‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 312 sur 553 · XXVIII. — Origine des Etats de la Province · texte numérisé non relu

XXVIII. — Origine des Etats de la Province

C'est cl ces assemblées de notables, qui étoient déjà en usage dans la Narbonnoise avant qu'elle ne fût sous la domination des Romains 8c qui continuèrent depuis, qu'on peut rapporter, avec assez de vraisemblance, l'origine des États de Languedoc^. F.n effet, outre les assemblées particulières [conventus) que les gouverneurs romains tenoient dans cette province, ainsi que dans les autres, suivant l'usage, nous voyons ici des assemblées générales établies de la manière la plus solennelle, sous l'empire d'Honoré, premièrement par Pétrone, préfet des Gaules, 8c ensuite par une constitution de cet empereur qui voulut en assurer la durée (^mansura in aevum auctoritate decernimus) pour la suite des siècles. On verra, d'ailleurs, dans le cours de cette Éd. origin. histoirc, quc quoique l'usage de ces assemblées provinciales paroisse avoir été interrompu en Languedoc par les changemens que les ravages des barbares, leur établissement dans cette province, 8c ensuite l'usurpation des comtes 8c autres seigneurs particuliers apportèrent dans le gouvernement, il nous reste cependant encore assez de monumens qui prouvent que, dans plusieurs occasions, les affaires importantes ou communes de la Province y ont été traitées dans des assemblées de notables jusques au règne de saint Louis, lequel, a\ant

' Voir le Glossaire de Du Cange. l'assemblée des trois Etats de la province de Lan-

' Il ne faut voir dans cette affirmation qu'une guedoc & la réunion des évèques des Sept provin-

légère flatterie des auteurs de YHistoire générale de ces, convoquée à Arles tous les ans, pour régler les

Languedoc à l'adresse de Messieurs des Etats de différends qui naissaient entre les évèques & donner

Languedoc, protecteurs de l'entreprise. Il n'y a & il une solution à quelques autres matières ecclésias-

ne pevit y avoir aucune assimilation possible entre tiques. [E. M.]

An 41 9

" / An 418

réuni à son domaine la plus grande partie du pays, maintint les peuples dans l'ancien usage des assemblées provinciales.

XXIX. — Retour des Gotha dans les Gaules. — Cession que leur fait Honoré

d'une partie des Sept Provinces.

Cette constitution d'Honoré fut adressée à Agricole, préfet des Gaules, qui l'avoit sollicitée 8c qui la. fit publier à Arles, le 19 de mai de la même année. Quoique la cession que l'empereur Honoré fit, peu de temps après, aux Visigoths, d'une partie des Sept Provinces des Gaules, puisse donner lieu de douter si ces assemblées furent dans la suite aussi générales & aussi exactement tenues tous les ans que ce prince l'ordonne par sa constitution, nous avons cependant lieu de croire que les Romains en maintinrent l'usage pendant tout le temps qu'ils possédèrent quelque chose dans les mêmes provinces, c'est-à-dire jusqu'à l'entière décadence de l'empire d'Occident. Il est' fait mention, en ettet, du corps des Sept Provinces des Gaules, dans une lettre du pape Boniface, de l'année suivante, adressée à Patrocle d'Arles, Hilaire de Narbonne, Castor d'Apt, Léonce de Fréjus Si aux autres évêques des Gaules 6- des Sept Provinces. Nous voyons, d'ailleurs, suivant la remarque d'un moderne, aussi savant historien que judicieux critique*, que lorsque les Romains cédoient quelque province aux peuples barbares, c'étoit plutôt pour y habiter comme les autres sujets de l'Empire, en partager les terres avec les naturels du pays, les cultiver &c fournir des soldats à l'empereur, que pour y avoir un domaine absolu, £<. que les Romains se réservoient toujours la principale autorité, surtout dans les villes où ils permettoient à ces peuples de s'établir, sans souffrir qu'ils en fussent les maîtres^. Ainsi la cession que fit l'empereur Honoré aux Visigoths d'une partie des Sept Provinces peut n'avoir pas empêché les naturels du pays de se rendre au lieu destiné pour l'assemblée générale. Cette remarque paroît d'autant mieux fondée, qu'on sait d'ailleurs que les Visigoths maintinrent les anciens peuples des provinces qui leur furent cédées, dans tous leurs usages, &. en particulier dans celui du droit romain. Se qu'on verra dans la suite de cette histoire que ces peuples n'eurent une autorité absolue sur une partie des Gaules que vers le temps de l'entière décadence de l'Empire romain.

Page 1