V. — Premières expéditions des Tectosages dans la Grèce
Tandis que les Volces s'étudioient dans les Gaules à imiter la politesse des Grecs, leurs anciens compatriotes qui habitoient les environs de la forêt
rive droite de la Saône, l'un des deux fleuves dont nous avons parlé ', 8c dominent la presqu'île marécageuse de ConJate , oii elle a fini par descendre, attirée à son tour par les facilités que cette position offrait au commerce & à l'industrie, surtout depuis la fondation du Cannabis lyonnais'. C'était sur une de ces collines autour de laquelle rayonnent de belles lignes d'aqueducs antiques, encore debout sur plusieurs points, qu'était situé \e forum de la ville, celui de la vieille ville, au moins, dont le plateau de Fourviére a conservé le nom (forum vêtus , fori veteris, fora veteri). Les portiques soutenus de colonnes dont il était entouré subsistaient encore en l'année 8.10 de notre ère, cii ils s'écroulèrent un beau jour, faute de soin & de réparations. Une tradition locale, rapportée par le chroniqueur
' De là, le nom celtiq'ic aussi de Dun (ccî:ine); L'i^u ou Lug'dttn, CM tatia Lu^itJuniim ou iu-^.iunum^
* C'iilait, à ce qu'il parai!, un canal décliné à mettre en communication les deux tiviircs qui se réunissent à quelque distance de là, en ftervanl tout à I,t fois de port ^ d'eiitrcpôt (emporittm) à la ville comnîerçanle. ltct.iit crcusi à la hauteur de la place actuelle des Terreaux, dont le nom rappelle ces antiques cré,itio:is transfoi mecs & renianices tiicn des l'ois depuis cette époque. Les magasins ou les hangars des negO' tiati,res LugJitnatsei, dont nous parlent si souvent les inscriptions an'i-i les de la ville (Voye^ fa.isim, le beau recueil de M. de Buissicu) , construits souvent de planches ou de terre battue, soutenue Iransvcrsalernejt par des bardeaux, suivant l'usage celtique, s'alignaient à gauche & à droite de ce canal, que le., bateliers & les portetatx désignaient sous le nom familier de ' aniit.te on Canr..ibae (les baraques, les caianes, altération piobaliL' du mot CannaKie {Cannabes, Cjb.jniKTs'. qui s'emplovait surtout au daiil ou à l'ahlùtil', Can.iîfii, il ('an:ibh, ou i;i A'jjm'i*, poiut de départ du mot CaKiiebih'c ^ aimaH-arium]).
qui nous a conservé le souvenir de ce désastre, en attribuait la fondation ou la restauration à l'empereur Trajan qui aurait, comme l'empereur Claude, contribué à l'embellissement de la colonie '. [E. B.]
' Justin, l. 24, c. 4.
'Voyez Heindreich, Masiilia, t. 6, Anti(juit. Grono- Vïi.
' Dom Vaissete exagère un peu l'influence que les Grecs de Marseille purent avoir sur les V'olces : cette influence fut plus tardive. Au moment de la fondation de Massa lia, les Celtes atteignaient à peine les côtes de la Méditerranée, 0 il dominaient encore les tribus des Ligures, restées pures, au delà du Rhône, de mélanges ibériens, comme l'indique le nom de AtfjTT'./.rj que portait encore aux époques historiaues cette partie du littoral. (Voyez, ci-dessus, la note 3, de la page 3, & au tome II, la Note CIV. [E. M.]
■* Les événements rapportés par Dom "Vaissete, depuis & y compris le chapitre V jusqu'au chapitre XVIII, étant à proprement parler étrangers à l'histoire de Languedoc, nous ne pouvons que renvoyer les lecteurs, désireux d'obtenir de plus amples détails sur ces événements, à l'ouvrage de M. Amédée Thierry : Histoire des Gaulois , depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'entiirre soumission de la Gaule sous la domination romaine ^ 3 vol. in-8'*, 8c à l'examen critique auquel M. Barry a soumis les textes qui servent de base à leur théorie. Note CVI. — Voyez aussi VHistoire des Gaulois d'Asie, par F. Robiou, Paris, 1867, 1 vol. in-8». [E. M.]
* Chronic. S. Beni^ni Divion. ap. Labb. Nov. Biblioth^ m$3., t. 1, p. 293.
An de Rome i63
Hercynie , conservant leur t'érocité naturelle & leur air martial, ne s'appliquoient qu'à se maintenir dans la réputation de bravoure qu'ils s'étoient acquise Se à étendre leur domination sur les peuples de la Pannonie Se de l'Illyrie, contre lesquels ils eurent de fréquentes occasions de guerre. Nous en ignorons à la vérité le détail , mais nous savons que le ' succès de leurs armes tut heureux. Nous ferons, à cette occasion, une remarque qui servira pour tous les autres endroits où nous aurons à parler des succès heureux ou malheureux de ces Gaulois : c'est que n'ayant aucun de leurs historiens qui nous instruise de leurs expéditions Se des combats qu'ils durent livrer à un grand nombre de nations, avant que de les soumettre ou de les rendre tributaires, il faut nécessairement nous en rapporter au témoignage des auteurs grecs Se romains qui, uniquement attentifs à s'étendre sur les actions qui ont été désavantageuses aux Gaulois, n'ont dit qu'un mot en passant de leurs victoires Se de leurs conquêtes. Ainsi on ne doit pas être surpris si, exacts à suivre les anciens, quelque partiaux qu'ils soient, il paroît dans le récit que nous ferons dans la suite des expéditions de nos Tectosages Se des guerres auxquelles ils eurent part, qu'ils ont été plus rîd origin. souvent vaincus que vainqueurs. Il nous suffit de savoir, en général, qu'ils n'ont pu se faire jour à travers tant de nations belliqueuses Se s'établir au milieu d'elles que par la force de leurs armes Se par un grand nombre de victoires. En effet, malgré l'affectation des anciens historiens à décrire leurs malheurs Se à rapporter leurs disgrâces, ils n'ont pu disconvenir de leur valeur Se de la réputation que leurs actions éclatantes leur acquirent parmi plusieurs nations des trois parties du monde.
C'est sans doute des Tectosages établis auprès de la forêt Hercynie, vers le Danube, qu'un ancien^ auteur a voulu parler, lorsqu'il a dit que les Celtes ou Gaulois, étant depuis quelque temps en guerre contre les Autariates, peuples de l'Illyrie, Se voulant enfin la terminer, usèrent du stratagème suivant pour y réussir. Ces Gaulois firent semblant de se retirer Se abandonnèrent leiu" camp pendant la nuit, après avoir empoisonné quantité de vivres Se plusieurs tonneaux de vin qu'ils y laissèrent ; les Autariates, croyant qu'ils s'étoient véritablement retirés, s'emparèrent aisément du camp le lendemain ; mais ils périrent presque tous, ou par le vin empoisonné qu'ils burent, ou par les Gaulois qui, à leur retour, passèrent au fil de l'épée la plupart de ceux que le poison avoit épargnés.
On pourroit aussi peut-être appliquer à nos Tectosages, qui s'étoient^ éten-
de^Rome^"o '^"^ entre le Danube Se le golfe Ionien ou mer Méditerranée vers l'Illyrie, ce que rapporte l'historien d'Alexandre'* au sujet des Celtes ou Gaulois qui vivoient alors dans le même pays. Sur l'avis de la guerre que ce fameux conquérant avoit entreprise contre les Thraces Se les Tryballiens, tous les peuples qui habitoient sur les bords de l'Istre ou du Danube, Se surtout les Celtes, qui demeuroient sur ce fleuve en remontant vers sa source aux environs du golfe
■ Jiistin, 1. 24, e. 4. ' Justin, 1. 24, e. 4.
' Polyen, Stratagcmata, 1. 7, c. 24. ■* Anien, 1. 1 , p. 3 & j.- Voyez Strabon.l.y, p. 3oi .
Vers l'an de Rome 420
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. l. i3
Ionien, se firent un devoir de lui envoyer des députés. Les Celtes, dit l'historien de ce prince, se distinguèrent dans cette députation par un certain air de fierté, que leur inspiroit la réputation de leurs armes autant que leur bonne mine £<. leur taille avantageuse. Ils demandèrent à Alexandre son amitié : ce prince la leur accorda ; & après un accueil des plus gracieux, voulant savoir d'eux s'ils étoient instruits de la terreur de son nom & de la prospérité de ses armes, il leur demanda, au milieu d'un festin dont il les régala, ce qu'ils craignaient le plus, persuadé qu'ils répondroient que c'étoit sa personne ; mais ces Gaulois, naturellement intrépides. Se d'ailleurs à l'abri de ses entreprises tant par leur éloignement que par les difficultés d'approcher de leur pays, loin de flatter sa vanité, répondirent froidement qu'ils ne craignaient que les deux, dant la chute pouvait les écraser; qu'au reste ils faisaient beaucoup de cas de l'amitié des grands hommes tels que lui. Cette réponse, quoique fière, plut à Alexandre qui, content de taxer les Celtes ou Gaulois de fierté &i d'orgueil, renvoya leurs députés avec des marques d'honneur 8c de distinction, les chargea de présens magnifiques, & mit leur nation au nombre de celles qui lui étoient alliées.
Il paroît que les Tectosages furent tranquilles sous le règne de ce prince; ce n'est du moins que peu de temps après sa mort que les anciens' nous parlent de leurs nouvelles expéditions. Ils nous apprennent qu'Antigonus, un des successeurs d'Alexandre, en prit une partie à son service sous le commandement "" \
V ers 1 ^ fl
d'un de leurs chefs appelé Biderius, & qu'il s'en servit utilement contre Anti- de Rome 4^2 pater , son concurrent, qu'il défit entièrement. Ils ajoutent qu'après cette défaite, les mêmes Gaulois, mécontens du relus qu'Antigonus fit de leur payer la solde dont ils étoient convenus, tant pour eux que pour leurs femmes 81 leurs enfans, menacèrent de faire mourir les otages qu'il leur avoit donnés; mais que ce prince, joignant l'artifice à la mauvaise foi, attira chez lui les principaux de leur nation, sous prétexte de vouloir les satisfaire, les fit arrêter, 8t ne voulut les relâcher qu'après qu'ils auroient relâché eux-mêmes ses otages; ce qu'ayant obtenu, il renvo) a les députés des Gaulois 81 leur donna seulement trente talens, ce qui revenoit à un écu d'or pour chaque soldat effectif.
Dans la suite, Cambaulus s'étant mis à la tête d'une partie de ces Gaulois*, Vers Tan fit des courses dans la Thrace, d'où, après un butin considérable, il jugea à de Rome ^(72 propos de se retirer, ne se croyant pas assez fort pour aller attaquer les Grecs, quelque envie qu'il eût de courir & de ravager leur pays, comme il avoit lait de celui des Thraces. Les autres Gaulois, animés par l'heureux succès des courses de ce général Se par l'espérance d'un pareil butin, ou, selon d'autres^, pressés An de Rome par la faim, formèrent, à son exemple, le dessein d'une nouvelle expédition 474 dans l'année"* qui suivit l'entrée de Pyrrhus en Italie, où les Tarentins l'avoient ^,'1°^^^^,' appelé. Ils assemblèrent une armée capable de porter la terreur jusqu'aux extré-
' Polyen, Stratagemata, 1. 4, c. 6. dans Carol. MuUer, Fragmenta hist. Graec. t. 3,
* Pausanias, in Phocic. p. 643 & seq. p. 525 528.
' Memnon, apud Photiiim, cod. 224,p.7ii;8t * Polybe, 1. 3, p. 6. — Voyez tome II, Note III.
AndeRome '4 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. I.
mités de la Grèce & la partagèrent en trois corps. On donna le cominandement du premier à Cerethrius, qui marcha aussitôt vers la Thrace 8c le pays des Triballiens. Les autres deux corps, commandés l'un par Brennus & Acichorius, &c l'autre par Belgius ou Bolgius, prirent leur route, celui-ci vers la Macédoine Se rillyrie, & celui-là vers la Pannonie Se une partie de la Grèce. Au bruit de la marche de cette armée également formidable par le nombre Se la férocité naturelle des soldats, la terreur se répandit dans les provinces, Se les Gaulois, profitant de la frayeur des peuples, désolèrent impitoyablement les campagnes, pillèrent les villes ou en firent racheter le pillage. Se forcèrent les rois mêmes de venir leur demander la paix ou de Tacheter à prix d'arfent.
Ptolémée Céraunus ', roi de Macédoine, fut le seul qui osa s'opposera leurs courses Se mesurer ses armes avec celles de Eelgius. Il refusa même le secours de troupes que lui offrirent les Dardaniens : sa témérité ne demeura pas longtemps impunie. Belgius lui fit bientôt connoitre qu'il étoit Se plus habile Se plus rusé que lui, lorsque, étant à la tête de son armée en présence de celle de ce prince, 8e voulant s'assurer de la qualité 8e de la contenance des troupes ennemies, il lui envoya de vrais espions sous le nom de députés pour lui demander la paix. Ptolémée, naturellement fier Se présomptueux, donna dans le piège dressé à sa vanité. Se regardant cette ambassade comme une marque certaine de la foiblesse Se de la crainte des Gaulois, répondit fièrement aux envoyés que leur chef ne devoit espérer de paix qu'en mettant les armes bas Se en lui donnant des otages. Sur cette réponse, si éloignée de leurs sentimens, les Gaulois se préparèrent au combat Se attaquèrent ce roi peu de temps après avec tant de valeur, que son armée fut battue à plate couture. Se la plupart de ses soldats tués ou faits prisonniers. La défaite des troupes de Ptolémée fut suivie de la prise de sa personne, occasionnée par l'éléphant sur lequel il étoit monté qui, se sentant blessé, le renversa. Les Gaulois se saisirent alors de ce ])rince,tout couvert des blessures qu'il avoit déjà reçues dans l'action. Se, par un trait digne de leur férocité, ils lui coupèrent la tête, la mirent au bout d'une pique 8e la promenèrent par tout le camp, pour animer par là le courage de leurs troupes Se jeter la terreur parmi celles de leurs ennemis.
Après une défaite aussi entière, la perte totale des Macédoniens, qui invoquoient inutilement les mânes d'Alexandre Se de Philippe, étoit inévitable, si le vainqueur eût su ou voulu profiter des facilités Se des avantages que lui donnoit sa victoire 5 mais, soit par négligence, ou par des motifs que nous ignorons, Belgius donna à ses ennemis le temps de se reconnoître Se de chercher quelque ressource à leur malheur. Les Macédoniens furent en effet assez heureux pour en trouver une en la personne de Sosthène, jeune à la vérité dans le métier de la guerre, mais à qui la sagesse 8e le désir de sauver sa patrie firent trouver le moyen de former un corps de troupes composé de nouveaux soldats, qu'il joignit à ceux qu'il put rallier après la défaite de l'armée de Ptolémée. Il se mit à leur tête 8e fit si bonne contenance, que les Gaulois, dont le dessein étoit
' Pausanias, in Phocic. p. 643 & seq. & Memuou, dpuJ Hhotiiim, cod. 224, p. 710.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. I. i5
An de Rome
moins de prendre des villes que de les piller, n'osant l'attaquer, prirent le ^'^^ parti de se retirer & d'emporter avec eux le riche butin qu'ils avoient déjà fait. Une action aussi généreuse Se un service aussi important rendu à la patrie méritèrent à Sosthène la couronne de Macédoine, que ses compatriotes lui déférèrent.
VI, — Expédition des Tectosages dans la Macédoine, sous la conduite
de Brennus.
Belgius , quoique victorieux de ses ennemis, ne reçut pas à son retour les applaudissemens que devoit naturellement lui attirer la victoire qu'il avoit remportée sur le roi Ptolémée. Brennus, qui ' étoit aussi de retour de son expédition, blâma tort sa conduite 8c lui reprocha de n'avoir pas profité de sa victoire. Pour réparer cette faute 8c soutenir la réputation des armes de la nation, Brennus convoqua une assemblée publique à laquelle, selon l'usage, assistèrent indifféremment les hommes 8c les femmes. 11 proposa le dessein d'une nouvelle expédition dans la Grèce ; 8c pour montrer que l'exécution en étoit aisée, il représenta d'abord la foiblesse 8c la misère des Grecs, réduits à l'extrémité par les guerres de Philippe 8c d'Alexandre, 8c en dernier lieu par celles d'Antipater Se de Cassandre. Il fit ensuite venir dans l'assemblée plusieurs Éd. origin. Macédoniens que Belgius avoit fait prisonniers, 8c qui s'étant présentés avec des habits déchirés, la tête rase Se un visage humilié , paroissoient autant dignes de mépris que de compassion. Brennus opposant à ces captifs une troupe de Gaulois des mieux faits, dit aux principaux de sa nation , en leur montrant les Grecs : Voilà les ennemis que vous avez à combattre Se que vous avez déjà vaincus. A tous ces motifs Brennus ajouta celui de l'intérêt, 8t pour piquer l'avidité naturelle de ses compatriotes pour le butin, il leur fit espérer de trouver des trésors immenses dans les villes 8c surtout dans les temples des Grecs. Ce discours, prononcé avec toute la vivacité Se l'ardeur d'un général qui veut persuader, fit tant d'impression sur toute l'assemblée, qu'on y prit la résolution de porter la guerre dans la Grèce Se de mettre l'armée en état de marcher au printemps suivant^.
Brennus, suivi d'Acichorius, fidèle compagnon Se témoin ordinaire de toutes ses entreprises, se mit à la tête de son armée, forte^ de cent cinquante-deux mille hommes d'infanterie. Se de vingt mille quatre cents chevaux"*. Ceux-ci faisoient plus de soixante mille hommes, car chaque cavalier étoit accompagné,
Pausanias, in Phocic. p. 644 & seij. — Justin, la forme rig ou rigs [rix, rtgis, rlges), qui figure à la
I. 24, c. 6 & seq. — Po\yen, Strattigemata,l.J,c.3'i. f..\ d'une foule de noms gaulois : Ambiorix, Dum-
' Voyez tome II, Note III. norix, Orgetorix, Cingetorix, Vercingetorix, &c.'.
Pausanias, in Phocic. p. 644 & seq. M. Zeuss l'identifie aux mots celtiques {cam-
* On lait que la plupart des philologues ne voient
plus aujourd'hui dans le mot Brennus {Gallice , Cette finale gauloise en rig repondrait elle-mCme aux
Brenn), regardé longtemps comme un nom propre, finales germaniques en rie. ricus [goth.' reikf, si communes
qu'un titre officel ou honorifique analogue au mot f^"* '" TrX'''''"r " ^'"""l,^"! Vandales & des Francs 1 1 /~ 1 (Alanc. rheodonc. Gensiînc, Hilpéric, &c.)- 'Voyez Ucob
latin rfxquelesGauIois possedaienteux-mcmeàsous Griuh. ùeuticlie Grammatik. pass.]
An de Rome
à l'imitation des Perses, de deux autres qui étoient comme ses domestiques, & dont, en cas de mort, de chute ou de blessure, l'un prenoit la place ou le cheval de l'autre. Cette cavalerie, qui combattoit ainsi toujours en ordre de bataille, portoit le nom gaulois de tnmarcisia\ parce que, dit Pausanias, mar, en langage gaulois, veut dire cheval, & trimarcisia triple cavalier. Cette armée étoit suivie de deux mille chariots^, outre les bagages 8t les vivandiers.
De tous les différens peuples des Gaules qui composoient l'armée de Brennus, les historiens^ ne font mention que des Tectosages, des Trocmes &c des Tolistoboges. Ces deux derniers peuples tiroient leur nom de leurs chefs, & non pas de leur ancienne patrie ; & comme ils avoient les mêmes mœurs 8c le même langage que les Tectosages, on peut croire fort vraisemblablement ou qu'ils en faisoient partie, ou du'* moins que leur ancienne demeure dans les Gaules étoit voisine de celle de ces mêmes peuples^. Les anciens nous donnent lieu aussi de conjecturer qu'une partie de ces derniers étoient venus immédiatement des Gaules, joindre leurs compatriotes dans la Pannonie pour partager avec eux la gloire de cette expédition. Quoi qu'il en soit, la marche de l'armée de Brennus porta la terreur dans toute la Grèce. Les Grecs, épouvantés du nombre & de la valeur des Gaulois & persuadés que cette guerre , bien plus dangereuse que celle qu'ils venoient de soutenir contre les Perses, seroit également fatale à leur liberté & à leur patrie, frappés d'ailleurs des maux récens que ces mêmes Gaulois avoient faits , soit dans la Thrace, soit dans la Macédoine, la Pasonie, St la Thessalie, & voyant eniîn que leur unique salut étoit de n'en point espérer, prirent la généreuse
briens) : brenin, breenhin, brennhin, brennin [Privileg. eccîes. LanJav. in libr. Laniav. [rédigé en iiBi], p. 1 i3), aujourd'hui brenin, iL le rattache étymologiquement à l'adjectif bry (Hibernice : brig ; inde, brigit), que les dictionnaires celtiques traduisent par altu! (éminent, élevé), & aux substantifs bryn, brynn [collis, subllmitas, — colline, éminence, hauteur), auxquels se rattache à son tour le substantif breint (liv. Landav. p. i i 3), bryeint employé dans le sens de privilegium, privilège, marque de puissance & d'autorité au moyen âge. (Voyez J. C. Zecss, Grammat. celt. Lips. i853, pp. loi, 162, 1.07.) [E. B.)
' ToÛTO i>'4(i\xoX,m xb aJvta-'ixoc Tpi|Ji3;pzt!jiav tî) ir.v/iop(co fptovr] • xa'i \t.t.w t'o ôvoaa Iîtuj t'.ç [J.cïp/.xv ôvTa u;:b Tôiv KeXtwv (Palsamas, 1. To, C. 19, édit. Ludov. Dindorf. Paris, i8i(5). Pausanias ne dit pas dans ce texte que le mot celtique trimarkisia s'appliquât à la cavalerie des Gaulois, mais au mode de combattre, oiJVTaYfise adopté par cette cavalerie, où chaque cavalier, i-nsù;, représentait en réalité trois chevaux, puisque chacun des deux servants [ambacti, Sou).oi, 'n/.itat) était monté comme le maître (y.a\ t;;7:ou; 6;jio!w; i'/ovtcç). — Quant au mot trimarkisia, que l'on a plusieurs fois essayé de corriger, nous
ferons remarquer qu'il est écrit par un 7. (comme le mot [j.sfza dont il est dérivé) dans les manuscrits les plus anciens & les plus corrects. La syllabe tri, qui précède le composé marhisia, est incontestablement un nom de nombre ' qui s'est conservé sous la même forme dans tous les dialectes celtiques du moyen âge : tri au masculin, teirau féminin, 8c que l'on réunit encore au substantif qu'il modifie de manière à former un seul mot avec lui : tripet [très res); trimis [trei menses) ; trimeib [très filii) j nant trineint [vallis trium vallium') j teirnossic [très noctes natus) ; mab teirblwyd (puer très annos natus^ Zecss. Gramm, celt. p. 325, 320 & passim. [E. B.]
' Diodore, Fragm. t. 2, p. 870.
' Cicéron, pro Fonteio. — T. Live, 1.38. — Strabon, 1. 4, p. I 87 & suiv.
■* Voyez tome II, 'Note II, n. i3 8c suiv.
^ Ibid. Note IV, n. I.
' Analogue au tri des Grecs (tpîa, rpiûv, -rpuri. qui se retrouve dans les composés ifi;. Tpij^oi, Tpi;îj, Tptaxaiiixd. TpiixovTtt,
Tpto5o;, Tftvwïo;. TfliTov;. Tfliîatî, tf^tW,;, &c.), au ter {tri) des latins ( tria, trium, tribus, d'où les composés triplex, triarius, Iriginta, trigeùmus, triga, triduum, triclinium, triceps) , au drei (dri) des Allemands {Jritte. drittel, dritten, drillich, &c.).
' An de Rome
résolution de vaincre ou de périr en s opposant aux efforts de leurs ennemis , &c ''^" en leur disputant l'entrée de leur pays.
Le roi Sosthène, se flattant d'arrêter Brennus comme il avoit fait auparavant pour Belgius, eut le courage de venir au-devant des Gaulois, lorsque ces peuples, après avoir ravagé l'Ionie & l'Illyrie, comraençoient d'entrer dans la Macédoine; mais ce prince fut repoussé avec tant de valeur que son armée fut mise en déroute, &. lui-même tué dans l'action. Les Macédoniens, frappés de la perte de leur roi & de leur général , 8c regardant la leur comme infaillible s'ils vouloient soutenir encore un nouveau combat 8t faire front aux Gaulois (|ui les poussoient vivement, prirent alors le parti de se retirer dans les places fortes 8c de leur abandonner la campagne.
Quelque riche que fût le butin que Brennus fit ensuite avec son armée, il en avoit d'autres en vue qui lui parurent plus dignes de son ambition 8c de l'avidité de ses soldats pour l'argent. C'étoient les trésors des temples de la Grèce, 8c surtout les richesses immenses de celui d'Apollon de Delphes, dans la Phocitj^e. Le désir de les envahir lui fit prendre la résolution d'y conduire son armée; 8c, comme s'il en eût été déjà le maître, il disoit par plaisanterie que les dieux pui^sans Se ri:hes d'eux-mêmes n'avoient pas besoin de tous ces trésors destinés à enrichir les hommes. Pour s'assurer cependant de la vérité ' Ik de la qualité des richesses de ce temple, il fit appeler quelques Delphiens prisonniers. Se leur ayant demandé en particulier, par un interprète, si les 'i'^i^p'^y" statues du temple de Delphes étoient d'or massif, ils répondirent que le fond étoit de ter 8c la surface d'or. Brennus, peu satisfait de cette réponse, leur défendit d'en parler 8c leur commanda de dire le contraire dans le conseil de guerre où il les fit appeler. Ils s'y rendirent en effet, 8c ayant été interrogés sur le même sujet en présence des généraux, ils assurèrent que toutes les statues du temple d'Apollon étoient d'un or très-pur. Brennus, contentde cette seconde réponse , leur ordonna de la publier dans tout le camp, afin d'animer par là ses soldats à l'enlèvement de ces richesses; Se se mettant au-dessus des^ scrupules que la religion auroit pu lui inspirer, il prit la route de Delphes par la oie la plus courte, qui étoit celle des Thermopyles.
VU. — Passage de Brennus par les Thermopyles.
Les géographes donnent encore aujourd'hui le nom de Thermopyles à un co. de vingt-cinq pieds de large, situé à une des extrémités du mont Oeta Se qui regarde le goite Malliac|ue 8c la mer Egée. Comme cette montagne sépare la Thessalie de la Phocide 8c de l'Achaïe, ce passage est d'autant plus important que c'est le seul par lequel ces provinces peuvent aisément communiquer ensemble. Les Grecs, qui connoissoient l'avantage de ce poste, eurent soin de s'en saisir les premiers, pour défendre du moins à Brennus l'entrée de la
' Polyen, Slri:!a~cn:.Tla, 1. ''.c. 33. ' Paiisinias, in Pkocic. p. 644 & seq.
, , „ i8 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. I.
An de Ronc
Grèce intérieure; ils s'y campèrent au nombre de vingt-trois mille hommes de pied Se de trois mille de cavalerie, y compris les troupes auxiliaires qu'Antigonus, roi de Macédoine, successeur de Sosthène , & Antiochus, roi de Syrie, leur avoient envoyées. Le reste étoit un ramas de divers peuples de la Grèce dont chaque province avoit fourni son contingent; ceux du Péloponèse ne se pressèrent pas d'envoyer' le leur, parce que, les Gaulois n'ayant pas de flotte, l'isthme de Corinthe sembloit les mettre à couvert de leurs insultes. Les Atliéniens^ étant de tous les peuples de la Grèce les plus distingués S<. ceux qui firent le plus d'eftorts pour le soutien de la cause commune , soit par les troupes de terre qu'ils fournirent, soit par la flotte qu'ils équipèrent, on leur déféra l'honneur du commandement de toute l'armée, sous la conduite de Callipus, leur général.
Les Grecs, informés ensuite que les Gaulois^ s'étendoient vers la Magnésie & la Phtiotide, & s'avançoient vers eux , détachèrent d'abord mille soldats armés à la légère, avec la meilleure partie de la cavalerie, pour retarder leur marche & leur disputer le passage du Sperchio. Ce détachement, étant arrivé aux bords de cette rivière, rompit aussitôt les ponts que les Gaulois y avoient déjà construits, &. campa ensuite en face de leur armée qui étoit de l'autre coté : mais Brennus, dont la ruse égaloit l'expérience dans le métier de la guerre , détacha durant la nuit dix mille hommes de son armée, parmi lesquels il choisit ceux dont la taille étoit la plus avantageuse, 8i qui savoient le mieux nager, avec ordre de côtoyer le Sperchio & de le passera l'endroit où, s'élargissantSc formant uneespècede lac, il étoit moins rapide & moins profond. Ces Gaulois passèrent ensuite cette rivière, les uns à gué St les autres sur leurs boucliers, qui, étant recourbés en forme de tuile creuse, leur servoient comme de bateaux.
Les Grecs, surpris d'apprendre le lendemain matin le passage des Gaulois, 8c n'osant les attendre ni s'exposer à leur attaque, se retirèrent aussitôt dans leur camp des Thermopyles, en sorte qu'après leur retraite il fut aisé à Brennus de faire passer le Sperchio au reste de ses troupes, sur un pont qu'il fit dresser par les gens du pays"^. Dès que l'armée gauloise eut passé, £<. qu'elle eut fait le dégât aux environs d'Héraclée, Brennus, ayant eu avis par des déserteurs de l'état de celle de ses ennemis, se mit en marche dans le dessein de l'attaquer Se de forcer le passage des Thermopyles; mais prévenu parles Grecs qui, dès la pointe du jour, s'étoient avancés en bon ordre & sans bruit, il fut assailli lui-même. L'infanterie grecque commença l'action par l'attaque de celle des Gaulois, qui soutint d'abord avec beaucoup de vigueur le choc de la phalange ennemie pesamment armée, la mit en désordre & l'obligea d'abandonner le combat. Le reste de l'infanterie grecque, armé à la légère, combattit cependant de son côté avec tant d'ordre & de valeur, que la gauloise se voyant accablée d'une grêle de dards, de flèches Se de pierres^ fut obligée enfin de céder à son t. \,"p.^î"'. tour. L'inégalité du terrain, que la gorge d'une mont^igne rendoit fort difficile
' Paiisanias, l'n Arkaic. p. ^c3. ' Pnusnnia;, m Phocic. p. 6;,; Si so-j
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ffISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. î. ir,
8c un grand nombre de sources très-glissant, ne permit p^as à !a cavalerie des deux armées d'agir Se de soutenir leur infanterie. Ainsi, celle des Grecs, ranimant son courage à la vue de la flotte des Athéniens, qui, malgré la vase dont la cote étoit remplie, s'étoit avancée assez près des Gaulois pour les incommoder, les poussa si vivement £<. les mit dans un si grand désordre que Brennus tut obligé de faire sonner la retraite : elle se fit avec tant de précipitation que plusieurs Gaulois périrent dans les marais qu'ils voulurent traverser, ou s'y culbutèrent les uns sur les autres. Ces peuples furent sans doute d'autant plus sensibles à leur défaite, qu'ils avoient sur les Grecs, mieux, armés qu'eux, la supériorité du nombre Se du courage ; en efret, devenus comme insensibles dans l'ardeur du combat, on les avoit vus quelquefois arracher eux-mêmes les dards de leurs blessures pour les rejeter avec fureur contre les Grecs : mais, comme ils n'avoient pour toutes armes défensives que leurs boucliers, ils furent exposés à tous les traits de leurs ennemis, qui par leur armure étoient plus à l'abri des traits des Gaulois. Le lendemain de l'action, les Grecs, extrêmement religieux à l'égard de leurs morts, prirent un soin particulier de les faire enterrer; au rapport de l'historien grec, les Gaulois, moins pieux, ne demandèrent point de trêve pour retirer les leurs Se leur rendre les mêmes devoirs. La perte des premiers ne fut, suivant le même historien, que de quarante soldats, t-indis que celle des aat.es fat très-considérable ; on ne put savoir le nombre des morts de ces derniers, la plupart ayant péri dans les marais.
Le septième jour après cette action, les Gaulois tentèrentd'une autre manière le passage du mont Octa, en prenant sans bruit, & à l'insu des Grecs, un sentier étroit qui étoit du coté d'Héraclée 8c qui aboutissoit aux ruines de la ville de Trachines, au delà de laquelle étoit un temple de Minerve, dont ils se promettoient d'enlever les richesses; mais la vigoureuse résistance que hrent les troupes grecques ([u'on avoit détachées pour la garde de ce passage, sous la conduite de Télésarchus , qui fut tué dans l'action, rit échouer l'entreprise ik rendit cette tentative inutile.
Ces mauvais succès ne firent point perdre aux Gaulois l'espérance de forcer le passage du mont Oeta à la faveur d'une diversion. Brennus détacha pour cela quarante mille fantassins St huit cents cavaliers, sous le commandement d'Orestorius £<. de Combutis, deux des plus vaillans capitaines de son armée, avec ordre d'aller ravager l'Étolie, afin d'engager les Etoliens qui étoient dans l'armée des Thermopvies de l'abandonner pour courir au secours de leur patrie. Brennus fut exactement obéi : cette province fut désolée 81 livrée à la fureur du soldat. La ville de Caiiion l'éprouva plus que toute autre. Tous les hommes y furent massacrés avec presque tous les enfans dont plusieurs turent enlevés d'entre les bras de leurs mères; les Gaulois en réservèrent seulement quelquesuns pour en faire un repas digne de leur férocité. Les femmes ne furent pas mieux traitées que les hommes; les plus courageuses aimèrent mieux se donner la mort que de tomber vivantes entre les mains des Gaulois; mais les autres, plus foibles, euren» ie malheur de devenir les victimes de leur tureur, aprè~. l'avoir été de leur brutalité.
An de Rome
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