XLII. — Origine de l'église de Viviers
Tous les évêchés dont on vient de parler sont dans l'étendue de la Narbonnoise première, aussi bien que celui de Toulouse, dont nous parlerons bientôt. Celui de Viviers, qui dépendoit de l'ancienne Narbonnoise, appartint à la Viennoise depuis la division de la première en deux ou plusieurs provinces. Le siège épiscopal fut d'abord établi à Albe ou Alps, ville capitale des Helviens. Le catalogue des premiers évêques de cette église est très-confus^ : le P. Columbi, qui en a donné l'histoire, met avant l'irruption du roi Chrocus, au cinquième siècle, l'épiscopat de Janvier, de Septimus, de Maspicianus, de Mélanus & d'Auxonius, & leur donne le titre de saints, sans doute sur l'ancienne tradition de l'église de Viviers, car on ne trouve point leurs noms dans les martyrologes. Ils peuvent avoir siégé depuis la fin du troisième siècle jusques au commencement du cinquième, qu'Avolus ou Aulus, que nous croyons postérieur à Auxonius, fut couronné du martyre sous les Vandales, Se que sa ville épiscopale fut détruite par ces barbares. Le siège épiscopal Éd. origin. fut transféré alors à Viviers ; mais les évêques du pays continuèrent encore longtemps après de prendre le titre d'évêques d'Albe'*. Leur suite, depuis ce temps-là jusqu'au sixième siècle, est fort incertaine, & nous ne connoissons guère que leurs noms.
XLI IL — Églises du Puy, d'Albi i- de Mende.
Le défaut de preuves solides sur les premiers évêques de Vêlai-"', d'Albi & de Gévaudan, pays anciennement compris dans l'Aquitaine, & à présent dans le
■ Voyez tome II, Note XXVII ; & tome IV, i Voyez tome II, NoU XXIX.
Note LXIV. 1 n,d.
' Ihii. la Note XXVIII ; & tome IV, Note LXV. ' Voyez tome II, Note LXXIII.
Languedoc, nous met hors d'état de fixer l'époque précise de l'établissement de ces églises. En effet, nous ne connoissons ' presque que les noms des évêques de Vêlai qui ont siégé avant le sixième siècle. Les deux historiens de cette église^ rapportent à la vérité plusieurs circonstances de leur vie, mais ils ne se fondent que sur des bréviaires ou sur des légendes dont l'autorité est trop moderne. C'est sur ce fondement qu'ils donnent à cette église pour premier évêque saint George, qu'ils font disciple de saint Pierre, & dont l'église collégiale de son nom, dans la ville du Puy, conserve encore aujourd'hui les reliques. On met au nombre de ses successeurs saint Marcellin Si saint Paulian. On transféra, à ce qu'on prétend, au neuvième siècle, les reliques du premier dans la ville de Monistrol, à quatre lieues du Puv. Le dernier a donné son nom à l'ancienne ville de Ruesium ou civ'itas Vellavorum, où l'évêché du pays fut d'abord établi Si où ses reliques sont honorées. On veut que saint Evode, son successeur, appelé Vosy par le vulgaire, ait transféré le siège épiscopal dans la ville lïAnicium ou du Puy : nous faisons voir ailleurs'^ que cette translation n'est pas à beaucoup près si ancienne.
Quelques auteurs"* prétendent que saint Firmin, disciple de saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, fut un des premiers apôtres qui porta les lumières de la foi dans l'Albigeois; que ce pa} s fut le premier théâtre de son zèle Si de sa prédication Si qu'il porta ensuite l'Évangile dans les autres provinces des Gaules. Ce sentiment ne s'accorde pas avec la tradition de l'église d'Albi "'qui reconnoît saint Clair, martyr, pour son premier évêque. On croit que ce dernier souffrit la mort à Lectoure, dans l'exercice actuel de son ministère, mais on ignore le temps 8i les circonstances de son martyre. Suivant une ancienne<5 légende de l'église d'Albi, il étoit Africain de naissance, avoit été ordonné évêque à Rome pour prêcher la foi dans les Gaules Si avoit fait plusieurs conversions dans la Narbonnoise avant que de fixer son siège à Albi, qu'il quitta après trois années d'épiscopat, pour continuer ses courses apostoliques dans la Novempopulanie. On ajoute qu'en partant de la ville d'Albi, qu'il avoit délivrée de la peste Si où il avoit renversé les idoles, il laissa Antime pour son successeur; mais tout cela paroît appuvé sur des monumens fort douteux. Si nous n'avons rien de bien certain sur les premiers évêques d'Albi avant Diogénien, qui vivoit au commencement du cinquième siècle.
L'église de Mende, ville capitale du Gévaudan, reconnoît saint Sévérien '' pour son premier évêque, mais il paroît qu'on l'a confondu avec Sévérien, de Cabale, en Syrie, Si que ce fut saint Privât, dont la vie Si le martyre nous sont connus, qui fonda cette église. Ce dernier fut martyrisé au commcnce-
Gallia Christiana, nov. «dit. t. 2, p. 687 & seq. ' Acta Sanctorum (BoUand.), février, t. 2, p. 860
— Acta Sanctorum [BoUand.), février, t. 2, p. 740; &. seq. & 7 juin, p. 5. ' Gallia Christiana, nov. edii. t. 1 , p. 3 & seq.
* Gissey & Théodore. « Propre de l'Église d'Albi, 1" juin.
' V'oyez lome II, Note LXXX ; & tome IV, - Gallia Christiana. nov. edit. t. 1 , p. 85 & seq.
ffote LXXIII. Voyez lome II , Note XXX.
An 245
yv„,^.- 334 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. III.
ment du cinquième siècle, dans le temps de l'irruption des Vandales, comme nous le prouverons ailleurs. On lui donne pour successeur saint Firmin, dont on ne connoît que le nom.
XLIV. — Martyrs de la Province pendant la persécution de Dèce. — Saint
Amarant , martyrisé à Albi.
L'établissement des premières églises de la Narbonnoise fut scellé du sang de leurs premiers apôtres & de celui des peuples qu'ils convertirent à la foi, sous les fréquentes persécutions des empereurs. Celle de Dèce, successeur des deux Philippes, fut très-violente. C'est sous le règne de cet empereur que quelques auteurs mettent le martyre de saint Saturnin, premier évêque de Toulouse ; il est vrai que ce saint martyr gouvernoit alors cette église : mais d'autres placent sa mort, avec plus de raison, quelques années après, & sous
An 240 l'empire d'Aurélien, comme nous le verrons bientôt.
On rapporte' le martyre de saint Amarant ou Amaranthe à la même persécution de Dèce. La perte des actes de ce saint, cités par Grégoire de Tours, nous prive de la connoissance des circonstances de son martyre : nous savons^
An 2:)o seulement qu'il fut martyrisé ou dans la ville d'Albi ou à Vieux [Viantium),
lieu éloigné de trois lieues de cette capitale de l'Albigeois, où on voyoit son
Éd. origiii. tombeau du temps du même évêque de Tours ^. Ce tombeau, qui étoit dans
une grotte & avoit demeuré longtemps caché sous des ronces & des épines, fut découvert d'une manière miraculeuse. La crainte des armes des Vandales, des Goths & autres barbares qui coururent les Gaules au commencerrient du cinquième siècle, avoit rendu ce lieu désert, ce qui n'empêchoit pas que les fidèles, dont ce saint martyr étoit regardé comme l'ange tutélaire, n'allassent visiter fréquemment son sépulcre. Ils y mettoient des cierges qui, au rapport du même historien, s'allumèrent d'eux-mêmes tant que le lieu demeura sans habitans ; mais l'endroit ayant été repeuplé, le miracle cessa. Saint Eugène, évêque de Carthage, qu'Hunneric, roi des Vandales, exila à Albi, avoit tant de respect & de vénération pour ce saint martyr, qu'après avoir souvent visité son tombeau pendant le temps de son exil, il voulut avoir la consolation d'y rendre les derniers soupirs. Les reliques de ces deux saints furent transférées dans la cathédrale d'Albi, au quinzième siècle.