‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 234 sur 553 · LI. — Esprit, Sciences, Vertus, Vices · texte numérisé non relu

LI. — Esprit, Sciences, Vertus, Vices

L'esprit de ces peuples étoit délié 8<. propre aux sciences ; aussi avoient-ils soin de les cultiver St en particulier la langue ' grecque. Elle étoit si commune parmi eux qu'au rapport de César 8<.de Strabon, ils écrivoient les actes Si les contrats publics en cette lane:ue. Il nous reste encore une main symbolique trouvée dans '-J- <"'îgin. les Gaules, Se sur laquelle on lit cette inscription grecque : sj;j.6îXcv t.^-.c, OùïXauvsvç; ce qui marque sans doute l'union des peuples du Vêlai avec les Auvergnats*, leurs voisins 5.

L'un des devoirs des druides, qu'on accusoit d'usure 5<. d'avarice, étoit d'instruire la jeunesse dans la théologie, la philosophie, la physique, l'astronomie ; les druides s'appliquoient aussi à la médecine"*. On sait la vénération que ces prêtres gaulois 61 le reste de la nation avoient pour le chêne. Il y avoit encore des druidesses qui s'appliquoient à l'art des augures comme les druides. Se se mêloient de prédire l'avenir. Les Gaulois avoient leurs poètes qu'ils appeloient bardes 8< qu'ils recevoient avec honneur dans toutes les compagnies; on cessoit même de parler pouravoir le plaisir de leur entendre réciter les vers qu'ilsavoient composés 5.

Au rapport de César, les Gaulois se servoient de caractères grecs, 6c selon Pline"^, ils régloient leur temps, non par le cours du soleil, mais par celui de la lune. Ils en marquoient la durée par les nuits 6c non par les jours, parce qu'ils se prétendoient descendus du dieu Pluton. Les Gaulois étoient francs 8c ennemis du déguisement; leurs discours étoient laconiques, mais obscurs, parce qu'ils

■ Strabon, 1. 4, p. 180 & suiv. — César, 1. 6, c. 14. avaient conservé sous la domination romaine, en

' Montfaucon, Antiquité expliijuèe, t. 3, part, i, dehors des villes surtout, l'usage de leur idiome ou

p. 33i. de leurs idiomes nationaux dont l'érudition se

' Nous donnerons dans les Prrav^j quelques ins- préoccupe avec raison aujourd'hui. — Voir sur

criptions en langue celtique écrites en caractères ces intéressantes questions les récents traviux de

grecs. On en connaît d'autres. Quoique ces ins- MM. Zeuss 'Grammalifacf/tica),de Belloguet (Ê/Ano-

criptions soient pour la plupart postérieures à la génie gauloise], if. les dissertations de MM. Adolphe

conquête romain-, elles viennent à l'appui desaffir- Pictet, Whistley Stokcs, Jacob Bekker, disséminées

mations de César & prouvent en effet que les popu- dans divers recueils. [E. B.J

lations du sud & du centre delà Gaule avaient ' Valère Maxime, 1. 6, c. 1 1 .

emprunté aux Grecs de Massalia & des autres comp- 'Voir pour de plus grands détails sur l'ensei-

toirs de la côte l'iisage de leurs caractères, non-seu- gnement de» druides & sur l'état des sciences, des

lement comme chiffres, mais comme lettres. Les lettres & des arts chez les Gaulois, l'ouvrage de

inscriptions celtiques en caractires romanis, que M. Catien Arnoult, professeur à la Faculté des

l'on recherche depuis quelque temps & dont il existe lettres de Toulouse, qui a pour titre : Histoire des

déjà un assez grand nombre, sont postérieures pour doctrines morales, politiques & religieuses en Gaule

la plupart aux inscriptions celto-grecques dont avant la conijuéte des Romains. (Toulouse, i vol.

nous venons de parler. Elles prouvent plus pcremp- in-8, 1 SSç.) fE. M.]

toirement encore que les populations gauloises • Pline, 1. 16, .c. 55.

^n de Rome

abondoient en figures Se en hyperboles. Ils joignoient à de grandes vertus des vices grossiers dont on les accuse, tels que l'ivrognerie &c d'autres encore plus infâmes; on leur reproche aussi l'amour déréglé de l'argent & du pillage, dont ils donnèrent effectivement de grandes marques. Naturellement curieux, ils étoient amateurs des nouveautés, & n'aimoient pas moins à se louer euxmêmes qu'à parler des autres avec mépris.

LU. — Exercices, Commerce.

La chasse étoit un des exercices auquel ces peuples s'appliquoîent le plus. Un ' ancien monument de Narbonne représente deux chasseurs gaulois aux prises avec un sanglier ; ils lui présentent chacun de la main gauche un drap ou espèce de serviette, tandis qu'ils tiennent de la droite un javeldt élevé 8c prêt à darder cet animal. Les peuples qui habitoient sur les côtes s'occupoient de la pêche. Pline ^ rapporte la manière extraordinaire dont les habitans de Nimes faisoient tous les ans celle des poissons appelés mulets, dans l'étang de Lates , avec le secours des dauphins; la description qu'il en fait est si singulière que nous croyons devoir la rapporter, quoiqu'elle paroisse incroyable.

« 11 y a, dit cet auteur, dans la province Narbonnoise Se dans le territoire de « Nimes, un étang appelé Lates, où les hommes entrent en société avec les dau- « phins pour la pêche. Un très-grand nombre de poissons qu'on appelle mulets « s'efforcent à certain temps d'entrer dans la mer par les embouchures fort étroites « de l'étang, à la faveur d'une espèce de reflux, mais avec tant d'impétuosité « que les pêcheurs ne peuvent alors tendre leurs filets sans s'exposera les voir « rompre ] ar la seule force de ces poissons, quand celle des flots de la mer ne « leur seroit pas contraire. C'est de cette même manière que ces poissons s'éian- « cent dans la mer par les embouchures voisines, 5c qu'ils s'empressent d'éviter « le seul endroit propre à tendre les filets ; ce que les pêcheurs n'ont pas plus tôt « aperçu que, conjointement avec une foule de peuple qui sait le temps de la « pêche 8c que la curiosité du spectacle attire, ils crient de toute leur force sui « le rivage : Simon, Simon. A cette voix, que les dauphins entendent à la faveur «. du vent du nord qui la porte vers eux, ils s'approchent aussitôt &c viennent au « secours. On les voit venir comme une armée Se se ranger dans l'endroit où « doit se faire la pêche. Là, ils font une espèce de barrière pour s'opposera la <c sortie des mulets qui, saisis de crainte , sont forcés de se tenir renfermés dans <i l'éiang. Les pêcheurs jettent alors leurs filets qu'ils ont soin d'appuyer sur des <c fourches; mais les mulets, qui sont extrêmement agiles, sautent par-dessus Se « sont pris par les dauphins qui, contens de les tuer, diffèrent de les manger « jusqucs à la fin de la pêche. Cependant l'action s'anime, Se les dauphins, qui « combattent avec r^- 'eur, prennent plaisir à voir renfermer les mulets dans les « filets; Se pour les empêcher de prendre la fuite, ils se glissent insensiblement

■ Montfaiicon, Antiq. cxpli<j. t. 3, part, z, p. 324. ' Pline, 1. 4, c. 8.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. I.- çS

« & avec tant d'adresse entre les bateaux, les filets & les nageurs, qu'ils leur " ferment toute sorte d'issue j en sorte que les mulets, qui aiment naturellement « à sauter, n'osent plus faire aucun mouvement, à moins qu'on ne leur jette les « filets ; s'ils viennent à s'échapper, ils sont aussitôt pris par les dauphins qui les 1' attendent devant la barrière. La pêche finie, ceux-ci prennent & mangent M une partie des poissons qu'ils ont tués Se réservent l'autre pour le lendemain, « sentant tort bien que la part qu'ils ont eue à la pêche mérite quelque chose de <' plus que la récompense d'un jour. Aussi les pêcheurs, outre ces poissons qu'ils « leur abandonnent, ont soin de leur jeter une pâte composée avec du pain Se " du vin dont ils se rassasient. »

Les peuples des environs du Rhône Si de Narbonne s'adonnoient au commerce j celui de cette dernière ville avec l'Espagne & les autres pays étrangers étoit très-considérable & très-aisé à cause de la commodité de son port. Aussi Diodore' nous représente cette ville comme une des plus riches des Gaules. Les Gaulois voyageoient par terre sur des chariots attelés à deux chevaux.

An de Rome

Éd. orîgin.

Lin. — Monnaies, Funérailles.

II nous reste un grand nombre de médailles ou monnoies gauloises : les plus anciennes sont d'un goût très-barbare & d'un fort mauvais métal qui paraît être un alliage de cuivre, d'étain Si de plomb ^.

' Diodore, 1. 5, p. Si^.

' Ce n'est point à coup sur par l'élégance & le fini du travail que se distinguent les monnaies de la Gaule méridionale antérieurement à la conquête romaine. Les plus anciennes, qui ne paraissent point remonter au delà du troisième siècle avant notre ère, rappellent par tant de côtés les monnaie; des villes grecques du littoral, qu'il est difficile d'y voir autre chose que des imitations ou des contrefaçons grossières de ces types étrangers. A l'est, c'est de Massalia(^ue l'impulsion semble partie. A l'ouest, elle vient de la ville phocéenne aussi d'£m/icr/<if,dont les monnaies d'argent & de bronze, très-distinctes des monnaies massaliotes, ont servi de type à celles de l'Aquitaine & de la Narbonnaise occidentale. D'autres paraissent avoir été frappées en Gaule même, à l'imitation des monnaies ibériennes de l'Espagne, dont elles rappellent le module, les types préférés rendus dans un style barbare, les légende» écrites sans voyelles en caractères ibériens. Il serait injuste pourtant d'oublier les services que cette •cience, encore jeune, a déjà rendus à notre histoire primitive, en confirmant, en précisant, en complétant dans certains cas les rares indications qu'elle nous fournit.

On peut affirmer, en s'en tenant aux résultats acquis dès aujourd'hui (Voir la Note CVIII], que la plupart des populations de la Narbonnaise & de

l'Aquitaine ont eu, comme les villes phocéennes du littoral, leurs monnaies autonomes dont nous donnons la liste; & que chacune de ces monnaies, distinctes de pays en pays, ont quelque chose à nous apprendre sur l'histoire ou sur la civilisation du peuple auquel elles ont appartenu. C'est ainsi que lej oboles anépigraphcs des V'olces Tectosages , si répandues & si fréquemment imitées entre les Pyrénées & les Alpes, nous laissent entrevoir quelque chose de l'ascendant qu'avait pris dans le Midi cette population probablement étrangère d'origine. La curieuse monnaie des Betarrates à légende grecque, que l'on reporte au second & même au troisième siècle avant notre ère, nous montre dès cette époque les villes grandissant au milieu de territoires dont elles aspirent à devenir les capitales, même dans l'intérieur des terres. Celle des Longostahti (?) qui porte quelquefois une légende ibérienne au-dessous de sa légende grecque, nous offre la tête du Mercure gaulois aux cheveux bouclés , bizarrement "ssociéeau type phocéen du trépied, l'un des symbole: caractéristiques du culte d'Apollon.

Cl siècle plus tard, les caractères grecs de ce» légendes céderont la place aux caractères latins (en Aquitaine, par exemple), ou s'entremêleront bizarrement avec eux. Les types empruntés jusqu'ici aux monnaies des villes grecques ou à celles des villes ibériennes de l'Espagne disparaissent à leur tour, ici,

An de Rome V"t

Les funérailles des Gaulois étoient magnifiques. Ils brùloient les corps morts, ik avec eux les meubles les plus précieux, les esclaves , les clients & les animaux mêmes pour lesquels ils avoient témoigné plus d'inclination & d'attachement pendant leur vie.

sous l'influence de la numismatique gauloise, djnt les produits se multiplient à cette époque, ailleurs, ïous l'influence de la numismatique romaine, que le monnayage indigène subissait directement depuis la conquête de la Gaule Narbonnaise. Mais nu milieu de ces transformations que notre numismatique reflète avec une exactitude & une délicatesse quelquefois remarquables, elle restait fidèle à son passé & à ses habitudes originelles; car il est dé-

montré aujourd'hui que la conquête romaine n'a pas mis fin au monnayage indigène, comme on le croyait jadis. Les noms de peuples , de rois ou de chefs, qui se cachent sous les légendes barbares dont nous parlions tout à l'heure, semblent même indiquer que les civitutes de la Narbonnaise n'avaient point perdu en devenant romaines toutei les prérogatives le leur ancien'!? autonomie.

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