XXXVI. — Fulvlus soumet les Saliens b les Vocont'iens
\n de P^ome
LesR^omains, attentifs à tout ce qui pouvoit favoriser leur entrée dans les ^.n de Rome
Gaules, sur ^ les plaintes que leur firent les Marseillois, leurs alliés, des courses & des ravages continuels que les Saliens faisoient sur leurs terres, résolurent d'envoyer un puissant secours à Marseille. Le Sénat en déféra le commandement au consul M. Fulvius, & on lui fit d'autant plus volontiers cet honneur, qu'on avoit envie de l'éloigner de Rome, où sa présence ne servoit qu'à exciter des troubles par l'appui qu'il donnoit aux peuples d'Italie, qui deniandoient qu'on leur accordât le droit de bourgeoisie romaine. Fulvius eut à peine passé les Alpes qu'il réprima les entreprises des Saliens, 8<. mit les Marseillois à couvert de leurs insultes. L'heureux succès de cette expédition mérita à ce consul d'être continué l'année suivante, 6.3o de R^ome, dans sa charge de commandant dans la Gaule Transalpine avec l'autorité de proconsul, quoique ce commandement eût été destiné cette même année au consul C. Sextius Calvinus, qui fut ensuite son 3 successeur. Fulvius remporta encore cette année divers avantages sur les Liguriens Transalpins, les Saliens Se les Voconces"*. Quoiqu'on puisse comprendre parmi les Liguriens, vaincus par Fulvius, les peuples de la côte de
A-.i de Rome 63o
'Voir la NoteCWJ
' T. Live, Epitome, 60. — Pigh'i jlnn.^l. t. 3, p. 3B, 44 8(48.
' T. Live, Epitome, 61. — FIoius, 1. 3, c. 2. — Maniicra Capitol.
' Ce fut en l'année 143 avant Jésus-Christ que les Maistillais, pressés par les Ligures OxyHi,<{\\, descendus de leuii montagnes, avaient ervahi leur tcriiîcire 8c tenaient r.ssiégés deux de leurs compîoiis .nvancés, Nice 8t Antites, appelèient les Romains à leur secours. Ceux-ci, ayant inutilement deiii;;nc'i aux Ligures de respecter le territoire de leurs allies, envoyèrent une armée contre eux, sous le commandement de Q. Opimius. Ce consul défit sans peine les Oxylii & les Deceates leurs voisins, 8c donna leur territoire aux Marseillais.
Dix-huit ans après. Tan ij5 avant Jésus-Christ, les Marseillais se plaignirent de nouveau des incursions des Salluvii, autre tribu ligure; les Romains envoyèrent à leur aide le consul M. Fulvius Flaccus. Fulvius fut le premier Romain qui traversa les Alpes à la tète d'une armée; il soumit d'abord les Ligures qui habitaient le littoral, puis, remontant le cours du Rhône, il pénétra chez les Voconcii qu'il 'oumit également. Se attaqua les Snlluviens; mais rc
peuple, qui trouvait dsnsscs montagnes une retraite assurée, fit une plus longue résistance, 8t ce ne fut que l'année suivante que C. Fulvius, qui s'était fait pvot'.'ger dans son commandement, parvint, non :: les soumettre, mais à les réduire à la défensive. C. Kextius Calvinus, son successeur, continuant vivement la guerre, obtint l'entière soumission des SallLivuns. Il prit Se détruisit leur principale ville, celle dont on voit encore quelques restes aux environ; d'Aix. C'est en effet dans le voisinage ic cette antiquî cité ligure, à proximité de sources d'eaux chaudjs, que C. Sextius Calvinus construisit, r„n '.•z av.-.nt notre ère, un camp militaire, castrum, de;;iné à proléger l'occupation romaine dans cette cont'éc. Ce camp devint par la suite une ville 8c une colonie rom.aine à laquelle fut donné le nom i.''AijVf.c 5cxti.if.C. Sextius rejeta dans les montagnes les populations Ligures de la côte, qui ne vivaient que de puatcMî, 8c donna leur territoire aux Marseillais. Il est certain 8c non probable, comme le croient les Btiicdictins, que ce proconsul, pas plus queM. Fulviv.s, son prédécesseur, ne fit aucune tentative au delà du Pthôiie. Ce fleuve, jusau'en l'an 121 avant notre ère, fut la limite exticme des opérations militaires des Romains dans la Gaule. [E. M.)
An de Rome 74 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. I.
Languedoc, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, il paroît cependant que ce général ne passa pas en deçà du Rhône, & qu'il fut seulement le premier des Romains qui commença la conquête de la Gaule Narbonnoise. Les victoires qu'il remporta sur ces trois peuples d'en deçà des Alpes, Se sur un quatrième' dont le nom est effacé de l'inscription des marbres du Capitole, lui méritèrent à Rome, l'année^ suivante, l'honneur du triomphe^.
XXXVn. — C. Sextius défait Teutomal, roi des Saliens, t- fonde la ville
d'Aix en Provence.
Tandis que ce général recevoit les honneurs dus à ses victoires, C. Sextius Calvinus, son successeur"* dans le commandement de la Gaule Transalpine sous le titre de proconsul, continua la guerre contre les Saliens Si défit ces peuples en divers combats. Il auroit même fait prisonnier leur roi Teutomal dans une de ces actions, si ce prince n'eût eu l'adresse de se dérober à ses poursuites Si le bonheur de trouver un asile chez les Allobroges, ses voisins. Sextius, après avoir entièrement soumis les Saliens, voulant accoutumer ces peuples à la domination romaine 8t s'assurer de leur fidélité, fit fortifier son camp, situé au milieu du pays, qu'il nommai Aquae Sextiae ,?i\xtd.nx. pour immortaliser son nom que pour marquer l'abondance des eaux qu'on voyoit dans cet endroit; c'est aujourd'hui la ville d'Aix, capitale de la Provence, dont C. Sextius est le premier fondateur.
On remarque que pendant cette guerre, ce général s'étant rendu maître d'une^ ville des Saliens, & ayant fait mettre à l'enchère tous les prisonniers de guerre, il accorda la liberté à un d'entre eux nommé Craton, sur l'exposé que celui-ci lui fit des maux que son attachement au parti des Romains lui avoit attirés de la part de ses compatriotes. Sextius accorda la même grâce à tous ses parens Si leur fit rendre tout ce que le soldat leur avoit enlevé. Il donna de plus au même Craton le pouvoir de délivrer à son choix neuf cents de ses concitoyens, voulant, par cet exemple de reconnoissance, exciter la fidélité de ces peuples.
Sextius, après avoir soumis les Saliens à l'obéissance de la République, continua la guerre contre les Liguriens &. les Voconces, qu'il réduisit enfin sous la domination des Romains. Ce proconsul ayant cédé ensuite le commandement de la Gaule Transalpine au consul Cn. Domitius Ahenobarbus^ que la Éd. origin. République avoit nommé pour lui succéder Si pour aller apaiser les troubles qui s'étoient élevés parmi ces peuples nouvellement soumis, qui avoient de la
An de Rome peine à s'accoutumcr à la dépendance, alla recevoir à Rome les honneurs dus
à ses victoires Se à ses services.
' Pighi, Annal, t. 3, p. 56. ' Voyez tome II, Note VI.
* Nous suivons ici & ailleurs, à l'exemple du ^ T. Live, Epitome, 61. — Marmara Capitol. —
P. Petau, la chronologie de Varron, qui retarde Pighi, .4nnii/. t. 3, p. 53.
toujours d'une année la date des Consulats telle ^ Diodore, Fragm. apui Valesium, p. 376.
qu'elle est marquée dans les Fastes capitolins. [?/ore ' T. Live, £pitome, 61.— Florus, 1. 3, c. 2. —
des Bénédictins.^ Velleius Paterculus, I. 2,c. 10.
' An de Rome
XXXVIII. — Victoire de Domitius surBituit, roi des Auvergnats.
Il s'étoit élevé en effet divers troubles dans la Gaule Transalpine, qui donnèrent occasion à Domitius de signaler sa valeur. Les Allobroges qui avoient accordé chez eux un asile à Teutomal, roi des Saliens, se mirent en état de secourir puissamment ce prince pour le rétablir dans ses États Si pour chasser en même temps les Pvomains des Gaules, dont ils supportoient très-impatiemment le voisinage. Eituit ou Betuld , roi ou chef des Auvergnats, qui étoit l'un des plus puissans peuples' des Gaules, se déclara encore ouvertement pour ce prince, qu'il avoit un intérêt particulier de protéger, car les Auvergnats étendoient alors leur domination depuis Narbonne jusques aux confins de Marseille, & depuis les Pyrénées jusques à l'Océan & au Rhin j les Saliens étoient par conséquent soumis à leur autorité. Eituit s'adressa d'abord à Domitius St lui demanda grâce* pour Teutomal; mais ce consul ne jugea pas à propos de la lui accorder.
Ce prince, voyant que la voie de la négociation lui étoit inutile, eut recours à celle des armes &. se mit en état de passer bientôt le Rhône avec une puissante armée pour s'unir aux Allobroges & déclarer conjointement la guerre aux Romains. Le Sénat, informé de leurs préparatifs & de l'importance de la guerre qu'ils alloient entreprendre, jugea à propos d'envoyer le consul Q. Fabius iMaximus dans la Gaule Transalpine pour partager le commandement avec Domitius, dont l'année de consulat étoit expirée, & donner par là plus de poids à leur autorité : mais Domitius, ne croyant pas devoir attendre l'arrivée de ce consul, porta d'abord la guerre dans le pays des Allobroges, sous prétexte de venger les Autunois, alliés des Romains, des incursions qu'ils avoient souffertes de la part de ces peuples 6c de celles des Auvergnats. A peine Domitius avoit pénétré dans le pays des Allobroges qu'il apprit que Bituit s'avançoit avec toutes ses forces vers le même pays pour le combattre. Le général romain jugea à propos de ne pas attendre les Auvergnats Si d'empêcher leur jonction avec les Allobroges; ainsi il décampa aussitôt & se mit en marche pour aller au devant des premiers, afin de leur livrer bataille. Les deux armées s'étant rencontrées dans un lieu situé au confluent de la rivière de Sorgue dans le Rhône, Si qu'on appeloit l^indalium, en vinrent aux mains 3. La victoire ne
• Strabon, I. 4, p. 190 & se<j. tredit par celui de Strabon (1. 4, e. 2, { 3), & par
* T. Live , £/!iIomf, 61. — Florus. ). 3, c. i. celui de Florus, qui intervertissent l'ordre des deux Orose, I. 5, c. i3. — Eutrope, I. 4. — Voir Frein- batailles & placent le combat de l'Isère ayani celui ihemius, ad Epit. c. 61 T. Livii. du Vinielictis, comme les appelle Florus [Utrius-
' L'abrériateur de Tite-Lire & le chroniqueur f ne victorlae testes Isira & VinJelieus amnis. Flor. Paul Orose, dont les Bénédictins suivent ici la Epit. 1. i , e. 37). Les Fastes capitolins, qui donchronologie (roytz la note 1 de la page 74,1, placent nent il est vrai le titre de proconsul aux deux la bataille de ViniaUum,au confluent Je la Sor- généraux, placent eux-mêmes le triomphe de Fabius gue & du Rhône, avant celle que Fabius Maximus Maximus, vainqueur des Allobroges & du roi des auriit gagnée au confluent du Rhône & de l'Isère. Arvernes [Q. Fahiu^, Q. /Tm-p/mn;, F. Q. N. Maxi- Mais 1: témoignage des deux historiens est con- mus, procos. Je AV.ohro. & rt^e Aryctnorum Bitullo,
An de Rome 6jj
fut pas longtemps douteuse; elle se déclara entièrement pour les Romains, qui taillèrent en pièces vingt mille hommes des troupes de Bituit 8c firent trois mille prisonniers. La frayeur que causa aTux Gaulois la vue des cléphans, qu'ils n'avoient jamais vus, contribua beaucoup à leur défaite.
XXXIX. — Défaite des Auvergnats 6- des Allohroges par Ç. Fabius Maxîmus.
Peu de temps après, le consul Q. Fabius Maximus, à qui quelques auteurs donnent mal à propos le surnom à'/Emilianus^ qui, selon les inscriptions ou marbres du Capitole, étoit celui de son père, arriva ' dans les Gaules, dont il partagea le commandement avec Domitius^. Il apprit bientôt après les nouveaux préparatifs de Bituit & des Allobroges, qui avoient dessein d'en venir à un nouveau combat, tant pour effacer la honte de leur dernière défaite , que pour tâcher de chasser des Gaules les Romains, dont ils avoient tout à craindre pour leur liberté, tandis que ces peuples auroient des établissemens en deçà des Alpes. Bituit fit en effet des efforts extraordinaires pour assembler une armée des plus nombreuses parmi tous les peuples de sa domination, dont chacun fournit son contingent. Il y a lieu de croire que les Volces, qui, à ce qu'il paroît,dépendoient des Auvergnats en tout ou en partie, leur fournirent le leur pour les aider à se défaire de leurs ennemis communs. Quoi qu'il en soit, Biiuitse vit bientôt à la tête de deux cent mille combattans^, dont les Auvergnats, les Rouergats Si les Allobroges fournirent le plus grand nombre '*. Avec une armée si formidable, ce prince gaulois se flattait de pouvoir tout entreprendre ; & impatient d'en venir
Ed. ori"in.
an. DC... X. K... Henzen, Corp. inscr. lat, t. i, p. 463), avant celui de Domitius Ahenobarbus , qui ne triomphe, lui, que des Arvernes Gaulois [Cn. Domitius, Cn. F. Cn. N. Ahcnoharbus , procos. de Gallis Arverncis, a... XVI, K... Henzen, l. l), sans trancher cette question de chronologie plusieurs fois discutée, car la date de Tannée manque dans les deux textes (Voyez MM. Mommsen, RoSm. gesch. t. 2, p. 166, note, & Herzog, Gall. Nari. p. 45, 46, & note 21). — Le nom de Bituit ou Bétuit, qui paraît être le vrai nom du roi des Arvernes , est altéré probablement par une erreur de gravure dans le premier des deux textes, en celui de Betult, que reproduit Valère Maxime (I. lo, c. 6), auquel les Bénédictins l'auront emprunté à leur tour. [E. B.]
' T. Live , Epiîome, 61. — Orose, 1. 5, c. i3.
° Un anonyme, dans une dissertation [Journal de Trévoux, juin. i63o, art. 68) qu'il a adressée à p. M. de Valbonnais, premier président de la chambre des comptes de Dauphiné, prouve fort bien que Cn. Domitius Ahcnoharbus & Q. Fabius Maximus n'ont pas commandé conjointement dans la Province romaine ou Narbonnoise, qu'ils se sont succédé l'un à l'autre dans le gouvernement de cette province, & qu'ils n'y ont commandé qu'en qualité
de proconsuls, savoir : U premier, l'an 632 de Rome, suivant les Fastes consulaires, ou l'an 633, selon le calcul de Varron, que nous suivons. Se l'autre l'année suivante. Le même auteur traite de conte la façon insidieuse dont Valère-Maxime prétend que Domitius se saisit de la personne de Bituit, & il coutieni que ce fut à Fabius que le roi des Auvergnats se rendit. [Note rectificative de dim Vaisseîe sur la défaite de Bituit, roi des Auvergnats, placée a la ftn du tome V de son édition.]
' César, de Bello Gallico, 1, 1, n. 46. — Strabon, 1. 4, p. 190. — Orose, 1. 5,c. I 3. — Appien, de Bello Gallico, -p. 7.S5. — Pline, 1. 7,c. 5o. — Florus.l. 3,c. 2.
' La domination des Arvernes en Gaule, dont nous ne savons presque rien malheureusement, paraît se placer chronologiquement dans le second siècle avant notre ère, dont elle aurait mesuré la plus grande partie, de l'an 200 à l'an 121 environ. Elle était à son apogée sous les règnes de Loueïr f.Vouiptoç, Luirius; Luterius, Lucterius?), & de Bétuit (Betuitas, Bituitus, Vituitus), les seuls dont l'histoire nous ait conservé le souvenir, & coïnciderait, à peu de chose près, avec la domination trop peu connue aussi que le peuple belghe des Suessiones paraît avoir exercée, au temps du roi Divitiac, sur la plupart des peuples de la ligue des Bdghcs, déjà maîtres, à cette
aux maîns avec les Romains, il alla chercher Fabius au delà du Rhcmedans le pays des AUobroges. Pour faire passer ce fleuve à son armée, il fit d'abord construire un pont, St voyant qu'il ne suffisait pas , il en fit faire un second de bateaux, sur lequel il fit mettre un plancher qu'on attacha avec de grosses chaînes de fer. Cela fait, il fit défiler ses troupes & marcha contre le consul Fabius qui venoit lui-même à sa rencontre.
An de Rome
liJit. orii;in.
époque, des côtes méridionales de l'île de Bretagne '. L'épithète de Galli, que les Fastes triomphaux du Capitule appliquent au nom des Arvernes (voir plus haut la note 3 de la p. -ji), semble même indiquer qu'elle n'avait point dépassé du côté du nord les limites de la Celtique proprement dite, dont les Romains traduisaient le nom (KeXtixiJ, Ccltica) par celui de GalUa'. Du côté du sud-ouest, on n'en trouve plus trace dans l'ancienne Aquitaine, au delà du cours de la Garonne où s'arrêtait aussi le territoire des Volkes Tectosages, par lesquels les Arvernes paraissent avoir étendu leur domination jusqu'à la chaîne des Pyrénées.
Strabon, le seul des écrivains anciens qui nous en ait parlé d'une manière un peu explicite, ne nous apprend ni à quelle époque elle avait commencé, ni de quelle manière elle s'était établie. II se contente de nous la montrer s'étendant, à l'époque de sa plus grande expansion, depuis les Pyrénées jusqu'aux Alpes, & de la mer Intérieure, où les possessions des Arvernes confinaient, dit-il, avec celles des Massaliotes, jusqu'à l'Océan & jusqu'aux bords du Rhin, qu'ils atteignaient probablement par le territoire des Séquanes'. Mais il ressort de la plupart des témoignages anciens que cette espèce d'hégémonie reposait déjà sur un système de patronage & de clientèle hiérarchique dans lequel étaient entrés de gré ou de force la plupart des peuples celtiques de la Gaule du centre St. du sud. On entrevoit même avec une certaine netteté que la nouvelle confédération avait grandi aux dépens du peuple celtique des £dues', qui paraissent avoir dominé avant les Arvernes leurs voisins dans la Gaule centrale, où ils auraient eux-mêmes succédé aux Bituriges, sous l'hégémonie desquels s'étaient accomplies les grandes migrô tiens armées de» Celtes en Italie & en Grèce.
■ Suessiones ... laltssimos feracisiimosque agroi possidere. Apud eoi fuisse regem Divitiacum, nostra etiam memoria, totius Galliae potenthsimum^ qui cum vagnae partis hûrum regionum tum etiam Britanniae imperium obtinuerit. (Ces. I. 2, c. 4.)
* AtiTiivav ii ^>)v âfXijv r,\ Apoûtpvot xal l^iJEpt NéfffMvo^ xccV tCvô^wv 'n«taviv xai PiiïO'J (StbaB, 1. 4, C 2, i 3.)
î ... Qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur (CES. I. 1, c. I.)
< AUobroges deinde & Arvemi, cum adversus eos similes Haeduorum qucretae opem 6 auxilium nottrum Jtagitarent... (Ann. Fi.or. F.pilom. I. i, c. 37, cdid. C. Uulin, Lips. 1S54.)
En réunissant aux troupes qu'ils levaient dans leurs propres Etats les contingents qu'étaient tenues de leur fournir les nombreuses tribus qui relevaient d'eux, à titre de clientes ou de vassales, les Arvernes pouvaient mettre sur pied des armées de cent quatre-vingt ou de deux cent mille hommes (...TOT^acv (lufiiaw $;-/.oai, Strae. I.4, c. i, 5 3), comme celle que les Romains écrasèrent au combat désastreux du confluent de l'Isère. Leurs rois, qui levaient de lourds péages (indépendamment de leurs autres revenus publics ou privés) sur les marchandises qui traversaient leurs Etats ou ceux de leurs feudataires, depuis le port de Corbilo, sur la Loire, jusqu'à ceux du Rhône & de la mer Intérieure, étalaient dans leur cortège un luxe dont les marchands grecs de Massalia & d'Emporiae avaient été vivement frappés. (... JtXoÛTto xa\ Tpus.^ SiivsyxEÎv, Sthab. /. l.) Le roi Loueïr, qui tenait table ouverte dans ses fermes de la Limagne ou du Cantal, voyageait de l'une à l'autre suivi par des piqueurs qui menaient en laisse ses chiens de guerre ou de chasse, & accueilli dans chaque village par une foule bariolée à laquelle il jetait par poignées des pièces d'or & d'argent'. Son fils, le roi Bituit, combattait à la bataille de l'Isère sur un charplaqué d'argent qui figura dan» le triomphe de Domitius avec le roi lui-même, revêtu de ses armes émaillées, sans parler d'un monceau de tordues d'or & d'argent recueillis après le combatsurle champde bataille*.
Deux défaites avaient suffi pour mettre fin à l'hégémonie que les Arvernes avaient exercée pendant près d'un siècle dans le centre & dans le sud de la Gaule. Les plus puissants de leurs alliés, les AUobroges, qui dominaient entre le Rhône 8t les Alpes; les Volkes, par lesquels ils atteignaient Narbonne, l'Aude & la mer, avaient été compris dan» les limites de la province que les Romains l'étaient hâtés d'organiser à la suite de leur victoire. Mais on a remarqué avec raison que leur territoire était sorti intact, comme leur indépen-
5 Les hauteurs déboise'es qui dominent les riches vailles de l'Allie: & de la Dore étaient déjà couronnées (SidoN. Appol. I. 4, i>is!. 21), de chàteaux-forts (o/ifii/<j, castra), comme celui de Nemctum, qui allait devenir aprcs la conquête le cheflieu politique du territoire (Augustonemelum), & celui de Gergoia ou Gergovia, sur le mont Gcrgovin, A une lic;io & demie de Clcrmont (V. pnss. César, Strauon, Pto- I.ÉM. &c.).
An Je Rome
L'armce de ce dernier n'étoit que de trente mille hommes, mais tous soldats & bien aguerris, cecjui donna occasion à fiituit de dire par raillerie que l'armée romaine suffirait à peine pour un repas des chiens qui étoient dans la sienne. Les deux armées s'étant enfin rencontrées vers le confluent de l'Isère dans le Rhône , le H du mois d'août de l'an 633 de Rome, on en vint à une action générale. Elle tut d'abord très-vive de part & d'autre, mais enfin très-sanglante pour les Gaulois, qui furent entièrement défaits ou mis en déroute. Leur grand nombre fut cause de leur perte ; car le terrain où la bataille se donna étant extrêm.ement resserré par les montagnes voisines, il ne fut pas possible à Bituit de bien ranger ni d'étendre ses troupes, qui s'embarrassoient les unes les autres. D'ailleurs la chaleur excessive du jour abattit beaucoup le courage de ses soldats qui lâchèrent le pied au premier choc 8t prirent la fuite. Une partie voulut alors se sauver à la faveur du pont que ce général avoit fait construire sur le Rhône ; mais la multitude des fuyards ayant tait couler à fond les bateaux qui le supportoient St les chaînes qui en lioient les planches s'étant rompues, ceux qui voulurent passer furent presque tous submergés 5 la plupart des autres périrent par le glaive des Romains qui les poursuivoient. Les auteurs sont part;igés sur la perte des Gaulois dans cette action, ou pour mieux dire dans cette déroute : les uns font ' monter le nombre de leurs morts à cent vingt mille hommes. Si les autres^ à cent trente ou même à cent cinquante mille, tandis qu'ils ne mettent du coté des Romains que quinze soldats tués, ce qui paroît incroyable. Le roi Bituit fut assez heureux pour se sauver dans le pays des Allobroges.