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An de Rome "4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II.

confier aux peuples dont il devoit traverser le pays pour aller se mettre à la tête de ces troupes. Cé|ar étoit dans l'incertitude du parti qu'il devoit prendre là-dessu^ lorsqu'ayant eu avis que Luctérius, après avoir gagné les peuples de Rouergue, d'Agenois &de Gévaudan, dont il avoit reçu des otages, faisoit tous ses efforts pour pénétrer dans la Province romaine du côté de Narbonne, il crut qu'il étoit de la dernière importance pour lui de se jeter dans cette place, tant pour la mettre en état de défense, que pour relever le courage des peuples, que son absence avoit un peu abattus, ce qu'il fit. Il établit ensuite de bonnes garnisons dans les places voisines, surtout dans la partie du Rouergue qui étoit déjà réduite en province, &. dans le pays des Volces Arécomiques & des Toulousains, qui étoient les plus exposés aux insultes des ennemis. Il rassembla après cela chez les Helviens, limitrophes des Auvergnats, une partie des troupes qui étoient dans la Province 6i les joignit à celles qu'il avoit amenées d'Italie. Par cette disposition. César ayant mis Luctérius hors d'état de rien entreprendre, se met à la tête de son armée, part du pays des Helviens 8t, malgré la rigueur de la saison, s'ouvre un chemin à travers les neiges qui couvroient les montagnes des Cévennes. Son arrivée sur les frontières d'Auvergne surprit fA'.p"^.'»'?.' (plantant plus les habitans de ce pays, qu'ils avoient cru les passages de ces montagnes impraticables dans cette saison. César ne s'y arrêta pas cependant: content d'avoir répandu la terreur parmi les Auvergnats , il laissa le jeune Brutus pour contenir ces peuples 8c commander dans le pays en son absence, partit aussitôt pour Vienne, joignit sa cavalerie dans cette ville, se rendit ensuite à Langres, où il assembla ses légions, Si continua ses expéditions. Il prit Château -Landon, Orléans & Bourges, & assiégea Gergovie; mais la révolte des Éduens lui fit manquer la prise de cette place dont il fut obligé de lever le siège.

LXV. — Vains ejforts de Vercingétorix contre la Province romaine. Défaite de ce général gaulois.

Sur le bruit de cette révolte, Vercingétorix, que la prospérité des armes de César avoit fort abattu, reprit courage; & pour ranimer celui des Gaulois, il ordonna de nouvelles levées & détacha le frère d'Éporédorix avec un corps de dix mille hommes de pied & huit cents chevaux pour aller faire diversion dans le pays des Allobroges. Il avoit déjà fait solliciter secrètement ces peuples de se joindre à lui, à quoi il les croyoit d'autant plus disposés, qu'il étoit persuadé qu'ils conservoient un vif ressentiment des malheurs que les guerres des Romains leur avoient attirés par le passé. Pour les engager encore plus fortement à prendre son parti, il les flatta de l'espérance d'une prochaine liberté & leur promit d'enrichir les principaux d'entre eux, & de déférer à leur nation le principal commandement stTr tous les peuples de la Province romaine.

Vercingétorix ordonna en même temps à ceux de Gévaudan & d'Auvergne d'aller faire des courses dans le pays des Helviens ou le Vivarais j 8t à ceux de

Rouergue 8c de Querci de ravager le pays des Volces Arécomiques : ainsi les habitans de la Province romaine se virent attaqués tout à coup presque de toutes parts. L. César, frère 8c lieutenant de Jules César, qui commandoit dans ce pays en son absence, n'avoit en tout que vingt-deux cohortes à opposer aux ennemis; ce qui obligea les peuples de la Province de prendre eux-mêmes leur défense. Les Helviens ou peuples du Vivarais, plus hardis que les autres, entreprirent même de porter la guerre chez leurs voisins qu'ils attaquèrent; mais ils furent obligés de céder, d'abandonner la campagne 8c de se retirer dans leurs places fortes, après avoir perdu dans le combat plusieurs personnages distingués de leur nation, 8c entre autres C. Valérius Donataurus leur chef ou prince (princeps), fils de Valérius Caburus dont on a déjà parlé. Les Allobroges, plus heureux, repoussèrent les Gaulois rebelles de leurs frontières 8c se mirent à couvert de leurs incursions par le moyen des garnisons qu'ils établirent le long du Rhône.

Les affaires étoient dans cette situation, lorsque César, informé que sa présence étoit extrêmement nécessaire dans la Province, partit en diligence avec un corps de cavalerie germaine qu'il avoit prise à son service. Il fut à peine arrivé sur les frontières des Lingonois 8c des Séquanois, que Vercingétorix lui présenta la bataille. César, qui ne demandoit pas mieux, se battit avec sa valeur ordinaire, défit entièrement ce général gaulois 8c le poursuivit jusqu'à Alise. Il assiégea ensuite cette ville 8c la prit enfin, malgré les efforts de Vercingétorix pour la défendre 8c le secours qu'il reçut, durant le siège, de deux cent quarante mille hommes de pied 8c de huit mille chevaux qui lui furent envoyés de toutes les parties des Gaules. Les Auvergnats avec les Éleuthériens Cadurces, les Cabales 8c les Vélaunes, ou peuples de Gévaudan 8c de Vêlai, qui étoient alors soumis aux Auvergnats, fournirent ensemble trente-cinq mille hommes de leurs troupes pour la défense de cette place; mais nonobstant les efforts de ces peuples 8c du reste des Gaules pour la secourir. César la força de se rendre 8c termina la campagne par cette importante conquête.

LXVI. — César finit la guerre des Gaules £,• récompense la fidélité des peuples de la Province.

César' fit hiverner ses troupes en différens quartiers 8c passa lui-même le quartier d'hiver à Beuvrai * [Bihracte) , dans les Gaules, contre sa coutume, pour dissiper par sa présence le reste des rebelles. Il acheva de les dompter la campagne suivante par la prise d'Uxellodunum, en Querci, qui fut la dernière place des Gaules qui lui résista 8c qu'il emporta, malgré la vigoureuse défense de Luctérius qu'il défit entièrement. César se rendit ensuite en personne, pour la première fois, dans l'Aquitaine, pour y recevoir les soumissions des peuples ;

' Hirtius, Je Bello Galîico, 1. 8. le prouvent les découvertes récentes dues aux fouil-

' C'est, en effet, au mont Beuvray que doit être les entreprises par la Commission île la Topografixé l'emplacement de l'ancienne Bibracte, comme pliie des Gaules. (E. M.J

An de Home

An de Rome

8t après avoir entièrement pacifié les Gaules, il partit avec un détachement de t. i, p. 88." cavalerie pour Narbonne, d'où il distribua ses légions en différens quartiers d'hiver. Ce fut alors qu'il divisa les Gaules en deux provinces : l'une' fut formée des pays qu'il avoit conquis, c'est-à-dire de tous les peuples de la Belgique, de la Celtique & de l'Aquitanique ; la Narbonnoise ou Province romaine forma l'autre province. Le tribut^ qui fut imposé dans la première fut personnel, au lieu que celui de la Province romaine étoit réel ou attaché au fonds. Cette division des Gaules en deux provinces romaines subsista de cette manière jusqu'à ce qu'Auguste les partagea en quatre.

César, durant son séjour dans la Province3,eut soin d'y tenir exactement les assemblées ordinaires qu'on appeloit Conventus, où il décida, suivant l'usage, les affaires publiques 81 termina les différends des particuliers. Ce général fut surtout très-attentif à récompenser le zèle 8t la fidélité des peuples du même pays qui l'avoient si utilement secouru dans les conjonctures périlleuses où il s'étoit trouvé pendant la défection générale des Gaules. Il leur marqua sa reconnoissance par des bienfaits proportionnés à leurs services; il'* récompensa entre autres Roscillus &, ^gus, deux frères de la nation des Allobroges, que leur propre mérite autant que celui de leur père Abducillus, qui avoit été longtemps chef ou prince de sa nation, rendoient également recommandables. César, après avoir obtenu pour ceux-ci la principale magistrature dans leur pays, leur procura encore l'honneur d'être mis au rang des sénateurs romains surnuméraires, & leur donna des terres considérables dans la partie des Gaules qu'il venoit de conquérir. La reconnoissance de ces deux seigneurs ne répondit pas à la générosité de leur bienfaiteur 5 car étant dans la suite au service de César, dans un corps de cavalerie gauloise qui étoit à la suite de ce général, ils désertèrent lâchement son camp pour passer dans celui de Pompée, durant la guerre civile que firent naître dans la République la jalousie & l'ambition de ces deux fameux compétiteurs.

César donna encore des marques de son affection pour la Province romaine par la douceur de son gouvernement^ & par le soin qu'il prit non-seulement de ne pas la charger par de nouvelles impositions, mais aussi de l'orner Se de l'embellir de divers édifices publics. Ce gouverneur se portoit d'ailleurs d'autant plus volontiers à ménager les Gaulois en général, qu'outre qu'il étoit naturellement bienfaisant, il étoit de son intérêt particulier de laisser les Gaules en paix à son départ & de gagner les peuples, dans la situation où il se trouvoit d'avoir bientôt besoin de leur secours pour se soutenir contre ses ennemis.

■ Cicéron, 1. lo epUtolarum ai fam'ilïar. — Sué- ' César, de Bello Gallico, 1. 7.

tone, in Caes. p. 4 & 5. — Sextus Rufus. — Voir "* Ihii. de Bello civili, 1. 3, n. 69.

Freinshemiiis, ad lih, 109 T. LiviL ^ Ih'id. de Bello GcilUco,l. 7. — Stiétone, in Caes,

' T. Live, Epitome 134. P- 4 S<. 5. — P'glii, t- 3, p. 416 & 423.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II. 227 TTdTR^

LXVII. — Commencement de la guerre civile entre César & Pompée. Le premier est conservé dans le gouvernement des Gaules.

Les ennemis de César faisoient alors à Rome de fortes brigues contre lui j il tâcha de les dissiper pendant le voyage qu'il fit au delà des Alpes, sur la fin de l'hiver. Après son retour dans les Gaules, au printemps suivant, pour se mettre à la tête des troupes, ses adversaires se donnèrent à Rome de grands mouvemens, pendant son absence, pour lui faire ôter le gouvernement de ces provinces. Il y fut cependant continué, malgré eux, durant un an qu'il passa dans la Belgique; enfin, sur l'avis qu'il eut que ses ennemis ne cessoient d'indisposer le sénat contre lui pour le porter à le dépouiller du commandement des troupes, il partit pour l'Italie, après avoir mis ses légions en quartier TTdTR^ d'hiver Se pourvu à la sûreté des Gaules, qu'il laissa fort paisibles. 704

Il fut à peine arrivé à Rome', que ses différends avec Pompée y allumèrent le feu d'une guerre civile qui partagea le peuple romain en deux factions. Ces deux illustres compétiteurs s'étoient acquis une égale autorité dans le sénat, & l'égalité de leur crédit fut la source de leur jalousie & de tous les troubles qui en furent la suite. Pompée, soutenu d'un puissant parti, vouloit qu'on obligeât César à licencier ses troupes & qu'on lui ôtât son gouverne- "^^TâTa^ii^ ment des Gaules, à cause de la trop grande autorité qu'il s'étoit acquise 61 dont 705 il pouvoit abuser. César, qui craignoit d'un autre côté les desseins de Pompée, s'excusoit sous, divers prétextes. Le parti de ce dernier ayant enfin prévalu, le sénat ordonna à l'autre de désarmer dans le temps marqué dans son décret, avec menace de l'y forcer s'il n'obéissoit. Il disposa en même temps du gouvernement de la Gaule Transalpine en faveur du proconsul Domitius Ahénobarbus, à qui on donna quatre mille hommes de nouvelle levée pour l'aider à se soutenir contre César. Celui-ci, piqué de cet affront, après avoir tenté J^Jorigin. inutilement de faire sa paix avec le sénat 8c offert de laisser à Domitius le gouvernement de la Gaule Transalpine, se crut obligé de prendre les armes &. força enfin Pompée avec ceux de sa faction d'abandonner l'Italie 8c de se retirer dans la Grèce.

César, devenu par là maître absolu de Rome, disposa à son gré de la République 8c se maintint, contre les lois 8c l'autorité du sénat, dans le gouvernement des Gaules, dont il donna l'administration à des lieutenans qui lui étoient entièrement dévoués. Résolu de pousser à bout la faction de Pompée, il prit la route de la Province romaine, dans le dessein d'aller combattre en Espagne les lieutenans de ce général. Il étoit à peine arrivé en deçà des Alpes, qu'il apprit que Domitius, à qui le sénat avoit donné le gouvernement de la Gaule Transalpine ou de la Province romaine, étoit en marche pour se jeter dans Marseille 8c empêcher que cette ville ne se déclarât en sa faveur. Les choses y étoient très-bien disposées pour Pompée : ce général

' césar, de Bello civili, 1. i. — Cicéron, Epiitolae ad familiar. 1. i6, p. 12. — Pighi, p. 437 & scq.

An de Rome

y avoit déjà envoyé de Rome de jeunes Marseillois pour gagner leurs concitoyens à son parti par le souvenir de ses bienfaits, & pour les détourner de se déclarer en faveur de César.

LXVIII. — Marseille assiégée par César, — Àgde unie à la Province romaine. Gaulois de la Province au service de César, en Espagne.

Toutes ces démarches des partisans de Pompée n'empêchèrent pas César de se présenter devant Marseille, mais il en trouva les portes fermées, & les habitans résolus de lui refuser l'entrée de leur ville en cas qu'il voulût la demander. César, surpris de cette conduite, demanda du moins à conférer avec les quinzévirs qui avoient le gouvernement de cette république, ce qui lui fut accordé. Dans" cette conférence, ce général employa son éloquence naturelle pour persuader à ces magistrats de lui ouvrir les portes de leur ville & de ne pas l'obliger de commencer par eux le premier acte d'hostilité dans la guerre qu'il alloit entreprendre. Ils répondirent que Rome étant partagée entre lui & Pompée, ce n'étoit pas à eux à décider lequel des deux avoit raison ; qu'au reste, ils les reconnoissoient également pour leurs protecteurs & leurs bienfaiteurs, puisqu'ils étoient redevables à l'un des terres qu'ils possédoient dans le pays des Volces Arécomiques Se des Helviens', & à l'autre de la possession des mêmes terres dans laquelle il les avoit maintenus après la conquête des Gaules, & d'avoir même augmenté le tribut qu'ils en retiroient; que ne pouvant enfin se déclarer, sans ingratitude, en faveur de l'un au préjudice de l'autre, ils étoient résolus d'observer une exacte neutralité & de ne recevoir dans leur ville aucun des deux partis.

Une réponse si sage auroit sans doute contenté César, si elle n'eût été démentie par l'entrée que les Marseillois donnèrent en même temps dans leur ville à Domitius, partisan de Pompée, qui se mit en état de soutenir le siège, en cas que César voulût l'entreprendre. Celui-ci, offensé de la partialité des Marseillois, les assiégea aussitôt avec trois légions, 81 fit équiper une flotte à Arles, dont il donna le commandement à Décimus Brutus. Comme cependant la longueur de ce siège pouvoit retarder l'exécution de ses projets, il en confia la continuation à C. Trébonius, son lieutenant, St se mit ensuite en marche vers l'Espagne. Avant son départ, il avoit déjà commandé à trois autres légions, qui avoient hiverné aux environs de Narbonne, de prendre les devans sous la conduite de C. Fabius, son autre lieutenant, avec ordre de s'emparer des passages des Pyrénées; ce que celui-ci fit malgré la résistance d'Afranius, lieutenant de Pompée, qu'il contraignit de se retirer. César le suivit de près, avec les autres légions qu'il avoit rassemblées de divers endroits des Gaules & un corps de cavalerie de ces provinces, composé des plus nobles Se des plus braves du pays, que chaque cité lui avoit fournis, sans compter les Aquitains

■ Voyez tome II, Note XVIII.

& les montagnards, voisins de la Province romaine, & entra sans difficulté en Espagne.

César s'etant avancé se posta à la vue du camp d'Afranius, aux environs de Lérida, entre la rivière de Sègre Se celle de Cinca, où il fut obligé de combattre contre ce général. Ces deux rivières débordèrent deux jours après, & son armée, qu'il ne pouvoit étendre, se trouvoit actuellement dans une extrême disette de vivres, lorsqu'il lui arriva un renfort des Gaules, suivi d'un grand convoi, 8<. composé d'archers levés dans le Rouergue; d'un corps de cavalerie gauloise, accompagné, selon la coutume de la nation, de nombreux équi- Éd «ngin. pages &. de plusieurs chariots ; d'environ six mille hommes qui n'étoient qu'un ramas de toutes sortes de gens, la plupart esclaves ou affranchis; & enfin d'un grand nombre de jeunes gens de qualité, fils de sénateurs ou de chevaliers, avec les députés des cités ou peuples des Gaules. Un auteur moderne' prétend que ces fils de sénateurs & de chevaliers étoient de jeunes Gaulois dont César avoit élevé les pères à ces dignités, &t que les six mille hommes de troupes dont nous venons de parler étoient à leur suite, & du nombre de leurs esclaves & de leurs cliens ; ce qui prouveroit que ce corps d'armée avoit été levé dans la Province romaine, la seule alors des Gaules dont les habitans fussent admis dans le sénat. Il est, en effet, assez vraisemblable que ce renfort avoit été levé dans cette province comme la plus voisine de Lérida & la plus à portée de donner du secours à César. Quoi qu'il en soit, ces troupes étant arrivées au bord de la Sègre, ne purent la passer, à cause de son débordement, pour aller joindre le camp de ce général. Afranius, averti de leur embarras, se mit en marche pendant la nuit pour les aller attaquer 8c détacha ensuite contre eux toute sa cavalerie. Les Gaulois en soutinrent l'effort avec beaucoup de valeur; mais voyant paroître les signes militaires de trois légions qui suivoient de près, ils furent obligés d'abandonner le champ de bataille & de se retirer dans les montagnes voisines, après avoir perdu deux cents archers, fort peu des cavaliers, quelques valets 8<. quelques chariots. Ils joignirent cependant César quelque temps après, avec leur convoi, 8c ravitaillèrent son camp qui avoit un extrême besoin de vivres; ils suivirent ensuite ce général 8c eurent part à la conquête qu'il fit de toute l'Espagne sur les lieutenans de Pompée.

César, après avoir terminé heureusement cette expédition dans l'espace d'une année, revint par Narbonne à Marseille^. Lorsqu'il fut à l'endroit des 706 Pyrénées qui sépare la Gaule de l'Espagne, où Pompée avoit fait ériger auparavant un trophée, il voulut, à l'exemple de ce général, laisser un monument des victoires qu'il venoit de remporter en Espagne; mais pour éviter le blâme que celui-ci s'étoit attiré par cette marque de vanité 8c mieux cacher la sienne sous une apparence de religion 8< de simplicité, il se contenta de faire dresser un autel de pierre fort grand, sur le sommet de ces montagnes 8c auprès du

An de Rome

vira

' Citri de la Guette , Histoire du premier trium- ' César, de Bello civili, 1. z. — Florus. 1. 4, c. 2.

t, ch. 25. — Orose, 1. 6, c. i3. — Dion Cassius, 1. 41 , p. i65.

. , „ 23o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. II.

An de Kome

trophée de son compétiteur. A son arrivée à Marseille, il apprit que le sén«ft venoit de le nommer dictateur, & vit avec plaisir le progrès du siège de cette place à la faveur des secours d'hommes Si des chevaux que la Province avoit fournis : il poussa lui-même les assiégés avec tant de vigueur, qu'étant réduits à la dernière extrémité, ils furent enfin obligés de se rendre, après une longue défense &. la fuite de Domitius par mer. César usa de clémence à l'égard des Marseillois ; il les maintint dans leur liberté, mais il leur ôta leurs privilèges. Peu de temps après avoir réduit cette ville, où il mit deux légions en garnison, il prit la route d'Italie, r«solu de continuer la guerre contre Pompée, qu'il termina enfin par la fameuse bataille de Pharsale.

La perte que les Marseillois firent de leurs privilèges, après la prise de leur ville par César, fut sans doute suivie de celle des terres qui leur avoient été données dans les pays des Volces Arécomiques & des Helviens. Nous' savons du moins que leur république cessa dès lors d'exercer sur leurs anciennes colonies l'autorité dans laquelle elle s'étoit maintenue jusqu'alors. On peut donc rapporter à cette époque l'incorporation de la ville d'Agde à la Province romaine; car il ne paroît pas que Marseille en ait recouvré le domaine, quand le sénat lui rendit ensuite ses anciens privilèges; & en effet, du temps de Pline^, la ville d'Agde n'étoit plus sous la dépendance des Marseillois^. C'est à cette même époque qu'on peut rapporter aussi une inscription de Nimes, qui marque'^ la victoire de César sur les Gaulois, les Allobroges & les Arécomiques, ce qui peut nous donner lieu de croire que ces peuples avoient peutêtre pris les armes contre lui en faveur des Marseillois & de Pompée, & qu'il fut obligé de les combattre après la prise de Marseille.

LXIX. — Rétablissement de la colonie de Narhonne. — Fondation de celle de Bé-^iers. — Térentius Varro, célèbre poëte.

César voulant récompenser les services importans que Décimus Junius Brutus, son lieutenant 8t commandant de sa flotte, lui avoit rendus pendant le siège de cette ville, lui donna pour un an le gouvernement de la nouvelle Hd. origin. province des Gaules^, qu'il avoit formée de ses conquêtes. Ce dernier en fut nommé gouverneur, deux ans après, pour la seconde fois ; il est incertain si César lui donna aussi le gouvernement de la Province romaine, 8<. si toutes les Gaules étoient alors soumises à un seul & même gouverneur.

Il y a quelque lieu de croire que, l'année suivante, Claude Tibère Néron, père de l'empereur Tibère, fut pourvu du gouvernement de cette dernière

' Cicéron, Phillppica, 8. — Dion Cassius, 1. 41, de Nimes & de Béziers, enlevés aux Marseillais,

p. i65. — Va 1ère Maxime, 1. 2, c. 6, n. 7 & seq. (Voyez ci-dessus p. i35 & suiv. noie 3, &p. iBp

" Pline, 1. 3, n. 5. & suiv.) [E. M.]

' Non-seulement c'est à cette époque qu'il faut ' Voir, au tome II, le Recueil Jes Inscriptions

rapporter l'incorporation à la Province romaine de la Province,

du territoire d'Agde, mais aussi celle des territoires "' Pighi, t. 3, p. 446 81 seq.

An de Rome

province. Il est du moins certain' que César le chargea de conduire alors dans ce pays deux colonies, dont l'une fut destinée pour la ville d'Arles, & l'autre pour repeupler l'ancienne colonie de Narbonne. Il paroît cependant plus probable que Tibère ne fut envoyé dans les Gaules que comme chef des TTdTRT" triumvirs, pour assigner des terres aux soldats vétérans qui furent établis 707 dans ces deux colonies. Celle de Narbonne ajouta alors à son ancien nom de Narbo Martius celui de Julia Paterna & de Colonia Decumanorum, à cause qu'elle fut renouvelée par Jules César, père adoptif d'Auguste, 8t que ces nouveaux colories étoient des vétérans de la dixième légion. Il paroît par le fragment d'une ancienne* inscription, trouvée dans le Roussillon, que les citoyens de Narbonne portèrent encore longtemps après le nom de Décumans.

La colonie de Béziers, qu'on croit ^ avoir été établie dans le même temps, fut appelée Biterrae Septimanorum & Julia Biterra, du nom de Jules César 8t de celui des vétérans de la septième légion dont elle fut formée. Cette colonie fut renouvelée dans la suite, sous l'empire de Tibère ; elle avoit alors deux temples, l'un dédié à l'honneur d'Auguste, & l'autre à celui de Julie, sa femme'*.

Le fréquent commerce des Romains avec les anciens habitans de la Province romaine fit naître parmi ces derniers l'amour des belles-lettres. Un des plus distingués fut Térentius-^ Varro, âgé de trente-cinq ans l'an 707 de Rome; il portoit le surnom à'Atacinus, soit parce qu'il étoit natif de quelque ville située sur l'Aude, en Languedoc, appelée Atax en latin, ou peut-être de quelque lieu de même nom sur cette rivière*^. Il fut envoyé à Rome dès sa jeunesse, pour y faire ses études, & il eut la gloire de briller, dans cette capitale du monde, au milieu des plus savans hommes de son siècle. Ses premiers ouvrages furent des satires; mais s'étant aperçu que ce genre d'écrire n'étoit pas du goût du public, il s'appliqua à un autre, plus conforme à son inclination : il composa un poëme héroïque sur la guerre des Romains dans le pays des Séquanois, qui lui acquit beaucoup de réputation. L'applaudissement que lui attira ce dernier ouvrage l'anima à traduire du grec en vers

' Suétone, in Tiherio, p. 40. — Voir Beroald , Beterrae, & surtout de BrjTappaTiç, qui était l'eth-

in Suctonium, p. 36o. nique de cette ville dans le dialecte grec parlé dans

' Voir, au tome II, le Recueil des Inscriptions de cette partie de la Gaule méridionale : c'est cette

la Province. dernière forme que l'on trouve sur les monnaies

' Lacarry, Historia colon. Gallorum, 1. 4, c. 7. de Béziers. Ce qui frappe d'abord en examinant

' Nous avons déjà vu, page 1 35, que la colonie de ces monnaies, c'est la ressemblance de leur type Béziers avait été fondée du temps de César. On peut & àt leur fabrique avec le type des monnaies des voir l'excellent article que M. de la Saussaye a con- rois galates. (Voyez sur Béziers, ci-dessus p. i35, sacré à cette colonie dans sa Numismati<jue de la note 3 & sous-note i.) [E. M.] Narhonnaise. Le plus ancien nom de Béziers nous ' S. Jérôme, Ckronicon. — Vossius, de Poetis Laest fourni par Festus Aviénus, qui l'apelle Besara. tinis, c. 2 ; & </e Historicis Latinis, 1. 1 , c. 16. 11 est à remarquer, comme le dit Walckenaer, que le ^ Ce nom d''Atacinus lui venait de ce que les annom primitif de cette ville s'est mieux conservé ciens habitants du territoire de Narbonne étaient dans le pays même que dans les auteurs latins & appelés Atacini , à cause du fleuve Atax (l'Aude), grecs, puisque le nom de Béziers se rapproche da- qui traverse le pays. Térentius Varron était, selon vantage de Besara que celui de Baeterris ou de toute vraisemblance, né à Narbonne. [E. M.]

An de Rome "^^ HISTOIREGENERALEDELANGUEDOC.LIV.il.

latins les quatre livres des Argonautiques d'Apollonius. Pour le faire avec succès, il s'appliqua avec soin à l'étude de s lettres grecques. Cette traduction lui fit d'autant plus d'honneur qu'elle effaça celle de plusieurs autres poètes qui l'avoient tentée avant lui. Térentius fit paroître dans cet ouvrage toute la finesse & l'élévation de son esprit. Il n'étoit pas seulement poëte, il étoit encore guerrier & l'un des meilleurs officiers de son temps. Pompée, chargé par le sénat de purger la mer des corsaires qui ravageoient les côtes, &. connoissant la valeur & la capacité de Térentius, lui donna la commission d'aller se rendre maître, sur la côte de la mer Egée, des endroits qui servoient de retraite aux pirates. L'heureux succès de son expédition justifia le choix que Pompée avoit fait de ce Gaulois. Quintilien faisoit beaucoup de cas de ses ouvrages, Se les poètes Properce, Ovide 81 Stace parlent de lui avec éloges. Quelques anciens ' citent comme de lui un ouvrage sur l'Europe. Il ne nous reste de ce poëte que quelques vers qui sont conservés en d'autres ^ ouvrages. Quelques auteurs le confondent mal à propos avec le grand Varron, célèbre Romain.

LXX. — Les habitans de la Province romaine admis dans le sénat.

César, pour reconnoître d'une manière éclatante la constante fidélité & l'attachement inviolable de la Province romaine à sa personne 81 à la République, fit admettre plusieurs de ses habitans dans le sénat, lorsqu'il l'augmenta de neuf cents sénateurs : ce qui donna ^ lieu aux citoyens romains, jaloux de cette marque de distinction, de dire en raillant que ce dictateur avoit changé les broyés des Gaulois contre le laïus clavus ou les robes sénatoriales, 81 que tantôt il attachoit ces peuples comme captifs à son char de triomphe, tantôt il les mettoit au rang des sénateurs ou les élevoit aux charges les plus considéf.'i'.^'IT.' l'ables de la République. Les Gaulois à qui on déféra ces honneurs firent voir cependant, par leur probité 81 leur sagesse, qu'ils n'en étoient pas indignes. Il paroît qu'il dut y avoir d'abord un grand nombre de sénateurs natifs de cette province, par les plaintes que fit Cicéron, que leur association 8t leur mélange avec les autres sénateurs romains avoient altéré la pureté de la langue latine"^.

LXXI. — César passe à Narbonne, à son retour d'Espagne, ' ; La Province romaine eut occasion de témoigner sa reconnoissance à César,

An de Rome . 1 1 t^ •

708 dans le temps que ce dictateur la traversa pour aller en Espagne continuer la guerre contre Cn. & Sextus Pompéius, fils du grand Pompée, qu'il vainquit 81

' Festus, în voce Tuîum, — Servius, în. Uh, lo ' T. Live, Epiîome WA^. — Cicéron, Eplstolae ad

/Eneidos. fam'd'iar. 1. (j , ep. i5. — Suétone, in Caes. c. i^.

" Priscien, 1. i. — Sénèque, Conîrovers. i6. — — Tacite, ^«naZei, 1. i i , c. 2^.

Voir Appcnd. Firgilii edit. Scaliger, p. 191 & 246. * Cicéron, Ephtolae ad famiUar. 1. 9, ep. 1 5.

An de Rome

An de Rome

obligea' de prendre la fuite. Le dernier se réfugia dans l'Espagne Ultérieure, 8i l'autre passa les Pyrénées & arriva à Narbonne, d'où il écrivit à ses amis de Rome, le i8 du mois d'avril de l'an 709. 709

César, après avoir terminé heureusement cette guerre, prit la route des Pyrénées. A son arrivée à Narbonne, il rencontra^ Marc Antoine, général de la cavalerie, qui s'y étoit arrêté sous prétexte de n'avoir pu passer en Espagne pour lui amener du secours, selon le devoir de sa charge, & qui s'occupoit moins des affaires de la République que de ses plaisirs. Cicéron reproche en effet à ce dernier, dans ses Philippiques, d'avoir passé son temps en cette ville dans la débauche, & d'y avoir formé, avec Trébonius, le dessein d'assassiner César à son retour d'Espagne. La vérité est que Trébonius sollicita Antoine d'entrer dans cette conjuration, ce que celui-ci refusa; mais s'il fut assez généreux pour ne vouloir pas entrer dans ce complot, il ne fut pas assez ami de César pour lui en donner avis.

LXXn. — Lépidus, gouverneur de la Province romaine. — Sa retraite

à Narbonne.

César fut à peine de retour à Rome, qu'il y reçut les honneurs du triomphe pour les victoires qu'il avoit remportées en Espagne. Il donna ^ ensuite le gouvernement de la Province romaine & de l'Espagne Citérieure à M. Lépidus, avec le commandement de quatre légions; mais comme Lépidus étoit alors général de la cavalerie romaine, 8t que cette charge ne lui permettoit pas d'aller exercer par lui-même celle de gouverneur, il envoya dans ces provinces des lieutenans à sa place. César, voulant cependant qu'il se rendît sur les lieux, lui ôta la charge de général de cavalerie & la donna k Octave.

Lépidus se disposoit à partir incessamment pour la Province, lorsque César ayant été tué en plein sénat, le i5 de mars de l'an 710 de Rome, il crut devoir différer son départ dans des conjonctures si favorables à son avancement. En 710 effet, outre la charge de général de la cavalerie qu'il n'avoit pas encore abdiquée 8c qu'il garda, il s'empara de la dignité de grand pontife. Son séjour dans Rome ne fut pas inutile à la République : il négocia la réconciliation du sénat avec Sextus Pompéius, qui, profitant de la mort de César, avoit déjà ranimé ses partisans 81 rallumé le feu de la guerre en Espagne. Le succès de cette négociation mérita à Lépidus l'honneur d'une statue équestre que le sénat lui fit élever dans le marché de Rome, comme un monument public des services qu'il avoit rendus à l'État.

Lépidus se détermina, à la fin de l'année, à son départ "* pour la Province romaine. Il se rendit à Narbonne, où il fit son séjour ordinaire 5, tandis que

■ Cicéron, ai Atticum, 1. i 2, ep. 7. ■" Dion Cassius, 1. 46, p. 3î3 & seq. — Velléius

' îhid. Philippica, 2. Paterculus, 1. 2, c. (53. — Appien, de Bello civili,

' Florus, I. 4, c. 2. — Dion Cassius, I. 43, p. 240. I. 3, p. 679 & seq.

— Cicéron, Philippica, 5. — Pighi , t. 3, p. 463 ' Dion Cassius, 1. 46, p. 323 & seq. — Velléius

& seq. Paterculus, 1. 2, c. 63.

An de Rome

Ail ae Kome '

César Octave & Marc Antoine mettoient le trouble & la division dans Rome par l'ambition qu'ils avoient de s'emparer à l'envi de toute l'autorité, le premier comme fils adoptif & héritier de Jules César, & l'autre en qualité de consul. Le sénat favorisa, ou du moins parut favoriser Octave, au préjudice ■ de Marc Antoine ; ce qui engagea ce dernier à quitter Rome & à se mettre en marche pour aller prendre possession du gouvernement de la Gaule Cisalpine qu'il avoit obtenu du peuple romain. Décimus Brutus, qui commandoit alors dans cette province, lui en refusa l'entrée 8c se jeta dans Modène avec un An de Rome ^°^P^ ^6 ttoupes pour la lui disputer. Marc Antoine se vit forcé par là d'entre- 7" prendre le siège de cette ville; mais il fut contraint de le lever après deux

actions des plus sanglantes, où il fut défait par Octave, qui y perdit de son côté les deux nouveaux consuls qui étoient dans son armée. Marc Antoine, après sa défaite, fut obligé d'abandonner l'Italie 8c d'aller chercher ailleurs un asile.

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