‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 244 sur 553 · XIV. — Les Bébryces } Narbonne · texte numérisé non relu

XIV. — Les Bébryces } Narbonne

S'il faut s'en rapporter à quelques anciens, on appeloit Bébryces (Bebryces)^

L'Ébre lui-même (lieras) , le plus grand fleuve du rivage au delà des Pyrénées, devait probablement son nom à un peuple ou à un groupe de peuples ÇKi'i^'i'.) que Polybe place en effet au nord-est de la péninsule.

Quant à la ville de'Roscino, dont Movers croyait le nom phénicien d'origine', nous n'avons guère d'autre indication sur sa fondation que cette éiymologie contestable qui ne nous apprend rien sur son histoire, antérieure elle-même à l'époque grecque ou romaine. [E. B.j

' Marca Htspan'tca, p. 52 & seq.

' Ihii. p. 17, î7 & 21 2.

' Voyez tome II, Nou VIII, n. i5.

' Marca Hispanica , p. 17, 27 8c 212.

'La ville de Narbonne, dont l'origine & les commencements échappent à l'histoire, comme ceux de beaucoup de villes célèbres, était déjà connue de l'historien Hécatée, un des devanciers d'Hérodote, qui la signale comme le marché le plus important de la côte entre les Pyrénées & les bouches du Rhône, où commençaient alors les établissements des Massaliotes '. Le titre de ville celtique, sous lequel levieil historien la désigne*, ne permet

' Movers : die Phocni\ier, II. 2, p. 6\\& 654.

' AlïiVii; F.A.XT.viîi; 'j-as5.). comme on les a appelées plus tard.

■ Nà^Sktv . i;xRÔp*.'S'' Xli lîii'-î KtATlX*^. Ex. Kvj. ( ExATsiot. Ei»-

fwny. — Hecataei Fra^m. p. 19, edid. Cari MQJler.) Polybe , qui écrivait plus de trois siècles après Hécatée , regarde encore comme franchement celtique toute la partie

pas de douter que le peuple des Celtes ou Keltes ne formât dès cette époque la population dominante* du littoral, 8c que la ville marchande (ètinôpiov) ne fut comprise dans les limites du territoire occupé ou envahi par eux. Il semble même impliquer que sa population était déjà celtique de langue Se de culture, si elle ne l'était point d'origine, comme il y a plus d'une raison de le supposer. Mais on ignore absolument quel était à cette époque le régime intérieur de la cité & dans quels termes elle vivait avec les tribus prépondérantes du littoral, qui paraissent s'en être disputé le patronage ou la

de la côte qui sV'tendail depuis Narbôn & le fleuve Narbôn jusqu'aux Pyrcnces ; 'A»;ô &i toO Nâpffwvoç xbi ta «ijl

(PoLYB. lib. 3, c. 37), sans excepter les villes d'iliberris & de Roscino, habitées, dil-i) , par les Keltes : xat^txovixiva; ûvà KixTûv. ;PoLVB. lib. 34, ap. Athen. lib. 8, c. 2.)

1 Les monnaies celtiques à légende grecque. (& sans nom de ville) des roi» kaiantoaoc, pipantic & BiTovioc (.M. B.), que l'on trouve sur tout le littoral , depuis la Garonne jusqu'aux bouches du Rhône, appartiendraient, suivant to;ae apparence, aux chefs (»ix. Ricis, riges — baiiaevI) de quelques-unes de ces Iribus prépondéranlcs. Mais comment établir qu'elles aient appartenu aux tribus ceiliques de race & Je langue, arrivées les premicres dans le Midi plutôt qu'à celles des X'olkes-'rectosagcs ou Arécomiques & même à la nation puissante des Arverncs, dont le nom de bitovioc (ui- TovToc — BiTviT) rappelle involontairement Li domination momentanée. {Voyez page 76, note 4.) — Quant à l'histoire légendaire des Btbrykes & des Elésykes , dont nous avons discuté ailleurs les textes contradictoires . c'est avec intention que nous l'avons complètement écartée de ces recherches.

An de Rome

dans les temps les plus reculés, les peuples des environs de Narbonne 5 mais il paroît que ces auteurs se sont trompés Si qu'il n'y a jamais eu véritablement

possession, comme le faisaient à des époques plus récentes les deux nations gauloises des Volies Tectosages & Arécomiques.

Les historiens grecs qui la désignent déjà sous le nom de N'cfoSiuv, écrit à très peu de chose près comme nous l'écrivons aujourd'hui, tenaient évidemment ce nom des indigènes ou des marins qui avaient trafiqué avec eux^. Son emplacement, qui ne paraît point avoir changé depuis plus de deux mille ans, répondrait lui-même, assez exactement, à celui qu'occupait la cité ou la ville proprement dite, avant l'annexion du bourg qui ne remonte pas au delà du treizième siècle de notre ère. Il y a même plus d'une raison de croire qu'elle avait dès cette époque son enceinte de murailles construite, suivant l'usage du temps, de gros blocs rectangulaires appareillés sans ciment, & que cette enceinte aura traversé sans grands remaniements toute la période romaine, comme les murailles cyclopéennes des villes étrusques que les Romains ne paraissent pas avoir reconstruites non plus en devenant les maîtres du pays. Ce serait à cette enceinte, antérieure ici à la conquête romaine, que ferait allusion le poète Sidoine Apollinaire, dans un passage trop peu remarqué de son épître à Consentius, où il nous montre la ville de Narbonne assiégée à deux reprises, & assiégée sans succès par les Wisigoths, dont les machines n'avaient réussi, dit-il, qu'à ébrécher ou à disjoindre les quartiers de rocher dont ses murailles étaient bâties :

Quassatos g^ris ictièus molares *.

(SiuO.N. AroLi,. Epi st. ad Cons. v. 6i .)

Mais elle était alors située au milieu de lagunes

^ NâpSwv, Nâpîwvoç (>;), comme l'écrivent llccatce. Pjllicas. Tolybe, Poiidonius, Strabon. — Ce n'est qu'à l'époqae romiùne que ce nom s'adoucit & s'abrcigc tout à la lois (^Xarbo, .Kiirboni;) en devenant mascu'in (^.\arbo Marlius) pour reprendre, au te:nps d'Atnmicn Marcellin, sa forme t'cminine (.Viirèo;ia"i. — Hiicatce, qui déduisait de ce nom de ville l'etliniquo N'/fSawi comme nous l'apprend L'ticnnc de Byzance

('Ex»-:o;i',; il NafSiioj? avT-.;? ç^ai- — HtCAT. Fragm. n. 1 5),

lui donnait évidemment pour radical les quatre lettres JVi.ri, en détacli.nnt de ce radical la finale on.oiic,ona, comme dans le nom géographique de Magalona {^Ma^-al-ona), une autre ville tris-aiicic-nne de la côte dont la physionomie est plus lranche>nenl celtique encor: que celle de Sarbcna.

i On s'expliquerait ainsi comment on n'u jamais trouvé à Narbonne de murs romanis de moyen ou de petit appareil, analogues à ceux que possédaient ëi que possèdent encore la plupart de> cités romaines de la Gaule méridionale, depuis Dax (^Aquae l'arbellicae) & Saint-I.izicr {Cbita- i omoravorum) jusqu'à l icnnii & Lii^duninn, qui Temontent l'une & l'autre à une époque antérieure à Auguste. — Les murailles nigj'jmes de la ville, qui ont été remaniées bien des fois.

qui couvraient encore la plus grande partie des plaines basses dont elle occupe à peu près le centre &. qui donnaient à ce riche bassin l'aspect d'un vaste lac parsemé d'îles, les unes déjà cultivées, les autres verdoyantes ou encore vaseuses'^. Un fieuve torrentueux, l'Atax, dont le nom paraît celtique luimême, se frayait, non sans peine, sa route & son lit au milieu de ces lagunes envahies déjà par ses atterrissements. C'est lui que les navigateurs grecs désignaient dans leurs livres de bord (-eç!-).0'j:) sous le nom caractéristique de Narbon, confondant, comme ils le font souvent, le fleuve inconnu dont ils apercevaient les bouches avec la ville maritime qui lui servait de port'. Ses eaux, que l'exhaussement continu du sol a fini par détourner de leur

comme on le sait, du septième au dix-seplijme siècle, auraient été elles-mêmes reconstruites en partie, comme les deux quais de la Robine, à l'aide de ces puissants matériaux (molare.i) mClcs aux revêtements des grands monuments antiques (arènes, théâtre, &c.) & aux inncnibrahlss débris de tombeaux qui ionchaieiit le sol des grandes roules depuis la chute du paganisme.

6 Les textes de Strabon (lib. 4, c. i, ? 6), de .Mêla (lib. 2, c. 5) & de Pline (lib. 3, c. 4), les plus anciens que nous puissions invoquer ici, ne permettent point de douter que cette lagune ne fût déjà réduite de leur temps aux étangs de Bages, de Sigean & de Gruissan, qui couvrent encore toute la partie inférieure du bassin narbonnais. Quoiqu'ils la désignent sous les noms did'érents de >i;x'r, Na&CwviTi; (Strab.). de la'ua Rubrcsus (Mcla; i!^ de lacm Rubreiisis (Plin.^, ils s'accordent à remarquer que le fljuve atteignait la ville avant ce tomber dans l'étang qui lui sert encore d'estuaire : ^ uàv

o'jv Nâf Cuv -jTiipy.f.Tai Tùy Toj Ataxo; txC^Xiôv xa'i ■:,,; "*.t^vT,; tt.; Naf-

em»lf.So;{STRAn.lib. 4, c.i,S6). ....Visi iibiS'arbanemattingit, nusquam novigabilii,.. Lacus accipil eum Kubresus vo^iine, spatiosus admodum (.Mêla. I. 2, c 5). .Mais il ne faut pas oublier qu'il existait encore à l'époque romaine, au-dessus de la vilie, de nombreuse? flaques d'eau plus ou moins salées, dans lesquelles il est diilicile de voir autre chose que des lais de la lagune qui aurait couvert, à une époque beaucoup plus ancienne, tout le fond du bassin. A l'époque des grandes crues de r.\ude, qui paraissent avoir vivement frappé les anciens e.ix-mcmes (V. Pompon. Mêla, /. /.),le tieuvc, en s'étendant par degrés, réunit les unes aux autres les nappes aujourd'hui distinctes de Sigean, de Gruissan, de l'iitang-Salé, de .Marcstaing, de Livi;;re. &c., & la ville se retrouve pour un moment la métropole insulaire d'une petite mer inléri(.U'e, dont les eaux rougeùtrcs {lacm hubresus, Rubrensii) s'étendent d'un côté jusqu'aux montagnes ariJes de la Clappe, de l'autre jusqu'à la chaîne de collines étagées qui marquent la limite de la terre ferme.

It'vv BTii/ii tosov û; T:p.î 5v(Tîi; àr.'j MaTffal.iiç x^i -.ûv -.'j'j rtta.^v ff-oiiaTuv, 5i' wv t\; TÔ Ïap5ivt9v T:i^a;o; î;'.toiv ô r.(0ïtfT;*îi5( T.otïjx.^ç. (POLYD. J'jist. lib. 3, c. 37)... Ml-à -r,v lljfT^T.v ^ï,ffiv. tu< ti'j NàfScjvo; iîS-:«|xoj. i:tîlO' il/at... (PoLVB. lib. 34, £ptd Athen»

lib. 8, c. 3)... C'est ainsi que les villes ibériennes ou phéniciennes d'Ilîberris & de Roscino, situées à peu de distance de Narbôn (dont le nom n'aurait rien de phénicien, suivant Movers : die P/iceniJcr, II, 2, p. 644 & 6.>4), svaieni donné leurs noms aux cours d'eau pyrénéens qui baign::ient ou battaient leurs murs : ...'r/.tÇifv;v xai Picxj.ov (T.'.-i6iJi&v(), fiûv-.a( ROLii T.;'u\.^ c,jw -'.iJtv;. (PoLVB. lib. 3.], C. 10, ap. Allwn. lib. 8, c, '2.)

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II. dans les Gaules, aux environs de Narbonne Se des Pyrénées, des peuples de

' An de Rome

cours, en étendant devant lui les atterrissements & Ijs obstacles*, coulaient alors, sans y être contraintes, au pied des murs de la ville, dans le même sens a peu près que le canal actuel de la Robine, 8c se jitaient dans la mer, « à douze milles de la ville', » par une embouchure ensablée que les Romains ont depuis élargie & régularisée.

Assise ainsi à l'entrée d'une sorte de mer littorale encadrée de collines riantes & de montagnes arides, du côté de la vraie mer, la vieille cité celtique ne devait pas ressemblermal à la Ravenne de l'époque impériale ou à la Venise du moyen âge, ces deux reines déchues aussi de l'Adriatique : avec cette différence pourtant qu'elle était bâtie sur une éminence en pente douce, 8c que les eaux reculaient par degrés devant ses massives murailles en lui abandonnant de riches terrains d'alluvion, autre présent de la lagune". Les navires de guerre, ceux des Etrusques 8c des Carthaginois, qui dominaient alors dans ces parages, trouvaient un refuge dans les hauts-fonds des étangs , comme on les appelait ici de très-bonne heure, du côté de la terre ferme surtout, où un terrain émergé depuis longtemps a conservé le nom de Port des galère!. C'est ainsi que l'on désigne encore à Ravenne, sous le nom significatif de Classe, dérivé du latin classis , une lande sablonneuse, aujourd'hui complantée de pins, ou hivernait jadis la flotte romaine de l'Adriatique. Les navires marchands remontaient

• Ces atterrissements, qui présentent à peu de diose pris le mJine caractère & les mêmes débris dans toute l'étendue du bassin (trente-six kilomètres de circonlérence), sont, en majeure partie, le produit des alluvions du fleuve, ce qui e :p.ique, pour le dire ca passant, comment la partie septentrionale de la lagune est depuis longtemps émergée, tandis que de grandes nappes d'eau, défendues il est vrai par de beaux travaux hydrajli.{ues dont quelques-uns remontent à l'époque ro. naine, couvrent enco c toute la p..rlie iijfcrieurc du nume hass.n. On n'évalue pas à moins de 3o à .15 ccniimctrcs par siècle le travail d'attcrrisscincnt qui s'est opéré dans la zone étancl.ée. aujourd'hui, la plus importante par son étendue. I.e sol formé par ces alluvions est du reste remarquiihlcmcnt bas & uni. comme l'avaient dcji re:narqué les gi.'ograpIie5 du seizième siècle qui appelaient, dans leur langage piitcrcsq. e, Narbonne ■ la cloa.;ue de la Gaule, pour la voir basse e.xtré-

• mcment & posée comme en une fondrière au lieu où le

• fleuve Atax. Â pressent Aude, s'engoulphe en la mer Cal it qie ou Midiietrancc. » (La Connosrjphie universelle Je A/un i/?r, traduite par Fr. de Bellcforest, Commingcois; Par^s, 1575. l. i,p. 35o.) De 6 i* 7 mètres qu'il atteint encore aux environs de Capestaug. le n.vcaa du sol descend à 2 ou 3 mètre» au-iessous de Narbonne fit tombe à zéro sur les plages sailouucases des étangs de Sigean & de Cruiesan. qui communiq.iem l'un & l'autre avec 'amer par des oiificcs que l'o.T désigne ici sous le nom roman de arau 'j;rao), dérivé eu latin fjradus.

* Sarbo Mùrtius, Decumanorum cotonia, XII M. passuum a m.tri dittans. {Pus. I. 3, c. 4.)

■° Ou plutôt de l'Atax lui-mcme. puisque ces atterrissements é aient, comme ceux de la basse Egypte, un présent du fleuve : Jw^ov Toj cets^o^. (Hérodote.)

par le lit de l'Atax ou du Narbôn jusqu'au pied des murs de la ville, où ils venaient s'amarrer, comme le font encore les barques pontées du canal, le long d'un quai bordé de gradins (scalae) sur lequel s'alignaient, comme à Massalia, des magasins ou des hangars bâtis de planches 8c de torchis (cannaiae) ". L'Atax, qui n'est en réalité qu'un torrent pyrénéen, inégal 8c inquiet comme ceux du Roussillon, reprenait il est vrai, à peu de distance de la mer, son régime 8c ses allures torrentueuses. Un géographe romain qui a décrit cette partie de la côte avec une remarquable exactitude assure que la navigation du fleuve s'arrêtait complètement à partir de la ville. Elle s'en était adjugé le monopole en jetant sur ses divers bras un pont de plusieurs arches, en face d'une de ses portes". Mais cette assertion, exacte peut-être au temps de Pomponius Mêla ", est assez difficile à concilier avec celle de Posidonius, qui nous a laissé de précieux détails sur le commerce intérieur de la Gaule à l'époque où il y voyageait, plus d'un siècle avant notre ère '*, 8c qui nous montre au contraire les marchandises importées par mer à Narbonne, « remontant par le lit de l'Atax jusqu'à une certaine distance de la ville 8c de la mer ". » De ce point, où s'arrêtait la navigation, elles étaient transportées à dos de mulet ou en chariot jusqu'au bourg de Tolosa,situé <■ à sept ou huit cents stades de là,» 8c où s'arrêtait le portage de l'isthme, n qui atteignait à peine trois mille stades de largeur sur ce point ". » Elles trouvaient là un autre cours d'eau, descendu aussi des Pyrénées, le fleuve Garouna, comme l'appellent les géographes grecs, qui les transportait à peu de frais jusqu'à la ville gauloise i'Aginnam (Aginn, Agen), chez les Nitiobriges £v jusqu'à celle de Burdigala (Bour-di-gal, Bourdeu, Bourdeo au

■' I.e quai du canal de la Robine, qui n'est autre chose que l'ancien lit de l'Aude, rétabli & resserré au seizième siècle, conserve encore au-dessous de la ville le nom de quai des llarquet. On retrouve assez Lrequemmeiit sur sa rive gauche les assises de ces hangars ou de ces m.ngasins antiques, qui s'éiendaicnt dans la camp.Tgne jusqu'à une assez grande distance de la ville.

'» JVi'si ubi Sarbonem attingit nusquam navigabilis (PoMf. Mêla, lib. 2, c. 5). Ce -lu'ii y a de certain, c'est qu'on ne trouve pas trace à Narbonne de ces corporations d'utricuiaircs si nombreuses & si ridies sur le cours du Rhône OSt de ses affluents les plus torrentueux.

'» Qui écrivait après Tibère, vers l'an 40 de notre ire.

" Vers l'an 102 ou io3, à ce que l'on suppose.

»5 'Ex ^i NofÇwvOi «vaK'*.f.T«i lii. Ut iiixp-.v tû 'at«xi. (SxnAD.

lib. 4, c. i.luO

'* "Ov çïlT; lUmîûvlOÎ iXÔLTTW Tûv xj'.ffy'.XîWV fftaftbiv. (StRAÏÎ.

/. /.) — Ce mot de Posidonius précède immiJiatcment le célèbre chapitre de Slrabon sur la gcogr.iphie hvdrogrnph que de la Gaule & sur les relations commerciales .jue cette heureuse configuration du sol avait dévelop|)écs de trcs-boiiiie heure.

An de Rome

ce nom 5 il est du moins certain que le pays de Narbonne qu'ils occu-

moyen âge), récemment fondée par les Bitunges Viv'ukes sur l'estuaire du fleuve, à peu de distance de l'Océan ". Sur les côtes de la mer intérieure , où les Narbonnais ne possédaient ni territoire dépendant, ni bourgades soumises ou protégées ", ils vivaient en assez bons termes d'ordinaire avec les gens du littoral qui apportaient régulièrement au marché de la ville, les uns par terre, les autres par eau, leur blé, leur vin & leur miel déjà célèbre.

Pythéas, de Marseille, qui écrivait plus d'un siècle avant Posidonius & qui était venu probablement plus d'une fois à Narbôn ", en parle aussi comme d'une ville riche & peuplée, dont les habitudes laborieuses contrastaient avec celles des tribus barbares de l'intérieur, tout occupées de guerre, de chasse & de plaisirs bruyants dans leurs grands villages. On la citait de son temps avant ou après celle de Corbilo'", qui passait aussi pour un des marchés les plus fréquentés de ia Gaule, parce qu'elle était située sur les côtes de l'Océan, au-dessus des embouchures du fleuve Liger (la Loire), en face de la grande île de Brctannia, dont elle avait fini par accaparer presque tout le commerce ".Mais elles n'étaient encore l'une & l'autre que de grandes villes barbares, pauvrement bâties & assez mal tenues à l'intérieur. Les Grecs de Massalia que leurs affaires amenaient à Narbôn en assez grand nombre, à l'époque des arrivages surtout, n'y trouvaient rien de remarquable, disaient-ils", à l'exception de ses murailles poudreuses & de ses étangs sans fin, battus de vents furieux. Us comparaient au retour ses chaumières de bois 8c de terre battue, écrasées sous des toits épais de paille ou de roseaux, avec les élégantes maisons de leurs timou^ues , coupées déjà de grands édifices publics & dominées de loin en loin par des temples de marbre blanc^j gracieusement assis sur le som-

'' n:ît''j*"«i 5i i:\i9y liîl Tov rapojvttv csttuôv xai To^fl* Sffov ixTcx^T'-w T, ir.Z'j.xOfl\f<ft o-îît'Siuv ■ ftl Si xai 0 Tapo^vctî t\î T&v flxtaviv (Strab. /. l.)

'• C'est encore Strabon qui nous apprcnJ ce fait assez peu

reniar UC jUSJu'ici : Mi;Tpor,5Al; Si tûv A^t^xcj^Iitxiov ï.jTi Ntjxotyco^, xa-â iit' T',v àÀAÔT^tO'. o;^\ov xal xôv ijiT.oftxov t.'//.ù NafÇwvoç Xiiro- [i.ivT,, xa-.i 5i tiv itoX.-cx-.v ûrepSoX^a'jffa ■ lr./,x'.0jç ^àf tjrii xi^jj^aç TtiTrûa; x«'v t'xofft -ùv ô^otOvûv tùav^^ta jta^ t^'j'iicz;, ojvitÀo^va;

ùî ai-iri». (Strab. lib. 4, c. i, 5 12.)

'9 Les principaux de ses ouvrages, son Traité de l'Océan (ntfi 'llx!«vo») & son Voyage autour du Monde (ir.; nrj 6îo< nve nif':A'j'Cj, ne nous sont connus que par des extraits conserviis par les anciens, qui le jugent en géncîral avec beaucoup de sévérité.

*" . .o'j^î Twv tx NàpSwvo;, ojià Tûv Ix KopfftXùvoi (PytheaS, ap.

PoLïB. & Strab. lib. 4, c. 2, 5 !•) (Strab. /. l.)

" ...oVSàv |»viiiTiî iïwv (PVTHEAS. ap. POLYB. & STRAB.lib. 4,

»' ... -.i-iv^-u-i.^ 5i x«i ttytij xaÀw; xï'v r, -'.Xv; ajjir.affa (StSAB.

met des collines. La seule chose que Ion ne piit pas lui contester était son importance commerciale, qui avait fait d'elle une Jes meilleures places de la Gaule, comme l'appflait déjà Pythéas'*, 8t le premier port barbare de la côte, dont les richesses, grossies encore par le bruit public, excitaient les convoitises & la jalousie de deux peuples puissants, récemment établis sur la plage, les Volkcs Tectosages & Arécomiques.

Quant aux Romains, dont le nom va se trouver mêlé pour longtemps à son histoire, il est à peu près certain qu'ils n'en ont compris ou apprécié toute l'importance qu'à dater de leurs longues guerres en Espagne, ou les Carthaginois venaient de fonder un nouvel empire, plus réel & plus inquiétant que le premier. C'est à cette époque, en efTet, que l'on voit pour la première fois leurs géncrjux sérieusement préoccupés du grand p lys barbare qui séparait l'Italie de leurs récentes conquêtes; tantôt s'arrétantà Massalia pour interroger les négociants qui trafiquaient dans l'intérieur avec les Galls 8c les Bretons'', tantôt nouant des relations avec les villes marchandes qui commençaient à s'élever sur les c5tes des deux mers 8{ leur envoyant directement des ambassades.

Située presque à égale distance des côtes du Laîium & de celles de la Bétique, la ville de Narbôn était à peu près la seule qui possédât un véritable port'^ sur le golfe orageux que l'en appelait déjà la mer de Narbonne''. Les flottes chargées de troupes que la République envoyait chaque année en Espagne trouvaient dans ses lagunes un mouillage à peu près sur & les rc.'sources variées d'une grande ville à demi barbare, commeiçinte Su. agricole tout à la fois. Du côté du continent, auquel elle tenait sans lui appartenir, comme on le disait plus tard", elle était défendue par les reliis de ses lagunes, dont les routes n'étaient, sur beaucoup de points, que des digues ou des ponts, toujours faciles à couper. Aussi a-t-elle eu le singulier honneur d'être le premier point que les Romains aient occupé" après la conquête (i I 3-ii5;, sur cette côte

1. 4, c. I, § 4). — "Ev îl Tî; «X?» T5 'E^ir-ov ïîpytot xxi ti ro*j itXçtvto'. 'Ai:.Vawvoî îip-.v {id. ib.).

*^ ... ot"ii:tj (NajSwv xal KofSiîiOv) r^9v^ ôs'.ffrat lîAitç tSv TavTij fPvTHEAS, (.;.$!.)

'S ...l:("f,Hi; ylîà toj Ix.rîl-jvsî rtp". tr,; Bpiîtivlxîç .. (PvTHEAS,

'6 Caeterum rar.ie uroes, quia rari portus &omntsp aga Au^tro atquc Africo exposita est. (Mêla, 1. 2, c. b.)

'*' 15 xoT» SlaïuaXiav xai NàpSwva flaXaTta. (Strab. lib. 4, C. t,

»> En parlant d; la colonie romaine : inserta & excepta.

•9 Tu GalUa prima togati

hiominii...

(.Vuso.N. de dur. L'rb.— Xarto, v. lo-ii.)

poient ', à ce qu'on préten l, taisoit partie de celui des Volces Tectosages. Il est ■vrai que Strabon - paroît iiiettre les peuples de Narbonne au nombre des Volces Arécomiques ; mais il se contredit, puisqu'il^ avoue que les Tectosages s'étendoient d'un cùté jusques aux Cévennes, dont ils habitoient une partie vers le nord; qu'ils habitoient aussi le pays qui est au midi de ces montagnes, en tirant jusques aux promontoires, c'est-à-dire jusques à la mer Méditerranée & aux extrémités du R.oussillon , & enfin qu'ils s'étendoient d'un autre côté jusques aux Pyrénées. Ainsi tout le pays de Narbonne devoit être renfermé dans les limites de ces derniers peuples ■*.

Quoi qu'il en soit, le pays des Bébryces^ formoit anciennement, à ce qu'on prétend, un royaume dont Narbonne fut la capitale; mais sans avoir recours à ces fables, il suffit de savoir que cette ville est une des plus anciennes des Gaules, qu'elle étoit déjà très-célèbre '^ plus de deux cents ans avant la naissance de Jésus-Christ & qu'elle passoit alors pour une des trois principales des Gaules. Elle devint encore plus célèbre dans la suite par la colonie que les Romains y établirent, & qu'ils regardoient comme un boulevard & une place d'armes qui leur assuroit les conquêtes qu'ils avoient faites en deçà des Alpes. Elle disputa longtemps pour la dignité avec toutes les autres villes des Gaules. Celle de Lyon lui cédoit encore du temps de Strabon, surtout pour le nombre des habitans. Elle eut la gloire de donner son nom à la Gaule Narbonnoise Se d'être le séjour ordinaire'^ des proconsuls, préteurs ou présidens que la République romaine envoyoit pour gouverner cette province. Sa situation sur un bras de la rivière d'Aude, Atax en latin, lui fit donner le nom de Colonia Atacinorum^ on l'appeloit aussi Narho-Martiits ou Colonia Decumanorum , comme nous l'avons déjà dit; enfin les anciennes notices* lui donnent le nom de chef Si de mère des villes, caput 6- mater urhium, & on doit la regarder en efiet comme la première & la plus ancienne de toutes les villes métropoles des Gaules.

Les Romains, qui eurent soin de l'orner des mêmes édifices qu'on voyoit dans Rome, y firent bâtir '^ des temples, un capitole, un théâtre, un marché, des thermes ou bains publics, St y établirent une monnoie avec une école célèbre ce une teinturerie dont l'intendance étoit une des dignités de l'Empire, selon

romaine de nom, mais encore barbare de fait, où ' Ptolémée, Géographie, I. j, ch. lo

elle leur j;rvait tout à la fois de poste avancé & de ' Strabon, 1. 4, p. i8f>,

plrce d'armes, comme le dit un ancien '°, Colonisée ' Ihii, p 1 37.

irèi-peu de temps apris cette occupation, elle allait ^ Voir ci-dessus, p. 85, la note 1, qui expose une

d.'Tenir le chef-lisu de la nouvelle province à la- opinion diff.-renic de celle des Bénédictins.

q lelle elle a donné son nom ", comme elle l'impo- ' Festus Avienus , De^criptio orar muritimae. —

sait jadis à la mer qui baignait ses côtes, & le Zonare, Annal. 1 8, p. 40^

modèle de noitbreuses villes romaines «jue nous « Polybe, 1 3, p 191. Fragment, p. 937,994. —

allon» voir naître 81 se cortitituer hiéji:rchique- Strabon, 1. 4, p. 193.

niiUt autour d'elle. [E. B.] ' Capitolin, inter Scriptores historiae Aagustae,

* Voir Adrien de Valois, Notifia Galliarum. " Spe:uh cop'ili Romani ac rrnpngnacttlum. (Cic. rro 9 «.■ j ■ » m • ^ • ^ «

rontfm. ap. Dan Bou-iuel. t. ,,p. 655) ^"^°'"° Apollmo.re, Carm.na , i3 — Ausone,

>' .Vu.ic .ï none.t & Jccu- (Mêla. 1. 2. c. 5.) d^ clam Urhihus.

An de Rome

An de Kome

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LiV. U.

les anciennes notices (^procurator baphii Narbonensis). Ils y firent construire entre autres un pont sur la rivière d'Aude ', à cause des ruisseaux & des étangs' du pays, qui étant fort bas, étoit sujet à être souvent inondé. On conduisit ce pont dans l'espace de quatre milles depuis Narbonne jusques à Capestang, Caput Stagni, dont il traversoit le lac durant un mille ^. On donna à ce pont le nom

■ Marco. Hispanica, p. 33 & seq.

' Les monuments antiques de Narbonne, dont 11 reste à peine quelques vestiges aujourd'hui, étaient déjà célèbres à l'époque romaine, s'il faut prendre au sérieux les épithètes As potens^ de speciosa, de pulcherrima, sous lesquels les poètes la désignent '. On les trouve même énumérés chacun par leur nom & quelquefois décrits avec un certain soin dans deux témoignages anciens dont il est impossible de suspecter la véracité, malgré l'emphase de ton 8c les recherches de langage qui s'y mêlent à des indications précieuses à plus d'un titre.

Le premier de ces témoignages est celui du rhéteur Ausone, qui a décrit ou chanté, au quatrième siècle de notre ère, dans une sorte de poème géographique, les villes célèbres de l'Empire & de la Gaule, parmi lesquelles Narbonne tenait encore un rang honorable '. Le second est une diatribe en vers, écrite par le poète Sidoine Apollinaire après le séjour assez long qu'il avait dû faire à Narbonne, devenue depuis quelque temps la ville royale des Wisigoths & le centre des intrigues politiques ou autres, qui agitaient à cette époque la Gaule méridionale. En remerciant son noble ami Consentius de l'hospitalité qu'il avait reçue dans sa maison ', il a voulu, dit-il, saluer au moins du regard la vieille & noble cité dont il avait aussi été l'hôte 'I à la façon de la cigale, » qui payait volontiers son écot en chansons *.

' Voir pasiim les deux poimes d' Ausone & de Sidoine, qui nous ont servi de guides dans cette étude, & l'épigramine bien connue de Martial, iib. 8, ep. 72, v. 4.

3 Le pojiiie d'Ausor.c est intitulé ; De Claris Urbibus, & se compose de quatorze cliapitres ou ciiants consacrés cliacun à l'une des grandes villes de l'eaipire. Narbonne, que le poète décrit en vingt & un vers, n'occupait plus alors que le treiziime rang parmi les vilies célèbres, & venait, en Gau!e, après celles de Trêves (IV), Arles (Vlll) & même 1 oulouse, qui avait évide.nment grandi pendant que déclinait la vieille métropole. Nous avons suivi dans nos citations l'édition des œuvres complètes d'Ausone, publiée eu 1842, par M. E.-F. Corpet, dans la bibliothèque laline-irciiçaise de Panckoucke.

> Cum jam pro tncritis tuis pavarcm

Vestrae laudibus fiospitalitatis Cantum impendcre pauperii cicutac.

(SiDON. Aholl. Carm. XXIII, v. 1-4.) ♦ Q^uid primiim vcncrer colamque pro te,

Ni/allor patiiam...

(l.l. v. 32 & suiv.)

L'cloje de la vill; & de ses monuments, qui n'occupe pas moins de seize vers contenant trois ou quatre monu-nents

Plus complète que celle d'Ausone, quoiqu'elle se borne cette fois à de simples énoncés, alignés uniformément l'un à la suite de l'autre comme les numéros d'un catalogue, cette nouvelle description paraît avoir été écrite vers le milieu du cinquième siècle, avant la mort du roi Théodoric II (4^7), dont le nom y revient à plusieurs reprises; ce qui prouve, pour le remarquer en passant, que la plupart des monuments de la ville étaient encore debout à cette époque, quoique ses murs eussent beaucoup souffert (c'est encore lui qui nous l'apprend) pendant les deux sièges qu'elle venait de traverser. — Il faut ajouter à ces deux textes dont les Bénédictins ont tiré parti, les indications fournies par des témoignages d'un tout autre genre; nous voulons parler des inscriptions antiques qui font accidentellement allusion à tel ou tel édifice public reitauré aux frais de l'empereur ou des hauts fonctionnaires de la province, comme l'ont été dès le second siècle de notre ère, les thermes & les basiliques de la ville détruits, sous Antonin, par un incendie qui avait pris les proportions d'un désastre public^. Au cinquième, ce sont les portes, les aqueducs & le Pont Je la Cité, comme on l'appelle toujours, qu'un préfet du prétoire des Gaules se vante d'avoir rendus à la

chacun, commence au vers 37 & s'arrête au vers 52., Nous suivons dans nos citations l'édition des œuvres de Sidoine publiée par le P. Sirmond dans le premier volume de ses Œu' vres complètes. Paris. 1696, f. I2S5 & suiv.

5 Et narbonensis civitas et antiochense oppidum & carthaginense forum arsit ( lut. CAfiToi.iN. Antonin. Pim, c.o). — C'est aux premiers temps de l'Empire que icmontv-iit aussi un petit saceltum corinthien dédié à l'cmpeieur Trajaa en l'an 98 de notre ère, un édifice revêtu de marbre (marmoribus exitrncium) destiné probablement à servir de thermes, & plusieurs pelits temples {[victoriœ] au;;. \et numini Auffl'(storum] ; - Laribus magnis ; — (jeuio patrono ; Voy. passim le Recueil des Inscriptions de Narb.^.nne) ioiil l'exiitence ne nous est connue aussi que par les inscriptions qui leur servaient de dédicace. — Les statues des empereurs ou des membres de la maison divine, dont les bases nous sont parvenues en assez ganJ nombre, étaient dressies le plus souvent sur le Forum de la vile [L <co Data Décret./ Decurionum ) comme le célèbre autel décrié à .\ugu51e par la pljbe de Narbonne. Ccl es des simples particuliers étaie.it dissé.nintes, comme u:.e lo-le d'éaicules. de laraiies & d'autels, dans les quartiers les plus fréquentés (ioco celeberrimo , pass.), sur des emplacements céJé,s souvent par les grandes corporations re:igieuscs ou industrielles de la cité. L'n de ces autels en plein air, dédié au dieu Vulcain dans les premiers temps de l'Empire, était dressé au bord d'une piscine ou réservcir d'eau, creusée probablcmciu à la suite de quelqu'un de ces incendies, d'aalant plus dange.cus à Narbonne. que la ville ne paraît point avoir possédé, comme cel'ede Nimes. un corps de riffiles (gardes de nuit) , militaiicment organisé.

An de Rome

de 'septième, Pons Septimus, nom qu'il tira, non pas de l'empereur Septime

Sévère, à qui quelques-uns en ont attribué mal à propos la construction, mais t. i.p.îs.'

TÏlle, en les retirant de l'état d'incurie & de ruine dans lequel ils étaient restés trop longtemps*.

Ces indications, déjà rares à l'époque romaine, s'arrêtent, il est vrai, à dater des invasions barbares qui ont précédé la chute de l'Empire dans le sud de la Gaule. Les chroniqueurs du moyen âge, qui ne parlent plus qu'incidemment de la ville elle-même, à l'occasion de quelqu'un de ses évéques & de leurs démêlés avec les Juifs, devenus les négociants, les armateurs & les banquiers de la ville antique, se taisent plus complètement encore au sujet de ses monuments, dont on ne sait plus rien jusqu'à l'époque des Arabes £t de leur domination momentanée dans la Scptimanie , comme on l'appelait alors. Ce serait même par eux qu'ils auraient reçu plus tard le coup de grâce, s'il est vrai , comme l'affirment leurs historiens, que le kluilife Abdu-r-Rhaman ("Abderrhamanj ait envoyé jiisqu'à Narbonne des vaisseaux & des architectes chargés d'y choisir les fûts de colonnes qui servent encore de support aux voûtes entre-croisées de la Me^^uita de Cordoue, construite, comme on le sait, à la fin du huitième siècle (789-796)'. Les grandes villes romaines des bords de la Méditerranée, qu'avaient visitées dans le même but les envoyés du khalife, possédaient encore à cette époque la plupart de leurs monuments antiques, dont les colonnades & les grands murs, plus ou moins ébréchés, contrastaient avec les mesquines constructions de l'époque wisigothique ou mérovingienne. Mais il paraît certain qu'ils étaient depuis plusieurs siècles traités sans plus d'égards par les chrétiens eux-mêmes, qui ne voyaient dans ces grands édifices, devenus inutiles depuis la chute du paganisme, que des carrières de pierre dont ils trouvaient les blocs tout charriés & tout équarris. A Narbonne, oii ces monuments étaient plus nombreux 8c plus imposants qu'ailleurs, c'est avec leurs débris que paraissent avoir été construites les premières basiliques chrétiennes, sans en excepter celle de l'évêque Rusticus

* Cette rcstaurjtion. que les BciK'dictins ne pouvaient pas connaître, nous est atlcâice par une longue inscription déc.ïivcrle en 1786 Jans la ciuipelc de l'ancien pahùs des vicomtes, & publiOt pour la prcniilTc fois par M. Tournai dans son Cataîoguc du musée Je Sarbonnc. Le Mue de marbre Wanc sur lequel elle est gravie servait de t^'blc d'autel dans la chapelle & provenait lui-même de quelqu'un des monuments antiques de la vil e, oli il servait de bai^e à une colonne d'un diamètre considcïrable.

' Voir sur ce monument les détails fournis par les historiens arabes Ahmct cl Mokrl (mss. de la bibliothèque de Gotha, f. 70 & suiv.), el .N'ovairi (p. i35) & AbulicMa {Ann. Moilem. t. 2, p. 61). 11 est décrit avec beajcoup d'exactitude dans le Luide en Espagne de .M. Richard Kord. (Ri>:hard Ford's Spaitt, Murrjy's H.i" li"ni-^. siii loce Conuov^.)

(;aint Rustice) , dont on a retrouvé récemment l'inscription dédicatoire gravée, la dix-septième année de son épiscopat (444), sur la base d'une colonne de marbre blanc, détachée visiblement de quelque monument antique'.

Les murailles & les portes tourelées de la ville', qui paraissent avoir été reconstruites ou remaniées plus d'une fois depuis l'époque des Wisigoths & des Arabes, l'auraient été elles-mêmes à l'aide de ces précieux débris que l'on y retrouve presque toujours à l'état de simples matériaux, enfouis dans les fondations ou noyés du côté des reliefs dans les blocages qui les ont protégés du reste contre l'action de l'air & les injures du temps'". Ils n'en sont sortis qu'au commencement du seizième siècle, oii les ingénieurs de François I", en démantelant une dernière fois les vieux murs de la ville & les constructions publiques ou privées qui s'étaient adossées à ces grands murs, furent surpris de trouver ces mesures remplies de pierres sculptées ou inscrites, presque toutes romaines d'origine. Ce sont eux qui les ont remises au jour, comme on peut le dire san.» métaphore cette fois, en les encastrant extérieurement dans les murs de l'enceinte qu'ils avaient du

• Voir, au tome II, le Recueil des iiscriplions païennes G- chrétiennes de yiarbrinne. — C'est de la même manière que le même évcque avait construit, deux ans auparavant, la piemièie église de Minerve, p.è» de Sainl-Pons (Hérault), dont nous avons encore l'inscription dédicatoire gravée sur un énorme bandeau de marbre blanc provenant du temple paiou (leinplum Minervae) qut l'église chiétieiinc avait remplacé. (La voir aussi au Re:u-jil des inscriytivns nartonnaises.)

9 Lnc de ces portes, qui a tra\crsé le moyen âge sous le nom de Pijrta Aquaria (en Irançais. la Porte Aiguière), élaii si'.uée d.ms la partie basse de la ville, au bord de la rivière d'Aude (ylini;«e, Sidon. /./.), en face du l'oin-Vetus, dont nous lepailons plus loin. Ce sont probable. nent les deux lours de cette porte monumenta.e qui auront scivi plus tard ce base oa de pt-iit de dép.rt à l'ancien paLis de laVicoiilé, dont lu tour Mauicsqje faisait partie. Lnc pré.enduc l'orte Romjt te que l'on trouve indiquée & liguiée qui plus eat dans les préieiidus plans antiques de Narbonne, dressés au siJcic dernier par les frères La;ont & par l'abbé Bousquet (Voyez son Recueil mss. à la biblio;hiqje de Narbonne), n'a probablement d'autre raison d'être que les trois n.oEs ; Ad p-;rtam iiomanam, gravés après coup sur le marbre d'une inscription lumulaire, celle de Myini (M}riiie?) t'aus.i, c l{nnice'\ \ûrbonesi-tm servi, iicaria, avec Icsque s l'ont reproduite les LVigapliiitcs narbonriais du seizièn.c .sijce. Elle en a été délaciiée pojr la pcnii.c fois par Janus Gru;er {Corp. in,cr. lai. Hcide berg . 1601 . p. 167. n. 7), qui se trouve ainsi i'auieur ou tout au moins l'éditeur responsable de ce monument antique.

'•> Ln de ces monuments, & l'un des plus anciens suivant toute apparence, était connu à Narbonne sous le nom caractéristique ce Tour mauresque. Les fondations de cette tour, qui subsistaient encore au coinincncement d.i dix-scptièmc siècle (1639, .étaient construites de grands b.ocs rectangulaires superposés, par. ni lesquels on découvrit dix-sc,it inscriptions ou bas-i chefs antiqies, presque intacts celle fois, & d'une conscrvniif.n rfmnrquable pour la plupart.

An de Rome

des sept parties qui le coraposoient & qui formoient autant de ponts séparés. Ce monument, qui étoit digne de la magnificence romaine, ne subsiste plus

reconstruire sur plusieurs points, ou dans ceux des ouvrages avancés dont il avait fallu la couvrir de loin en loin, pour la mettre à l'abri des nouvelles inventions de l'artillerie. Disposés sur une ou deux lignes, à la suite les uns des autres, ces curieux débris, dont on semblait comprendre pour la première fois toute l'importance, y formaient comme une sorte de frise continue qui entourait la ville moderne des souvenirs & des splendeurs de son passé.

A l'exception de quelques fûts de colonnes & de quelques grands morceaux d'entablement détachés des monuments dont nous venons de parler, la plupart des débris exhumés à lette époque provenaient, suivant toute apparence, des tombeaux très-variés de forme & de taille qui bordaient la voie Doinitia, au dessus comme au-dessous de la ville. C'est au moins à ces monuments qu'appartenaient les épitaphes plus ou moins ornées qui alternent avec les bas-reliefs, dans les murs construits sous François !*■■■". Mais les mutilations dont ils portent presque tous les traces ne permettent point de douter qu'ils n'aient été plusi.'urs fois tailles & mis en osuvre avant d'être remis au jour par les architectes de la Renaissance. Il est même certain aujourd'hui que cette exhumation, quoique inspirée par un sincère amour de l'antiquité, a été funeste à la plupart d'entre eux, exposés sans abri à l'air humide 8t salé de la mer, qui en a détruit ou altéré un grand nombre.

Le musée, plus ancien qu'on ne le croit, oii plusieurs de ces monuments avaient été déposés à diverses époques, à cêté du célèbre autel d'Auguste qui peut en être considéré comme le point de départ ", a pris, duns ces deiniéres années, une importance inattendue, par suite de la démolition des vieux murs qui entouiaient la ville depuis le seizième siècle. C'était la première fois, en effet, que ces marbres inscrits ou sculptés, à peu près inabordables a la hauteur oii ils étaient placés, à moins d'échelles ou d'engins plus ou moins désa-

«» Le marquis Scipion MafT"eï, qui étudiait, en 1732, les anliquiloi de Narbonn.;, duiit le savant bJguitr relevait pour lai les inscriptions moins a.téices iilors qu'cl es ne le sont aujourd'hui ;Voyezle mis. de bégaier à la Bibiiothique de .Ni, ne»), ava.l été t;appi de cet iniuiCiise musée en plein vent , dont il n'avait encore vu nulle part le pareil £■ m 'me l'aiiûlo^^u.'. (AiUijuit. Oall. sélect, p. 2S.) — .Mrilin, qui visitait Narboniie dans les premières années du dix- neuvième sièc'e, en parle à peu prés dans les mêmes termes. (Voyage dans les défarlcments du Midi, t. 4, p. 3^3.)

" lians la cour ou sous l'escalier du palais de l'archevêché, rcsraaé & Iranst'ormé depuis en hôtel de ville. (Voyez au \ci ne 11 . riniroJgclion à l'cpigraphie de Naibonne.)

gréables, se trouvaient réunis sous la main de l'épigraphiste qui a besoin, aujourd'hui surtout, d'étudier de très-près leurs légendes altérées. Aux textes connus & publiés depuis longtemps , que reproduisent les recueils épigraphiques en se copiant souvent les uns les autres, sont venus se joindre un certain nombre de marbres & de textes inédits, que l'on ne s'attendait point à retrouver ainii noyés à l'intérieur des murs auxquels ils servaient, depuis la Renaissance, de revêtement ou de frise. Nous signalerons, parmi ces textes intéressants à divers titres, le petit poème funèbre oii se trouve résumée en huit vers, d'une latinité encore pure, l'histoire de l'affranchi Caïus Olîllius Amandus , dont le nom inconnu jusqu'ici figurera désormais avec honneur dans l'épigraphie naibonnaise ". Le cippe, sur lequel étaient gravés les quatre distiques, au-dessous du nom du défunt, était couvert dans toute son étendue d'une couche épaisse de mortier, dont nous avons eu beaucoup de peine à le débarrasser après trois ou quatre jours de travail, ce qui explique par quel hasard il avait échappé à l'attention des architectes érudits du seizième siècle. — Espérons que la Narbonne du dix-neuvième comprendra à son tour l'importance de ces monuments, qui sont le plus net comme le plus sur de son histoire à l'époque romaine, & qu'elle tiendra à honneur de conserver, pour les autres & pour elle-même, ces souvenirs d'un temps où elle passait avec raison pour la ville la plus peuplée, la plus commerçante & la plus civilisée de la Gaule.

Le plus célèbre, & probablement le plus ancien des temples de la ville '*, était dédié à Jupiter, comme celui du Capiiole de Rome, dont il rappelait, dit un écrivain ancien , les dimensions & la masse imposante ". On le désignait familièrement à Narbonne sous le nom générique i'AEJes (l'édifice, le temple}", & sous celui de Capiiolium, qui s'était

" El'e sera reproduite avec les textes inéJits dont nous vc:ion5 de parer dans l'épigraphie de la vi.le, au tome II de celte nouvelle cJi.ion.

■ < C'e,t à ces divers temples que s'appli.iuerait l'appellation pljriellc & cette fois e<acle de deluirii chez Sidoine. (/.(. v. 41.)

'S ǫo l'jue tibi quondam parti de marmore templum Ta:tlae molis erat, quA:ilain non spermret o im Tarjuiniui Ca'iilu;quc i;erum, poilremus & ille Aurea <jUi statuit Capiloli culmina Caeiar.

(.\usoN. Narb. v. 14-17.)

'« l'ne riche corpor.rtion d'ouvriers qui tenait ses assemWiJcs au voisinage & au-dessous du temple, était connue à Narbonne sous le nom de fabri suba.-diani narl-oncnse>' 0,1 jYar*onesc"s, comme nous l'apprend une belle inscription (elle de Sexius Fabius .Musa) , que nous publierons dans l'épi-

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IL i :3

tlepuis près de deux siècles. L'endroit où il étoit autrefois s'appelle encore aujourd'hui, par corruption, le Pont Serme, de son ancien nom.

An ^.f Rome

étendu de proche en proche aux édifices voisins du umple, & mé:ne au quartier que ces édifices couvraient en grande partie". Il était bâti , ou tout au moins revêtu de marbre blanc, que la ville tirait à grands frais de l'Italie ou de la Grèce, & entouré probablement d'une enceinte de portiquos qui encadraient une cour intérieure (area) , à laquelle on accédait par les gradins d'un escalier monumental ''. Mais on en est réduit à de pures conjectures sur la forme & l'ornementation du monument, qui aurait disparu d'assez bonne heure, s'il faut prendre au pied de la lettre le mot •{uondam dont se sert le poète en le décrivant :

Quoique tihi juonJam pario Je marmore templum Tantae molli eraî,..

(AusON. l.l. T. 14-1.').)

On ne sait pas même d'une manière certaine à quel ordre d'architecture il appartenait , & quel était le nombre, la dimension, & la disposition des colonnes qui entouraient ou qui précédaient la celîa , c'est-a-dire la nef de l'édifice. A Thamugaj, en Algérie, qui avait aussi son Capitole, dédié aux trois grands dieux des Romains, & entouré d'un portique carré dont les colonnes renversées jonchent encore le sol ", le temple, proprement dit , n'avait

gr.ipliie de la province. Cet adjectir subacManus, qui Hgure à pane Jans les diciionnaircs les plus complets (Xoj en Freukd, su* vocf). me p irait identique au conipOivis«i'(..'i.!»M.t (Jabri iuiJianl) que je retrouvais récemment dans une inscription cipagiiole de Cordoie & dont les académiciens de Berlin ne paraissent p.is s'expliquer le vrai sens : • tab. i su'ùjiani. furlai:e a scliila, in qia convcniebani , iiomint ita dic.i : Il II. • (Corp. inscr. lai ; Imcr. Iiispan.; cJid. Ae.Ti. Hûbner, Cortibi, n Jîii.)

" C'est i ces Cjpito'es provinciaut. dédids le plus souvent à J'jpilcr, 4 Junon & à Miiiervc, que songeait s jrtojt V itruve, q ;a;iJ il reco :iininJaii de les asseoir autant .uc possib e »L.r I; point culminant Je la cit;S, afin que les dieux tjtélaircs (fiitcla) passent embrasser iu regard la plus grande partie de» mjrailles. • AeJibis ver > ;acrii quirum Jeorum m.ixime m tutel2 civila vijetur aie, vt h, i S- lunoni & Mive vae î-i exc:iiiiSiivo loco un le moeninm m:ixima pan eon.^piciatur, are-te Jiitri uaattir. . (\ itruv. Arch. 1. 1, c. 7.)

■• Co nmc à Pomp.-i, commj à Besançon (Vojci le savant Mémoire de M. A Cjsran, sir le Ca,-ii:ole Je Ves inti), co]iiirenccs de b Sorbonne. anndo 186S, Paris iSôo, page 47 & suiv.). & mfiie à Touiojse, s'il lant prendre au pied de la liitre le témoignage souvent cit.- de Sidoine Apoiliiialrc :

De gradu mmmo ' apitoHorum i'raecipilatu:».

(Slno^<. Ai'OLL. Epist. I. 9, ir, C. V. Catel, Mém.pjur I Hisl. du l^njjuedoc, p. 8i5.)

■» Nous empruntons ces détails à une belle inscription de Tliimugas. publiée par M. Lion Renier, dans son 'lù-eueil dss Inscriptions d? l Algérie, n. iSio. & à une noie de l'émjnent épijjraphcste sur les ruines du icmpic , qu'il a cludiéei sur Ici lieu?. (Vojxi .M. A. Câslan, l.l. no;. 2.)

pour ornement qu'un pronaos ou péristyle à fronton , soutenu par quatre colonnes cannelées de dimensions colossales, analogues à celles qui flanquaient le grand temple de Narbonne, & dont on a retrouvé les bases, déplacées & mutilées, au voisinage du monument".

L'édifice tout laïque cette fois auquel s'était étendu le nom de Capitoltum qu'il a conservé pendant le moyen âge (sous sa forme latine Capitolium ou sous sa forme romane Cspdlueil & Capduel), n'avait rien de commun que le nom avec le temple dont nous venons de parler ". Mais les témoignages d'actes authentiques qui le décrivent ou le mentionnent assez fréquemment pendant plusieurs siècles", ne permettent point de douter qu'il ne fji situé dans la partie la plus élevée de la Cité, à quelque distance de la porte de Béziers {porto Rcy) & des murs actuels de la ville, dont l'enceinte paraît s'être élargie & dilatée de ce côté surtout, à chacun des remaniements qu'elle a subis. Il y a plus d'une raison de croire qu'il n'était à l'origine, comme les Capitoles de plusieurs autres villes gallo-

»• l'nc de ces bases, découverte dans l'intérieur de la vil'e, dit M. l'outnal. n'a pas moins de i'"40 de diamètre, mesuré dans le renllement du tore monolithe dont elle est surmontée. — Une autre base du même genre & presque de la mênve ta;ilj (i»25) , récemment découverte sur l'einplacemcnt que couvrait «nciennement le Capitole (Voir plus loin) , à trois mctrcs au-dc...sous du sol actuel, servait Je support i une colonne engagée, ce qui semblerait indiquer que le monument était pscuJoMpteros. comme le disaient les Grecs, c'est-à-ci:c e.l d'autres termes q :c les murs de la cella étaient jalonnée intérieurement de dcmi-co'oniies ou de quart-de-coloiiiies, fai-ant suite aux colonnes isolées du pronaos (tétrastjle ou hexastyle), & séparées par les raCnies entreeolonncmcnts. Mais tout ce a ne proaver,iit point d'une manière absoL.e que le temple de Narbonne ait été de s;ylc corinthien, comme l'était incontestable nenl le Capiio'e de Syila, terminé & dédié par Catulus. — Les nombreux fragments de t'rises, d'entablements & Je chipiieajx cointhiens, que l'on remarqu.iit sur divers points des murailles & que les archéologues n^rboimais attribuent pour la plupart à leur Capitole, pa aisscnt avoir appartenu à des mo luments distincts, & ini'éricars en taille «u g and te np'e décrit par Ausone. Il e»t à regretter, du reste, que ces déL'ris iniJressants à plus d'un titre n'aient encore Âé ni mesurés ni étudiés sérieusement, pas plus que le sol antique de la viile, oj leurs substructions sont restées enfouies.

" Dsiubris, capiloliU (poet. pr. capitr lio), monelit. (SinoN. l.l. V. 5.) Voir pour ce monument les détails souvent incomplets recaei lis parCatel ^Mém pour IHiit. du Laniue.ioc, p. 77) t'< par Pierre de Murca ( lAircij Hiipanica.c. VI 11,} 4), auquel nous devons poailant la meilleure et 1 de dont les monuments antiques de Narbonne aient encore été l'objet.

•» Nous citerons notamment une charte de 1275, une de 1277 & U"= de i352, dont les textes encore inédits nous ont été signalés par notre excellent ami .M. I ojrnal , que nous voud ions pouvoir remercier ici une lois pour toutes, des services de toute espèce qu'il nous a rendus dan» le cours de ces recherches.

An de Rome

Le grand nombre d'inscriptions romaines qui restent encore à Narbonne sont des preuves de son ancienne splendeur. Il y en auroit de plus considéra-

romaines, qu'une des anciennes portes de la Civitas, flanquée extérieurement de deux grosses tours en saillie que reliait l'une à l'autre une galerie percée de croisées en plein cintre. Se à laquelle seront venues s'ajouter plus tard des constructions d'âge & de caractère distincts". On s'expliquerait ainsi comment ce palais [praetonum^^ habité probablement à l'époque romaine par les gouverneurs de la province & par les préfets du prétoire quand ils séjournaient dans la ville, était devenu, après la chute de l'Empire, la résidence habituelle des rois wisigoths , qui embrassaient des fenêtres de leur palais, dit Grégoire de Tours, la riche plaine de Ligoria & la riante colline du mont Laurès, au pied de laquelle jaillit la belle source de U Mayral'*. Il était représenté au quinzième siècle par une sorte de donjon carré, que l'on citait alors comme n la « plus haute, la plus forte & la plus ancienne tour n de la ville", » & que les archevêques firent raser, après de longues contestations avec les vicomtes & les consuls de la ville.

Le forum y dont l'existence remontait aussi aux premiers temps de la colonie, comme le prouve une des inscriptions du célèbre autel d'Auguste'*, était probablement situé à peu de distance des monuments dont nous venons de parler, dans la partie supérieure de la ville, qui en était, à cette époque, la plus salubre & la mieux habitée. Sidoine, qui se contente de le désigner par son nom (foro au

'1 Le monument ainsi agrandi aux dépens de l'enceinte qui se diipl.T:ait, & aux dOpens du temp'e qui avait fini par disparaître, parait avoir couvert une partie de l'espace où se sont élevés depuis la butte toute factice des trois moulins iS l'ancienne ligiise Saint-Sébastien, avec les maisons qui l'avoisinent. Du côté du sud , il aurait occup: une partie de la cour de l'ancien couvent Saint-Bernard, où l'on distingue encore au niveau du soi des assises de tour rondes, reliées par de grands murs solidement construits , mais sans traces d'appareil romain grand ou petit. — Le Château Narbonnais de 'Toulouse, qui a servi pendant des siècles de résidence aux gouvernants ou aux gouverneurs de la ville, n'était aussi à l'origine qu'une de ces portes de viilc, con\erlie en cliûtjau par des travaux d'a.nénagemcnt prati»]ués du cote de l'inîcricur, comme ceux de la Porte Narbonnaisc à Carcas;onne qui remonte au douzième sicc'e. — A Nimes. la cclcbre porte d'Auguste à laquelle aboutissaient t^ois voies antiqacs (Voyez plus loin), ûtait Je même encai^sie au milieu du Château \ iciix {biui sous Charles VI , en 1371) . & n'a reparu à demi enl'ouie qu'en I/gJ, lors de la démo ition de cette autre bastille.

»< GaEoon. Turio.-j. De gloria Martyr., I. 1 , c. 3. — C'était po^ir jouir pleinement de cette belle vue que le roi Alaric il, sur les suggestions du rhéteur Liion, son c.inaciilcr, avait fait abaisser d'autorité la toiture ou la voûte de la basilique Saint-Félix (deponatur ex hoc aeJif.cio una slriiclura wachinar, l.l.), située hors des murs comme toutes les anciennes ég'ises de la ville.

'S Texte d'une charte de 1354. W<7rca//ispan.,l. i,c.8,S 5.

>« « Plebs Narboiisnsiiim aram Narbone, in/oro, posait. • (Voir, au tome H, \e Recueil des inscriptions de Nnrhoiine.)

singulier), ne nous apprend absolument rien sur l'emplacement qu'il occupait & sur les dimensions de son area enfouie aujourd'hui, comme celle du forum Romanum, sous les ruines de la ville antique. Mais tout semble indiquer qu'il était encore entouré de monuments publics " reliés les uns aux autres par une enceinte de portiques '• brisés ou continus [... portic'tbus, foro, SiDO.v. l.l. v. 40)

L'aire du forum, c'est-à-dire l'espace découvert que cette enceinte encadrait, était décorée intérieurement, comme celle du grand temple, de monuments d'âge ou de style divers [autels, édicules, &c.) , & de statues de marbre ou de bronze dont les bases, chargées d'inscriptions, s'alignaient au-dessous des colonnes, en longeant les degrés du portique". Le forum de la ville d'Arles, que Sidoine nous décrit ailleurs, en termes beaucoup plus explicites, conservait encore, vers le même temps, cette décoration monumentale de colonnes & de statues derrière lesquelles se cachaient, dit-il, les plus compromis des complices de Paeonius, déconcertés par la présence de l'empereur Majorien & par le mouvement unanime d'adhésion que sa vue paraît avoir provoqué dans la ville comme au dehors '°. Le poète lui-même.

" Parmi ces monuments inconnus figurait au moins une basilique que Vitruve ne sépare jamais du Forum (Vitb. 1. 5, c. 1). Elle servait à la fois de lieu de réunion, de bourse & de tribunal pour les magistrats impériaux ou municipaux.

'8 On voit encore aujourd'hui dans le cloitre Saint-Just, où e'Ies auraient été découvertes au commencement de ce siicle, s'il faut en croire Millin (/.;. p. 3S2), trois colonnes en granit gris des Pyrénées (les deux plus grandes ont 5"io de hauteur, sur o^jo de diamètre), qu'il est difficile de rattacher à aucun des temples de la ville, puisque ces temples étaient bâtis en marbre blanc, comme le prouvent les débris de taille & ce st\le diveri auxquels nous laisions tout a l'heure allusion. On serait donc en droit de supposer qu'elles appartenaient à q Klqu'un des monuments laïques de la ville, comme le rnacjtlum, les thermes, le ihéàtre (Voyez plus loin), ou les portiques du forum dont la colonnade devait et c, comme celle du grand temple, d'un développement considérable. Nous ferons remarquer incidemment que ces colonnes monolithes, les seules que l'on ait retrouvées intactes au milieu de tous ces débris mutiles, rappellent par le galbe, par la teinte ^ par les dimensions, les colonnes noirâtres de la Me^^uita de Cordouc, dont une partie provient de Narbonne, coaime nous l'avons remarqué.

" Les statues du forum de Pompéî, dont on a retrouvé les bases encore en place (au nombre de vingt-deux), étaient dédiées le plus souvent aux magistrats municipaux de la cité, aux duumvirs particulièrement qui représentaient, dans les colonies ^ les municipcs. les consuls annuels de Rome. La ville . qui les é'cvait quelquefois à ses trais {pec\vnia\ publtica) à la suite d'un déciet rendu par le conseil des décurions {EX L['rcreto] ^[ecur/onuw;]), devait, dans tous les cas, céder le sol ou l'emplacement [locus) qui leur serv. it de base, puisque cet emplacement, pris sur la place publique, appartenait à la commune.

3° ... AHi, ne saltitarent.fugere post statuas, occuli post eolumnas. (Sïdom. Epist. 1. I, ep. ii.)

bles, si on pouvoit faire quelque tond sur les conjectures ingénieuses, mais trop hasardées, d'un auteur moderne, qui attribue à cette ville ou à la Nar-

An de Rom*

en s'y présentant de bon matin, suivant l'usage, le lendemain de son arrivée, s'était vu entouré de conjurés dont Us uns lui prenaient les mains, tandis que les autres se jetaient à ses genoux", ce qui prouve une fois de plus que le forum des villes romaines était encore, à cette époque, le lieu de rendez-vous & comme le salon sui Dio de la population tout entière. On y venait de très-loin quelquefois apprendre ou colporter des nouvelles, discuter les affaires de la ville & même celles du pays, dans des groupes animés qui se formaient autour de quelque orateur populaire ou de quelque personnage considérable, & l'on pesait ainsi sur les décisions des magistrats municipaux ou sur les arrêts des juges, qui continuaient à siéger eux-mêmes dans l'aire dallée du forum ou dans quelqu'un des grands édifices qui l'entouraient. — A Pompéï, dont l'histoire s'arrête, comme on le sait, à l'an 79 de notre ère, les murs de ces grands édifices, ceux du chaUidicum d'Eumachia, par exemple, étaient couverts de réclames électorales écrites à la main {graffiti) dans des compartiments blanchis à la chaux [alhum] 8c encore lisibles sur plusieurs points, quoique telle ou telle de ces manifest.ntions remontât aux premiers temps de l'empire. Elles émanaient le plus souvent des corporations ouvrières , qui étaient nombreuses & puissantes dans toutes les villes romaines, &qui paraissent avoir exercé partout une influence considérable sur les affaires de la cité, car il était très-rare, à Pompéï au moins, que les électeurs ne se conformassent pointa ces préférences de la foule, exprimées quelquefois d'un ton d'autorité".

Des greniers 8c du marché public nous ne savons

J' ... Principe post diem visa, in forum ex more descendu... alii... flits quam dcceret, ad genua provolvi. (Sidon. /./.)

" Voici quelques-unjsde ces réclames électorales qui nous ont conservé le^ noms de corporations à peu près inconnues jusqu'ici : A Vettium aeJ[ilem] Saccari (les portefaix) rog- [anl\.— Marcel'.umaed\ilem\ \ Tignari Plaustrari (leschitp^;lltiors en voitures) ro;,' aut]. — C. Iul[iiim\ Polybium \ iivir {djumvirum) Muli >ries (les muletiers) rn^fant'. — Pûitumium Proculum aeJ\ilcm] \ Offcctora (les teinturiers) ros'aint\. — SecunJum aûd[ilcm\ \ Furnicatores (les fourniers, distincts sans doute ie% piitore^) rog\ant\. — A/. Hntconium \ Priscum iivir i.d. {Juiimti:um inri dicundo) Pomari Htiivcrsi (les fruitiers) ] cun. Helvio Veitat^ rog\ant.] — Popi.iium Riifnm aed^Ucm] \ Pisciccpi Ocs ptcheurs) O. V. F. (orant ut facialii). — Les nuitrcs d'c'colc de la ville ont, comme tout U monde, leurs candidats préréiOs & le» recommandent, au nom de leurs clêve:^ ou ju leur, dans des aHiches où la gramm.iirc elle-même n'càt pas toujours rcspect^.'ï : C. CapclLvn D. V. I. D. O. V. F. (Juumvirum iuri dicundo or^t ut fticiiUis) Vema cum discrutiH-s. — Sabinum & Rufum acdilcs] P. P. D. (le publica dignoi) Valentinn-i cum disccnics iuos rrg'^at]. — (\'. pau. Guarini, Fasti dtiumvirali ed Anituli delta coionia di l'ompei; Nap. 1843; & Norbjrt lireton. licrculaiium & l'omrei, iS55.

absolument que ce que Sidoine nous en apprend (... horreis, macellis, [poetic. pr. macelIo,J SiDON. l.l, V. 42). Il n'est guère possible de douter pourtant qu'ils ne fussent situés aussi dans l'enceinte de la cité proprement dite (... amhitu; Z.î. v. 89), comme plusieurs des arcs-de-triomphe (... arcuius ; 1,1, V. 42), encore debout à l'époque où le poëte habitait Narbonne, 8c l'hôtel des Monnaies de la ville (.,. moneîts ; \pocîtc. pr. moneta\ l.l. v. 41), postérieur en date à la plupart des monuments que nous venons de citer, car rien n'indique que l'on ait frappé des monnaies à Narbonne avant l'époque de la tétrarchie. — Le théâtre , dont on ignore aussi l'ancien emplacement, n'aurait pas été trèsèloigné du forum '\ s'il faut prendre au pied de la lettre les rapprochements quelquefois intentionnels du catalogue de Sidoine (... forticiiuJ, foro, theatro ; l.l. v. 40). Peut-être était-il, comme à Herculanura, entouré extérieurement d'un portique couvert qui communiquait avec celui du forum '* 8c où les habitants {cives) trouvaient un abri contre le soleil ou contre la pluie, très-rare d'ailleurs dans leur pays. — Les thermes qu'Antonin avait fait rebâtir avec leurs portiques (... tker[mas] incendia con[sumptas] cum por[tictius]. Inscr. Anton, imp.) , à la suite du terrible incendie dont nous avons parlé, étaient situés, suivant une opinion fort accréditée à Narbonne, au voisinage de l'église Saint-Paul, où a été retrouvée l'inscription dédicatoire du nouveau monument '' (la voir dans

>> Il y a plus d'une raison de croire qu'il était situé aux environs de la cathédrale actuelle, sur l'emplacement de l'ancien cloiire de Sainl-Just, où il existe encore, dans les cave» de plusieurs maisons, des arceaux voûtés & cintrés qui servaient d'escalier ou de support aux gradins étages de l'enceinte semi-circulaire {cavea : .\1illin, /./., p. 392). — Quant à l'amphithéâtre, que les érudits du siècle dernier plaçaient au beau milieu de la ville, à côté d'un prélendu temple du dieu Circiut, dont on croyait retrouver l'image dans des masques scéniques représentés, suivant l'usage , la bouche ouverte & les joues gonHccs, il est bien certain aujourd'hui qu'il était situé comme partout, en dehors & à quelque dis.tance des murs, où l'on en a retrouvé, il y a plusieurs années, les .tssises & le mur d'enceinte, au bord du chemin qui menait de Narbonne à Gruissan. L'ellipse du monument mesure extérieurement i38 mètres de longueur sur 95 mètres de largeur maximum.

1* Ce portique, contigu au mur de la scène, était soutenu, à Ilerculanum, par trente-quatre colonnes d'ordre dorique, que l'o : a retrouvées encore en place lors des premières touilles (1739-T765); elîes étaient en brique, revctucsdestuc, rudentèea & peintes en rouge jusqu'au tiers de leur hauteur, blanchies & cannelées ensuite jusqu'à la naissance des chapiteaux. (V. Vi' Gell, Matois. &c.. &c.)

Il Elle était encore, au temps de Pierre de .Marca, encastrée dans le pavé de l'église (/h pm'imenlo b.i<,iticae Sancti Pauli; Marca Hisp. 1. i, c. 8, f 5), près du inaître-autel, d'où elle a été retirée en 1715 par .M. Macheco de Primeaux, flot» abbé de Saint-Paul.

An de Rome

bonnoise la fabrication de presque toutes les médailles du bas empire '. La commodité du port de Narbonne contribua beaucoup à la réput:ition & à l'étendue de son commerce. Ce port, qu'on regardoit du temps de Polybe comme le port

le Recueil des inscriptions de Narhonne, au tome II de cette édition). Pierre de Marca , auquel remonte cette attribution'^, avait cru en reconnaître les restes dans de vastes substructions découvertes de son temps, à peu de distance de la même église, Se qui rayonnaient en divers sens jusqu'au delà des murs de la ville ".

Le seul monument de l'antique Narbonne qui ait traversé, non sans restaurations, il est vrai", les quatorze ou quinze siècles qui nous, séparent de l'époque impériale, est le célèbre pont qui joint encore la cité au bourg & que les anciens documents appellent, à cause de cela, le pont de la Cité". L'unique arceau qui le représente aujourd'hui est flanqué latéralement de deux arceaux beaucoup moins anciens , construits euxinêmes à l'aide de matériaux antiques & destinés à servir de base aux maisons qui resserrent encore la rue du Pont & le pont lui-même, suivant une habitude assez commune au moyen âge. Mais cet arceau n'était à l'époque romaine que la tête d'un pont considérable jeté sur le lit de l'Atax qui servait de port à la ville, comme nous l'avons dit^".

•« Les indications donniics par l'historien sur la forme de C7â ruin'js (/./.), où se réunissaient au moyen de canaux souterrains Jeax sources abondantes qui existent encore dans cette partie de la ville, s'appliqueraient au moins aussi bien à un chàteau-d'cau {caitetluM diriiorinm) qu'à des thermes proprement dits, si elles appartiennent riîelle nenî à un mcnument autiviue. Comment admettre d'ail'.curs que les portiques, indiqu'is d.ins l'inscription comme une dépendance ou un complément de rédifice, aient été construits en manière de terrasse sur les voûtes du monumeiit (thermanim lax 1 aeJi- Jicio suverpoiita erat spaciosa & c.ip.^x porticus, l.l.) , au lieu de le flanquer latéralement ou de le précéder comme ils le faisaient dans la plupart des thermes antiques ? Comment supposer ensuite que ce monument, d'un usage journ.Tlicr s'il en fut, ait été situé, co?nme il le ser.iit ici, en dehors & à quelque distance de la ville, représentée aujourd'hui par ce qu'on appelle toujojrs la Cité ?

" Millin, qui par.iît admettre aussi l'existence de ces bains antiques, nous apprend qu'ils ont été comblés pendant ia Révolution pour établir une promen.ade sur le buslion voisin de l'église, (Voya^'e dans les dàpartewents du Midi, t. 4, p. 3>,i,)

3a A commencer par celle du préfet du prétoire Agredinus, dont nous avons parle : Poiitem, parlas, aquidiiclus... rcstauravil ac reJidit Ciiitati. (Voyez, au tome II, le Recueil dci Inscriptions de Narl-onne.)

>^ Su 'lus pmtein Civitatis : Pracceptum Caroli rcffis, cité par Catel, Méin. pour l'Hist. du I-angued. 1. 5, p, 777.

<" L'Aude, qui n'était nulle part navigable en nmont de Narbonne A l'époque romaine (... niH ubî Nar'-onem attinffit nusqjtam navii^abili:;; Mêla. 1. 2, c. 5), ne l'était pas dav,intage au moyen âge , comnie le prouvent les barrages qui coupaient de distance en distance le cours de la rivière, en faisant tourner de nombreux moulins dont quelques-uns exister.t eticore; MoU'udina qu.ie ^unt sjt'tu^ po:itJ'ii Ci.i-

Les antres arches du pont qu'il serait inttressont de remettre au jour sont enfouies dans les remblais qui ont resserré p.ir degrés le cours du fleuve, réduit aujourd'hui à un simple canal de dérivation, ou dans les caves des maisons construites sur ces remblais^'. Ce pont monumental, qui traversait le fleuve en ligne droite, se prolongeait au delà du fleuve lui-même par un long viaduc construit sur le sol toujours bas des lagunes & qui ne finissait qu'avec la lagune elle-même, au village actuel de Capestan^ (Cj/juf ,Çt:ï^niJ, à quatre ou cinq milles romains de la ville^'. C'était au moyen de ce viaduc que la voie Domitia reliait Narbonne au continent, de la même m.inière à peu près que le lit canalise de l'Aude la reliait à la mer. Il était formé de remblais plus ou moins élevés qui alternaient avec de nouveaux ponts jetés sur les cours d'eau qui coupaient la route, ou sur les flaques plus ou moins étendues qui représentaient la lagune (stagiu.Tï, stagna), asséchée déjà en partie. Le dernier de ces ponts, comme les appelle .Ausoned'un mot très-exact :

Quis numeret portusque tuos pontcsque^^ lacus^ac, (AtsON. Nari, V. 12.)

était connu dans le pays sous le nom de Pons Septimus (le septième pont à partir de la ville). Il ne s'est écroulé qu'au seizième siècle, où il fallut abandonner, par suite de cet accident, la belle route que les ingénieurs anonymes de l'époque impériale avaient construite par des efforts de patience 3c de génie dont notre temps n'a point le monopole, comme le pensent beaucoup de gens. [E. B.] ' Hardouin, Opéra, p. 112 JU seq.

tatis (Catel , (,/.). C'était danc au pont de la Cité que commençait non-seulement le port de Narbonne, mais la navigation du fleuve . régulari.sée par de grands travaux dont nous reparlerons plus loin,

^' On m'a parlé à Narbonne de sept, huit ^ mCme neuf arceaux ainsi enfouis dans les caves ou sous les maisons du Bourg.

^5 Le nom de Pont .Set m ou Serme, que l'on trouve aussi dans les actes olTiciels, n'était qu'une traduction ou une altération romane du mot Pons >^cptimus, ^ous lequel ce monument a été désigné jusqu'à l'époque de sa destruction. Voir les actes publics cités par Catel, /./. : Vitra, supra Ponte Seplimo, & par Marca, Cwtndes harragii, tarrae, Pontis Screnii : Marca Hispanica. c. 8, § 9.

<> La leçon pontesque que Pierre de .Marca a proposée en s'appuyant sur les raisons de topographie que nous venons de résumer, nous parait préférable de beaucoup à la leco;i VtOntesque que reproduisent, en se copiant. 1^ pl,.pa'i des éjiteuis d'Au:o:ie, iaus e . e'.cz^'-'.e- M. t^uipe'..

' An de Rome

de toute !a Gaule, étoit, selon Strabon, le plus grand £t le plus considérable de la Narbonnoise. Il étoit' formé par un bras de la rivière d'Aude, qui avoit été détourné de son ancien lit par une grande jetée de pierres, depuis le village de Sallèles jusques à Narbonne, dans l'espace de sept milles; cette branche de l'Aude, devenue navigable dans cette ville, va se jeter de là dans un étang qui anciennement, de même que la rivière, portoit le nom de Narbonne 5 on lui donna dans la suite celui de Ruhresus. On l'appelle aujourd'hui l'étang de Eages, de Pcyriac & de Sigean. L'Aude coule dans un canal au milieu de cet étang dans l'espace de deux railles & va se jeter dans la mer au grau^ appelé la Nouvelle, à douze milles de Narbonne. On attribue à l'empereur Antonin Pie la construction de ce canal, comme noui verrons ailleurs. C'est par ce même canal que les vaisseaux entroient dans l'étang & remontoient ensuite par la rivière jusques à Narbonne.

La cote de Leticate est au midi 8t à vingt milles ou environ de cette ville. On^ prétend que les Grecs ou Marseillois l'appelèrent Leucata, à cause de la blancheur des rochers qui sont sur ce rivage. Les anciens ne connoissoient que le nom de cette côte; Leucate est aujourd'hui le nom d'un cap, d'un étang & d'une forteresse bâtie sur un rocher. Nous devons à Festus Avienus Si à Sidoniu3 Apollinaris la connoissance des îles voisines de Narbonne, situées entre la mer Se les étangs qui régnent sur cette côte. Le premier qui les appelle Piplas y comprend la presqu'île de Leucate. Ces îles sont' celles de Gruissan , de Cauchenne ou Cauquenne, qu'on appelle aujourd'hui Sainte-Lucie, 61 de Lee, Licci ou Lecci. Il y a dans la dernière une église sous l'invocation de saint Pierre bâde, à ce qu'on croit ■*, sur les ruines d'un ancien temple de Jupiter.

On peut comprendre dans le pays des Bébryces ou des environs de Narbonne quelques lieux dont il est fait mention dans les anciens itinéraires, tels que Ad vigesimum situé à vingt milles de cette ville, & Hosuerhus ou Userva. M. de Marca place le premier aux cabanes de Fitou , dans le diocèse de Narbonne, sur la route du Roussillon ; on peut conjecturer, suivant la distance marquée dans les mêmes itinéraires, que la situation de l'autre étoit du côté de Homs sur l'Aude, à quinze milles au nord-ouest de Narbonne. Saint ^ Jérôme fait encore mention d'un village qu'il appelle Vicus Atacis, dont on ignore la véritable situation ; on sait seulement qu'il devoit être voisin de Narbonne Se que le célèbre poète Terentius Varro en étoit natifs.

Outre les lieux dont nous venons de parler, le pays des Bébryces ou de Narbonne comprenoit encore tout le Razès, Pagus Redensïs, dont il n'est fait mention que dans les temps postérieurs aux Romains^. On peut y ajouter le

' Voir Marca Hispanica, p. 28 & seq. p. 33. * Saint Jérôme, in chronic.

* On appelle grau, en Languedoc, du mot latin • j'îarca Hi'pan'tca. p. g| & scq.

graJus, les baici, rades, golfes ou ports q.à sont ' Un érudii contemporain qui a cherché à déferle long de la côte de la mer. De là vient aussi le miner l'emplacement de ce vicus Atax, comme lapnom d'échelles du Levant. {Noie Jes Bénédictins.) pelle réellement le chroniqueur Eusèbe (K/co Atace,

* Adrien de Valois, Notitia Gatliarum, in Provincia Narhomnii ^ éd. 1 ^70, p. 6j) , a cru le Mi^rca llitpanica, p. 33. rctroiivcr dans la ville act.tUe de Lrnoi;x, dont un

An de Rome

Carcasses avec Carcassonne sa capitale, qui, avant son érection en évêché, sous le règne des Goths, se trouvoit, à ce qu'on prétend ', ainsi que le Roussillon, dans les limites de la Cité ou diocèse de Narbonne.

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