus puissante des nations qu'Annibal rencontra dans le riche pays situé entre les Cévennes, le Rhône & la mer. Mais leur histoire s'y présente, en revanche, avec un caractère de réalité que l'on chercherait vainement chez les nations oubliées (ÊOvr,) dont nous parlions en commençant. Le nom générique de Volcae , sous lequel les écrivains latins du premier siècle désignent encore leurs principales tribus, indique sufâsammentqu'elles étaient restées en possession du riche territoire qu'elles cultivaient depuis les coteaux vineux du Rhône & de l'Hérault, jusqu'aux plaines alluvionales que découpent à l'ouest les affluents de la Garonne, descendus, comme elle, de la chaîne des Pyrénées. Non contentes d'y fonder de grands villages dont les noms celtiques, comme ceux de leurs habitants, trahiraient seuls l'origine, elles avaient donné au pays un commencement d'organisation territoriale & politique dont nous retrouvero.is les traces dans 1 organisation romaine, qui n'a fait souvent que l'accepter comme point de départ ou comme base.
Quant aux populations primitives qui avaient précédé les Volces dans le Midi & dont l'érudiuon contemporaine est justement préoccupée , il nous suffira de rappeler, pour excuser en partie le silence des Bénédictins à leur égard, que les recherches rel.itives à ces questions délicates n'ont pris un certain degré de précision & de consistance que depuis les premières années de notre siècle, où allaient se développer avec un éclat inattendu quelques-unes des sciences accessoires qui les éclairent à leur tour. Sans les repousser d'une manière absolue, ils n'y voyaient, comme leurs contemporains, qu'un thème inépuisable de discussions & de controverses, beaucoup mieux placées dans les notes que dans le texte d'une histoire, au sens élevé du imt. [E. B.l
' Voyez tome II, Notes CIV & CXI.
An de Rome
extrêmement belliqueux' . Les plus puissans étoient ceux de Berry. Ambigat, leur roi & celui de toute la Celtique , craignant, sur la fin de son règne jusqu'alors florissant, que ses sujets déjà trop nombreux n'excitassent après sa
Éd. origin. mort dcs troubles 8c des factions domestiques, fit publier dans toute l'étendue t. 1, p j. ...
de sa domination le dessein qu'il avoit d'envoyer dans les pays étrangers, soiis
les auspices de ses dieux, Bellovèse Se Sigovèse, ses neveux, fils de sa sœur, pour exercer leur valeur Si pour taire des conquêtes, avec la liberté de lever un nombre de troupes suffisant pour assurer le succès de leurs entreprises Se établir des colonies dans les provinces qu'ils soumettroient. L'amour de la gloire, joint au désir de faire fortune, anima si fort les Celtes, qu'on vit bientôt paroître ces deux généraux à la tête d'une armée de trois cent mille hommes^, y compris sans doute les femmes Se les enfans qui voulurent^ partager la gloire Se le péril des combats. Ces deux capitaines marcbèrent ensuite vers les pays où chacun d'eux avoit dessein de s'établir. Bellovèse prit la route de l'Italie, Se Sigovèse, son frère, celle de la forêt Hercynie, au delà du Rhin'^. L'armée du premier^ étoit composée de tout ce qu'il v avoit de surnuméraire parmi les peuples du Berry, de l'Auvergne, des pays de Sens Se d'Autun, des Amharres ou Châlonois, des Chartrains Se des Aulerces ou pays d'Evreux. Elle prit sa route vers les Alpes par le pays des Saliens ouSaluviens, qui occupoient une partie de ce que nous appelons aujourd'hui la Provence. Ces derniers faisoient alors la guerre aux Phocéens, nouvellement débarqués sur leurs côtes Se s'opposoient de toutes leurs forces à leur établissement dans le pays. Bellovèse, soit par générosité, soit par politique, crut devoir prendre le parti de ces étrangers : il les mit sous sa protection Se leur donna du secours. Il traversa ensuite les Alpes, Se, par la force de ses armes, s'étant rendu maître de cette partie de l'Italie qui porta depuis le nom de Cisalpine, il y fixa sa demeure. Ses successeurs, à son exemple, y firent diverses expéditions, Se rendirent leur nom et leurs armes si redoutables, qu'ils devinrent la terreur des Romains Se réduisirent leur République à deux doigts de sa perte'^. Nous
■ T. Live, 1. 5, c. 33 &. seq. d'ailleurs aux données prétendues historiques de ' Justin, 1. 24, c. 4. la légende dont il accepte même la chronologie. ' Plutarque, in Camillo, p. i35. M. Th. Mommsen , qui essaie, au contraire, de ^ Les grandes expéditions de Bellovèse en Italie dégager les fans historiques de la légende dans la- & de Sigovèse ou Ségovèse en Orient, par la vallée quelle nous les trouvons enchâssés, croit que Ton du Danube, qu'ont suivie depuis les grandes armées a reporté trop haut la date de ces invasions en des premiers croisés, n'appartiennent pas à l'his- Italie, dont les plus décisives coïncideraient, suitoire proprement dite. Tite-Live, auquel les Béné- vant lui, avec la chute de la domination des dictins en ont emprunté le fond, après beaucoup Etrusques dans la plaine du Pô (quatre siècles end'autres, ne faisait que reproduire en les arran- viron avant l'ère chrétienne), qu'elles ont certaigeant, suivant son usage, des traditions ou des nement déterminée [Roem. Geschichte, 1. 2, c. 4, légendes héroïques, originaires, selon toute appa - note 1). Ramenées ainsi à des époques plus rérence, de la Gaule elle-même, où l'on se représen- centes, les invasions gauloises dans le nord de tait ainsi sous des formes dramatiques & simpli- l'Italie redeviendraient à peu de chose près confiées, des événements oubliés dont l'imagination temporaines des émigrations gauloises en Pannonie populaire avait été vivement frappée. C'est dans ce & en Grèce, que les Bénédictins vont raconter en sens que les envisage M. Amédée Thierry, qui les a détail. [E. B.] racontées en détail dans son Histoire des Gaulois ^ T. Live, 1. 5, c. 33 & seq. (1. I, c. 1, p. 149 & suiv.), en se conformant * Voyez tome II, Note II, n. 12.
An de Home i63
ignorons si les Volces eurent part à l'expédition de Bellovèse ' : il est vrai qu'un historien moderne prétend que les Gaulois Orobes, qui s'établirent dans le Bergamasque Si qui tbndèrent la ville de Côme, étoient originaires des environs de la rivière d'Orb, en Languedoc ; mais les conjectures de cet auteur nous paroissent trop hasardées pour oser les adopter.
Quelques modernes^ rapportent aussi qu'une partie de l'armée de Bellovèse, s'étant détachée, marcha vers les Pyrénées, d'où, après quelque séjour, elle passa dans ribérie. Ce sentiment est combattu par d'autres^ qui soutiennent, &. peutêtre avec plus de fondement, que cette transmigration des Celtes dans l'Ibérie ou Espagne, ne se fit qu'au cinquième siècle de la République romaine. Ce qu'il y a de certain, c'est que'* le mélange des Celtes ou Gaulois avec les Ibériens donna au pays de ces derniers le nom de Celtibérie.
Nous laissons ici Bellovèse suivre avec ses troupes le cours de ses victoires Se de ses conquêtes en Italie, qui ne sont pas de notre sujet, pour passer à celles de Sigovèse aux environs de la forêt Hercynie. Ilseroità souhaiter que les auteurs qui ont pris soin de nous apprendre les progrès des armes du premier, se fussent aussi donné la peine de nous instruire des expéditions de Tautre. Tite- Live'', content de nous dire que Sigovèse eut en partage la forêt Hercynie, nous laisse ignorer ses marches, ses combats, ses conquêtes, 8<. les noms même des diftérens peuples Celtes qui composoient son armée. Il v a cependant tout lieu de présumer que nos Tectosages étoient du nombre, & que, s'étant établis auprès de la forêt Hercynie, ils suivirent la fortune de ce capitaine. César semble le faire entendre en parlant des circonstances de l'établissement des Tectosages au voisinage de cette forêt. « Il a* été un temps, dit cet historien, " que les Gaulois, plus belliqueux 8t plus vaillansque les Germains, leur fâi- '• soient d'autant plus volontiers la guerre qu'elle leur donnoit lieu de sedéchar- 1' ger d'une multitude d'hommes que le pays ne pouvoit faire subsister, Scdont u ils formoient des colonies qu'ils envoyoient au delà du Rhin. Les Volces « Tectosages occupèrent donc au voisinage de la forêt Hercynie les lieux les " plus fertiles de la Germanie 8c s'y établirent. Ils s'y maintiennent encore de " nos jours avec une très-grande réputation de justice S<. de valeur. » Ainsi l'autorité de César, jointe à ce que Tite-Live rapporte de la sortie S< de l'expédition de Sigovèse'', ne nous permet pas de douter que les Tectosages n'aient suivi ce général Si qu'ils ne se soient établis avec lui au delà du Rhin.
La forêt Hercynie, aux environs de laquelle les Tectosages fixèrent leur i5J|0ngin demeure, étoit d'une étendue immense. Elle avoit neut journées de largeur 5c plus de soixante de longueur le long du Danube, en sorte qu'elle occupoit la plus grande partie de la Germanie Se s'étendoit jusque dans la Sarmatie Se le pays des Daces. Les Tectosages, instruits de leur destinée par le vol des
' Catrou, Hi'toire romaine^ 1. i3, p. i5 & suiv. ^ Diodorc, 1. 5, p. 309. — Appicn, lèer. p. 205.
' Diipleix, Mcm. des Gaules. — Cordemoy, His- — Lucain, 1. 4. — Pline, I. 3, c. 4. foire de France, t. 1 , p. 9 & 1 1 . ^ T. Live, 1. 5, c. 33 & seq.
' Lacarry, Historia colon. Gallorum , 1. 3, c. 1 " César, de Bello Gallico, l. 6, c. 2,5 & seq.
8c 2. • Voyez tome II, Note II.
An de Rome i63
oiseaux', après avoir subjugué tous les peuples qu'ils avoient rencontrés sur leur passage Se traversé les monts Sudètes ou Riphées^, choisirent dans la Germanie, sur les frontières de la Pannonie & auprès du Danube, les endroits de cette forêt les plus commodes pour leur établissement, &c les plus favorables au dessein qu'ils avoient de faire de nouvelles conquêtes. Ils commencèrent d'abord par soumettre les naturels du pays, Si après les avoir réduits sous leur obéissance, ils vécurent avec eux durant plusieurs siècles dans une grande réputation de justice 6c de valeur 3, suivant l'expression de César, que nous venons de citer. Ennemis de la mollesse, qui fit perdre dans la suite la liberté à leurs anciens compatriotes, ils menèrent une vie dure, laborieuse Si en tout semblable à celle des Germains, dont ils se faisoient gloire d'imiter les mœurs, d'observer les lois Si de suivre les usages.
C'est de ce pays conquis au voisinage du Danube'*, que les Tectosages envoyèrent vraisemblablement dans la suite des colonies dans la Sarmatie, au delà de la Vistule Si jusque'' vers l'océan Septentrional; tandis qu'une autre partie, après avoir passé le Danube, alla s'établir dans la'^ Pannonie Si l'IUyrie, d'où elle porta ses armgs victorieuses dans les provinces voisines. Les Tectosages poussèrent, en effet, leurs conquêtes jusqu'aux extrémités de la Grèce Si de la Thrace, Si pénétrèrent ensuite dans l'Asie, où ils signalèrent leur valeur par un grand nombre de célèbres expéditions que nous rapporterons, quand nous aurons parlé des colonies grecques qui s'établirent dans le pays des Volces,
IV. — Établissement de diverses colonies grecques dans le pays des Volces.
Nous avons déjà fait remarquer que Bellovèse, avant que de passer les Alpes, avoit eu la générosité de donner du secours aux Phocéens contre les Saliens, qui traversoient l'établissement de ces peuples sur la côte de la Méditerranée. Ces Phocéens, qui étoient Ioniens de nation'^ Si sujets du roi Cyrus, ne pouvant supporter la tyrannie d'Arpagus, Mède de nation Si commandant pour ce tyran dans rionie, province d'Asie, résolurent de s'éloigner de leur pays 6i de chercher ailleurs un établissement. Dans cette vue, ils équipèrent une flotte; Si trouvant dans le cours de leur navigation que la côte des Gaules qui s'étend sur la mer Méditerranée convenoit mieux à leur dessein que tout autre pays , ils s'y arrêtèrent Si y fixèrent leur demeure, malgré l'opposition Si les armes des Saliens, des Liguriens Si des peuples situés au voinage du Pv.hône8, qu'ils battirent dans plusieurs rencontres. Ils fondèrent d'abord la ville de Marseille, d'où ils étendirent ensuite leur domination sur cette côte par diverses colonies qu'ils fondèrent depuis Nice jusque bien avant dans l'Espagne, Si auxquelles ils prescrivirent la forme de leur gouvernement aristocratique , leur religion ,
' Justin, 1. 24, c. 4.
■ Voyez tome II, Note II.
» César, de Bello Gallico, 1. 6, t. i5.
* Voyez tome II, Note II.
' Plutarque, in Camillo.
' Justin, 1. 4, c. 24.
' Pausanias, m Phocic. p. ôzî. — Justin, 1. 4$, c. 3.
' Strabon, 1. 4, p. 179.
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leurs lois St. leur police. L'alliance que les Romains firent avec les Marseillois fut également avantageuse aux uns & aux autres par les secours mutuels qu'ils se donnèrent clans plusieurs occasions importantes.
Entre les colonies que les Phocéens ou Marseillois établirent sur la côte du pays des Volces, pour les opposer aux habitans du voisinage du Rhône qui les inquiétoient, celle d'Agde fut une des premières & des plus considérables. Strabon ' lui donne le nom de Roen-Agatha^ Se semble confondre par là deux villes que les plus habiles critiques regardent comme différentes. Il est certain en ettet que, outre la ville d'Agde dont nous venons de parler, il y avoit une autre ville grecque dans le même pays , située sur le bord occidental du Rhône, appelée Rhode, ce qui a donné lieu à Pline ^ 6<. à saint Jérôme'' de croire que les Pvhodiensen avoient été les fondateurs. D'autres"* croient, 6< peut-être avec plus de fondement, que cette ville de Rhode est la même que Rhodanusia, située sur le bord du Pvhône, dont quelques anciens font mention Se où les Marseillois établirent une de leurs colonies \ Héraclée étoit aussi une autre colonie grecque située à l'embouchure du Pvhône , Se qui fut détruite, ainsi que celle de Rhode, avant le temps de Pline '5. On ^ conjecture que c'est sur les ruines de la première que la ville de Saint-Gilles a été bâtie.
Au rapport d'un historien* moderne, on devroit mettre aussi parmi les colonies que les Grecs fondèrent dans le pays des Volces, la ville ou lieu de Ces- f^-^<^r\gnsero, aujourd'hui Saint-Tibéri, situé à deux lieues de la côte de la Méditerranée. Cet auteur prétend que les Rhodiens, fondateurs de la colonie de Pv.hode sur le Rhône, établirent celle de Cessero dans le même temps que les Phocéens ou Marseillois fondèrent celle d'Agde; que dans la suite 8e environ l'an 36o de Rome, les Rhodiens Se les Marseillois se faisant la guerre, ces derniers chassèrent Momorus Se Atépomarus du royaume de Cessero où ils régnoient ; que ces deux princes, ayant remonté le long du Rhône Se s'étant arrêtés au
■ Strabon,!. 4, p. iSo.Voyezlei notesdeCasaubon. Agde & Marseille &. dit qu'un des bras du Rhône la ' Fline, 1. 3, note 5. traversait. Elle n'existait plusdu tempsde Pline qui, ' S. Jétôme, Praf. in lib. i Epist. ad Galatai. confondant son origine avec celle de Rhoda , en ' Marcien d'Hiracl. Etienne de Byzance, </f I/rA. Espagne, en attribue également la fondation aux
■ Dom Vaissete a confondu ici la ville appelée Rhodiens lesquels, dit-il, donnèrent leur nom, ou Rhoda, Rhodè, & même RhoJos, aujourd'hui Rosas, plutôt celui de leur nouvelle colonie, au fleuve sur en Espagne, avec Rhodanusia , qui était située sur lequel elle était bâtie, assertion contraire à toutes les bords du Rhône. La première avait été fondée, les données historiques. Quant au passage de Stradii-on, par les Rhodiens, chassés de Sicile, vers l'an- bon qui semble, i ce que pensent les Bénédictins, née .'îyS avant Jésus-Christ. Elle se maintint floris- donner le nom de Rocn-Agatha à Agde, il y a long- «ante jusqu'à ce que les Massaliotes , devenus les temps que les critiques ont démontré que là où l'on maîtres de la ville Phocéenne i'Emporiae ( 'Earcîp'.ov, trouve dans les manuscrits ttjv 5è 'PiiSr,'/ 'AyâOriV, il ou 'Ea::6p'.i'., aujourd'hui Emportas) , en eurent dé- faut lire tf;'* oè 'PiSijv /.ai 'Ay^'^Vi l'Çon conforme à tourné tout le commerce à leur profit. (Stbabon, 1. 3, ce que disent les autres auteurs, qui ont toujours c. 4, { 8, & 1. 14, c. 2, 5 10.) Rhoda tombée alors en distingué RhoJanusia & Agde, comme deux colonies leur pouvoir ne fut plus, à dater de ce moment, des Massaliotes. [E. M.]
qu'une annexe i'Emporiae. Quant à Rhodanusia , * Pline, 1. 3, note 5.
sur un des bras du Rhône, c'est à sa position qu'elle ' Voyez TiUemont, Hist.des Emper. t. 5, p. 610.
devait son nom; les Massaliotes en étaient les fon- ' Ménestrier, Diss. sur Vorigim: de Lyon & son
dateurs. Scyranus de Chio place cette ville entre histoire, p. 41,
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HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. l.
confluent de ce fleuve ik de la Saune , turent les premiers fondateurs de Lvon, &C qu'enfin Atépomarus est le même qui se trouva avec Brennus S< les Gaulois au siège de Rome que ces peuples firent l'an 864 de la fondation de cette ville. Cet auteur appuie ce récit sur le passage d'un ouvrage attribué à Plutarque ' 81 qui porte seulement que Momorus Se Atépomarus, après avoir été chassés du royaume de Séséron, '\jr.hZi:sr,oowiMixrfiipyf,ih.iXrfié'n^i, bâtirent auprès du Rhùne, 8c sur une colline, une ville à qui les corbeaux qui parurent dans le temps de sa fondation firent donner le nom de Lugdunum : liigiim sip-nifiant corbeau, 8< duniim montagne, dans le langage de Momorus £<. d'Atéporaarus. Ces deux fondateurs de Lyon parloient donc la langue gauloise Se non pas la grecque. II nous paroît d'ailleurs que ce passage, qui est peut-être aussi peu de Plutarque que celui que l'historien de Lyon tire de la prétendue vie d'Annibal par le mêjne auteur, pour établir l'antiquité de cette ville, ne prouve nullement que Cessero , dont le nom est purement gaulois , Se qui étoit capitale d'un royaume, ait été du nombre des colonies grecques dont le gouvernement étoit républicain. Enfin ce passage ne peut fixer l'époque précise de la fondation de Lyon, dans la supposition que cette ville a subsisté avant la colonie des Viennois, qui s'y établirent pendant le Triumvirat. Ce qu'il v a de constant, c'est que Lyon doit sa naissance aux peuples de la Narbonnoi^e'-.
L'établissement de ces colonies grecques Se le voisinage de Marseille, ville des
' PscLido-Plutarque, de Fîuviis, t. 2, p. Ii5i.
' On sait de source certaine, aujourd'hui, que la ville de Lyon a été fondée en l'an 710 de Rome (44 ans avant notre èrej, pour servir d'asile aux colons romains chassés de la ville de Vienne par les AUobroges , ce qui rattache, indirectement il est vrai, l'histoire de la nouvelle ville à celle de la Narbonaise. On peut affirmer également, en s'autorisant d'un texte de Dion Cassius (Hist. i, ^6'j Se du témoignage de la célèbre inscription de Gaéte, que la nouvelle colonie a été fondée par Lucius Munatius Plancusf... in gallia colomas dkûvxit |
LVOVDVNVM ET BAVRICAM. M. UE BoiSSIEL', Imcr.
ant'uj. de Lyon, p. izS), sous les auspices de Marc- Antoine, qui commandait alors dans la Gaule Chevelue '.
La presqu'île alluvionale où les fugitifs avaienttrouvé asile en attendant les ordres du Sénat, appartenait au petit peupledes Scgusiavi, anciens clients des Haedues , dont le territoire répondait à peu de chose près à celui des anciennes provinces du Lyonnais St du Fore2. ïl est même certain qu'elle était habitée dès cette époque, car une inscription du premier siècle, découverte il y a quelques années à l'extrémité de la ville actuelle, nous apprend qu'elle formait, dans le territoire des Scgusiavi , une cir-
' Voyez les monnaies d'argent frappJes à Lyon en i'hoiincnr d'Anioine, <!^ le titre d^- Marci Municipium que lui do.ine Siinèque (Afok lokynt. i 6).
conscription distincte (pagus, — Voyez au tome II la Note CVll), resserrée entre les deux fleuves dont les atterrissem^^nts continuent à l'allonger & désignée sous le nom celtique de Condate ', comme le village qui lai servait de chef-lieu ^. Une autre inscription de date plus récente, il est vrai, nous parle d'une corporation de bateliers établie dans ce village dont
elle aurait pris le nom (...NAVTAR[um] co.ndea-
TivM de EoissiEL', l. l. p. 25p}, comme les bateliers de la Seine avaient emprunté le leur, navtak PARisiACi, à la petite ville des Parhii (Lutctia Parisiorumj^ fondée dans une île de la Seine, qui a 'été longtemps la ville de Pans, au sens politique du mot fia Citéj '.
Mais les ruines de la ville antique & les traditions de divers genres qui viennent à leur tour éclairer ces ruines ne permettent pas de douter que la colonie de Plancus n'ait été fondée en dehors de la presqu'île & à quelque distance de ce villuge. tUe était assise sur une rampe de collinei verdoyantes qui bordent quelquefois de très-près la
' De là !es mots français CanJe , Coude, ConJc; CouJe, sous leiquels on désignait l'anale lornic par le coiifl.ient de deux rivijres, comme ou le désigne quelquefois sous le nom celtique hii-mijme de liecco (St-tTON. I itell. iS) : en français. Bec . Pcc, Pecq.
' Voyez M. de Boissieu, l. l. p. 20, 2 1, & M. Aug. Bernard, Descriplion J i pays dei Se^'-iisi.nri, p. y'i fi siiiv.
3 Voyez M. Léon Renier. Itinéraires romaifis de laGaule, dans VA^tnuaire de l.i Société des antiju.ilres Je France, po.u' l'année iS5o, p. 280, 2S1.
HISTOir-:E GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. I.
plus florissantes des Gaules, soit par l'étendue £<. les richesses de son commerce, soit par la diversité des arts Êc des sciences qu'on y cultivoit avec soin, furent très-avantageux à nos Volces. C'est en effet des Marseillois ' que ces peuples apprirent l'art de cultiver les terres, de fortifier les villes, de tailler la vigne, de planter les oliviers, Se celui de former l'esprit par l'étude des belles-lettres, & surtout de la langue grecque qui devint si commune parmi eux & dans les autres provinces méridionales des Gaules qu'on s'en servoit quelquefois dans les actes publics. On en trouve encore des vestiges en plusieurs termes provençaux 8i languedociens, qui tirent leur racine immédiate du grec. Mais si les Marseillois turent soigneux d'inspirer aux Volces leurs mœurs, leur langage & leur politesse, ils ne le turent pas moins de leur insinuer leur religion St leur culte, 8c de leur apprendre à sacrifier, suivant la manière des Grecs, à Apollon^ de Delphes , à Minerve & à Diane d'Ephèse Se aux autres divinités de la Grèce ^.
An de Rome