XI. — Scordisqiies, peuples Tectosagcs
Peu de temps' après l'établissement de ces Gaulois, une partie sedétacliapour retourner dansée canton de la Gaule dont ils étoient originaires, c'est-à-dire dans le pays des Volces Tectosages : mais plusieurs d'entre eux, conduits par le général Bathanatus, passant dans la Pannonie au confluent du Danube 8t de la Save^, & trouvant ce pays à leur gré, s'y arrêtèrent &. s'y établirent sous le nom de Scordisques.
' Justin, 1. 02, c. 3. — Athénée, I. 6, p. 2^^. — T. Live, Epitomc, 63. — Strabon, 1. 7. — Voyez Freinshemius, ad lib. 63 T. Livii, n. i & 3.
' Les Paeones que l'on retrouve aux temps historiques confinés dans le pays montagneux que dominent les crêtes de l'Orbelus & du Rhodope, entre les sources de l'Axius, du Strymon & de l'Hèbre, étaient voisins & probablement parents du grand peuple des Thraces '. Strabon nous apprend, en efi'et, que des écrivains très-dignes de foi les regardaient comme descendus des Phrygiens firio'zo'j; <I>pu- ■j'Civ, Stbab. 1. 7, Fragm. 38, Excerpt. Vatican.)^ c'est-à-dire comme originaires de l'Asie Mineure à l'époque oii les Phrygiens y dominaient. Eux-mêmes se regardaient comme une fraction du peuple des Teucriens, qui avaient passé en Europe avec les Mysiens, quelque temps avant la guerre de Troie, & soumis la plupart des peuples Thraces ou Pélasgiques du littoral, depuis le Bosphore jusqu'à la Thessalie'; ce qui explique assez bien comment on les retrouve au temps de la guerre de Troie, non point dans le camp des Grecs, mais dans l'armée des Troyens qu'ils étaient venus secourir de fort loin, comme le remarque le poëte ...h. llaioviriÇ Ipië'.ôXo'j iriXiiO' io'Jar;; [II. 21, v. i55).
Ils habitaient à cette époque la vallée fertile de l'Axius au centre de la future Macédoine, dont les plus anciennes populations leur sont restées longtemps soumises'. On montrait encore, au temps de
' 0.1 a lemarqué plus d'une fois que la P.x'onie confinait du côté du nord avec la Pannonie, dont elle n'était séparée que par la chaîne de l'Hx.nus (les Balkans). Le nom de? Paniioniens (na-.vivi;; en latin Pannoiiii), présente liii-mé.ne une assez grande alfinilé avec celui des Pa'ones, qui paraît avoir changé de lieu en lieu, sinon d'épo.iue en épo.iue, (naiovi;; ntî.àv'jvtî fl Pe/j:,^OHifl, un desdis'rictsdela Péonic; ni>.Y;voviç. a Pc'lei^oni', le îiéros épouyme du peuple qui ne compte chez Homère que deu>; gé.iérations ; nio'.^l'/i, Herod, 1. 5, c. i5.) Appien, qui parait confondre les deux peuples, désigne encore le> Pannonienssous le nom de Pîcones. (Éetl. civ. 1. 3, c. 34.) 11 faut reconnaître pourtant que cette assimilation, assez probable à ces divers litres, soulève de plusieurs autres cô es des objections Si des difficultés dont la discussion nous entraînerait trop loin.
^ .•■M/ÎTt Tov M'jffi'tv Tt jtai Tevzfwv, xiv îipo ttûv Tpo)ïxiôv ^evi[xtvov 0I 5i.ïÇ'7,v::; i; Tïjv Ejp»-iTijv xarà B'iffTtopûv -o-jç te Opvjixaî xarcTTot- <^av-.ù tAi'T^--- l'i/.pi ■" nr,vf.!Jîi T.r,zait.a~j. (HeIÏOD 1. 7, C. 20.)
3 Kat irà'Aai xa'i v'jv 01 nalovtî œaWovTai lîo^Xf/. tT|( viv MojtcS'.vla^
Strabon, sur une hauteur voisine du fleuve, l'enceinte de l'antique Abydos { '0[J.TÎj/0; 8' 'A|j.u5âiv« xiXïi, Stuab. 1. 7, Fragm. 21), qui passait pour avoir été anciennement leur ville ou leur forteresse royale *
TtJXoOsv i? 'A|J:uot!)'ioç, i'-' 'Aî'.nu sipufdovt'j; (II. B. v. 849.)
A l'ouest, ils s'étaient étendus de proche en proche jusqu'à la rive droite du Strymon, dont ils cultivaient encore, au temps d'Hérodote, les terres déjà riches en blé. C'était de là qu'ils avaient refoulé, comme nous l'avons dit (voir la note précédente), les Thraces Thyniens & Bithyniens, établis depuis sur la côte d'Asie '.
Mais le temps, le climat & un genre de vie tout nouveau avaient effacé chez eux (à la polygamie près) les habitudes orientales que l'on retrouvait encore chez les Thrakes du Pont-Euxin, arrivés plus anciennement en Europe. En contact ou en lutte incessante avec des peuples barbares, dont quelquesuns, les MakeJnes, par exemple, s'agrandissaient à leurs dépens, & avec les villes grecques de la côte qu'ils tenaient en échec jusqu'au delà de l'Helie:pont (HekoI). 1. 5, c. 1), ils étaient deventis guerriers, farouches, pillards à l'occasion, 8c les plus anciens témoignages nous les représentent sous les mêmes traits à peu près que les Pannoniens & les Thraces avec lesquels ils confinaient, vêtus l'été de sarraux de lin ou de chanvre que filaient leurs femmes (Herod. 1. 5, c. 1 2), chassant l'hiver le bison dans les grandes forêts de leurs montagnes (Paisan. 1. 10, c. |3), & buvant de la bière d'orge dans des cornes de bœuf^, comme le faisaient encore au temps des Carlovingiens nos paysans des Ardennes & des Vosges. Les plus puissantes de leurs tribus avaient des villes ou des enceintes de refuge sur les hau-
xaTtff5JT,)tÔTtç.-. xai KpïjffTwvliv xtti M.jv.îd-.tîa ràffav... TStraB., I. 7,
Fr.ii^m. 41, Excerpt. Vatican.)
* Peut-être le vie.ix château de Prusak. près de Gradiska. (Tafel. Strao. Fra^m. Vaiîc.)
Toii 'EXXr.iTTï'ivToy. (Herod. i. 5, c. i3.)
fi 'Exaiato;.-. Haiovôç çr^ai « rivt'.v pp-JT^v âzô xwv xaiftûv. x (HeCAT.
Ap. Athen. 1. 10, c. 67, p. 4+7.) — Celle des Pannoniens s'appelait la Sabaia, comme nous l'apprennent Dion Cassius, 1. 49, c. 36, & Ani nien .Marccllin, 1. 26, c. S.
Un ancien ' historien assure que la route que prirent ces Gaulois, pour se rendre dans ce pays, s'appeloit encore de son temps le ch.emin de Bathanatus, & qu'on nomma ces mêmes Gaulois, Bathanates, du nom de ce général. Cet auteur loue beaucoup le mépris que les Scordisques faisoient de l'or, mais il invective en même temps contre leurs brigandages. Ces peuples étendirent, en eftet, leurs courses dans la Pannonie 8c dans une partie de la Thrace, 8< s'étant ensuite mêlés &. confondus avec les naturels du pays, ils portèrent leurs armes chez les j)euples voisins, & firent des courses dans l'IIIvrie, & jusque vers rister ou l'embouchure du Danube dans le Pont-Euxin.
Dans la suite, les Scordisques avant tait une nouvelle irruption dans la Macédoine, dans le temps que les Pvomains en étoient les maîtres, ces derniers
An de Rome
teiirs (... tÎ; rô),ia; xj-iôv, Herod. 1. 5, c. i5), & cullivaient dans les bas-fonds les rares céréales de leur pays, l'orge & l'avoine dont ils faisaient leur bière fermentée, & le robuste millet, qui formait le fond de leur nourriture. II est à peu près certain qu'ils n'ont connu que fort tard la vigne & son fruit divin, quoiqu'ils rendissent aussi un culte particulier au Aiivuio; des Thrake', désigné chez eux sous le nom barbare de Dryalus (Hesych. su* voce) ' . Plusieurs de ces tribus avaient, comme chez les Thraces, des familles royales & souvent des rois dont les soeurs filaient le lin & la laine (/.Àrf/Jo'jîav V.tm. Hêbod. 1. 5, c. 12), dans les maisons de bois qui leur servaient de palais, & ne dédaignaient point d'aller puiser de l'eau à la fontaine dans des jarres de terre, qu'elles rapportaient sur leur tête (i</. th.). Mais les plus pauvres vivaient encore en partie dechasse&de pèche, commeaux premiers âges de la vie barbare, dans des huttes de bois ou de torchis, construites souvent au bord des lacs, sur un plancher à fleur d'eau qui communiquait avec le rivage, au moyen d'un pont de bois étroit (... Ëioîov 5T£tvf,v [A'.î) f îyjf »i 1 HtROD. 1. 5, c. 16), que l'on repliait à la moindre alert;. Le village sur pilotis du lac Prasias (aujùurd'hui Le Takino?j qu'Hérodote nous
? Les femmes pxoncs & thraces adoraient, dit Hérodote, la Diana re^'lnj , dont le culte parait s ttrc r(:pandu de l'Orient en Occident au second & au troisième siècle de l'Empire. (Herod. I. 4, c. 33.)
* Chaque famille, ou plutôt chaque femme, car tous les maris en possédaient plusieurs (..Tvj^và^ Ywau^î , Herod. I. 5, c. 16) qu'ils achetaient, comme les Germains (HtROD. I. 5, c. û), avait sa chaumière (x«aûSt„ ij, c. 16), que l'èpouseur construisait lui-même en allant couper dans les forets de lOrbcIus trois pieux qu'il devait enfoncer à ses frais & non plus aux frais de la commune, comme on le faisait antérieurement (..Mtvè «âvxtî «'v i:oXt>,Tai, i.^ ib.). Les chevaux & les bctcs de somme (autre détail caractéristique) y vivaient dans l'intimité des gens de service #( des enfants que l'on attachait le jour devant les huttes avec une corde de chanvre pour éviter les accidents Chaque cliaumifte .'ivait son puits ^ son évier audjssous d'elle, grâce à une porte en châssis pratiquée d.nns le plancher qui ouvrait sur le lac, & le poisson, attire à so'i tour par ces débris du cuisine, comme on les appelle encore en Danemarck, devenait tclldient abondant aux abords du vil-
décrit d'une manière si pittoresque* & si précise tout à la fois, est probablement le plus ancien exemple connu de ces habitations lacustres' si longtemps en usage chez les peuples barbares de l'Occident, dep.iis les lacs de la Suisse, oii nous en recherchons aujourd'hui les emplacements & les vestiges, jusqu'aux bords de la mer du Nord, où César avait peine à atteindre les Morins & les Ménapiens dans les îles factices de leurs marais (Ces. 1. 3, c. 28; 1. 4, c. 38)'°. Les Phrygiens de l'Asie Mineure, les père: ou les ancêtres des Paîones, se creusaient, eux, dans les flancs de leurs montagnes, des habitations 8c même des villes souterraines, dont l'étendue & les formes monumentales paraissent avoir vivement frappé les voyageurs les plus récents". Il n'est guère possible de douter que ce vieil usage n'ait passé aussi de l'Orient en Occident, en suivant le plus souvent la vallée du Danube, le seul des grands fie ives européens liont /es iouches s'ouvrent du côté de l'Orient ( ::f b; £'jf ov (2vî|j:ov tÔ azi-xoL -£xpa|A;j.Évo; , Héhou. 1. 4, c. 99), sur la mer que paraissent avoir tournée & côtoyée la plupart des populations européennes. [E. B.] ■ Athénée, 1. 6.
lage, qu'il suffisait d'y jeter un panier de corde pour l'en retirer rempli. Les bestiaux finissaient par en manger eux-mêmes, dit I historien, & devenaient troglodytes en temps de siège au moins, comme le reste des habitants. (Herod. I. 5, c. 16.)
* Car il remonte à l'an 5i3 ou 5i2 avant notre ère, époque de la grande expédition de Darius en Scylhie & de ceKe de Mégabaze en Thrace. (Herod. 1. 5, c. 16.)
"» Les grandes villes sur pilotis des Bataves (Amsterdam, &c.) & celle des Héuitcs (^Henetia, Venetia, Vene;ia, l'enise), dans les lagunes de l'Adriatique, ne sont évidemment que des habitations lacustres où les palais de marbre ^ les maisons de brique ont pris la place des chalets & des chaumièr. . c'esl-à^ire le dernier mot d'un us:ige qui remonte trèshaut ^ qui vient d'assez loin, comme on le voit.
" ■■' « is songeons ici à la grande ville souterraine de Bo{jhagUi^uî. la Babylone des Phrygiens, entre i'Halys et l'Iris. dont .MM. Texier (Uescr. de I Asie MiiK.:re. Paris, 1X29. p. 210) & Hamilton {Kesearclies in Asia minor.l. 1, p. 307) ont décrit les galeries & les salles sans fm, les temples t!\ les palais creusés dans le roc, & ornés extérieurement d'immenses bas-reliefs comme ceux des palais de Ninivc, mais sans trace cette fois d'inscriptions cunéiformes ou autres.
An de Rome
Éd. orîgîn.
prirent occasion de porter la guerre dans leur pays, tant pour arrêter leurs entreprises, que pour punir leur inhumanité à l'égard des prisonniers de guerre, qu'ils avoient la cruauté de sacrifier à Mars & à Eellone. Cette guerre ne réussit, cependant, ni à l'avantage des Romains qui furent battus, ni k la gloire du consul Porcins Cato, leur général, qui l'entreprit l'an de Rome 640, 8t qui y périt avec toute son armée. Cet échec des Romains anima les Scordisques à continuer leurs incursions & leurs ravages dans les terres de la République ; mais deux ans après, M.Drusus, autre consul romain, plus heureux que le précédent, les ayant attaqués, les repoussa 8c les força de se contenir dans les bornes de leur demeure , c'est-à-dire au delà Se à la gauche du Danube '. C'est tout ce que les anciens nous apprennent de cette partie des Tectosages connus sous le nom de Scordisques, que l'empereur Tibère^ réduisit enfin sous la domination de l'Empire romain avec le reste de la Pannonie.