‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 308 sur 553 · X. — Bataille donnée auprès d'Arles , en deçà du Rhône · texte numérisé non relu

X. — Bataille donnée auprès d'Arles , en deçà du Rhône

Constance passa le Rhône avec la meilleure partie de ses troupes Si rangea son infanterie en bataille, résolu d'attendre l'ennemi de pied ferme 8c de Éd. origin. l'attaqucr de front tandis que le général Ulphilas, Goth de nation, qu'il détacha avec la cavalerie, alla se mettre en embuscade pour prendre les François en queue. Ce projet fut très-heureusement exécuté : Edobic, qui ne s'attendoit pas d'être surpris, se trouva renfermé entre les deux corps d'armée

' Orose, 1. 7, c. 4."î. — Sozoniène, I. 9, c. 14. — Grégoire de Tours, H'tst. 1. 2, c. 9.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IV. 3g5

commandés par Constance & Ulphilas, qui l'attaquèrent brusquement avec beaucoup de vigueur, ce qui l'obligea de plier 8c de cherclier son salut dans la fuite, après avoir laissé la plus grande partie de ses troupes sur le champ de bataille, outre un grand nombre de prisonniers '. Ce combat se donna en deçà du Rhône, du côté du Languedoc, 8c vers l'endroit où est aujourd'hui la ville de Beaucaire, Le général Édobic, après sa défaite, crut trouver un asile assuré en Auvergne*, chez un seigneur gaulois de ses amis, nommé Ecdice, père de l'empereur Avitus; il se trompa cependant. Ce seigneur, moins touché du violement des droits de l'hospitalité que de la fortune qu'il espéroit tirer de la mort de son hôte, lui fit couper la tête 8<. l'apporta lui-même à Constance, auprès duquel il crut s'en faire un grand mérite; mais ce général, dont la grandeur d'âme égaloit la sagesse, loin d'approuver 8c de récompenser une action si noire Se si détestable, se contenta de dire qu'on étoit bien ^ obligé au général Ulphilas d'avoir donné occasion à Ecdice de délivrer l'Empire d'un ennemi. Constance ordonna en même temps à ce seigneur auvergnat de se retirer Se refusa la demande qu'il lui fit de demeurer dans le camp, crainte que la présence ou le commerce d'un homme qui avoit également violé les lois de l'amitié 8c celles de l'hospitalité n'attirât quelque malheur sur son armée.

XL — Prise d'Arles. — Soumission de la Province à l'obéissance de l'empereur

Honoré.

Constance, après avoir entièrement dissipé le secours des François, repassa le Rhône avec ses troupes Se alla reprendre le siège d'Arles. Constantin , qui défendoit cette place, averti de la mort d'Édobic 8c de l'entière défaite du secours qu'il lui amenoit, se voyant alors"* sans ressource, ne songea plus qu'à capituler Se, pour obtenir des conditions plus avantageuses, il quitta la pourpre Se se fit ordonner prêtre. Il étoit près de se rendre à discrétion quand Constance, sur l'avis qu'il eut que Jovin, issu d'une famille des plus illustres des Gaules, Se qu'un auteur moderne ■'• conjecture être originaire de Narbonne, avoit été proclamé empereur à Mayence Se que, soutenu d'une puissante armée de barbares, il venoit fondre sur la sienne, se hâta de son côté de conclure la capitulation à des conditions qu'il auroit peut-être refusées dans un autre temps. Ce général accorda la vie à Constantin de même qu'à Julien, son fils, Se pardonna aux habitans d'Arles qui lui ouvrirent les portes de leur ville à cette condition. Constance en fit sortir peu de temps après Constantin Se Julien pour les envoyer à Honoré; mais cet empereur, voulant sans doute venger sur eux la mort de Didyme Se de Vérinien, ses cousins,

■ Voyez tome II, Note XLIII. ■• Sozoïnène, 1. 9, c. i5. — Olympiodore, apui

' A. de Valois, Rerum Francic. 1. 4 , p. 1 8?.. Photium, cod. 80. — Grégoire de Tours, f/ist. 1. 2,

' Sozomène & Adrien de Valois, Rerum franc. c. y. — Idace, Chronicon. noxti. '• Tristan, t. 1 , p. 53o.

An 41 2

3q6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IV.

qu'ils avoient fait mourir, ne leur donna pas le temps d'arriver à Ravenne & leur fit couper la tête en chemin', au mois de septembre de l'an 411. Honoré fit ensuite apporter à Cartilage les têtes de ces deux tvrans pour être placét's hors des murs de la ville, avec celles des autres tyrans Maxime, F.ugène St un autre Maxime, qui y avoient été mises du temps de Théodose Se du grand Constantin.

\II. — Entrée des Visigoths dans les Gaules.

*La réduction d'Arles S; la mort de Constantin assurèrent à l'empereur Honoré les provinces* voisines qui se soumirent à son obéissance & reconnurent l'autorité de ses officiers : la paix dont elles jouirent ne dura pas longtemps. Jovin s'étoit, en effet, déjà rendu maître de la Belgique Sv de la Lyonnoise, c'est-à-dire de la Gaule Ultérieure, ainsi appelée pour la distinguer de la Citérieure, composée de l'Aquitaine & de la Narbonnoise '. D'un autre côté, les Visigoths, qui étoient demeurés jusqu'alors en Italie, firent une irruption en deijà des Alpes, l'an 41;, sous la conduite de leur roi Ataulphe. On ignore^ le véritable motif qui fit abandonner à ces peuples la Toscane où on croit-'' qu'ils avoient fixé leur demeure depuis la mort d'Alaric, Si qui les engagea de passer dans les Gaules. Jornandès assure que ce tut en exécution d'un traité qu'ils avoient fait auparavant avec Honoré qui, à ce qu'il prétend, leur avoit cédé les Gaules j mais cet accord prétendu n'étant"^ nullement vraisemblable, comme on l'a déjà dit ailleurs. Se comme la suite le fera voir, il y a lieu de croire que l'espérance de piller 'Si d'enlever dans les Gaules ce qui avoit pu échapper à l'avidité Si à la fureur des Vandales ^Éd.origin. s^^ Jes Alains qui les avoient précédés, fut l'unique motif qui fit passer les Visigoths en deçà des monts.

Rien n'est plus touchant que la peinture qu'un pieux"" auteur nous a laissée de l'état des provinces méridionales des Gaules après l'entrée de ces barbares. « Quand tout l'Océan, dit cet auteur, auroit inondé les Gaules, il « n'v auroit pas fait de si horribles ravages ; nos bestiaux, nos fruits Si nos « grains ont été enlevés j nos vignes Si nos oliviers désolés; nos maisons de « campagne ruinées, Se à peine reste-t-il encore quelque chose dans les cam- « pagnes } mais tout cela n'est que la moindre partie de nos maux. Depuis n dix ans les Vandales Si les Goths font de nous une cruelle boucherie : les n châteaux bâtis sur les rochers, les villes les plus fortes, les bourgs situés sur « les plus hautes montagnes n'ont pu garantir leurs habitans de la fureur « de ces barbares, Si l'on a été partout exposé aux dernières calamités. Ils

' Idarc, Cft-.'-j.vî. ^ V. TilUmont, art. 5i sur ff^-<-f

' Soîomine. 1. 9,0. i5. * liiJ. art. 48 sur Bamorf.

' Veyei tonte 11, V«t* XLIV. ' Carmn Je PrvviJentia. p. -0-' k 5c<;. j/aa

♦ Ptosptr. C*roisi.-o«. — Cassiodorc, CAroKÏr**. — Pfsptrmm. — V. TilUroont, art. 35 smr U»»»rt. Joritaitdès, Je Reims Gettcis, c. 3i.

« n'ont épargné ni le sacré ni le profane, ni la foiblesse de l'âge, ni celle du « sexe : les hommes & les enfans, les gens de la lie du peuple & les per- « sonnes les plus considérables, tous ont été, sans distinction, les victimes de « leur glaive. Ils ont brûlé les temples dont ils ont pillé les vases sacrés & « n'ont respecté ni la sainteté des vierges, ni la piété des veuves 5 les soli- » taires n'ont pas éprouvé un meilleur sort. C'est une tempête qui a emporté » indifféremment les bons 81 les mauvais, les innocens & les coupables. Le « respect dû à l'épiscopat Se au sacerdoce n'a pas exempté ceux qui en étoient « honorés; ces barbares leur ont fait souffrir les mêmes indignités Scies « mêrnes supplices : ils les ont enchaînés, déchirés à coups de fouets, 8t con- » damnés au feu comme les derniers des malheureux. » Telle étoit la triste situation des provinces méridionales des Gaules, où il paroît que cet auteur écrivoit, après le ravage des Vandales & l'entrée des Visigoths, sous la conduite d'Ataulphe, leur roi.

XIII. — Ligue d'Ataulphe avec Dardane, préfet des Gaules, contre les tyrans

Jovîn & Sébastien.

Ataulphe ne fut pas plutôt entré dans les Gaules, qu'il alla d'abord avec son armée joindre le tyran Jovin, à la persuasion d'Attale, qu'il emmenoit avec lui de même que la princesse Placidie. II fut peut-être trouver ce tvran dans la vue de lui proposer' une ligue contre l'empereur Honoré St le partage des Gaules qu'il se promettoit d'envahir de concert avec lui 5 car les historiens ne marquent ni le lieu ni le sujet de cette entrevue ; ils font seulement entendre que Jovin St Ataulphe se séparèrent assez mécontens l'un de l'autre^. Au retour de cette conférence, ce dernier fut averti que Sarus, général de l'empereur Honoré Si Goth comme lui de nation, mais son ennemi particulier, avoit abandonné le parti de cet empereur St s'étoit mis en marche accompagné seulement d'une vingtaine de personnes, pour aller joindre Jovin & lui offrir ses services : il alla à sa rencontre Si l'attaqua avec un corps de dix mille hommes. Il n'en falloit pas tant pour battre une si petite troupe. Sarus, cependant, malgré l'inégalité de ses forces, se défendit en désespéré Si ht des prodiges de valeur; mais enfin, accablé par le nombre, il fut pris par Ataulphe qui, pour satisfaire sa vengeance, eut la cruauté de le faire mourir.

Cette action, peu digne d'un prince, auroit été capable de brouiller entièrement ce roi des Visigoths avec Jovin, si leur mésintelligence n'eût éclaté d'ailleurs, dans le même temps, par la démarche que fit ce dernier d'associer Sébastien, son frère, contre le sentiment de ce prince, Si même malgré lui^. Dardane, préfet des Gaules 81 le seul officier de ces provinces qui, fidèle à Honoré, ne s'étoit pas soumis à Jovin, tut charmé de la désunion de ce tvran

' Orose, l. 7, c. 42. — Olympiodore, apud Pho- ' Olympiodore, apud Photium, cod. 80. — Prcs-

tium, cod. 80. per, Chronicon. — V. TilUmont, art. 47 & suit. &

■ Orose 81 Olympiodort, liiJ. note 26 sur Honoré.

An 4i3

avec les Visigoths, dans l'espérance d'en tirer avantage en faveur de l'empereur & d'engager enfin ces peuples à embrasser son parti contre ce même tyran. En effet, Ataulphe, irrité de la conduite de Jovin Si de ce qu'il avoit associé son frère Sébastien, envoya des ambassadeurs à Honoré pour lui offrir la paix, avec promesse de lui envoyer la princesse Placidie & les têtes de ces deux tyrans, s'il vouloit lui accorder une certaine quantité de blé & quelques autres conditions que les historiens ne marquent pas. L'empereur Honoré, soit qu'il voulût effectivement accorder la paix à Ataulphe, ou plutôt le désunir pour un temps d'avec les tyrans des Gaules pour les combattre ensuite tous séparément, accepta ces conditions qui turent jurées solennellement de part 8t 1*^1 Iv'ffti. d'autre. Ainsi, après le retour ' de ses ambassadeurs, Ataulphe se mit en devoir d'exécuter ce traité. Il alla d'abord, de concert avec Dardane, mettre le siège devant Valence, dans la Viennoise, où Jovin s'étoit enfermé, força cette ville Si se rendit maître de la personne de ce tyran qu'il fît remettre aussitôt à Dardane. Ce préfet des Gaules étoit alors à Narbonne, dont il s'étoit emparé de son côté sur Sébastien qui s'y étoit jeté, Si où il l'avoit arrêté prisonnier. Il avoit dessein d'envoyer ces deux tyrans à l'empereur, mais, impatient d'en délivrer bientôt l'Etat, il coupa lui-même la tête à Jovin, dans cette dernière ville. Si y fit mourir Sébastien. Il envoya ensuite leurs têtes à Carthage pour y être placées sur les murailles, avec celles des autres tyrans. Décimus Rusticus, ci-devant préfet^ sous les tyrans Constantin Si Constant, son fils. Si Agrèce, secrétaire de Jovin, dont ils avoient pris le parti, eurent le même sort en Auvergne : ils furent massacrés par les officiers d'Honoré, qui traitèrent de même plusieurs autres personnes de considération du pays qui avoient suivi le même parti.

XV*. — Ataulphe rompt la paix avec Honoré, fait une tentative sur Marseille, prend Narbonne 6* Toulouse.

.11 semble qu'Ataulphe, après un service aussi signalé que celui d'avoir délivré l'Empire de ces tyrans Si une exécution aussi prompte de ses promesses, étoit en droit d'exiger d'Honoré la même fidélité à tenir les siennes; mais cet empereur 3, vivement sollicité par le général Constance, qui espéroit d'épouser Placidie, ne cessoit de presser Ataulphe de lui renvoyer cette princesse, conformément à leur traité, sans se mettre en peine de son côté, d'en exécuter les conditions. La famine"* qui régnoit alors dans les Gaules Si que les ravages précédens des barbares avoient causée, mettoit d'ailleurs Honoré hors d'état de fournir la quantité de grains qu'il avoit promise aux Visigoths. Chacun de ces deux princes s'excusoit de tenir sa parole. Si aucun ne se mettoit en devoir de l'exécuter, soit par impuissance, soit par mauvaise vo-

'Idace, Chronicon. — Prosper , Chronicon. — * Le chap. XIV manque dans l'édition originale.

Olympiodore, apud Photium, cod. 80. ' Olympiodore, apud Photium, cod. 80.

' Grégoire de Tours, Hist. Francor. 1. 2, c. 9. ' Prosper Tyro, Chronicon.

lonté, car Ataulphe, dans le dessein d'épouser Placidie, ne pensoit à rien moins qu'à remettre cette princesse à l'empereur, son frère. Les affaires étoient dans cette situation & le roi des Visigoths ne cherchoit qu'un prétexte de recommencer la guerre, lorsque, se trouvant campé près du Rhône, où il s'étoit arrêté après la prise de Valence, il ménagea une intelligence dans Marseille, dans la vue de surprendre cette ville. Il s'avanija, en ettet, de ce côté-là à la tête de son armée , mais il fut prévenu par la vigilance du comte Boniface qui commandoit dans la place; en sorte qu'ayant été vivement poursuivi par ce général, il fut battu, blessé dangereusement & obligé de taire une retraite honteuse & de regagner son camp.

Le mauvais succès de cette entreprise ne déconcerta pas Ataulphe, Ce prince, se flattant que ses armes seroient plus heureuses ailleurs, entra dans la Narbonnoise première & arriva devant Narbonne, métropole de cette province, dans le temps' des vendanges, ce qui fit qu'il surprit aisément cette ville dont il eut soin de s'assurer^. Il paroît que ce roi marcha ensuite vers Toulouse & qu'il s'en empara; car nous savons que cette ville fut prise au commencement du cinquième siècle par les barbares^, & que les désordres &. les excès qu'ils y commirent obligèrent'* les personnes les plus considérables de l'abandonner Se d'aller chercher un asile hors de leur patrie : or ce ne peut être que les Visigoths ou les Vandales qui se rendirent alors maîtres de cette ville, St nous avons déjà vu qu'elle ne tut point prise par ces derniers, puisque saint Exupère, son évêque, par ses prières, la préserva de leur fureur, & que ces barbares passèrent bientôt après en Espagne.

Page 1