XL. — JDomitius passe le Rhône &• soumet le pays des Volces
Cette victoire, qui fut des plus signalées, acquit à Fabius le surnom à'Allobrogique , & lui fit d'autant plus d'honneur, que, nonobstant la fièvre quarte
dance', de cette lutte inégale qu'ils avaient eu le bon esprit de ne pas prolonger. Plusieurs des populations qui relevaient d'eux leur étaient restées fidèles par liaine de l'étranger peut-être', & nous les retrouverons, au temps de la guerre de l'indépendance, balançant de nouveau l'influence des i£dues, malgré leur titre de parents & d'alliés du peuple romain', pesant à l'ouest sur les Séquanes, par lesquels ils touchaient aux peuples de race germanique & exerçant autour d'eux une influence qui n'était pas exclusivement l'œuvre de la force
& du hasard. Leurs monnaies d'or, d'argent & de bronze, dont les plus anciennes doivent remonter aux règnes de Loue'ir & de Bituit, rappellent souvent les beaux types des villes grecques, avec lesquelles les Arvernes s'étaient trouvés en commerce à l'époque de leur puissance. Elles donneraient seules une haute idée de la richesse & de la civilisation du peuple qui Us frappait en pleine barbarie"".
' T. Live,jEprt, 61 . — Appten, deBeîîo Galî. p. 755.
* Pline, 1. 7, c. 5o. — Orose, 1, 5, c. i3.
' Nil tain c» n^pkuum in Iriumpho qvam rcx ipse Bituitus, discolorihns in annis, argente^^ue carpento, qualis pugnaverat (Flou. /. /.) — ■■■ PraeJa ex iorguïbus Gaîlorum ingens Jiomam pcrlata eut. (Eutrop. Hist. roni. I. .(., c. 24.)
« . . liello sîiperatos esse Arvernos tf Ruthenos a Qiduto Fabio Maximo qiiibus P. A', ignofisset neque in provinciam redegi^scL neqiie stipenJium impcravi set. (Ces., I. i» c. 45; i'iscours d'Arioiiste.)
9 Parent numerum (imperant) Arvernis, aJjuyictis Eleutheris Cadîtrcifi, Gabalis Vellavisque, qui >.ub iinverto Arvernorum esse constteverunt. (Ces. 1. 7, c. 7.)
•*• Les Arvernes qui prenaient le même titre, s'il faut en croire le poëte Lucain (Ari'ernique atisî ÏMio se fin g ère fratres; Pftais. c. i. v. 427.V. aussi Sioos. Avoi.lin. h pi st. 1. 7, cp. 7), se l'étaient probablement attribué d'eux-niOmes {auii), en mémoire de l'antique fraternité d'origine qui unissait les uns aux autres plusieurs des peuples barbares de la. vallée du Danube (M^i'Uv iro'.xot [les Sigyunes]. — Tfjxfùv Twv ix Tp9tr,ç izoïxot [Les Picones]; Hebodot. Pass.) Si les rattiichait ainsi aux Uomains^qui se croyaient eu x-mcnie s descendus Jes Troyens, comme le dit le poi-te : ...r..;ijii/jt» ab li^co (i.i. ih.)
dont il étoit attaqué &. malgré les blessures qu'il reçut durant le combat', il soutint tous les efforts des Gaulois avec une grande présence d'esprit Se beaucoup de valeur, allant &c venant, selon les besoins, tantôt à pied, soutenu de ses^ soldats, tantôt en litière. Le fruit qu'il tira de cette victoire fut, à ce qu'il paroît, la réduction du reste de la Gaule appelée Braccata à l'obéissance de la République romaine, c'est-à-dire de ce qu'on appelle aujourd'hui la Savoie, le Dauphiné, la Provence & le Languedoc, toutes provinces des Gaules voisines d'Italie, & qui formèrent ensuite ce qu'on appela la Gaule Narbonnoise. On a tout lieu, en effet, de croire que le proconsul Cn. Domitius^, collègue de Fabius dans le gouvernement de la Gaule Transalpine, passa le Rhône après cette victoire pour aller recevoir les soumissions volontaires des peuples qui habitoient entre cette rivière & les Pyrénées, Se dont une partie paroît avoir été de la dépendance du roi Bituit, comme on l'a déjà remarqué. La plupart des villes de ce canton se soumirent d'autant plus volontiers à la Pvépublique, que Domitius les reçut à des conditions raisonnables, car nous voyons qu'un grand nombre de peuples d'en deçà du Rhône furent conservés dans leurs lois ik dans leurs libertés'*.
XLL — Soumission de Bituit 6" des Allohroges à Fabius.
Pour ce qui est de Bituit, ce prince, se voyant sans ressources après sa défaite Si sans espérance de pouvoir se relever, prit avec les Auvergnats & les Allobroges la résolution de demander la paix aux Romains^ Se de s'abandonner à leur discrétion. Il s'adressa pour cela à Fabius. Domitius, qui ne pouvoit voir sans chagrin rejaillir surson collègue toute la gloire de la défaite de ces peuples (car il ne paroît pas qu'il se soit trouvé à la bataille de l'Isère), en fut jaloux Si ne put souffrir que ce général s'acquît encore la gloire d'accorder la paix aux vaincus, avec le rétablissement de Bituit dans son ancienne autorité. Résolu de l'empêcher, il fit appeler ce prince auvergnat, sous prétexte d'une conférence qu'il souhaitoit avoir avec lui au sujet de la paix qu'il proposoit. Bituit, comptant sur la probité Se la bonne foi du proconsul, se rendit à ses ordres : Domitius le
' VelUius Paterculus, 1. 2, c. 10. — Valère peut douter cependant que cette occupation n'ait eu
Maxime, 1. 6, c. 9, n. 4. — Freinshemius , ad lieu aussitôt après la défaite des Arvernes, à rin</a-
Epit. c. 61 T. Livii. — Amm. Marcellin, 1. i5, lium , i3i ans avant Jésus-Christ, &queCn.Do-
p. 107. mitius Ahenobarbus n'en soit l'auteur ; parce qu'une
' Appien, ie Bello Gallico, p. yâj. fois les Arvernes v.iincus rien n'empêchait le pro-
' Voyez tome II, Note VI. consul romain de s'avancer jusqu'aux Pyrénées, les
' Dom Vaissete était convaincu que le territoire V'olces, qui occupaient cette contrée &. qui étaient
occupé par les Volces à la droite du Rhône, entre 1 ■. clients des Arvernes se trouvant sans défense; &
ce fleuve & les Pyrénées, avait été soumis par Do- ensuite parce que la voie qui conduit du Rhône en
mitius; mais ii l'époque où il vivait, cette opinion Espr^iie porte le nom de Domitienne, & que cette
pouvait paraître un peu hasardée. Il règne quelque appellation constate qu'elle fut commencée, sinon
obscurité dans la rédaction de ce chapitre. 11 est terminée par Cn. Domitius. — Voyez Herzog, Gal-
certain qu'il n'existe aucun texte sur l'époque où liae Narionensis Historia & Descriptio. Lipsiae, iS6j^,
les Romains traversèrent le Rhône & devinrent in-S°, [E.M.] — Voyez aussi tome II, ?/o(f VII.
maîtres des pays situés au delà de ce fleuve. On ne ' Valère Maxime, 1. 9, c. 6, n. 3.
An de Rome
An de Rome
80 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. l.
reçut d'abord avec des marques d'honneur Si de distinction ; mais emporté par
^S °p'^À"' '^ désir de se venger de Fabius & de lui faire du chagrin , voulant d'ailleurs se
taire un mérite auprès du Sénat, il fit arrêter ce prince contre sa parole & le
droit des gens, & l'envoya par mer à Rome pour y rendre compte de sa conduite.