Le même à dom Devic
A Narbonne, le 'io' juillet 1716. — Je n'ay pu, mon révérend Père, vous écrire plus tôt, en réponse à la lettre du 12 du mois dernier que vous avés pris la peine de m'écrire conjointement avec le P. Vaisset, vous jugerés même qu'il faut que j'aye été bien occupé, puisque je n'ay pas eu du loisir pour vous donner de mes nouvelles; moy qui ay tant à cœur l'Histoire du Languedoc à laquelle vous travaillés l'un & l'autre & qui est un ouvrage dont je souhaite si ardemment de voir le progrès, ou pour mieux dire, la consommation.
Continués donc à travailler avec assiduité dans Paris & ne songes pas à en sortir sans mon expresse permission. Si par hazard on essayoit de vous inspirer d'aller en province, ne songes pas à suivre ce conseil qu'après m'en avoir donné avis, & que vous aurés ramassé les raisons qui pourroient vous faire incliner à prendre un sentiment qui est si contraire au mien.
En effect, vous trouvères beaucoup plus d'anciens titres à Paris que vous n'en trouvères dans le reste de la France pour l'accomplissement de notre dessein & du désir aussi bien que de .l'attente de la Province du Languedoc. Ce que vous m'écrives des favorables dispositions de M. de Clérembeau' à vous communiquer les pièces importantes qui ont été confiées à sa garde par le feu roy m'est une raison nouvelle pour vous exhorter fortement à demeurer à Paris & profiter d'uiie conjoncture si heureuse.
A cet effect je vous prie de faire voir cette présente lettre au R. P. dom Maur Audren, assistant du R. P. général que je sçais s'intéresser beaucoup au succès de notre entreprise & dont je me souviens de m'estre entretenu avec luy, pendant que j'estois à Paris. Je le prie donc icy de vous assister en tout ce quil pourra de ses lumières dans vos recherches, comme aussi de tout son crédit pour vous retenir à Paris & empêcher qu'on ne songe à vous éloigner ny le P. Vaisset sans mon agrément.
Je ne sçai si je ne vous aurois pas déjà prié de voir M. Joubert, sindic-général de nostre province qui est présentement à Paris & qui prend beaucoup de part à nostre Histoire; vous serés content de luy tant par rapport à ses bonnes intentions, qu'à ses lumières & à sa probité. Il loge à la rue des Grands Augustins, à l'Hostel Palatin. Je suis avec une estime très parfaite, mon Révérend Père, entièrement à vous. (Fonds de Languedoc, t. i85, fol. 5-6.)