XLV. — Marcien, d'Arles, hérétique novatien, déposé
Si la persécution de Dèce fit des martyrs, elle fit aussi des prévaricateurs par un jugement impénétrable de Dieu. En effet, quelques fidèles, foibles dans la toi, succombèrent à la tentation 8c cédèrent à la rigueur des tour-
' Usiiard, Adoii , Martyrol. &. Bolland. 7 no- " Grégoire de Tours, de Gloria martyrum , 1. 1,
vembre. — Tillemont, Hist. des empereurs pendant c. Sy & seq. les six premiers siècles de l'Eglise, t. 3, p. 355. ' Ihid.
An :
Valérien ne fut pas toujours également favorable aux chrétiens : la paix, dont ils avoient joui au commencement du règne de ce prince, fut suivie sur la fin d'une très-violente persécution, à la sollicitation de Macrien, son favori. Le peuple, païen St idolâtre, qui faisoit le plus grand nombre, exécuta à l'envi les ordres de cet empereur Se enchérit même sur sa sévérité contre les fidèles. On a lieu de croire que Dieu, pour pur>ir les provinces de l'Empire d'avoir participé à cette persécution, permit que la plupart, 8c entre autres celles des Gaules, fussent ravagées^ par diverses courses des barbares qui y firent une irruption vers ce temps-là.
Un des plus célèbres martyrs qui souffrirent durant cette persécution^, fut saint Saturnin, premier évêque de Toulouse. La* lumière de l'Évangile n'avoit encore que foiblement éclairé les Gaules, Sx. il n'y avoit que peu
' s. Cyprien , cpist. 67. — Consteller, Epiitolac * P. de Marca, Je Primatu LugJuncnsi, p. ^^8.
Summorum Pontificum, t. r, p. zi 1. ' TiIIemont, sur S. Cyprien, art. 39.
' Tillemont, sur S. Cyprien, art. 39. '' Trébellius Pollion.
' Marcien, cité par saint Cyprien en 264 ou, " Tillemont, Hist. ecclés. t. 3.
selon d'autres auteurs, en z.'SS , est porté sur les ' D. Ruinart, Acta s'incera, p. 128 & seq. —
catalogues comme le troisième évêque d'Arles, ce Grégoire de Tours , Hist. 1. 1, c. 28 ; & de Glorin
qui reporte saint Trophime, le premier, à une martyrum, l. 1,0.48. — Sidoine Apollinaire, I. 9,
époque antérieure à celle de Dèce. Voir, ci-iiprès, epist. 16. — Fortunat , Carmina , 2, 8 & 9. —
livre IV, la note sur l'église d'Arles. [E. M.] MabiUon , Liturg. Gallic. 1. 3.
mens. Cela paroit par' une lettre que saint Cyprien écrivit au pape Etienne après cette persécution, au commencement du règne de Valérien, successeur de Volusien &C d'Émilien, élus successivement empereurs après Dèce. Valérien avoit été proclamé empereur par les légions des Gaules & de Germanie, dans le temps qu'il les menoit au secours de Gallus contre Émilien. On croit^ que la lettre de saint Cyprien au pape Etienne, dont nous venons de parler, est de l'an 254, dans le temps que Valérien, favorable aux chrétiens, 7 ^ rendit la paix à l'Église & fit cesser la persécution.
Saint Cyprien se plaint, dans cette lettre, de la rigueur excessive de Marcien 3, évêque d'Arles, à l'égard des chrétiens tombés {lapsï) dans la persécution, à qui ce prélat refusoit la paix, même à l'article de la mort, quoique repentans de leur faute ; en sorte que plusieurs étoient décédés sans l'avoir reçue. Saint Cyprien exhorte le pape saint Etienne, à qui il adresse cette lettre, d'écrire aux fidèles d'Arles 8c aux évêques de la province Narbonnoise, qui pouvoient être alors en assez"* grand nombre, de s'assembler pour déposer cet évêque infecté des erreurs des novatiens Se en nommer un autre à sa place. On croit ^ que cette lettre eut son effet, 8c que Marcien fut déposé, non pas par le pape saint Etienne, mais par saint Cyprien même, qui se croyoit en droit de secourir les chrétiens affligés des Gaules qui demandoient d'être consolés.
XLVL' — Martyre de saint Saturnin, évêque de Toulouse.
An i.'iy
An 257
d'églises dédiées au vrai Dieu, lorsque ce saint, qui avoit pris sa naissance dans l'Orient, entreprit avec ses disciples de travailler à l'œuvre de Dieu & de porter dans ces provinces le flambeau de la foi. Après avoir reçu à Rome, comme l'on ' croit, sa mission du pape saint Fabien, il prit la Narbonnoise pour son partage &. vint annoncer l'Évangile à Toulouse, vers l'an 24.") de J.-C. Ses prédications y eurent un si grand succès, que le nombre des fidèles s'étant extrêmement accru, il se vit obligé d'être leur propre évêque, après avoir été leur apôtre; ce qui arriva sous le consulat de l'empereur Dèce 5c de Gratus^ ou l'an iSo de J.-C. On prétend que ses travaux apostoliques s'étendirent, soit par son ministère ou par celui de ses disciples, dans les provinces voisines. Si même jusques en Espagne; mais ses actes n'en disent rien. ^Éd.oiigni. Il est^ du moius certain qu'il bâtit à Toulouse une petite église qu'il desservoit avec toute la sollicitude & la vigilance d'un bon pasteur. C'est tout ce que nous avons pu recueillir de ses travaux apostoliques, 5c ce n'est proprement que l'histoire de son martyre, que ses actes authentiques nous ont conservée.
La situation de l'église que Saturnin avoit bâtie à Toulouse occasionna principalement sa détention 5c sa mort. Pour se rendre dans ce lieu de prières où il avoit coutume de se retirer, il étoit obligé de passer souvent par leCapitole, où, de même que dans celui de Rome, il y avoit un temple consacré aux idoles : sa présence rendit les démons muets, 5c fit cesser leurs oracles. Ce silence étonna les prêtres des païens lesquels, persuadés qu'on ne pouvoit l'attribuer qu'aux chrétiens 5c aux fréquens passages de Saturnin, résolurent de l'arrêter. Ils délibéroient sur les moyens d'exécuter leur dessein, lorsque ce saint évêque, passant pour aller à son église, fut pris 8c conduit au Capitole en présence d'une foule de peuple; un prêtre 8c deux diacres dont il étoit accompagné l'abandonnèrent alors Se prirent la fuite. Grégoire de Tours'* ajoute que ce saint évêque, voyant la désertion de ses disciples, demanda à Dieu de n'avoir jamais un Toulousain pour successeur : mais, outre qu'une telle demande eut été peu digne de la charité héroïque d'un martyr, nous verrons, dans les siècles suivans, plusieurs Toulousains élevés sur le siège épiscopal de leur ville. D'ailleurs, le silence des actes de ce saint détruit cette circonstance. Grégoire"' de Tours n'aura pas bien pris, sans doute, le sens de la prière de saint Saturnin, laquelle regardoit peut-être les disciples dont il fut abandonné plutôt que les Toulousains.
Quoi qu'il en soit, ce saint évêque, ayant*^ été traîné au Capitole, les païens le pressèrent d'offrir des sacrifices à Jupiter Se à Diane; mais Saturnin, rempli de l'Esprit saint qui l'animoit, répondit hautement cju'il n'avoit garde d'honorer ou de craindre ceux qui, de leur propre aveu'^, le respectoient Se l'appré-
' TilK'mont, sur S. Cyprien, an. Si). ' Tillemont, sur S. Cyprien, art. Sp. Note {"sur
' Voyez tome 11, Note XXXI. S. Saturnin.
' D. Riiinart, Acta sinccra. p. i8 &seq. * D. Riiinart, -.^cïu sincera, p. 128 & seq.
"* Grégoire de Tours, de Glona martyrum , 1. 1 , ' ihui.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. III. SSy
hendoient eux-mêmes, qu'il ne reconnoissoit qu'un seul vrai Dieu, Se qu'il regardoit les idoles comme des démons. Le peuple, irrité d'une réponse si injurieuse à leurs dieux, entra alors en fureur & le chargea de coups ; on l'attacha ensuite par les pieds, avec une corde, à la queue d'un taureau indompté qu'on avoit destiné au sacrifice j on piqua ensuite cet animal qui, devenu furieux, se précipita du haut des degrés du Capitole &t brisa la tête du saint martyr, lequel consomma ainsi son sacrifice. Le taureau, continuant d'entraîner toujours avec lui le corps du saint, le mit en pièces', Se, étant arrivé
An 25?
' Les actes de saint Sernin ' sont composés de deux parties : du récit de la passion du saint & d'un court exposé des faits relatifs à l'église construite sur son tombeau, par les évêques Sylvius & Exupère. Le récit de la passion, qui compose la première partie, est un des monuments les plus anciens & les plus authentiques de notre histoire. Il a été rédigé cinquante ans après le règne de Dèce, en l'année 3oo de notre ère ou, au plus tard, dans les premières années du quatrième siècle. C'est là un fait que l'étude des manuscrits & l'examen critique du texte ont mis hors de doute. C'est à la rédaction même que nous avons aujourd'hui, que fait allusion Grégoire de Tours, qui en cite une phrase entière. La parfaite authenticité de ces actes étant établie, nous croyons que leur importance n'a pas été, jusqu'ici, suffisamment appréciée. Nous avons vu plus haut le parti qu'on en pouvait tirer pour établi r la critique historique du texte de Grégoire deTourSj ils peuvent servir aussi à jeter quelque lumière sur un des faits les plus curieux des luttes religieuses que dut susciter dans les Gaules, au troisième & au quatrième siècle, l'établissement du christianisme, luttes sur lesquelles les documents ne font que trop souvent défaut.
On sait que le culte de Cybèle, la grande mère des dieux, originaire de Phrygie, s'introduisit dans les Gaules dans la seconde moitié du deuxième siècle. On sait aussi que la vertu mystérieuse de ce culte s'exerçait par l'immolation d'un taureau. A en juger par le nombre considérable des inscriptions tauroboliques qui nous sont parvenues, ce culte prit tout d'abord un rapide essor. Au troisième siècle, il avait dans la Lyonnaise & dans la Narbonnaise de nombreux adhérents & jusqu'à la fin du quatrième siècle on constate dans ces provinces la célébration fréquente des taurobolies. C'est également vers la même époque que des missionnaires, sortis de l'Asie Mineure, vinrent dans les Gaules prêcher la religion chrétienne & s'établir dans la vallée du Rhône. On conçoit que les deux religions, parties pour ainsi dire du même
' Voir tome II, Preuves, col. 29- .I4.
point, ne purent se développer côte à côte sans antagonisme, ou du moins sans rivalité. C'est le culte de Cybèle qui paraît tout d'abord avoir fait les progrès les plus rapides. Au troisième siècle, beaucoup de villes, où les chrétiens n'avaient encore pu constituer d'église, possédaient un collège de prêtres de Cybèle qui accomplissait publiquement des sacrifices <c pour le salut & la conservation de l'empereur. » Mais bientôt le christianisme, devenu prépondérant, confondit le culte de Cybèle dans la réprobation dont il avait enveloppé tous les cultes établis. La lutte dut être vive, si l'on songe que la mère des dieux avait dans les Gaules un grand nombre d'adorateurs. Elle dura plus de cent ans. Un peu avant la fin du quatrième siècle, le culte de Cybèle disparaît; ses temples restent déserts & finissent par tomber en ruines.
Or c'est un des épisodes de cette lutte entre les chrétiens & les adorateurs de Cybèle que nous dépeint le récit de la passion de saint Sernin. Il faut remarquer, tout d'abord, que ces actes ne ressemblent point à beaucoup d'autres. Le saint n'est point traîné devant les autorités pour confesser sa foi, il ne périt point victime d'une persécution ordonnée contre les chrétiens, mais d'une manière toute fortuite & dans une émotion populaire excitée par les prêtres d'un culte païen : n Antistites sacrilegae superstitionis. >• Ce culte se célèbre par le sacrifice d'un taureau « fuso çruore îaurorum. » Ce taureau est conduit en pompe au temple où il doit être immolé : « Et omnes, parato ad victimam tauro , Il circonstances qui toutes peuvent s'appliquer à la célébration d'un taurobole. Rappelonsnous que le récit nous reporte au milieu du troisième siècle. A cette époque, la religion chrétienne n'a fait que pénétrer à Toulouse, le nombre des fidèles est encore peu considérable, tandis que le culte de la mère des dieux, introduit plus anciennement, selon toute vraisemblance, y possède de nombreux partisans. La rivalité entre les deux sociétés religieuses s'était déjà fait jour plus d'une fois ; l'évêque Saturnin avait jeté l'anaihème contre les adorateurs de Cybèle, & ceux-ci n'avaient pu voir de bon œil l'établissement d'une religion nouvelle qui excluait toutes les autres & menaçait
An 2 57
dans la rue, rompit la corde qui le tenoit attaché; en sorte que ce qui restoit du corps de ce saint demeura en cet endroit où on a bâti depuis une église qu'on appela du Taur ou du Taureau {de Tauro), en mémoire de cet événement. Deux femmes chrétiennes, dont l'une étoit servante de l'autre, recueillirent avec joie les membres dispersés de ce saint martyr, les enfermèrent dans un cercueil Si les enterrèrent dans une fosse très-profonde pour les dérober à la connoissance des païens qui, selon Tertullien, déterroient quelquefois les corps des chrétiens. On croit' que ces deux pieuses femmes sont celles qu'on honore à Toulouse Si dans le diocèse sous le nom de saintes Puelles : nom que porte encore aujourd'hui une petite ville de Lauragais, située dans l'ancien diocèse de Toulouse, où elles furent peut-être enterrées. Le corps ^ de saint Saturnin étoit encore dans ce tombeau au commencement du quatrième siècle, lorsque saint Hilaire, son successeur 81 troisième évêque de Toulouse, n'osant par respect toucher à ses ossemens, fit élever une voûte au-dessus 81 y joignit un petit bâtiment pour servir d'oratoire. Le tombeau de ce premier évêque de Toulouse demeura en cet état jusqu'à saint Sylvius, l'un de ses successeurs qui, vers la fin du quatrième siècle, fit commencer une église magnifique que saint Exupère, successeur de ce dernier, acheva, 81 dans laquelle il transféra les reliques du saint.
Le culte de saint Saturnin est aussi étendu que la gloire de son nom 81 de son martyre : ce saint est également honoré en France 81 en Espagne. Saint Grégoire de Tours témoigne qu'il y avoit de son temps des reliques de ce saint martyr en d'autres endroits qu'à Toulouse, 81 que partout Dieu y opéroit des miracles. On verra, dans la suite de cette histoire, que Launebode, duc de Toulouse, fit bâtir dans cette ville une église à l'honneur du même saint. Fortunat, qui a décrit plusieurs particularités de son martyre, dit que Éd. origin. son nom est vénérable par toute la terre. Il y a une messe propre de saint Saturnin dans un ancien missel des Gaules, écrit au commencement du huitième siècle, Si donné d'abord au public par le père Thomasi, religieux théatin 81 depuis cardinal. Si ensuite par le père Mabillon-*. La ville de Toulouse est appelée, dans cette messe, Rome de la Garonne {Roma Garonae). On parlera dans un autre endroit de la prétendue translation des reliques de ce saint de
leurs, temples de destruction. La haine que se por- Cybèle se ruent sur les chrétiens & les mettent e:i
taient les deux partis n'attendait qu'une occasion fuite. Ils entourent l'évêque, le saisissent &, i'at-
pour faire explosion, elle ne tarda pas à se pré- tachant à la queue du taureau que le prêtre allait
senter. Un jour les prêtres de Cybèle, entourés de immoler, ils mettent cet animal en liberté. Ainsi
leurs fidèles, célébraient une taurobolie. Le tau- périt le premier évêque de Toulouse, victime de
reau préparé pour être immolé était conduit avec l'antagonisme de deux religions, dont l'une devait
lu pompe accoutumée au lieu du sacrifice, au Capi- finir par tuer l'autre.
tôle, disent les actes, lorsque l'évêque Saturnin, Tels sont les faits qui nous paraissent ressortir
accompagné de ses prêtres & se rendant à une ce- d'une lecture attentive des actes de saint Sernin.
rémonie religieuse, rencontre le cortège. Une [E. M.]
sourde rumeur parcourt la foule que les prêtres de ' Catel , Mcmoires de Vhiitoire du Languedoc.
la mère des dieux excitent en lui signalant l'évêque p. 821.
comme l'ennemi de leur culte, le futur destructeur ' D. Ruinart, Acta sincera, p. 1 28 & seq.
de leurs temples. A leur voix, les adorateurs de ' Mabillon, Liturg. Gallic. p. 176 & 219.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. III. BSg ^^^^
Toulouse à l'abbaye de Saint-Denis. C'est tout ce que nous avons pu recueillir de plus certain de ce premier évêque de Toulouse qui, après les martyrs de Lvon 8c de Vienne, est sans doute un des plus illustres des Gaules. Ses actes, que l'on croit écrits cinquante ans après son martyre', sont d'autant plus dignes de foi, qu'ils sont appuyés sur l'autorité de saint Grégoire de Tours, de saint Sidoine & de Fortunat.
XLVII. — Saints Papoiil, Honeste ^ Fïrmin, disciples de saint Saturnin.
Entre plusieurs disciples qu'on donne à saint^ Saturnin, saint Papoul paroît tenir le premier rang. On prétend qu'il fut martyrisé dans le lieu qui porte aujourd'hui son nom, dans l'ancien diocèse de Toulouse; on y fonda depuis une abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, qui fut érigée en évêché au quatorzième siècle, sous le pontificat de Jean XXII. Le chef de saint Papoul y est précieusement conservé; le reste des reliques de ce saint repose dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse. Saint Honeste, prêtre, natif de Nimes, qu'on met aussi au nombre des disciples de saint Saturnin, fut envoyé, à ce qu'on dit, par ce saint évêque dans la Navarre, pour y prêcher la foi. On ajoute qu'il y convertit saint Firmin qui, éclairé des lumières de l'Evangile, les répandit ensuite dans l'Albigeois & dans plusieurs provinces des Gaules.
Telle fut l'origine de l'église de Toulouse, également respectable par le martyre de saint Saturnin, son premier évêque, & la sainteté d'Honorat, d'Hilaire, de Sylvius Se d'Exupère, ses successeurs, dont la collégiale de son nom conserve les précieux restes avec une infinité d'autres reliques qui la distinguent de toutes les églises de France.
XLVIII. — Martyre des saints Pons y Antonin, Prudence Çy Bau-iile
ou Baudile.
La translation des reliques de saint Pons ou Ponce dans une célèbre abbaye de son nom, en Languedoc, située dans l'ancien diocèse de Narbonne, &«. érigée en évêché par le pape Jean XXII, nous donne lieu de remarquer ici que ce saint fut martyrisé à Cimiès {Cemenelum)-\ près de Nice, dans les Alpes, & à ce qu'on croit, sous la même persécution de Valérien. On peut joindre au martyre de saint Pons ceux des saints Antonin, Prudence &. Baudile; non pas tant sur la foi de leurs actes, qui ne nous apprennent rien de certain, que parce qu'ayant souffert, à ce qu'il paroîf, sous les empereurs païens, ils peuvent avoir été martyrisés sous la persécution de Valérien, qui fut une des plus violentes.
On est fort partagé sur la naissance, la mort &. le lieu du martyre de saint
' Voyez tome II, Vote XXXI. ' Acta Sanctorum (Bolland.), 14 iti.ii , p. 272
Acti Sanctorum (Bolland.], 16 février, p. 860 & seq.
& seq. — Catel, Mémoires de l'histoire de Langue- * Ibii. doc, p. 821.
An i5y
340 HFSTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IIL
Antonin. Les uns' le font disciple de saint Denis, évêque de Paris, Si prétendent qu'il étoit originaire de Pamiers, dans l'ancien diocèse de Toulouse, où ils croient qu'il fut martyrisé; d'autres* le font descendre des rois visigoths & ne le font vivre qu'au huitième siècle; d'autres^, enfin, veulent qu'on l'ait confondu avec saint Antonin, martyrisé à Apamée, en Syrie"*. Dans cette diversité de sentiraens, nous nous contentons de dire qu'il est probable qu'il y a eu un saint Antonin raanyrisé ou dans un lieu de Rouergue, en Aquitaine, qui porte son nom, ou à Frédélas, qu'on appelle à présent Pamiers, dans la Narbonnoise, mais qu'on ignore le temps 8c les circonstances de son martvre, & peut-être aussi le jour de sa mort; car il paroît que le saint de même nom , dont les anciens martyrologes marquent la fête au 2 ou au 3 de septembre, est saint Antonin, marrjr d'Apamée, en Syrie.
Les actes ^ que nous avons de saint Prudence, natif de Narbonne & archidiacre de la même église, portent qu'il souffrit pour la foi, & qu'il fut martvrisé le 4 du mois de novembre, proche de la même ville, ce qui pourroit nous èire croire qu'il étoit peut-être disciple de saint Paul, premier évêque de Narbonne, si ses actes étoient plus authentiques Se qu'on pût y ajouter foi. Il peut se &ire qu'on l'a confondu^ avec un saint d'Elspagne de même nom ; il paroît du moins que ses reliques turent conservées dans une église voisine de Narbonne, dédiée sous son invocation, d'où un'' évêque de Langres les enleva au neuvième siècle, lorsque son retour du pèlerinage de Saint- Jacques, en Galice, il passoit par Narbonne.
* Chifiin, Je mm» Dy^misïm, p. n6. lettïsshmms pmer Autoitiamf Affmmite opfiio extitit ' Catel , Mét—irrs de Vkistom dm Làcmgmedtc, nimnius'. m \Xi établissent aussi ^a'il n'y a pas
B. 3i8 & sdÎt. — Gallia Christiaita, prcaière iâiu en âe saint Antonin, martyr, en Espagne, mort
t. 2, p. i>7 8c sc^. le z on le 3 de septembre. Les Espagnols, friat Lt
' Tillemoni, Hiit. etclis. t. 4, 464 & sc^. — poMication do Psemjo Dtxier, avaient toujours.
Baillct, Viei des taimti, z septembre. — BoUandis- considéré leur saint Antonin comme Gaulois. Ccxt
m, 4 luillet. — Voyez tome II, Vie XXXII. cet ouTrage apocryplic <|ai lui a créé une légende
'* Les baciograpbes ne comptent pas moins de & donné une origine espagnole. Il reste le sa ire cin^ Antonins parmi les martyrs : saint Antonin, Antonin réréré à Pamiers. Les Bollandistes se ranxsartyr, â .Apamcc, en Syrie; saint Anionin, mar- gent' â l'opinion des auteurs de l'Histoire de LaKtyr, à Pamiers, dans les Gaules; saint Antonin, gmed»e* & déclarent ^ue ce saint n'est autre q-e ssartyr, â Palencia, en Espagne; saint Antonin, celui d'Apamée, en Syrie, dont les reliques, appormartyr, à Capoue; & saint Antonin, martyr, à tées au dixième siècle & conserrées dans l'abb y> Plaisance, en Italie. Les Bollandistes ont solide- de Frédélas ou plutôt dans la cbapelle du cbâ::^-. ^cnt établi ' que les quatre premiers ne faisaient ont donné le nom do saint, d'abord au cbâteau ea'an seul & même pcnoiuiage, saint Antonin, censtroit prés de l'abbaye de Frédélas, puis a la aartyr, à Apamcc, en Syrie, seul mentionné dans rille à laquelle l'un & l'antre ont donné naisles martyrologes les plus anciens, mais que le der- sance. [E. M.]
nier, celoi dont le cnlte est célébré i Plaifaacc, le s Labbe, BiUUttectt mra WfmustriffrMm. t. z.
4 jaillet, dcraît être distingué. p, ^.^ g^ ,cq.
Saint Antonin de Capoue n'est antre qne saint • Mabillon, Anm»Us. ad ann. çôi, n. j^z.
.Antonin d'Apamée, les preirves qoc finimisscnt les r Labbe, BiHitàecm. marm. mtMmsiripttmm , t. z,
Bollandistes à cet égard sont conCrmées par l'oSce p, g^S & seq. dn saint, td qu'il existe dans le bréviaire même
de révise de Capooe, dans kqoel on Ut : < Igitmr , y^^ fjttim.
> V07ZZ z septembre.
• V.3n4*i<mrJeimBe(-&sa«imaaisciitl.i,p.34>- « Veja «ome IL Aof* XIUL
mSTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LTV. III. 041
Nous ioignons à ces martyrs saint Baudèle ou Baudiie (Bautlilius) à qui sa termetè dans la foi & le refus généreux qu'il £: " rifier aux idoles' méritèrent la couronne du martv re dans la ville de II paroit qu'il fut martvrisé sous les empereurs païens, mais on ignore le véritable temps de son mart\ re. Ses actes lui donnent une naissance illustre, de grandes richesses Si une épouse d'une piété distinguée, avec laquelle il vo\-agea en divers pa>"S, après avoir abandonné le àen. Sa mémoire est également célèbre en Languedoc & en Espagne, surtout en Catalc^ne. Son tombeau ne le fut pas moins par le grand nombre de miracles que Dieu y opérait du temps de Grégoire de Tours-, Se particulièrement par un laurier qui en sortoit, & dont on portait d» teuilles jusque dans l'Orient. On bâtit sur ce tombeau, situé au voisinage de Nimes, une église avec un monastère que le pape Nicolas I*' donna aux évoques de cette ville, & que ceux-ci cédèrent ensuite, sur la fan du onzième siècle, à Seguin, abbé de la Chaise-Dieu, qui v rétablit des religieux de son monastère. Depuis ce temps-là l'ancienne abbave de Saint- Bausile n'est plus qu'un prieuré conventuel dépendant de la Chaise-Dieu.
\L1\. — FîJt de la Sarbonnoise sous divers tyram i^ui iLLufcmit les
Gaules.
Dieu vengea le sang de tant de martvrs sur la personne de V'alérien, par la perte que ce prince fit de l'empire, de la liberté, & ensuite de la vie, après qu'il eut été lait prisonnier par les Perses qui le traitèrent de la manière la plus ignominieuse Si. la plus cruelle. Les peuples avoient lieu cependant, à ce qu'il paroit, de se louer de la douceur de son gouvernement Se de son attention à les soulager. Clams étoit préiet de l'Illyrie S(. des Gaules sous le rè^e de cet empereur ; ainâ c'est pour la première fois qu'on voit l'Empire divisé en prètecturcs*. Gallien, ùls de Valérien, qui étoit déjà auguste, devint, par la aiiivite de son père, seul maître de l'Empire romain j il étoit alors occupé du côté du Rhin contre les .\llemans qui, après avoir ravagé les'* Gaules, se répandirent dans l'Italie. Gallien eut le déplaisir de voir sous son règne l'Empire inondé d'une infinité de barbares qui le désolèrent de tous côtés, sans que les provinces pussent trouver en lui aucune ressource dans leurs malheurs, ce prince n'étant pas en état de prendre leur dètense. L'Église, plus heureuse que l'Empire, lui tut redevable de la paix dont elle jouit alors. Il auroit pu la donner aussi à l'État, s'il eût voulu s'appliquer aux afiâires; mais, insensible à la désolation des peuples autant qu^ ses propres malheurs, il laissa^ usurper le titre d'auguste à un grand nombre de t\-rans.
On en compta cinq ou six dans les Gaules, dont le plus redoutable S( le
Jn» Smmammm rBolUa^). le mai. — Tdie- ' Ti^WUiss PtoUioa.
-aoat.. Bat. wtjts. t. 4. — Flarcainii , p. S44 & * Orose, L 5, c. xi S. Jiitmt, Cknmtmm.
MÛT. > TréWUÎBS Pallioc, p. 114 & tcf. — Aaiclios
* Gk(oû« 4cTeafS, Je GtarM wtmrtynam, L 1. Vmor. c. -t.
An;
An 2"»9
An 26c
plus accrédité fut Posthume, homme d'une naissance fort basse, mais d'un génie fort élevé. Valérien, qui connoissoit sa probité, sa capacité & sa sagesse, lui avoit confié l'éducation de son Hls Gallien, l'avoit fait président ou gouverneur des Gaules & lui avoit donné le commandement des provinces frontières du Rhin; Gallien lui-même, après avoir été son élève, l'avoit chargé de l'éducation & de la conduite de son fils Salonin, à qui il avoit laissé le commandement des Gaules après son départ de ces provinces.
Posthume avoit un fils de même nom que lui, à qui l'empereur Valérien avoit donné le tribunat' des Vocontiens, peuples de l'ancienne Narbonnoise, compris aujourd'hui pour la plus grande partie dans le comtat d'Avignon ; c'est-à-dire qu'il lui avoit confié sans doute le commandement des troupes que ces peuples dévoient fournir pour l'armée de l'Empire. L'estime & l'affection que Posthume s'acquit dans les Gaules pendant son gouvernement, lui frayèrent le chemin au trône &. lui méritèrent le titre d'auguste qui lui fut donné par les troupes & les peuples des mêmes provinces, après la mort^ de Salonin, en haine de Gallien, dont la conduite 5t le gouvernement leur étoient insupportables.
Posthume répondit à l'attente des Gaulois & gagna de plus en plus leur affection, tant par la douceur de sa conduite que par le soin qu'il prit, durant tout le temps de son règne dans les Gaules, d'en défendre l'entrée aux peuples d'en delà du Rhin qui avoient ravagé ces provinces; ainsi il y rétablit la paix & la tranquillité autant par sa modération que par son courage, ce qui lui mérita le surnom de restaurateur des Gaules 8c de l'univers. Gallien fit cependant tous ses efforts pour le déposséder; il vint même en personne en deçà des Alpes 81 lui fit la guerre dont le succès fut d'abord fort douteux. Éd. origin. Enfin Posthumc, voulant se soutenir, prit Victorin ^ pour son collègue & eut
recours aux Francs Se aux Germains dont il tut puissamment secouru, ce qui le rendit paisible possesseur des Gaules jusqu'à sa mort, qui arriva sous le règne de l'empereur Claude, successeur de Gallien depuis l'année précédente. Posthume étoit alors dans la dixième année de son règne'*; il avoit déjà associé son fils de même nom & lui avoit donné le titre d'auguste. Ils furent tués l'un & l'autre par leurs propres soldats, que Lollien ou Laelian fit révolter.
Ce dernier, qui fut ensuite proclamé empereur par l'armée, partagea le gouvernement des Gaules avec Victorin. Il paroît que celui-ci commanda dans
' Trébellius Pollion, p. i 84 & seq. par un traité avec un prince barbare qui s'engagea
■ Pagi, ad ann. 260, n. 3 & seq. à défendre le passage du Rhin. Ce qui arriva vers
' Pagi, ad ann. 262, n. 3; ad ann. 268, n. 2 & l'année 255. Proclamé empereur par les Gaulois,
seq. ; ad ann. 269, n. 4 & seq. Posthume régna sept ans en Occident, entretenant
* Posthume, qui commandait en Gaule les trou- avec soin l'alliance faite avec les Francs. Par là il
pes impériales, fit construire plusieurs forts le long assura le repos des Gaules & grossit ses troupes de
du Rhin, dans le pays des Germains, pour contenir leurs soldats'. [E. M.]
ces derniers, & il prit leur plus brave jeunesse à
son service. Zosirae dit même que la guerre finit > Trébellius Pollio, 1» Gallian. c. 7.
An 262
An 269
les provinces méridionales, puisque son collègue gouvernoit celles qui sont le long du Rhin, qu'il défendit contre les incursions des barbares. Lollien eut bientôt après le même sort que Posthume, ce qui assura toutes les Gaules à Victorin, lequel, deux ans' après, fut tué lui-même à Cologne, avec son rils de même nom, qu'il avoit fait auguste, à la sollicitation 8<. par le conseil de Victoire, sa mère. Cette temme, qui avoit régné, pour ainsi dire, au nom de l'un & de l'autre. Se dont l'ambition n'avoit point de bornes, voulant continuer^ sa domination après leur mort, employa son crédit & ses richesses pour donner un nouvel empereur aux provinces des Gaules en la personne de Marius, dont le règne fut de peu de jours. Elle le fit remplacer par Tétricus, son parent, qui, après avoir été consul, avoit déjà gouverné successivement toutes ces mêmes provinces sous le titre de président &, par conséquent, la Narbonnoise. Il commandoit actuellement dans l'Aquitaine, lorsque Victoire le fit élire empereur par les troupes qui le proclamèrent en son absence. Tétricus étoit pour lors à Bordeaux où il prit la pourpre, £< oîi il déclara césar son fils de même nom, qu'il prit pour collègue, quoiqu'il fût encore enfant.
Quelques auteurs, après Grégoire de Tours-*, fixent vers ce même temps l'époque de l'irruption de Chrocus, roi des Allemans'*, en deçà du Rhin, & du martyre de saint Privât, évêque de Gévaudan. Nous ne disconvenons pas que, sous le règne de Valérien ou de Gallien, ou bien après le règne de Posthume, il n'ait pu y avoir un Chrocus, roi des Allemans, qui soit venu dans les Gaules Se qui en ait désolé les provinces par ses incursions, mais nous ne convenons pas que ce soit le même Chrocus'' sous lequel saint Privât fut martyrisé, puis-
Pagi, ad ann. i-j>, n. i3; ad ann. 273, n. 3. saint Privât ' suivent la même tradition & Tem- * Trébellius PoUion, p. 196. — Aurélius Victor, pruntent peut-être à Vffistoria Francorum. Ils rap- Epitome. — Eutrope. portent aussi que le saint périt martyrisé par les ' Grégoire de Tours, Hist. Franc. 1. 1 , c. 3o. Alamans conduits par Chrocus. D'après une autre " V'oyez tome II, "Sote XLII. tradition, rapportée par le chroniqueur connu sous M. >lonod, dans son Etude critique sur Gré- le nom de Frédégaire & suivie par presque tous les goire de Tours, a parfaitement éclairci la question chroniqueurs après lui, Chrocus aurait été roi des de Chrocus. Voici, d'après lui, ce qu'il faut penser Vandales au cinquième siècle; sa légende se mêle de ce personnage dont les hagiographes ont quelque à celle d'Attila : comme lui' il passe le Rhin à peu abusé. Mayence, prend Metz, grâce à la chute du mur de " Grégoire de Tours a emprunté à la tradition cette ville, épargne Trêves & se jette sur la Gaule, orale, & en partie légendaire de son temps, l'his- Il vient, comme dans VHistoire des Francs, à Arles loire de Chrocus, ce chef des Alamans qui, selon où il est pris & mis à mort par un soldat, nommé lui, dévasta la Gaule, pilla un templedes Arvernes Marius. Les actes de saint Didier de Langres, m.nr- & qui, après avoir martyrisé saint Privât, évéque tyr du troisième siècle, suivent à la fois les deux de Javouls, fut fait prisonnier à Arles & mis i traditions; ils reproduisent assez exactement le rémort. Grégoire place ces événements au milieu du cit de l'Histoire des Francs, mais en faisant, comme troisième siècle, sous Valérien & Gallien (2.Î3-268;. Frédégaire, Chrocus chef des Vandales. Au fond. Il semble les emprunter à la tradition populaire Chrocus, tel que nous le connaissons , n'a aucune de l'Arvernie. C'est sur le pillage du temple ar- réalité historique. Il flotte entre le troisième & le verne de Vasso qu'il insiste le plus, & il emploie cinquième siècle. II est tantôt à la tête des Ala-
les expressions fertur ut aiunt.... qui indiquent
presque toujours des informations orales. Il n'est , RoILindisus. Acta Sanclorum, 21 août, i. ,. p. ,3S.
pas le seul à nous parler de Chrocus Les actes de ■ Paul Diacre. — Onla episcop. Slettensium.
An ï6()
An 271
Au 271
An 27 j
An 275
qu'il paroît que ce saint évoque ne souffrit le martyre qu'au commencement du cinquième siècle, comme on le verra dans la suite.
Tétricus jouit d'abord paisiblement de l'autorité qu'il avoit usurpée, & nous ne trouvons que la seule ville d'Autun qui refusa de le reconnoître. Ses troupes se mutinèrent dans la suite; ce qui fit que, ne pouvant souffrir' leur insolence & effravé peut-être des grandes victoires que l'empereur Aurélien, successeur de Claude depuis la fin de l'an 270, venoit de remporter en Orient, il le fit inviter secrètement de venir en deçà des Alpes, dans le dessein de lui remettre toute son autorité. Aurélien, qui avoit d'ailleurs résolu ce voyage, passa bientôt après ces montagnes, &i ayant attaqué l'armée de Tétricus, proche de Châlons-sur-Marne, ce tyran se livra lui-même entre ses mains; Aurélien reprit ensuite les Gaules & les réunit à l'Empire, dont elles avoient été démembrées depuis treize ans. Cet empereur, après avoir pacifié ces provinces !k avoir rétabli l'Empire dans ses anciennes limites, partit pour Rome où il fut reçu en triomphe. De nouveaux troubles l'obligèrent encore 1^^ de repasser les Alpes, l'an 274 de J.-C. Il partit l'année suivante pour l'Orient
81 fut tué en chemin par un de ses officiers.
Entre la mort de cet empereur & l'élévation de Tacite, son successeur, il y eut un interrègne de sept à huit mois, pendant lesquels les François, les Bourguignons, les Vandales Se autres divers peuples barbares tentèrent avec succès une nouvelle irruption dans les Gaules. Après avoir passé le Rhin, ils s'emparèrent de soixante ou soixante-dix villes des plus considérables du pays qu'ils possédèrent durant tout le règne de Tacite, qui ne fut que de six à sept mois. Probus, son successeur, après avoir défait, à ce qu'on prétend, en différens combats jusqu'à quatre cent mille de ces barbares, les chassa entièrement des provinces dont ils s'étoient emparés en deçà du Rhin, & sans doute de la Narbonnoise, où il paroît que ces peuples avoient étendu leurs Éd. origin. courses , quoiqu'ils se fussent principalement fixés le long du Rhin. Cette ' P- ' 7- victoire mérita à Probus des couronnes que lui offrirent à l'envi toutes les villes des Gaules^.
inans, tantôt à la tète des Vandales. On reven- encore dans les actes de saint Antidius' & de saint
diqiie tantôt pour un saint, tantôt pour un autre, Didier de Langres^. Les martyrologes d'Usuard &
l'honneur d'avoir été victime de ses fureurs, tandis d'Adon le citent aux noms de saint Didier, saint
que l'histoire ne nous fait connaître qu'un seul Antholianus (6 février), saint Liminaeus {29 mars;,
Chrocus, un roi des Alamans, qui avait accompa- saint Florentinus & saint Hilarius (27 septembre),
gné Constance en Grande-Bretagne & qui aida Enfin, Sigebert de Gembloux, qui fait du soldat
Constantin à s'emparer du pouvoir à la mort de Marins un préfet, dit que ce chef des Vandales
son père » Chrocus est donc un personnage fut mis à mort a Mariano praeside, en 411 seule-
purement légendaire autour duquel, pendant plu- ment. [E. M.]
sieurs siècles, vinrent se grouper toutes les dévas- ' Vopiscus, Fita AureUani.
tations que causèrent les invasions germaines sur ' Probus s'était distingué déjà dans plusieurs le sol de la Gaule. C'est le héros d'une de ces combats contre les Francs, sous l'empire d'Aurévieilles légendes, peut-être chantées, qui passèrent lien; il fut élu empereur l'an 276 & marcha dans dans le domaine de l'histoire, après avoir été augmentées, & pour ainsi dire transformées d'âge en 3 Bollandistes, Acta Sanctorum, 25 juin, t. 5, p. 41. âge par l'imagination populaire. Chrocus figure ^ IbiJ. 2'i mà\, t. i, p. 24.6.
An 276
An 277