‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 243 sur 553 · X. — Volces Tectosages · texte numérisé non relu

X. — Volces Tectosages

Éd. origin.

Les Volces étoient divisés en Tectosages&en Arécomiques. Il paroît queceux-là occupoient au midi toute la cote depuis Cervera & le promontoire de Vénus, en Roussillon, jusques au cap de Cette & aux coniins du diocèse de Montpellier, & qu'ils s'étendoient depuis les Pyrénées jusques au nord & au midi des Cévennes. Ainsi leurpayscomprenoit la plus grande partie du haut LanguedocSi une partie du bas avec le Pvoussillon & le comté de Foix, ou bien tout le pays qui formoit, avant le quatorzième siècle, les anciens diocèses de Toulouse Si de Narbonne avec ceux de Béziers, d'Agde, de Lodève, de Carcassonne Si d'Elne, ou de Perpignan '.

' Si l'on admet, avec un historien moderne ', que les Volkes aient paru dans le sud de la Gaule au quatrième siècle avant notre ère, & qu'ils s'y soient établis de vive force au milieu des populations celtiques ou autres qui l'habitaient avant eux, il y a plus d'une raison de croire que les Volkes Tectosages formaient le gros de l'armée envahissante dont les Volkes Arécomikes n'auraient été que l'avant-garde. Tout semble indiquer au moins que ce sont les Tectosages qui ont pris la part la plus active & joué le rôle le plus brillant dans l'invasion du pays dont ils fornaie.it encore aux temps historiques la population dominante.

A l'inverse des Arécomikes, que le mouvement de l'invasion paraît avoir emportés du côté de l'est jusqu'à l'extrémité de l'angle marécageux limité par le Rhône &. par la mer, ils se seraient arrêtés en deçà des Cévennes% dans le riche pays de plaines qui forme le centre de l'isthme, à égale distance des deux mers & des montagnes qui le resserrent au nord comme au sud'. C'est encore là que se trou-

' M. AmédiSe Thierry, His-.oire des Gaulois, T édit. t. 1, p. 21 5 & saiv. & introd. p. 3; & suiv.

' np',; 5i -0 Ki,*;i.Evov ofoî ffjvdrt-Tovtlî... (StRAB. lib. 4, C. I,

3 ... natà TÔ (TTiV'JtaTOv -.l'i Iffd^oO T>j SutfYovTùÇ «Tli TT,4 xatà Nâpêwvtt 6a).i-î'tT,î -riv 'flxtavc-v iv <py,ffl rioffliSiôv.oî UàTTW -ùv Tf.'.(ï;^iXlwv »taSiuv. (Stbab. lib. 4, C. 1, 5 14')

'Vait aux temps historiques ce que les écrivains anciens appellent d'un mot générique le pays des Foîkes-Tcctoscges ^ , c'est-à-dire les terres riches en blé dont ils avaient pris possession à l'époque de l'établissement & qui ont formé depuis leur domaine immédiat. Ce territoire, plus vaste & plus fertile que celui des Arécomikes, s'étendait sans interruption, à ce qu'il paraît, depuis la vallée de VAtax, sur lequel ils possédaient le burg ou Voppidum de Carcaso, jusqu'au bord du fleuve Garoun'a ^, qu'ils auraient franchi comme r./<îax, puisqu'on les trouve établis de très-bonne heure sur la rive gauche du fleuve, dans le pays accidenté que possédaient avant eux les petits peuples de la Confédération aqui ta nique*.

Avant d'entreprendre au delà du Rhône & au delà des Alpes ces grandes émigrations à main armée dans lesquelles allaient s'épuiser, comme le remarquent les anciens, la jeunesse & la sève de la

< Rcgio Volcarum Te.osaffum. (Plin. 3, 4 [5J.)

s "E-t TÔv Fafovvav iïo-:a;xôv... 'j lapojvaî... (StrAB. 1. 4, C. I, § 14)

<> Oppidj Latina... Carcasum Volcarum Tectosagum... Tolmani Teclosagum, Aquilaniae contcrmini. (Plin. 3, 4 [3j.) — Remarquer incidemnicni ces génitifs pluiiels qui indiquent des villes ou des tcriiiuircs possédés ô: cultivés sans intermédiaire.

An de Rome

XI. — Les Tectosages subdivisés en divers peuples. — Les Surdons, Ruscino,

llliber'is.

IvCS Volces Tectosages, Volcae Tectosages ou Tectosagi, étoient subdivisés en plusieurs peuples dont les principaux que nous connoissions étoient les

nation', les nouveaux venus avaient dû s'établir solidement dans ces terres de choix, dont ils sont restés les maîtres jusqu'à l'époque romaine. Plus tard, il leur avait fallu soumettre & organiser les populations de race diverse dont les territoires confinaient de divers côtés avec le leur. Mais ces événements, intéressants à plus d'un titre, & les transactions politiques auxquelles ils avaient donné lieu ne paraissent avoir laissé en Gaule que des traditions vagues & des souvenirs à demi légendaires dont Ptolémée se prévalait probablement quand il nous montre, dans un passage de sa Géographie, les V'olkes Tectosages étendant du côté de l'est leurs possessions & leurs limites jusqu'à la ville maritime de Narhôn, dont ils se seraient trouvés ainsi les maîtres ou les suzerains longtemps avant les Arécomikes. Ils auraient m.éme dépassé de beaucoup cette limite, s'il est vrai, comme l'assure le géographe, qu'ils aient atteint de ce côté la vallée de l'Orb & celle de l'Hérault, désigné alors sous le nom d'Araiiris*.

A l'ouest & au sud-ouest, où rien ne le contrariait sérieusement, ce mouvement d'expansion conquérante paraît avoir été plus suivi & plus efficace encore. Au-dessus de Carcaso^ comme au-dessus de Tolosa, dont les deux oppida marquaient les limites des établissements volVes dans la plaine, s'ouvraient presque parallèlement les fertiles vallées de l'Aude & de la Garonne, qui menaient, par des routes toutes tracées, jusqu'au pied des Pyrénées, revêtues alors de sombres forets vierges & de lannes interminables (bruyères, fougères & genêts) que nous achevons de défricher aujourd'hui. C'est à

«Ivii îtà Ta; ô'Jp'i.iî ànavo»-!*-»»:!... (StBaB. lib. 4, C. I, { l3.)

• Voici sur cette question controvtîrsce. que les Bénédictins tranchent sans avoir l'air de soupçonner les difticultcs & les objections qu'elle soulève, du côté des Arécomikes surtout, le texte complet de Ptolémée. qui n'indique jamais, il est vrai, les sources historiques auxquelles il emprunte ses renseignements :

'PAtSifiç 'Pvivxvtù* ToVûffa x^Xiinta

Ki^xa«M Datt-p«'.

N«fffw» K^/w/io. ;Ftol. c. 9, lo.)

cette époque, en effet, que paraissent avoir été fondés, à la suite d^aprisions ou de conquêtes oubliées^, la plupart des villages celtiques d'origine (leurs noms de lieu ou d'homme le prouveraient tout seuls) qui jalonnent encore les vallées des deux fleuves & celles de leurs affluents '°. Le petit peuple des Garumnt ", dont le nom parait purement géographique, comme celui des Atacini, qui habitaient la vallée supérieure de l'Atax, devrait en grande partie son origine à ces conquêtes agricoles & guerrières dont le temps n'a point complètement effacé les traces. Un de leurs villages, fondé sur la rive gauche de la Garonne, par les Volkes de Tolosa selon toute apparence, était connu, dès le temps de Cicéron, sous le nom significatif de Vulchalo [Voulkalo, Volkalo, Bolkalo), adouci depuis en celui de Bouchalot ou Bauchalot".

Ce serait donc, comme le disent unanimement tous les géographes anciens, k du côté de l'ouest & des Pyrénées'', u regardées par Strabon comme une chaîne méridienne, que se seraient opérées les pluj réelles & les plus solides de leurs conquêtes, puisqu'elles ne reposaient plus ici sur des annexions passagères de territoire & de population. Leur frontière pyrénéenne, qui devait répondre à celle du territoire des Tolosates à l'époque romaine, se serait étendue depuis les sources de la Garonne & celles de ses affluents, dont les Tectosages parais-

9 Apprhio, aprisio. C'est le nom sous lequel on désignait dans les Pyrénées, pendant le moyen âge, les défrichement» collectifs ou individuels. (Voyez, passim , le glossaire de du Canj^e, sub voce, & les actes du moyen Sge cités dans les ouvrages de Marca, de Baluze & dans les Preuves de l'Histoire de Languedoc.)

" Quelques-uns de ces villages, parmi lesquels nous signalerons ceux de Noé, de Boussens. de Vernosol & le petit oppidum de l.ugdunum chez les Garumnt, sont devenus depuis de petites villes plus ou moins importantes.

" Il ne nous est connu que par le témoignage de César (Bell. Call. 1. 3, c. jj.)

" ... Croduni Porcium & Munium ternos viclorialos M (l'i -.ingutas vint amphoras portorii nomine exegisse) ; Vul' chalone Servaeum binos victoriatos M... (Cic. pro Fonteio, c. 8, ig [9].) Le village de Bauchalot est situé i 28 kilo.nètres de Voppidum de Lugdunum, devenu plus tard le chef-lieu ou la métropole du territoire des Convenae, substitués par Pompée au petit peuple celtique ou volke des Garumni.

*' K«Tt;^ov« 4k là illv ^'jffuuûiaTa tt,; NapCtuyvijfflaç OCoXxal ol TixTOff»T[tç... (Ptol. c. 9 [10], J9.) — Ci îl TixTovâYt; xaX«ù|x(y9l

tii n-jfT;vii «XijffiàÇôvffiv. (Strab. lib. 4, c. i , J i 3.)

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Sardons, les Consuarani, les Bébryces, les Toulousains & les Lutévains. Les Sardons (Sardones) s'étendoient sur toute la côte du Roussillon, depuis Cervera jusques à Salces dans l'espace de soixante-quatre milles. La ville principale de ces peuples étoit Ruscino, qu'on appelle à présent la Tour de Roussillon, située à demi-lieue de Perpignan. Elle étoit proche d'une rivière de même ' nom qu'on appeloit aussi Vernodubre, 8t qu'on nomme aujourd'hui Tet. Polybe fait mention de cette ville & de la rivière de même nom au sujet du passage d'Annibal. Ruscino devint colonie romaine, comme il paroît par les médailles qui^ nous restent. Du temps de Pline, cette ville n'avoit que l'usage du droit latin ^ ; c'est d'elle que le comté de Roussillon a emprunté son nom. Elle fut détruite par les Sarrasins & ruinée une seconde fois par les Normands, en sorte que de tous ses édifices il ne reste plus aujourd'hui qu'une tour.

La ville de Perpignan, qui s'est accrue des ruines de Ruscino, est une ancienne ville municipale"* située à deux milles de cette dernière ;le nom^ de

sent avoir exploité les premiers les lavages d'or '^, jusqu'à l'extrémité orientale de la chaîne où Ptolémée leur attribue les villes phéniciennes ou ibériennes de Roschino & i^Iliberris. Il y a toute raison de croire pourtant que ces villes, alors opulentes, ne leur appartenaient, comme celle de Narbonne, qu'à titre de vassales ou de tributaires, car tous les anciens nous représentent les Volkes Tectosages comme une population essentiellement agricole, établie de temps immémorial dans l'intérieur de l'isthme, loin des côtes & de la mer, qu'ils n'atteignaient d'aucun côté. Strabon, dont le témoignage toujours grave se trouve confirmé ici par celui de Mêla & de Pline, déclare à deux reprises n que leurs possessions atteignaient du côté du sud, en le franchissant sur quelques points, le versant septentrional du mont Remmène (les Cévennes), qui leur servait de limite jusqu'aux promontoires des Pyrénées, où on les retrouvait mêlés à des populations de nationalité différente ''. ><

'< De là sans doute la réputation du pays des Tolosates, regardé par tous les anciens comme un pays riche en or : ïloi.îi~

ïfUiTov tt vijdOvTal Yï|v... 1^ /.wfa lîo^yypyosî o'jffa. (StraS. lib. 4, C. I,§l3.)

'5 Voici les deux passages de Strabon que nous nous sommes bornés à traduire en les réunissant, lis sont probablement e'npruiités au Traité Je l'Océan (ntfi 'Uxtavoû) du philosophe Posidonius, que Strabon paraît avoir suivi pour tout ce qui touche aux Voike.s Tectosages : Ppiç Si tô KijxiJiivov ôçoç

avtàn-O'Zt^, tTtiXajié'àvovuî 5i xai to votiov itXt'jpov aùtciû l*t/pt twv àxpo^ Tïjpiwv oixo^CTt TWV "Ci Oùa^Kôiv dl TtxTOffàY^î xaXoy(*iv&i xal âX).at Ttvic (Strab. lib. 4, C. I, § 12.) — EçàitTovToi Si jAtxpà xai Tov r.poff-

«pxiio-.» is'Xcjpoy twv Kt[*iAivwv. (Strab. 1. 4, c. I, § i3.) — Les peuples de nationalité différente, que Strabon place sans les nommer à la suite des Arccomikes entre les Pyrénées, les Cévennes (Corbières) & la mer, ne peuvent iître que les Kynètes, les Cérétains (Ceretani) & les Sordes {Sordi, SorJones), signalés par tous les géographes anciens sur cette côte basse que dominent à l'ouest les promontoires des Pyrénées. (Voyez Festus Avienus, Ora maritim. v. 552-574, & Mêla, 1. 2, c. 5.) Quanta Pline, c'est après avoir décrit, sans nom-

Ils y vivaient encore à l'époque de leur décadence, la seule que nous atteignions par des témoignages contemporains, dispersés dans de grands villages ouverts qui ont conservé longtemps leur physionomie celtique comme leurs noms, & dont les terres passaient avec juste raison pour les plus fertiles du pays entre les deux mers. [E. B.]

' Voir Marco. Hispanica, p. i3, 3o3 & SiS.

' Vaillant, Numismata imperatorum incoloniis,&c,

' Pline, 1. 3, n. 5.

^ 'Voir Marca Hispanica, p. 21 & 453.

' Marca (p. i8, 3o3 & SzSj & dom Vaissete sont tombés, à propos de Perpignan, dans une grave erreur. Cette ville, qui n'était qu'une simple vi7Za, un domaine, au neuvième siècle, n'existait point du temps des Romains. La ville romaine était à côté, c'était Ruscino, la capitale des Sardons, que Pomponius Mêla nous apprend avoir été érigée en colonie romaine (lib. 2, c. 5), titre qui lui est assuré d'ailleurs par des monnaies trouvées dans les environs de l'emplacement qu'elle occupait". Pline dit seulement qu'elle jouissait du droit latin (lib. 3, c. 4). Cette ville, qui avait eu beaucoup à souffrir des courses des Sarrasins au huitième siècle, fut entièrement détruite en 839 parles Normands. A côté, s'éleva la ville de Perpignan. L'erreur de de Marca, de dom Vaissete & de plusieurs autres, qui font de Perpignan un municipe romain, sous le nom de Fia-

mer les Volkes, tout le littoral depuis le pays des Siirdons jusqu'à Narbonne & Agde qu'il aborde la cont.ée des \*olkes Tectosages « Agatha, qxiondam Massiliensium, & regio Volcarum Tectosagum, » située, comme il le dit plus loin, dans l'intérieur des terres » in mediterraneo. » (Pline, 1. 3, c. i3.) ' Voici la médaille que \'ailtant [Numinmata imperûtorum in coloniis, municipiis, &.c.\ a publiée le premier : Face : imperator Cacsar Augu>rus ; tcle d'.\uguste sans couronne. Revers : Cu'onia Ruscmo Leijio VI. Deux aigles légionnaires.

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Perpignan, qu'elle porte depuis environ le commencement du dixième siècle, a succédé à celui de Flavius Ehusus qu'elle avoit anciennement.

Illiberis', autre ville des Sardons, dont Polybe fait mention, & à laquelle Pline, Se après lui Ptolémée, donnent le rang au-dessus de /îj^j-c//20, étoit autrefois très-considérable ; mais elle étoit si fort déchue de son ancienne splendeur, vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne^, qu'à peine trouvoit-on quelque vestige de ce qu'elle avoit été auparavant. Elle étoit située, suivant Polybe, sur une rivière de même nom, qu'on appela dans la suite Tech, Tecum. On attribue à Constantin ou aux empereurs ses enfans^ le rétablissement de cette ville sous le nom d'Hélène ou ¥AnQ{Helena), en mémoire de l'impératrice de ce nom, mère du même Constantin. Saint Jérôme, Eutrope S<. Orose sont les plus anciens auteurs qui en fassent mention sous ce dernier nom. L'itinéraire de l'empereur Théodose & les tables de Peutinger lui donnent cependant encore celui d'Illiberis, ce qui peut donner lieu de croire qu'elle conserva son ancien nom après son rétablissement, du moins durant quelque temps. Quelques auteuri"* confondent mal à propos cette ville avec celle de Collioure {Caucoliberis), dans le même pays, qui est beaucoup plus moderne. On prétend qu'elle étoit colonie ou ville municipale sous l'empire d'Antonin Pie 8t sous ses

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viuj Ehusus, provient de l'inscription suivante, qui est aujourd'hui au château de Corbera , près Perpignan. Nous la reproduisons d'après la le'jon fort exacte qu'en a publiée M. de Bonnefoy dans son Epigraphie rouîstlljnnjise , fascicule I, p. ^o.

L ^ CORXELIVS y LOXGVS y ET

M y CORXELIVS y AVITVSFET

L y CORXELIVS T LOXGVS " ET

C T CORXELIVS V SERVIX\"SET

iM y CORXELR'S y AVIT\-S ET

P^rCORXELIVS^CORXELIAXVS'XEPEXL 1

ETMF AQ.VAM^IN->-MVNICIPIVM FLAVIVM,

1 EBVSV.M ^^ S >• P ^ P

Mais celte inscription se rapporte à Iviça, la principale ville des Baléares, appelée en latin Etusus. Elle est restée longtemps encastrée dans le mur de la maison de Jean Devi, mort à Perpignan en 1D69. Jean Devi avait été gouverneur des îles Baléares, comme le dit son épitaphe, qui se voit dans la chapelle du Christ du vieux Saint-Jean, à Perpignan : JOAN. DEVI GUBERNATOR ET CAPITANEUS GENERALIS EBUSI 1 569. — Jean Devi avait donc rapporté d'Iviça comme un souvenir des fonctions qu'il y avait exercées, & encastré dans un des murs de sa maison cette inscription, qui attribue à une famille de Cornelii , cliens de la gens Cornelia, la construction d'un aqueduc : telle est la cause d«

cette erreur. Fossa , dans un mémoire pour l'ord'e des avocats de Perpignan contre la bourgeoisie de cette ville, a le premier démontré que lemunicipe de Flavius Ebusus n'a jamais existé en Roussillon. [E. M.]

' Un numismatiste contemporain (M. Alois Heiss) prétend non sans de bonnes raisons que les monnaies ibériennes de la Gaule & de l'Espagne ne remontent pas au delà du temps de Sertorius, qui les aurait frappées suivant le système monétaire des Romains, en les inscrivant de légendes ibériennes. Mais peut; on en dire autant des noms tout ibériens d'Iliberris & de plusieurs autres villes gauloises, que les géographes romains & grecs avaient trouvées déjà en pleine décadence (V. la Note CXlVji' Dans l'Aquitaine elle-même, que Strabon rattache ethnographiquement à l'Espagne, est-il admissible que les villes de Vasate (Bazas), A'Elimherris (Auch) & de CaUgorris (Cazères) aient pris ou reçu, un demi-siècle avant notre ère, des noms ibériens d'apparence, qui auraient supplanté, on ne sait trop comment, do noms antérieurs tombés en désuétude? L'espèce de domination que Sertorius paraît avoir exercée sur toute cette région de l'ancienne Gaule, devenue une province de son empire ibéro-romain, ne tientelle pas au contraire aux antiques affinités de mœurs, de langue & de race, qui unissaient les populations des deux versants des Pyrénées, & que Strabon a si bien indiquées? (Strab. 1. 4, c. 2,{ i.)

' Mêla. — Pline, 1. 3, n. 5.

' Marca Hispanica, p. 22 & seq.

' Hardouin, Notae in Plinium, t. 1 , p. 3op.

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successeurs, ce qui n'est pas bien certain'. Elle n'est pas moins différente de la ville d'Elvire [llliberis) dans la Bétique, fameuse par le concile qui y fut tenu au commencement du quatrième siècle. La ville d'Illiberis ou d'Elne en Roussillon est aujourd'hui très-peu considérable, surtout depuis la translation de son siège épiscopal à Perpignan.

La fontaine & l'étang de Salses [Fons Salsulae), qu'on voit sur la même côte & que ses salines ont rendu fameux, étoient connus des anciens. Cet étang communique avec celui de Leucate, & c'est de la petite rivière de Sordiis, qui prenoit sa source dans le même étang, que les Sordons ou Sardons ont tiré leur nom^. On a bâti dans la suite, près de la tontaine de Salses, un château avec une ville qui porte le même nom. Les anciens itinéraires font mention de Comhusta, Ad Centuriones 8c Ad Stabulum, qui peut-être faisoient partie du pays des Sardons. M. de Marca^ croit que le premier est Rivesaltes, le second Céret, 8c le troisième Boulou , dans le R.oussillon. Pour ce qui regarde la ville de Collioure {Caucoliberis) , elle n'est connue que depuis le septième siècle'*.

Xn. — Promontoire de Vénus ; trophées de Pompée.

Éd.origin. Le pays des Sardons étoit séparé de l'Espagne, dont il étoit frontière, par le

promontoire, le temple Se le port de Vénus, & par les trophées de Pompée,

' Voyez tome II , Note IX.

* Festus Avienus, Descriptio orce maritimae.

' Marca Hispanica, p. 62 & seq.

' Nous avons déjà remarqué la physionomie tout ibérienne des noms i'Iliherrls & de CaucoUher'ts , qu'il serait difficile, étymologiquement parlant, d'attribuer aux peuples de race celtique & même à ceux de race ligye , dont les traces s'affaiblissent du reste à mesure que l'on s'éloigne des Alpes & du Rhône. Les Sordes ou Sordons, auxquels ces deux villes appartenaient, de l'aveu de tous les géographes anciens', seraient eux-mêmes des peuples de race ibérienne, s'il faut en juger par la position de leur pays, contigu aux passages orientaux des Pyrénées, & par les inductions de l'histoire, qui nous montre toute la côte à l'ouest du Rhône colonisée très-anciennement par des populations sorties de la péninsule ibérique. Il faut ajouter à ces diverses raisons que la ville d'iliberris, un instant puissante 8c riche, comme nous l'assurent les géographes anciens, était déjà en plein déclin aux époques historiques'; circonstance qui

s'expliquerait elle-même par l'établissement des peuples volkes & par les révolutions que cet établissement aurait produites au pied des Pyrénées.

Les noms du fleuve SorJus & de l'étang Sordice, situés l'un & l'autre sur le même rivage, ont d'incontestables affinités avec celui du peuple que l'on retrouve, encore longtemps après, appliqué comme dénomination générique aux populations de race mêlée qui habitaient la grande île de Sardaigne. La mer qui baigne les côtes de cette île à l'ouest 8t au sud était connue elle-même sous le nom de mer des Sardons'. Mais il y a tout lieu de croire, quoi qu'en disent les Bénédictins, que les navigateurs grecs n'ont fait ici , suivant leur habitude, qu'appliquer au cours d'eau dont ils apercevaient les bouches le nom du pays que ce cours d'eau traversait. C'est ainsi q'ue nous avons vu sur cette même côte le fleuve Atax, le Télis (TVfis, la Tel), & le Tichis (le îec) , désignés sous les noms de Narhàn , de Roscinus & d'iZiierrij , sans autre raison que l'existence de villes marchandes ou de ports situés au-dessus de leurs embouchures^.

» Inde est ora Sordonum & parva flumina 'relis & Techis... Colonia Ruscino, vicus Eliberri. (Mêla, 1. 2, c. 5.) — In ora regio Sardonum... Humina Tecum, Vernodubrum (nom celtique d'app-irence). oppida llliberis (Sillig : Etiseberae)... Ruscino Latinorum (Plin. 3, c. 4 [5J. — Sordus iiide... j Populus agebat inler avios locos. (Avienus : ' ra marit. v. 552-553).

" Vicjs Eiiberri, maguae quondam urbis & magnarum opum tenue vestigium. (.Mêla, 1. 2, c. 5 ; Plin. 1. 3, c. 4 [5].)

3 îo Ïaf5'ivl&v ItiXavoç. (POLYB. fûSS.)

^ Hoc Sordicenae, ut diximus, g'ebae solum est, Stagiuim hic palusque q lippe dilFusa palet : Et incolae islam Sordicen cognominant

Stagno hoc ab ipso Sordus aninis effluit.

(AviE.sus : Lr.i marit.. v. 568-574).

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. ii5

dressés sur le sommet des Pyrénées, dans l'endroit appelé le Col de Pertus, environ à cinq lieues de Cervera 8c autant de Céret,dans le Valespir. Le célèbre promontoire de Vénus, qui divisoit les Gaules d'avec l'Espagne depuis Cervera, avoit deux caps, entre lesquels étoit le port. Le temple de cette déesse étoit bâti dans l'endroit' où on voit aujourd'hui le monastère de Saint-Pierre de Rodes.

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Xin. — Les Consuaranï.

Les Consuaranï, que quelques auteurs confondent mal à propos avec les Consoranni, dont ils étoient fort différens, habitoient* dans la partie du Pvoussillon qu'on appelle aujourd'hui le Valespir £< dans le comté de Confiant^. Ces peuples s'étendoient jusques à la source de la rivière d'Aude, dans le Capcir, &. non au delà. Leurs anciennes villes nous sont inconnues'^. Si le lieu anciennement appelé Ad Centuriones, & dont il est fait mention dans les itinéraires, est le même que Céret, dans le Valespir, comme on croit, il devoit appartenir à ces peuples.

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