‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 211 sur 553 · X. — Etablissement des Gaulois Tectosages dans la Thrace · texte numérisé non relu

X. — Etablissement des Gaulois Tectosages dans la Thrace

Ceux d'entre ces Gaulois qui prirent la route de l'Hellespont 8c qui avoient à leur tête le général Commontorius, enchantés des beautés du voisinage de Byzance, y fixèrent leur demeure, 8c laissant à leurs autres ^ compatriotes dont Éd. origin. nous parlerons bientôt la gloire dé subjuguer une partie de l'Asie, ils entreprirent de leur côté la guerre contre les Thraces'*, qu'ils soumirent à leur domination,

■ Pausanias, in Phocic. p. 6^4. & seq. jusqu'aux détroits de l'Hellespont & du Bosphore ' Voyez tome II, Note III, n. 3. de Thrace, comme on l'appelait de leur nom'. Il

IBiJ. Note IV. est même impossible de douter qu'Us n'aient dépassé

Polybe, 1. 4, p. 3i/(. — T. Live, l. 28. — Jus- plus d'une fois ces limites, & que leurs populations

tin, 1. 32, c. 3. n'aient reflué aussi sur le continent tout voisin de

■ Polybe, 1. 4, p. 3i3. l'Asie Mineure, où les Thyni, les Bithyni, les Ma- " Les Thraces, dont l'histoire se trouve ici mêlée

à celle des bandes gauloises égarées en Orient, ' Ils confinaient à l'ouest avec la MacéJoine qu'Hcicatdc re-

paraissent avoir habité de temps immémorial la gardait encore comme une partie de la Thrace (Fm^'m. 1 1 5,

,,j. „i„;„, 1. .' j 1 1 edid. C. Maeller), & avec les populations illyiiennes de

grande péninsule montagneuse qui s étend le lone i. , j - .■ j . , r» t ■ j. ■ ■ • .

" '^ 6 ^"•' 1"' ^ >•'>•"" '>• '^"'6 I Adriatique, dont les Pœones, Teucnens d origine, avaient

du Pont-Euxin , depuis la rive droite de l'Ister fini par les séparer.

An de Rome

s'établirent dans leur pays, St choisirent la ville de Tule pour capitale de leur nouveau royaume.

Commontorius, général Se premier roi de ces Gaulois, animé par l'heureux succès de ses armes, les porta ensuite dans les terres des Byzantins. Ceux-ci, pour se racheter du pillage St prévenir le ravage de leurs campagnes, s'engagèrent alors à lui payer un tribut annuel, qui ne tut d'abord que de quatre ou cinq mille écus d'or par an, puis de dix mille, & enfin de quatre-vingts talens.

rianiyni des bords du Sangaruis étaient regardés par tous les anciens comme Thraces d'origine. (Stbai). 1. 7, c. 3, 5 2.) Xanthus le Lydien, que suit ici Strabon en le citant quelquefois (1. 1 4, c. 5, J içj), plaçait ces invasions immédiatement après la guerre de Troie fiiEià li Tpw'.xi). Il est certain au moins qu'aucun des peuples Thraces dont nous venons de parler ne figuresous son nom dans les poèmes homériques rédigés à une époque plus récente encore. Le plus puissant 8c le plus connu de tous, les Bithyni racontaient eux-mêmes qu'ils avaient habité en Europe sur les deux rives du Stryraon, d'où ils avaient été chassés par les Teucriens & les Mysiens ', venus, eux, d'Asie en Europe, avec d'autres populations de race phrygienne qui dominaient alors en maîtresses sur les rivages des deux continents.

Au temps d'Hérodote, avec lequel commence ce que l'on pourrait appeler leur âge historique, les ThrakesoulesThrékes (BpàzEç, HoM. & HéC; fiprîziç, Spr^ixeç, HEl\OD.;6p3/.Eç,;io55.),se présentent encore» noihS comme un grand peuple franchement barbare, quoiqu'ils eussent déjà des villes ou des enceintes murées sur les hauteurs [rSktxç, oppida, Hecat. & Herod. pass.'), une industrie grossière comme leurs besoins Scqu'ils cultivassent les céréaLs & la vigne, connue en Thrace dès le temps d'Homère (//. I, V. 72). Eux-mêir.es semblaient avoir oublié l'époque éloignée, il est vrai, où ils passaient pour un des peuples les plus puissants & les plus civilisés da l'Europe^, aux yeux des Hellènes eux-mêmes qui leur enviaient alors leurs aèdes 8c leurs musiciens [Orpheus, Thamyris, Eumolpos) ', 8c qui leur

■ Oyxot SI SlaëàvTEÇ t? tïjv 'Aiiijv ix^ijCiuffav lîiO-jvot, -ïô 5i irfÔTtfov ixaXiSvîo, wç o-jT'jWiY^"*"^' STfujxivi^i, olxiovTt; irÀ ÏTpyjtdvi ■ t;ŒvaffTiival Si çaffi il iiHwv yrô Tivxfûv te xoi Muuûv. (Herod. 1. 7, C. 75,) — ... xai Ma'.SoSiB-jvoi xa'i B-.S-jvol xai 0yvoi, Sûxw Si xal to'jî Map'.o'^- Suvo*!»; ■ ovtol fiiv ovvTiXlw? ix),t7,oi-a9i TtâvTt; tyjV E'JçûjTCïiv. (StraB. 1. 7, C. 3, § 2.)

3 Elles s'appelaient Pfta dans leur langue ; ^plav -(àf tt^v T.i'Kiv oaffL ef«x£ç. (NicoL. Damasc- Fragnj. I. 5. Fr. 45.)

* L'historien les appelle encore un trci-^, r:ind peuple, le pîus grand peuple de la terre après les Indiens (ïOvîi; -^{vistov jttTà ït 'IvSo'j; TwvTwv dvOpwTiwv. Herod. 1. 5, c. 3), assertion qui pourrait s'expliquer, il est vrai, par des idées systématiques sur la géographie de l'ancien continent, que l'on divisait quelquefois en quatre parties au lieu de trois : l'Asia, la Libye, l'Europe & la Thrakè. (Voyez Andron chez Tzetzes ad Lycophront. v. 894, & Eustath. ad II. c. 9, v. i5, p. 732, Rom.)

î La xtûàpa (/.-jfï;) sur laquelle cliantaieut ces acdes (xiOofwSoi,

ont certainement emprunté plusieurs de leurs institutions & de leurs croyances religieuses*. Ils étaient divisés, comme les Celtes & les Germains, en un grand nombre de tribus distinctes & souvent ennemies (o'jviaata -oXX4 . . .zaïà yiôpa;, Hekod. 1. 5, c. 3), car la guerre était, avec la chasse, une de leurs occupations favorites. Mais les Grecs qui avaient voyagé dans leur pays avaient été frappés du caractère oriental que présentaient encore plusieurs de leurs usages, même dans les tribus du Nord où la polygamieétait consacrée par les lois (i'yEipvîîxa; È'zïîTo; -ùÀXi;, id. ih.) & la prostitution pratiquée sans déshonneur par les jeunes filles'. Les femmes du mari mort se disputaient, comme dans l'Inde, l'honneur d'être enterrées à ses côtés, 8c ce n'était point sans un sentiment d'orgueil que la plus digne recevait sur le tombeau du défunt, de la main d'un de ses proches, le coup mortel qui devait la rejoindre à lui (TOayOsfaa oè o-jvOâ-TSTai -m avop(, ii. ih.). Ces tombeaux, qui n'étaient en Thrace, comme en Phrygie 8c en Lydie, que des éminences factices [tumuli) entourées d'un cercle de pierres brutes ou d'un mur de grandes pierres taillées', & l'usage presque général chez les anciens Thraces d'enterrer les morts au lieu de les brûler, comme le faisaient les Grecs, paraissent avoir été communs aux plus anciennes populations de l'Europe 8c de l'Asie Mineure, dont les Thraces formaient pour ainsi dire le trait d'union, comme les grands festins, les combats 8c les jeux funèbres qu'ils célébraient en mé-

xîOof.^av) était regardée souvent comme d'origine thrace. ' (Plutarch. De music. il 32 & pass.)

« Le culte des muses, par exemple, que l'on retrouve en Grèce groupées autour de l'Apolon dorien,&celui de v.ivjms, dont le mythe & le culte paraissent s'être transformés en Thrace (bacchants & bacchantes, les ménadcs, les Ihyiades, &c.).

'Jusqu'à l'époque de leur mariage au moins; car elles étaient très-surveillées ensuite, (-..'iir/jfûî g/j.dir«3j<ii, Herod. 1. 5, c. C.) Les enfants, quand ils devenaient trop nombreux, étaient vendus pour l'exportation {w: iw^i.-;,, id. H,)^ c'està-dire pour l'esclavage, ce qui explique en partie le grand nombre d'esclaves thraces & phrygiens que l'on trouvait en Grèce comme en Italie.

' Celui du roi Alyattès, père de Crcesus, qu'Hérodote décrit en témoin oculaire, avait été constiuit en grande partie par les jeunes filles du royaume qui se livraient à la prostitution pour gagner la dot avec laquelle elles se mariaicnl plus

tard. C..llov/t'v.--- -■--■ -,V>,!"rjaal »ctTL =!;v,; '1 :. i

L'impuissance de payer cette dernière somme mit les Byzantins dans la nécessité d'imposer un subside sur les marchandises de ceux qui commerçoient sur la mer du Pont. Mais cette imposition leur ayant attiré la guerre de la part des Rhodiens, à qui elle portoit un préjudice considérable, & se voyant hors d'état de leur résister, ils eurent recours aux Gaulois, leurs protecteurs. Cavarus , qui régnoit alors sur ces derniers, Siqui étoit un prince ' recommandable par sa grandeur d'àme Se par ses inclinations vraiment royales, prit la défense des Byzantins, ses tributaires, &. assura le commerce des marchands qui naviguoient sur la mer du Pont. Il secourut encore ces peuples dans les guerres qu'ils eurent à soutenir contre les Bithyniens Si les Thraces. Mais enfin, ceux-ci ne pouvant plus supporter le joug de ces Gaulois Tectosages, leur firent la guerre, exterminèrent leur nation Se abolirent entièrement leur royaume dans la Thrace, sous le règne de Clyarus^, dernier roi de ces peuples dans ce pays.

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moire du mort à côté de son tombeau'. Mais leur costume rappelait à plus d'un égard celui des grandes nations barbares de l'Occident, car l'historien nous les montre vêtus comme les Celtes de tuniques de lin ou de chanvre (r.z^A Vt to iwxx /.lOwv»;, Herod. 1. 5, c. 7J), sur lesquelles ils jetaient aussi une sorte de sagum bariolé (ïîifi:... :;otx!>.a;, iJ. a.) ". Quelques-unes de leurs tribus se tatouaient le corps ou les membres, comme les populations illyriennes des côtes de l'Adriatique (Sïhah. 1. 7, c. 5,5 2/'. Leurs femmes, grandes & blondes comme les filles du Rhin (;jL£YiÀr,v:£xai tJîiÔ£»,HEROD. 1. ">, c. 12), n'avaient rien des habitudes molles & réservées des femmes de l'Orient, comme le remarquait à Sardes le roi Darius en voyant l'une d'elles, une jeune fille de race noble, revenir de la rivière où l'on menait boire les chevaux vers le soir, une urne pleine d'eau sur la tête, le licou du cheval enroulé autour de son bras & filant de ses deux mains restéeslibres le lin doré dont sa quenouille était chargée ". Les hommes, au contraire, vivaient dans la plu-

9 ,.,1ts9x\« jffav-i; i:fwT9v Irciav 5i ôiKTOvtjt «a^axv J9av-:t; T, «XI*»; ï^ xfj'i-avTi;, xû;ia îà /iiv-ît; 9.-JW9. Tiïdffi Kavrolov (HerOD.

'• Ce costume était compliilé par des chausses probablement collantes comme celles des Phrygiens (Voir les statucltes d'Ates ou Atis) & des bottines en peau de chjvre (liîii» vi5fi.v. Herod. 1. 7, c. 75), que les Thraces d'Asie portaient encore au temps de Xerxès.

•* Ta y.i' iai'.ïSat ij-jtvi; xUp;-.ai. ta 5' ««tiktov à^lvl;. (HeROD-

1. 5 C. 6. Les Celtes de l'ilede Bretagne, ceux de l'intérieur au moins, se peignaient le corps avec le suc du pastel (i i/ro injiciunt quoi coeruleumefficit colorem',poar so rendre plus terribles dans les combats (Aorn'Jj'oresais/vc(u, CÉs.l. 5,c.i4.)

ï«it3vi«i«Tpifoja« ToviTfaxioi. (Herod. I. 5, c. n)- — Nicolas de Damas, qui raconte la même légende ('I»tofi«») plusieurs siècles plus tard, d'après une version dilïérentc, substitue à Darius le roi de I.vdie Alyattès, & fait de la femme thrace (elle était Pa;one chez Hérodole) une Mysienne venue avec SOD mari d'une petite ville (lollj.io.) de la .Mysie, pays diipendanl de la Thrace (ix MuTla; -ît,s tûv epaxûv ^w^aç. Nicot-- Da- MASC- Fragm. 1. i8 (8 ?], c ji, Fraj^m- hi$t- Oraec- 1- 3, p- 4i3, cd. Cari. Mueller).

part des tribus d'une vie oisive 3c guerrière '^, beaucoup moins occupés de la culture des champs 8v du soin de leur famille que de chiens . de chevaux, de belles armes & de festins bruyants quesuivaient le jeu, les querelles & l'ivresse '*. Leurs rois, qu'ils choisissaient aussi dans une famille privilégiée regardée comme la première & la plus noble de la nation '', avaient presque partout un dieu préféré & distinct (nctpc^ TÔJv aX}v(ijv -o)ar,T£iov, Herod. 1. 5, c. 7), dont ils prenaient le nom à témoin quand ils prononçaient leurs serments les plus sacrés. Ce dieu qu'ils vénéraient comme l'auteur ou le père de leur race (ïp/rjYSTr,;), n'était autre que le dieu 'Ep;A^; (le Mercurius des Latins), regardé par les Celtes & les Germains comme le plus puissant de tous les dieux (Jeum maxime Mercurium colunt. César, Tacite), 8t auquel les rois de race germanique, ceux des Anglo-Saxons notamment, rattachaientaussi leur origine '" par de longues généalogies de rois, de héros (ieîj^sfi) & de demi-dieux, dont quelques-unes sont parvenues jusqu'à nous. (Voyez, p. 83, la note sur les religions primitives de la Gaule.) [E. B.J

' Polybe, Fragmenta, apui Valesium, p. 27.

'Polybe, 1. 4, p. 314.

'ï 'Apï'> lTv«t xAXVkttov 7r,( il If^ii^iv ôr.ijiô-ta-wv . tô Çt'tc.v àiti «i>Xl]io-j x«l Xr.loTioî xàUtutov. (HerOD. 1. 5, c. 6.)

'* Voir sur l'ivrognerie des Thraces dont les anciens étaient déjà frappés, Callimach. Fragm. tog. édid. Blomf.— (Horat. ode I, 27.- Plin. I. 14, c. 28, 22.— Mêla, I. 2, c. 2 & 14.)

'5 La plupart de ces usages se retrouvent, en effet, chez les Celtes & surtout chez les Germains, où les nations les plus puissantes, les Goths, les Lombards, les Maicomans avaient le rs familles royales (.rege; ex gente ipsorum) Tacit. (,erm. c. 42, & où le christianisme eut tant de peine à etf.iccr, cliez les Francs surtout, la vieille habitado de la polygamie ^j.l:irimh nupliis ambiutilur, Tacit. Germ. c. 17). Ces épouses plus ou moins nombreuses étaient achetées en l'hrr.ce, comme en Germanie, & queliucfois assez eher, dit Hérodote

(... yÇT,;AttTi.»ï nif«Xwv, I, 5, c. 6.)

'fiKa'i iiiv'.o'. ;jLO'jv'.> t^vT-jv Kxi >.i;'.-J7'. viV'.vivai «lï^ 't-t(^iw iwjîcjç

(Herod 1. 5, c. 7 )

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3o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. I,

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